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20/06/2009

Dévorer des agonies

 

KulikRuralRussia294.jpg

« Le père soulève son propre fils, qui a changé de forme;

Il l'égorge, avec par-dessus des prières, le grand sot. Les autres

Sont gênés de sacrifier un fils qui supplie. Lui, reste sourd aux appels;

Il égorge, et prépare dans la grande salle un repas funeste. De la même manière, le fils saisit son père et les enfants leur mère,

Ils arrachent leur vie et mangent leurs propres chairs. »

Empédocle, Fragment 137

07:12 Publié dans Apocalypse | Lien permanent | Commentaires (0)

19/06/2009

Nos amies, les belles fées gores

burqa_afg_s.jpgChronique hebdomadaire de Philippe Randa

Décidément, la France multiraciale, multiconfessionnelle, tolérante et antiraciste à ses heures, repentante le reste du temps, ne cesse de « poser problème » selon une moderne expression.

Dernier exemple en date, le port de la burqa : 58 députés de toutes tendances politiques soutiennent en effet la proposition du député communiste André Guérin de créer « une commission d’enquête sur la pratique du port de la burqa et du niqab », tandis que le ministre de l’Éducation nationale Xavier Darcos juge de son côté qu’il s’agit ni plus ni moins d’une forme d’« oppression ». La classe politique est d’ailleurs quasi unanime à s’élever brusquement contre la présence de ces Belphégors qui se multiplieraient dans nos rues.

Fort bien, mais à quel titre interdire la manifestation de cette si contestée et pourtant fort incontestable pratique religieuse ?

À celui de la condition féminine ? « Injure à la femme et à sa dignité », « prisons mobiles », « avilissement de la femme envers son mari », etc. veut-on nous persuader. Certains esprits grincheux pourraient faire remarquer que, dans le même temps, notre société laisse libre les dames de se dévêtir comme cela leur chante dans des magazines pas forcément spécialisés, au cinéma ou dans d’innombrables publicités… que des parents tolèrent que leurs fillettes se culottent de strings tout en se peinturlurant outrageusement le groin… ou que les épouses puissent (tout comme leurs maris d’ailleurs) se percer les naseaux, les mamelles, le nombril ou la salle des fêtes : toute mode et pratique aussi élégantes que fort dignes et surtout des plus libératoires pour nos amies les femmes, n’est-ce pas ?

À celui de la religion ? Impossible quand on autorise la circoncision, soit une incontestable mutilation physique, qui plus est généralement pratiquée sur des enfants ! À celui de la laïcité de notre société ? Gênant quand on bannit quasi-systématiquement des menus scolaires ou de la plupart des collectivités, la viande de porc et qu’on aménage des horaires particuliers dans les piscines municipales pour que ces dames puissent s’ébrouer loin des regards concupiscents…

À celui du trouble à l’ordre public ? Le passage de silhouettes « emburqanées » sur la voie publique est en tout cas moins bruyante que la première Gay Pride venue, pourtant si encensée par nos médias.

À celui de la lutte contre la soumission aux mâles ? Mais « si certaines femmes souffrent de ce voile qui les ensevelit de la tête au pied, “la majorité a volontairement adopté cette tenue” », tranche dans Le Figaro (18 juin 2009) Bernard Godard, spécialiste de l’islam.

À celui de la nécessaire éducation à apporter à des populations culturellement défavorisées ? Non plus, car « … beaucoup ont la nationalité française. Et l’on compte pas mal de converties dans leurs rangs », constate un ancien du Bureau des cultes au ministère de l’Intérieur.

Comble de contrariété laïque, le président américain Barack Obama a lui-même reconnu la semaine dernière au Caire qu’« on ne peut dissimuler l’hostilité envers une religion derrière le faux-semblant du libéralisme. »

Contrairement à leur célèbre ancêtre qui ne hantait les salles du Louvre que de nuit, nos Belphégors modernes ont le mauvais goût, elles, de sortir en plein jour.

Reconnaissons que c’est surtout cela qui gênent tous ceux qui ont prôné « plus, encore plus, toujours plus d’immigration » et ont transformé la France en une boîte de Pandore dont ils ont grand peine désormais à maintenir le couvercle fermé.

Le Pen en détail

LePen-1.jpgIl marche et attire sur lui tous les regards. Son pas est lent, un brin claudicant. Il a le poitrail bombé d'un volatile de combat, moulé dans un long manteau bleu nuit. Le visage rond, fripé, la crinière blanche et humide. Il dégage le coude, refusant l'aide de son garde du corps. Grogne. De lui émane une force terrienne, indestructible. Jean-Marie Le Pen bouge encore. Plus sémillant et provocant que jamais. Avec sa légendaire (et grivoise) repartie, le président du Front national, bientôt 81 ans, confie n'avoir qu'une ride et « être assis dessus »...

On le retrouve à l'aéroport de Roissy, un matin de mars. Des voyageurs le croisent et l'évitent avec une gêne mêlée d'effroi ; d'autres, plus rares, lui décochent des sourires complices. Il se rend à Toulon, en région Paca, où il est candidat aux européennes. Assis en salle d'embarquement, lunettes sur le front, il scrute de son oeil valide (le droit) un sondage paru dans Libé , puis une photo de Sophie Marceau ( « Elle a un nez un peu fort »). Autour de lui, le silence. Les passagers du vol AF7512 ne sont plus passagers, ils sont spectateurs. Ils écoutent, grimacent, écarquillent les yeux devant... devant qui, d'ailleurs ? N'a-t-on pas chacun notre Le Pen ? Nationaliste, xénophobe, défenseur de la patrie, anti-immigrationniste, nostalgique de l'Algérie française, histrion de la politique... De tout ça-et de pire encore-il est affublé. Image enténébrée par cinquante ans de carrière politique. Jalonnée de condamnations, de bagarres, d'épreuves et de provocations. Ses guerres, l'Indochine et l'Algérie, ses mots, « détail » -prononcé encore récemment devant le Parlement de Strasbourg, en réponse à ses détracteurs qui veulent l'empêcher de présider la prochaine session inaugurale, en tant que doyen-et « Durafour crématoire », lui ont bâti une sombre légende. « Quand je parle du "détail", je n'y vois rien d'agressif. Quant au "Durafour crématoire", c'était un banal jeu de mots. Quand je l'ai dit, il existait encore 30 000 fours crématoires en France. » Des regrets, aucun. Tant qu'il sera en activité, il n'écrira pas ses Mémoires. « Par paresse », glisse un de ses proches. Mais aussi parce que, écrire, c'est dire, et dire, pour lui, Le Pen, c'est ne rien garder, tout déballer. Compromettre. Un affreux gâchis pour les éditeurs, nombreux, qui le courtisent, chéquier entre les dents. D'autant que sa mémoire est sans faille. Et qu'il suffit de le lancer pour que les anecdotes lui reviennent comme de vieilles chansons.

« Lex lepenia ».

L'intéressé nous livre celle-ci, en rapport avec ces moues nauséeuses que provoque, parfois, sa simple apparition : « Un jour, dans les années 60, le cinéaste Louis Malle m'invite à déjeuner afin, me dit-il, de faire connaissance. J'accepte bien volontiers. Une fois chez lui, il m'avoua ceci : "Mon invitation n'est pas innocente, M. Le Pen. Je dois vous dire que je prépare un film sur la Seconde Guerre mondiale et que je souhaiterais avoir votre expertise, celle d'un ancien Waffen SS !" » Dans un éclat de rire, le député qu'il était alors nia tout passé SS. Et quarante ans plus tard, c'est la même histoire : « Plantu me dessine toujours avec un brassard et un baudrier, alors que je n'ai jamais été habillé de la sorte », soupire-t-il, presque résigné. Jouant la victime. Feignant de ne pas comprendre les procès qui lui sont intentés : « On applique à mon encontre la "Lex lepenia". » Lors de son dernier passage devant la justice, pour des propos sur l'occupation allemande, il supplia, mains jointes, la présidente du tribunal de lui infliger de la prison ferme, arguant que c'est une expérience qu'il n'a « encore jamais connue ». Il sera finalement condamné à trois mois avec sursis. Est-ce dans sa nature de braver ainsi le système et ses interdits ou est-ce un visage qu'il se donne à dessein ? Des rencontres l'ont façonné, d'autres l'ont conforté dans l'idée qu'il se fait de « l'establishment ».

De celle avec Pierre Poujade, le responsable de l'Union de défense des commerçants et artisans, en septembre 1955, est né le populisme conceptualisé-anti-fisc, notables, intellos...-dont il se réclame encore aujourd'hui. Il n'avait jamais, jusqu'ici, fait de confidence sur ce lien fondateur. C'était l'époque des bagarres au Quartier latin et des beuveries boulevard Saint-Germain. Des manifestations pour une Algérie française sur les Champs-Elysées, où « les policiers nous dispersaient à coups de crosse ». Alors gaillard, il a à peine 30 ans et se prénomme seulement Jean. Il se fait rapidement connaître du Tout-Paris et s'entoure de partisans, fascinés par son charisme et sa parole meurtrière. « Le président des Anciens d'Indochine me trouve et me dit : "Vous devriez rencontrer Poujade, qui est à la tête d'un mouvement qui secoue la France". » Très vite, une rencontre est organisée dans une brasserie parisienne, le Zimmer. « Je suis un patriote, ma femme est pied-noir et je défends une Algérie française » : ainsi se présenta « Pierrot » Poujade dans ses habits de crooner italo-américain. Le jeune Breton hésite à pactiser, pourtant séduit par la marginalité de cet ancien goudronneur. « Je parle à Blois, dans quatre jours, venez m'y entendre », lui propose Poujade. Le Pen raconte la suite : « Il y avait 3 000 personnes installées dans une église. C'était un régiment d'infanterie en civil ! Devant les notables, au milieu, les commerçants et, derrière, les agriculteurs et les ouvriers. On n'entendait que la faconde méridionale de Poujade. A la fin, il vient me voir et me dit : "Alors ?" Je lui réponds : "On est prêts à marcher avec vous." »

L'ennemi Chirac...

1956 : Le Pen surfe sur la vague populiste, devient député de Paris. Epigone de Poujade, il remplit des salles entières, donne des meetings dans toute la France, rode son discours nationaliste. La même année, il croise pour la première fois la route de François Mitterrand, sous une halle de Nevers, qui prononçait un discours devant un parterre de « prolos ». « J'y étais avec un groupe de poujadistes. Nous l'écoutions quand, soudain, il s'est évanoui sur scène. La tribune était vide. J'ai donc bondi pour prendre sa place et pour présenter notre programme devant son public. » On peine à le croire. « Si, si, c'est vrai », jure l'intéressé, qui savoure encore son exploit. A l'entendre, jamais Mitterrand ne l'a injurié ni ostracisé. Là, on veut bien le croire. Et pour cause : ces deux redoutables « joueurs d'échecs » ont su se servir l'un de l'autre. Il n'est que de se souvenir du soutien apporté par le président socialiste, en 1982, au leader d'extrême droite qui lui réclamait un traitement « équitable » dans les médias, pour cerner cette « entente » non dite. Le Pen se rappelle d'ailleurs parfaitement leur dernière rencontre. C'était quarante ans après cette folle histoire de Nevers : « Il prononçait son dernier discours devant le Parlement européen de Strasbourg. Il était mourant. Et c'est là qu'il dit : " Le nationalisme, c'est la guerre." » A la fin de la session, des eurodéputés sont conviés à la sous-préfecture du Bas-Rhin pour un pot autour du président de la République. Le leader du FN est de ceux-là. Mitterrand arrive, suivi d'un long cortège. Voyant Le Pen dans un coin de la salle, Mitterrand change de trajectoire et se dirige vers lui. « Il me serre la main et je lui dis : "Alors, comme ça, le nationalisme, c'est la guerre ?" Il me répond à l'oreille : "Avouez que je vous ai bien eu !" » Encore aujourd'hui, Le Pen exprime une révérence pour Mitterrand, l'homme. A qui il doit, outre un meilleur traitement médiatique, une élection aux législatives, à la faveur d'un scrutin à la proportionnelle instauré par Laurent Fabius, Premier ministre.

1986 : revoilà donc ce tribun fou à l'Assemblée nationale, tout nouveau tout beau : « Changement de costume, de cravate et de coupe de cheveux. » C'est sa nouvelle femme, Jany, qui lui impose ce look moins grisâtre. Souvenir : « Un jour, lors d'un débat sur le budget, je prends la parole à la tribune durant trente minutes, sans notes. A la fin de mon discours, je me tourne vers le banc du gouvernement et me mets à chanter : "Mitterrand est roi, Chirac est sa reine, la la la..." Balladur, qui était ministre des Finances, ne savait plus où se mettre. » Dans l'Hémicycle, toujours : il se remémore ce blâme adressé à Jean-Claude Gaudin, alors député UDF : « Citoyen Gaudin, au nom de mon groupe, je vous cite au tribunal de l'Histoire ! » Il se bidonne, nostalgique... Merci, Mitterrand.

De Valéry Giscard d'Estaing il garde le vague souvenir d'un... collègue de groupe. Qui se rappelle qu'ils ont tous deux appartenu, quelques mois durant, en 1962, au groupe du Centre national des indépendants et paysans (CNI) ? Entre eux, ce fut courtois, sans plus. Dans l'esprit du président Giscard, le FN n'a jamais existé, bien que le parti ait eu un candidat à la présidentielle de 1974. « 0,74 %, c'était mon score cette année-là », souligne malicieusement celui qui arborait, naguère, un bandeau sur l'oeil gauche. « Un comble, l'anti-gaulliste, c'était Giscard ! L'OAS l'avait soutenu... » Il s'en pince encore, amer. Mais son ennemi n'est pas VGE, non. Le premier de ses rivaux, celui qu'il aurait rêvé d'affronter dans un duel à fleurets non mouchetés et pour qui il voue une haine démesurée, est Jacques Chirac. « Aaah, Chirac... » : sa mâchoire claque, comme s'il voulait mordre, quand il prononce le « ac » de Chirac. « Il a décrété qu'il était "déshonorant" de me serrer la main ! » L'ex-président a en effet dit ça, lui qui tira avantage, en 2002, du vote « Le Pen-No pasaran ». « C'est quand même lui qui m'invita à Matignon lorsqu'il était Premier ministre [1986]. » Pas faux. Il y eut également cette photo, datée de 1987, témoignant d'une poignée de mains entre les deux hommes. « Un coup monté ! » jura Claude Chirac, qui fut longtemps chargée de la communication de son père. « Ah bon ? rétorque le leader frontiste. J'étais dans un club de vacances avec le député Charles de Chambrun [FN]. Chirac descendait du bar, ses chaussures à la main, et il est venu vers moi pour me dire bonjour. Il m'a serré la main, souriant. » Dans ses Mémoires, Charles Pasqua revient sur une rencontre secrète entre les deux tours de la présidentielle de 1988. Le Pen confirme : « C'était dans un appartement, non loin des Champs-Elysées. Etaient présents Pasqua, le général Pierre de Bénouville et Chirac, qui m'a dit qu'il ne ferait pas de concessions au programme du Front national. Je lui ai donc répondu que je ferais voter Jeanne d'Arc. »

« Je suis un mythe »

Dans l'échange, un autre nom revient quand on évoque avec lui ses adversaires les plus « sectaires » : Bernard Tapie. 1989 : « Je devais débattre sur TF1 avec des têtes de liste aux européennes. J'apprends, au dernier moment, que Tapie, seul, sera mon contradicteur... Tout ça était bien sûr monté. Les débats face à lui n'ont jamais été très intéressants, souvent trop crispés. Il avait menacé de me casser la figure, je lui ai répondu : "Viens, tu vas voir ce qu'est un poids lourd." » Epoque où les politiques redoutaient de débattre avec lui, bête de scène qui ne connaît aucune limite, autant verbale que physique. Il s'en vante. Et d'expliquer que certains ont usé de moyens déloyaux pour l'abattre en direct. Dans les coulisses d'une émission télé des années 80, tout juste avant son entrée sur le plateau, une femme, paniquée, lui glisse à l'oreille : « M. Le Pen, votre fille est à l'hôpital, c'est très grave ! » Tourneboulé, il souhaita annuler sa participation, jusqu'à ce qu'il aperçoive, assises dans le public, ses trois filles, pimpantes et souriantes : « C'était pour me déstabiliser... »

Sa conversation est jalonnée d'histoires, d'anecdotes et de proverbes en latin. Intarissable. Morceaux choisis. Il confie avoir présenté son équipier d'alors, Olivier de Kersauson, à Tabarly. Raconte, goguenard, ses années rugby, au PUC : « La veille d'un match, on mettait des filles gentilles dans les pattes de nos adversaires qui, le lendemain, avaient les genoux flageolants. » Il affirme avoir été irradié par le nuage de Tchernobyl, alors qu'il faisait bronzette sur une terrasse, à Cannes. Il se lance dans une parfaite imitation de Charles Pasqua. Digresse encore, parle du métier d'avocat qui a perdu de son « romantisme » depuis l'abolition de la peine de mort. S'il n'écrit pas ses Mémoires, il les récite, les chante.

Manifestement, une certaine France reste accro à l'esbroufe et à la rhétorique de ce trompe-la-mort politique. A Toulon, plus de 300 personnes avaient fait le déplacement pour l'écouter, parmi lesquelles des déçus de Nicolas Sarkozy. « Sarkozy ? » : voilà encore un nom qui l'inspire. Il raille « l'acrobate en talonnettes » et rejette toute comparaison avec Napoléon : « L'Empereur, lui, savait monter à cheval. » Assure qu'il n'a pas tué le FN : « Le parti n'est pas mort parce qu'un candidat d'origine étrangère a été élu. »

Il ne se présentera pas à la présidentielle de 2012. Jamais son physique ne supportera le rythme que lui impose sa fougue intérieure. Ce sera, sauf cataclysme, Marine, sa fille, qui défendra les couleurs du Front. Est-ce qu'il est dur de devoir quitter le bal après cinquante ans de vie politique tumultueuse ? « Non », assure-t-il. Retraite est d'ailleurs un mot qu'il tient en horreur. La mort l'inspire davantage. Encore aujourd'hui, dès qu'il a cinq minutes à tuer, il se balade dans un cimetière où il se plaît à lire le nom des morts sur les pierres tombales : « Enfant, j'aimais m'asseoir la nuit sur les tombes et regarder la lune. » Appréhende-t-il la mort, la sienne ? Il se dit impassible face à cette échéance : « En Bretagne, on habitue les enfants très tôt à la mort. Je n'en ai pas peur. » A Toulon, le public l'a accueilli au son du « Longo maï », un chant provençal qui signifie « longtemps encore » . Jean-Marie Le Pen ne doute pas de laisser une trace dans l'Histoire : « Au fond, je suis un mythe », dit-il. Ou un détail.

 

Source:

Publié le 02/04/2009 N°1907 Le Point

Le Pen en détails

Confidences. Après un demi-siècle de bagarres et de provocations politiques, le leader du FN livre ses derniers secrets.

17/06/2009

La statuette à Florent

Statuettemeso.jpgUne statuette mésopotamienne de 8 centimètres de hauteur, vieille de 5.000 ans, a été adjugée hier pour le montant record de 57,2 millions de dollars chez Sotheby's à New York, a annoncé un communiqué de la salle des ventes.

La "Lionne de Guennol", qui appartenait à un particulier, a été qualifiée de l'un des "chefs d'oeuvre majeurs de tous les temps", remontant à l'aube de la civilisation, par Richard Keresey et Florent Heintz, les deux experts chargés de la vente.

La vente s'est faite dans une salle comble. "Juste avant, un connaisseur nous avait dit qu'il considérait qu'il s'agissait de la sculpture la plus fine qui ait jamais existé, et que le marché (de l'art) le comprendrait", ont souligné les deux commissaires-priseurs.

Cinq acheteurs potentiels ont enchéri, trois par téléphone et deux dans la salle. Le gagnant a été identifié comme un Britannique souhaitant conserver l'anonymat.

 

La Venus de Florent

Venus.jpgLa mémoire fait aussi des miracles en archéologie. Florent Heintz, ancien étudiant à l'université Marc-Bloch de Strasbourg et à Harvard, aujourd'hui établi à New York, a réussi à recomposer une Vénus en retrouvant des morceaux vendus chez Sotheby's quatre ans plus tôt.

L'archéologue répare parfois les outrages du temps. C'est ce qui vient de se passer pour une statue romaine décapitée, représentant Vénus : elle a récupéré sa tête, dont on n'avait plus trace depuis au moins cinquante ans.

Ces retrouvailles sont dues à Florent Heintz, 39 ans, né à Strasbourg, expert en archéologie chez Sotheby's à New York.

Il s'est intéressé à cette oeuvre en marbre, sculptée autour de l'an 100, du temps de l'empereur Trajan.

Une intuition due à la mémoire visuelle confirmée par deux experts

Le corps sans tête était proposé, en juin dernier, à une vente aux enchères de Sotheby's. En préparant cette vente à New York, Florent Heintz, qui étudia à l'université Marc-Bloch de Strasbourg et à Harvard, a, par un bel effet de mémoire visuelle, associé la statue décapitée à une tête de femme en marbre vue quatre ans auparavant, lors d'une précédente vente.

Cette intuition a été confirmée par d'autres experts : les deux pièces dépareillées ne faisaient qu'une seule et même statue, haute d'environ 145 cm (mais ayant perdu le bras droit).

Il a fallu réunir les éléments séparés, la tête ayant été vendue il y a quatre ans

Restait à réunir les éléments séparés car la désormais fameuse tête de Vénus était depuis 2002 propriété d'un autre amateur d'art américain. Contacté en vue d'une transaction, ce dernier a accepté de se séparer de son bien.

Vénus a ainsi pu être reconstituée telle qu'elle figurait sur un document de 1836, quand elle appartenait à un collectionneur parisien.

Elle fait désormais partie des collections du musée Carlos de l'université Emory, à Atlanta (Georgie), qui possède de nombreuses pièces antiques de qualité.

 

Du goût du bien-être matériel en Amérique

Miroirs.jpgEn Amérique, la passion du bien-être matériel n'est pas toujours exclusive, mais elle est générale ; si tous ne l'éprouvent point de la même manière, tous la ressen-tent. Le soin de satisfaire les moindres besoins du corps et de pourvoir aux petites commodités de la vie y préoccupe universellement les esprits.

Quelque chose de semblable se fait voir de plus en plus en Europe.

Parmi les causes qui produisent ces effets pareils dans les deux mondes, il en est plusieurs qui se rapprochent de mon sujet, et que je dois indiquer.

Quand les richesses sont fixées héréditairement dans les mêmes familles, on voit un grand nombre d'hommes qui jouissent du bien-être matériel, sans ressentir le goût exclusif du bien-être.

Ce qui attache le plus vivement le cœur humain, ce n'est point la possession paisible d'un objet précieux, mais le désir imparfaitement satisfait de le posséder et la crainte incessante de le perdre.

Dans les sociétés aristocratiques, les riches, n'ayant jamais connu un état différent du leur, ne redoutent point d'en changer; à peine s'ils en imaginent un autre. Le bien-être matériel n'est donc point pour eux le but de la vie; c'est une manière de vivre. Ils le considèrent, en quelque sorte, comme l'existence, et en jouissent sans Y songer.

Le goût naturel et instinctif que tous les hommes ressentent pour le bien-être étant ainsi satisfait sans peine et sans crainte, leur âme se porte ailleurs et s'attache à quel-que entreprise plus difficile et plus grande, qui l'anime et l'entraîne.

C'est ainsi qu'au sein même des jouissances matérielles, les membres d'une aristo-cratie font souvent voir un mépris orgueilleux pour ces mêmes jouissances et trouvent des forces singulières quand il faut enfin s'en priver. Toutes les révolutions qui ont troublé ou détruit les aristocraties ont montré avec quelle facilité des gens accoutumés au superflu pouvaient se passer du nécessaire, tandis que des hommes qui sont arrivés laborieusement jusqu'à l'aisance peuvent à peine vivre après l'avoir perdue.

Si, des rangs supérieurs, je passe aux basses classes, je verrai des effets analogues produits par des causes différentes.

Chez les nations où l'aristocratie domine la société et la tient immobile, le peuple finit par s'habituer à la pauvreté comme les riches à leur opulence. Les uns ne se préoccupent point du bien-être matériel, parce qu'ils le possèdent sans peine; l'autre n'y pense point, parce qu'il désespère de l'acquérir et qu'il ne le connaît pas assez pour le désirer.

Dans ces sortes de sociétés l'imagination du pauvre est rejetée vers l'autre monde; les misères de la vie réelle la resserrent; mais elle leur échappe et va chercher ses jouissances au-dehors.

Lorsque, au contraire, tes rangs sont confondus et les privilèges détruits, quand les patrimoines se divisent et que la lumière et la liberté se répandent, l'envie d'acquérir le bien-être se présente à l'imagination du pauvre, et la crainte de le perdre à l'esprit du riche. Il s'établit une multitude de fortunes mé-dio-cres. Ceux qui les possèdent ont assez de jouissances matérielles pour concevoir le goût de ces jouissances, et pas assez pour s'en contenter. Ils ne se les procurent jamais qu'avec effort et ne s'y livrent qu'en tremblant.

Ils s'attachent donc sans cesse à poursuivre ou à retenir ces jouissances si pré-cieuses, si incomplètes et si fugitives.

Je cherche une passion qui soit naturelle à des hommes que l'obscurité de leur origine ou la médiocrité de leur fortune excitent et limitent, et je n'en trouve point de mieux appropriée que le goût du bien-être. La passion du bien-être matériel est essen-tiel-lement une passion de classe moyenne; elle grandit et s'étend avec cette classe; elle devient prépondérante avec elle. C'est de là qu'elle gagne les rangs supé-rieurs de la société et descend jusqu'au sein du peuple.

Je n'ai pas rencontré, en Amérique, de si pauvre citoyen qui ne jetât un regard d'espérance et d'envie sur les jouissances des riches, et dont l'imagination ne se saisit à l'avance des biens que le sort s'obstinait à lui refuser.

D'un autre côté, je n'ai jamais aperçu chez les riches des États-Unis ce superbe dédain pour le bien-être matériel qui se montre quelquefois jusque dans le sein des aristocraties les plus opulentes et les plus dissolues.

La plupart de ces riches ont été pauvres; ils ont senti l'aiguillon du besoin; ils ont longtemps combattu une fortune ennemie, et, maintenant que la victoire est rempor-tée, les passions qui ont accompagné la lutte lui survivent; ils restent comme enivrés au milieu de ces petites jouissances qu'ils ont poursuivies quarante ans.

Ce n'est pas qu'aux États-Unis, comme ailleurs, il ne se rencontre un assez grand nombre de riches qui, tenant leurs biens par héritage, possèdent sans efforts une opulence qu'ils n'ont point acquise. Mais ceux-ci mêmes ne se montrent pas moins attachés aux jouissances de la vie matérielle. L'amour du bien-être est devenu le goût national et dominant; le grand courant des passions humaines porte de ce côté, il entraîne tout dans son cours.

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique II, chap. X.

16/06/2009

Israël n'annonce pas le vrai Dieu

Tissier.jpgÀ St-Nicolas, Mgr Tissier proclame que

les Israélites n’annoncent pas la « vérité sur le vrai Dieu »

Et il se scandalise de Benoît XVI : « Est-ce possible qu’à Rome, on professe une telle épouvantable hérésie ? Alors nous sommes stupéfaits ».

Il y a un mois, Ratzinger-Benoît XVI dépose une prière syncrétiste dans le Mur des Lamentations à Jérusalem, et le Jerusalem Post titre le 12 mai : « Le Vatican renonce à son activité missionnaire auprès des Juifs »

Lors de son sermon du 7 juin 2009, à la grand-messe de 10H30 à l’église Saint-Nicolas du Chardonnet, Mgr Tissier de Mallerais, venu pour les confirmations, a déclaré en présence de l’abbé Beauvais et du clergé de Saint-Nicolas :

« (…) Voilà, Notre Seigneur lui-même, définit solennellement l’existence, en Dieu, de trois personnes divines qui forment un seul Dieu et l’exigence d’être baptisé au nom de la Sainte Trinité, pour être sauvé. Et plus que jamais, nous avons besoin de cette vérité alors que les autorités Romaine, actuellement, professent face aux Israélites, en leur disant que, ils sont chargés, eux, le peuple d’Israël, d’annoncer la vérité sur le vrai Dieu.



Voilà, c’est leur mission, que Dieu leur a confiée. C’était vrai il y a deux siècles, non, il y a vingt siècles ! mais ce n’est plus vrai aujourd’hui !

podcast

Le peuple d’Israël sera chargé d’annoncer la vérité sur le vrai Dieu, aujourd’hui ! Est-ce possible qu’à Rome, on professe une telle épouvantable hérésie ? Alors nous sommes stupéfaits !

Alors, plus que jamais, rattachons-nous aux Apôtres et aux symboles de la Foi qui ont, dans l’Église primitive, résumé la Foi Catholique dans ce Mystère, dans notre Credo… »

À l’opposé, lors de sa visite de début mai 2009 en Israël, Benoît XVI avait affirmé sa pleine communion avec le Grand Rabbinat d’Israël, comme m’exposait le Jerusalem Post le 12 mai 2009 en titrant : « Le Vatican renonce à son activité missionnaire auprès des Juifs »  :

« Éminents rabbins, a poursuivi Benoît XVI, je vous exprime en retour le respect et l’estime que j’éprouve pour vous-mêmes et vos communautés. Je vous assure de mon désir d’approfondir la compréhension mutuelle et la coopération entre le Saint-Siège, le Grand Rabbinat d’Israël et le peuple juif dans le monde entier. »

« Depuis le début de mon pontificat, j’ai trouvé une grande source de satisfaction dans les fruits du dialogue permanent entre la Délégation de la Commission du Saint-Siège pour les rapports religieux avec le Judaïsme et la Délégation du Grand Rabbinat d’Israël pour les relations avec l’Église catholique. Je tiens à remercier les membres des deux délégations pour leur dévouement et le gros travail qu’ils ont fourni dans la mise en œuvre de cette initiative, si ardemment souhaitée par mon estimé prédécesseur le pape Jean-Paul II, qui en avait exprimé le désir au cours du Grand Jubilé de l’An 2000. (…)

« J’ai aujourd’hui l’occasion de répéter que l’Église catholique est irrévocablement engagée sur la voie choisie au deuxième Concile du Vatican [1962-1965] en vue d’assurer une réconciliation authentique et durable entre chrétiens et Juifs. Ainsi que le précise la Déclaration Nostra Ætate, l’Église continue à faire grand cas du patrimoine spirituel commun aux chrétiens et aux Juifs et désire un approfondissement continu de la compréhension et du respect mutuels par le biais d’études bibliques et théologiques comme par celui des dialogues fraternels. » Benoît XVI rapporté par le Jerusalem Post, 12 mai 2009.

15/06/2009

Les Indo-Européens étaient des hommes!

Vikinge.jpgL’étude génétique de 26 individus morts il y a plusieurs milliers d’années en Sibérie du sud a permis de résoudre une énigme vieille de plus de deux siècles : qui étaient les Indo-Européens. C'est le résultat du travail mené depuis sept ans par une équipe réunissant des chercheurs du CNRS, des universités de Strasbourg et de Toulouse III Paul Sabatier, du Ministère des Affaires Etrangères, et de l'université de Krasnoïarsk en Russie.

A la fin du 18e siècle, un juriste anglais, Sir Jones, en poste aux Indes fut frappé par la similitude entre le sanscrit, le grec classique et le latin. Il émit l'hypothèse que ces langues, et d'autres parlées en Europe, « avaient jailli de quelque source commune qui, peut-être, n'existait plus ». Son hypothèse fut confirmée par de nombreux autres linguistes, et la langue originelle fut appelée l'indo-européen. Depuis cette époque, les hypothèses pour expliquer ces rapprochements furent nombreuses. Ces trente dernières années, deux d’entre elles avaient la faveur des scientifiques. La première reliait l'expansion indo-européenne à l’expansion démographique qui a accompagné la diffusion de l'agriculture, entamée dès le début du Néolithique à partir de la Turquie, vers le neuvième millénaire avant notre ère. La seconde liait cette ressemblance à des mouvements de peuples ayant pris naissance dans l’est de l’Europe à la fin du Néolithique et au début de l’âge du Bronze (entre le troisième et le second millénaire avant notre ère).

Des études de paléogénétique menées sur des squelettes de Sibérie du sud, provenant de plusieurs kourganes (tumulus), démontrent qu’à l’âge du Bronze vers 1 700 ans av. J.-C., cette région était peuplée de sujets de type européen aux cheveux et aux yeux clairs dont les lignées paternelles et maternelles étaient justement originaires d’Europe de l’Est, d’Ukraine notamment. Du côté paternel, toutes les lignées appartenaient à un même groupe qui était considéré comme descendant des Indo-Européens. L’hypothèse liant les Indo-Européens et les populations d’Europe de l’Est sort donc renforcée de ces travaux.

Ces résultats sont issus d’une coopération engagée il y a sept ans entre les universités sibériennes de Krasnoïarsk et de Iakutsk et le laboratoire CNRS AMIS (FRE2960 Anthropologie moléculaire et imagerie de synthèse). Cette coopération doit s’intensifier car la Sibérie, au carrefour de l’Asie, de l’Amérique et de l’Europe, « en permettant des analyses génétiques pointues sur des corps gelés inhumés il y a plusieurs centaines d’années détient la clef de l’étude de nombreux peuplements passés » a déclaré le Pr. E. Crubézy, directeur du laboratoire AMIS et des Missions Archéologiques Françaises en Sibérie Orientale du Ministère des Affaires Etrangères. L’équipe, qui a déjà obtenu le label de l’Année France Russie 2010 pour ses travaux en Iakoutie, souhaite consolider la coopération avec les laboratoires russes de Sibérie et des républiques autonomes de la Fédération de Russie.

Eric Crubézy

Chercheur Laboratoire AMIS-CNRS

Université Paul Sabatier – Toulouse III

Tel. : 05 61 14 59 87

 

09/06/2009

Recep Erdogan informe les Euripéens sur l'islam à la turque

359_large.jpgRecep (prononcer Rèdjèp) Tayyip Erdogan, est le Premier Ministre de la République turque depuis 2003. Pour les médias occidentaux, lui et son parti, l’AKP (parti de la justice et du développement) sont des représentants de l’ « islam modéré ». Le hic c’est que cela n’a pas l’heurt de lui plaire. Il n’a que faire du politiquement correct. « C’est une description est très laide et constitue une insulte à notre religion. Il n’y a pas d’islam modéré ou immodéré. L’islam est l’islam et voilà tout » (Milliyet, 21.08.08). Sacré Erdogan ! Certains de ses diplomates croyant suivre son exemple aiment aussi à pratiquer le parler vrai et dru. Le consul général de Turquie à Dusseldorf doit lui s’en repentir qui vient d’être rappelé après s’être rependu en propos fort peu diplomatique sur ses hôtes allemands. (cf notre édition n° 2408).

Recep Erdogan ne cherche pas à être mielleux. Ce fils d’un rude capitaine du port d’Istanboul est issu de la minorité laze, montagnards musulmans mais cousins des Géorgiens. Ce sont les Belges de la Turquie.  Il a un franc-parler qui lui a déjà valu un bref séjour en prison et des années d’isolement politique. De la récente crise des caricatures de Mahomet il a retenu que « la persistance des Européens dans la faute a transformé une étincelle en incendie ». Voilà une position claire. Il a précisé à ce sujet que si les limites à la liberté d’expression étaient « plus raisonnables », cette expérience douloureuse ne se serait pas produite (sic). Il faut dire que l’affaire l’avait mis en porte à faux avec tous ses alliés au sein de l’OTAN. Ankara avait en effet mis son veto à la désignation du mécréant danois Anders Fogh Rasmussen comme secrétaire général de l’alliance (notre édition du ;;).

M. Erdogan, on le sait moins en France, a aussi défrayé la chronique en Allemagne en proclamant lors d’une visite à Cologne que l’intégration était « un crime contre l’humanité ». Rien de moins. Ce 12 mai, à Istanbul, dans discours prononcé lors de l’inauguration de la 7e réunion du Conseil islamique de l’Eurasie, il est allé plus loin : l’islamophobie, elle aussi constitue un crime contre l’humanité ! On s’en serait presque douté. Nous voilà donc encouragés à réprimer les caricaturistes, la liberté de la presse, la liberté artistique, les romanciers jugés insultants envers l’islam, les livres sur l’athéisme. Bref, la Turquie pousse l’Europe à mettre en oeuvre la mascarade de la résolution du Conseil des droits de l’homme de l’ONU (Durban II). Un Etat qui persécute sa propre minorité chrétienne (cf notre édition du ;;;) peut-il  donner des leçons de coexistence pacifique ? La Turquie aurait plus de gloire à gagner à éclairer des pays comme l’Arabie saoudite ou le Pakistan.

Le gouvernement Erdogan a poursuivi l’érosion méthodique du système kémaliste sur plusieurs fronts. « Laïcité » d’abord. La Turquie compte aujourd’hui que 67 000 écoles laïques contre 85 000 mosquées. Ses 77 000 médecins qui tentent désespérément de dispenser des soins de santé à 75 millions de Turcs sont souvent de pauvres hères, moins bien dotés que les 88 000 imams bien rémunérés par l’État. Dans un pays qui ne dispose que d’un hôpital pour 60 000 personnes on compte pourtant une mosquée pour …350 habitants. Seulement 1435 bibliothèques publiques dans cet immense pays, mais déjà 3852 écoles coraniques. Le budget du DINAYET, véritable « Ministère des Affaires religieuses », qui relève du Premier Ministre, dépasse celui des vingt universités. L’Islam est donc dispensé largement et efficacement, aux frais du contribuable. Rien de bien laïque dans cette Turquie là !

Le président du DINAYET, le professeur Ali Bardakoglu est un théologien moustachu et courtois : « Il est hors de doute que l’islam exige que les femmes se couvrent la tête ». Sa déclaration coïncide avec la levée de l’interdiction du foulard dans les universités, votée par le parlement turc le 6 février dernier. Il nuance : tant que la femme se déclare musulmane, elle doit se couvrir la tête. Bon, nos compagnes ne sont donc a priori pas concernées. Il souligne que les discussions sur la nécessité de porter le foulard sont de nature politique. En termes religieux, « il ne fait aucun doute qu’il devrait être porté ». Il ajoute que les règles de l’islam sont « inaltérables ». C’est le même petit homme courtois qui a déclaré aussi, et sans rire, que « la Turquie est formidablement en avance en matière de laïcité (sic) et en ce sens elle a beaucoup de chose à apporter à l’Europe » (re-sic). Une étude étayait déjà il y a deux ans l’irrésistible progression du voile islamique dans la société turque L’enquête, réalisée par l’institut de sondages Konda pour le compte du quotidien Milliyet (libéral-national) révéla en effet que la proportion de femmes couvrant leurs cheveux était passée de 64 % en 2003 à 69,4% en 2007. Parmi elles, celles qui revêtent le türban, un voile couvrant à forte connotation islamique, étaient passées de 3,5% à 16,2%. Il y avait donc 14 millions de femmes voilées dans le pays, chiffre en progression (AFP / Islam-Pluriel). Le gouvernement Erdogan encourage ses partisans et leurs entreprises à stimuler un mode de vie islamique. De nombreux témoignages troublants existent sur les formes de pression exercées tout particulièrement sur les femmes. Et d’abord celles qui ne sont pas vêtues de manière suffisamment « islamique » ou qui partagent l’espace public avec les hommes. Un nombre croissant d’hôtels et de municipalités offrent ainsi des piscines séparées, des maillots de bain de la tête à la cheville pour les femmes (le superbe hasema). Des publicités « immorales » ont été altérées par certains journaux en allongeant les manches et les jupes des mannequins. Et les imams, employés de l’Etat faut-il le rappeler, continuent de fustiger l’attitude des femmes qui osent sortir et travailler. Le projet de loi sur l’adultère qui devait criminaliser l’infidélité a du moins été abandonné sous la pression de l’Armée, des médias et de l’U.E. La presse proche du pouvoir insiste qu’il n’est pas approprié pour les médecins d’examiner les patients de sexe féminin, et vice versa. Certains étudiants en médecine ont mis beaucoup d’efforts pour tenter d’appliquer ces règles de la charia, mais les autorités hospitalières turques les en ont empêchés.

Dans ce pays réputé buveur de café, les hommes consomment en fait surtout du thé, du raki (le pastis local) et de l’excellente bière. Il faut bien constater qu’en une décennie les choses ont changé, de nombreux établissements ont tout simplement cessé de servir de l’alcool. Du fait des tracasseries et des menaces, les points de vente ont chuté de 12 % depuis 2005. Les municipalités gouvernées par l’AKP sont en train d’établir des zones sans alcool. Il est y désormais interdit aux clubs sportifs de vendre de d’alcool. Les entreprises de boissons alcoolisées ne peuvent plus parrainer des activités sportives. Enfin, l’instance nationale de régulation de la radio et de la télévision (RTÜK) entreprend désormais de censurer les scènes où l’on boit de l’alcool à la télévision.

Après la moralité, le Premier Ministre mène aussi des attaques sur deux autres fronts intérieurs. Il s’en prend aux enseignants du pays, mais aussi à la Justice. Un recteur d’Université, des professeurs, des magistrats, ont ainsi été mis sur la touche à partir d’accusations forgées de toutes pièces. L’indépendance d’une Cour n’a fait qu’intensifier la détermination de M. Erdogan de soumettre l’institution judiciaire. Un nombre considérable de diplômés d’écoles coraniques sont désormais nommés en tant que juges et destinés à servir de futurs instruments de la loi religieuse.  Bien plus, Recep Erdogan a menacé de se dispenser de l’appareil judiciaire !. Cela provient d’une autre attaque montée par le gouvernement contre les universités laïques du pays, dossier porté devant la Cour européenne des droits de l’Homme par une étudiante qui a insisté pour avoir le droit de porter en classe le voile prohibé. Cet appel ayant été rejeté, M. Erdogan a alors déclaré : « Cette Cour n’a pas le droit de se prononcer sur cette question. Ce droit dépend des seuls oulémas (clercs musulmans) ».

Recep Erdogan n’est pas un politicien parmi d’autres, venu de nulle part. C’est un croyant doublé d’un militant. Issu d’une école coranique, il a été modelé par une confrérie islamique, (tarika) C’est un univers complexe mais incontournable dans le monde turcophone. Elles regroupent des millions d’adeptes et disposent de structures et de revenus solides. Elles ont largement participé à la réislamisation de la vie politique turque au cours des dures décennies 1980-1990. Parmi elles, celle des Nurcu (pron. Nourdjou) Elle fut fondée en 1926 par Said Nursi, un kurde qui fut d’une part un spiritualiste et d’autre part une éminence grise. Ils allient l’éloge de l’économie de marché, l’incitation à l’étude et la nostalgie du califat aboli par Kemal Atatürk en 1924. Aujourd’hui la figure centrale de cette galaxie est Fetullah Gülen qui prône une vision conservatrice de l’islam. Il a été condamné dès 1998 pour « tentative de saper les institutions laïques du pays et dissimulation de ses méthodes derrière une image modérée et démocratique ».

En exil aux Etats-Unis, il a bâti un empire, qui allie sans vergogne nationalisme turc « néo-ottoman » et télévangélisme à l’américaine. Il dirige ainsi aujourd’hui un réseau de plus de 300 écoles islamiques et six universités en Turquie sans compter 200 écoles à l’étranger, de la Tanzanie à la Chine, du Maroc aux Philippines, et, bien sûr, dans les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale. Une banque, plusieurs chaînes de télévision, des journaux, un site internet en douze langues et de nombreux organismes de bienfaisance complètent cet arsenal.

Officiellement, son mouvement compte environ un million de fidèles, y compris …des dizaines de milliers de fonctionnaires, de diplomates et de magistrats turcs protégés par le Premier ministre Recep Erdogan, son fidèle disciple. Aussi, un tribunal d’Ankara l’a-t-il acquitté d’accusations d’avoir créé une « organisation illégale dans le but de renverser l’État laïque de Turquie pour le remplacer par un État régi par la charia ». Nombre de Turcs, démocrates ou kémalistes, le comparent à Khomeiny et craignent en effet que son retour en Turquie ne transforme Ankara en un autre Téhéran. Sous une apparence de piété mystique, pensent-ils, Fetullah Gülen et ses disciples projettent de transformer la Turquie en théocratie.  Les gouvernements du Turkménistan, du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan ne sont pas loin de le penser qui se méfient de ses écoles qui forment là-bas de nouvelles élites.

Les Nurcu et Fetullah Gülen n’ont en effet pas chômé. Ils ont élaboré une synthèse turco-musulmane, véritable métapolitique islamique, qui a coloré par étapes le pouvoir. En témoignent l’ancien premier ministre et président de la république Turgut Özal (décédé en 1993), l’ancien premier ministre Necmettin Erbakan (en 1996-97), l’actuel premier ministre Erdogan, mais aussi Bülent Arinc, président du parlement en 2002–07, l’ancien Ministre des affaires étrangères et actuel président de la république, élu en 2007, Abdullah Gül. Tous proviennent de la confrérie ou ont été fortement influencés par elle.

Le gouvernement turc vient d’ouvrir une « filiale Europe » pour sa DINAYET. Si les oulémas que la Turquie enverra à Bruxelles adhèrent aux enseignements de Fethullah Gülen, les Européens ont de quoi s’inquiéter.  Une source proche des milieux militaires turcs nous le confirme : au-delà de ce qu’il est convenu de nommer le « camp occidental », la Turquie s’éloigne consciemment un peu plus chaque jour du modèle de laïcité qu’elle prétendait afficher dans le monde musulman. « Ils se montrent sans masque désormais. Il y a un gouvernement islamiste et un président islamiste. Tout est désormais en place pour réislamiser à fond le pays ». Loin de vouloir adhérer aux droits de l’Homme et au modèle européen, le parti au pouvoir a simplement considéré le processus d’accession à l’U.E. comme « un moyen d’empêcher l’armée d’intervenir pour préserver le gouvernement laïque » C’est elle en effet qui sera le dernier obstacle à la consolidation du pouvoir islamiste en Turquie.

La Turquie peut cependant parler aujourd’hui beaucoup plus librement que la plupart des pays musulmans à commencer par les pays arabes. Il ne faut pas sous-estimer notre voisine. Son armée demeure la seconde de l’OTAN par ses effectifs. Elle représente la 15e économie mondiale et siège actuellement au Conseil de sécurité des Nations Unies. Elle joue donc dans la cour des grands et entend être respectée. A Davos le 30 janvier dernier, Recep Erdogan l’a rappelé à sa façon : excédé depuis plusieurs semaines par l’intervention israëlienne à Gaza qui l’avait surpris au moment même où il s’employait à relancer les négociations syro-israéliennes, il s’est fâché, a mouché Shimon Peres avant de claquer la porte. Au cours de la conférence de presse qui a suivi, il a déclaré que le Président israélien ne devait pas le traiter « en chef de tribu » et qu’il apprendrait encore comment on s’adresse au Premier Ministre de la Turquie. Sacré Erdogan !

Dominique FABRE, Minute 20 mai 2009.

08/06/2009

Loi électorale

Loi Electorale. — Il n'est pas bête ce projet de baser le nombre des députés sur le nombre des électeurs, au lieu que, jusqu'alors, il était basé sur la population totale. On pourra donc, en ne se faisant pas inscrire au registre du troupeau votant : d'abord échapper soi-même au dégoût d'être représenté par un sordide politicien ; ensuite, par cette abstention et le bon exemple, diminuer le nombre des députés. Excellent, ce projet qui permettra d'arriver à une sorte d'anarchisme pacifique, par la seule vertu de l'abstention. Voilà un bon terrain de propagande : semez l'abstention, peut-être récolterez-vous la liberté ? Rêve ! Sans doute, mais celui-là n'est pas mauvais.

R. de G. Epilogues 1, p. 183.

http://www.remydegourmont.org/de_rg/oeuvres/epilogues/not...

 

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01/06/2009

Bourbaki

bourbaki2.jpg[Novembre 1897].

Bourbaki. — On croit avoir fait l'éloge d'un général par le mot : bravoure. Cela dirait beaucoup pour un soldat, pour un colonel ; cela n'est rien pour un commandant d'armée. La bravoure (mépris du danger) est le mérite des gens qui n'ont pas d'autre mérite ; la plupart des animaux sont braves parce qu'ils sont inintelligents ; les bêtes stupides ne reculent jamais ; les bêtes frottées à l'homme cèdent et fuient dès qu'elles sentent leur infériorité. L'homme moyen d'aujourd'hui, et même le plus humble, a trop de nervosité pour être naturellement brave ; alors, le sentiment surmonté, la bravoure lui sera un mérite. Mais le général en chef a un autre devoir : l'intelligence, — et, ici, précisée : le coup d'œil, la décision, l'autorité. Bourbaki, brave colonel, fut un général misérable, comme tous ses contemporains. Faut-il dire : puisqu'il fut battu ? Presque, car la seule utilité sociale d'un général est d'être vainqueur. Les Romains, durs et logiques, dégradaient le général vaincu ; les Hollandais pendirent un amiral qui s'était laissé battre. Bourbaki, d'ailleurs, essaya de se tuer. L'intention était bonne — quoiqu'il eût mieux fait de tuer ses adversaires. On a vraiment abusé du noble gloria victis, de cette parole suprême qu'on n'a peut-être pas eu le droit de prononcer plus de trois ou quatre fois depuis le commencement de l'histoire. Proférée à propos des défaites de 1870, elle signifie simplement : gloire à l'incapacité.

Qui fera l'anthologie des sottises proférées sur ce sujet, depuis plus de vingt-cinq ans ? A quelles niaiseries, à quelles pauvretés verrait-on alors toujours accolée l'idée de patrie ! Il est incompréhensible que ce mot ne puisse jamais s'avancer seul, dans sa nudité significative. Je lisais hier : « En dehors de l'église, l'armée est le seul endroit où l'on parle encore de ces choses démodées qu'on appelle le dévouement, le désintéressement, l'abnégation, l'esprit de subordination et de sacrifice, où l'on apprend à un misérable, qui n'a souvent ni feu ni lieu, qu'il doit se faire tuer pour ceux qui possèdent, dans une soumission sublime à l'entité idéale intangible, qu'il ne comprend pas et qui s'appelle : patrie. » Cynisme ? Non. L'auteur de ces lignes est un publiciste catholique, honorable, estimé, M. A. de Ganniers, et l'opinion qu'il expose est très répandue. La phrase est anthologique ; j'espère qu'elle sera recueillie par les journaux populaires.

R. de G., Epilogues 1, pp. 172-174.

http://www.remydegourmont.org/de_rg/oeuvres/epilogues/tex...

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25/05/2009

Sous le ciel de l'insurrection

Loup.jpgVoici les réponses aux questions que nous avons posées par écrit à Julien Coupat. Mis en examen le 15 novembre 2008 pour "terrorisme" avec huit autres personnes interpellées à Tarnac (Corrèze) et Paris, il est soupçonné d'avoir saboté des caténaires SNCF. Il est le dernier à être toujours incarcéré. (Il a demandé à ce que certains mots soient en italique).

Comment vivez-vous votre détention ?

Très bien merci. Tractions, course à pied, lecture.

Pouvez-nous nous rappeler les circonstances de votre arrestation ?

Une bande de jeunes cagoulés et armés jusqu'aux dents s'est introduite chez nous par effraction. Ils nous ont menacés, menottés, et emmenés non sans avoir préalablement tout fracassé. Ils nous ont enlevés à bord de puissants bolides roulant à plus de 170 km/h en moyenne sur les autoroutes. Dans leurs conversations, revenait souvent un certain M. Marion [ancien patron de la police antiterroriste] dont les exploits virils les amusaient beaucoup comme celui consistant à gifler dans la bonne humeur un de ses collègues au beau milieu d'un pot de départ. Ils nous ont séquestrés pendant quatre jours dans une de leurs "prisons du peuple" en nous assommant de questions où l'absurde le disputait à l'obscène.

Celui qui semblait être le cerveau de l'opération s'excusait vaguement de tout ce cirque expliquant que c'était de la faute des "services", là-haut, où s'agitaient toutes sortes de gens qui nous en voulaient beaucoup. A ce jour, mes ravisseurs courent toujours. Certains faits divers récents attesteraient même qu'ils continuent de sévir en toute impunité.

Les sabotages sur les caténaires SNCF en France ont été revendiqués en Allemagne. Qu'en dites-vous?

Au moment de notre arrestation, la police française est déjà en possession du communiqué qui revendique, outre les sabotages qu'elle voudrait nous attribuer, d'autres attaques survenues simultanément en Allemagne. Ce tract présente de nombreux inconvénients : il est posté depuis Hanovre, rédigé en allemand et envoyé à des journaux d'outre-Rhin exclusivement, mais surtout il ne cadre pas avec la fable médiatique sur notre compte, celle du petit noyau de fanatiques portant l'attaque au cœur de l'Etat en accrochant trois bouts de fer sur des caténaires. On aura, dès lors, bien soin de ne pas trop mentionner ce communiqué, ni dans la procédure, ni dans le mensonge public.

Il est vrai que le sabotage des lignes de train y perd beaucoup de son aura de mystère : il s'agissait simplement de protester contre le transport vers l'Allemagne par voie ferroviaire de déchets nucléaires ultraradioactifs et de dénoncer au passage la grande arnaque de "la crise". Le communiqué se conclut par un très SNCF "nous remercions les voyageurs des trains concernés de leur compréhension". Quel tact, tout de même, chez ces "terroristes"!

Vous reconnaissez-vous dans les qualifications de "mouvance anarcho-autonome" et d'"ultragauche"?

Laissez-moi reprendre d'un peu haut. Nous vivons actuellement, en France, la fin d'une période de gel historique dont l'acte fondateur fut l'accord passé entre gaullistes et staliniens en 1945 pour désarmer le peuple sous prétexte d'"éviter une guerre civile". Les termes de ce pacte pourraient se formuler ainsi pour faire vite : tandis que la droite renonçait à ses accents ouvertement fascistes, la gauche abandonnait entre soi toute perspective sérieuse de révolution. L'avantage dont joue et jouit, depuis quatre ans, la clique sarkozyste, est d'avoir pris l'initiative, unilatéralement, de rompre ce pacte en renouant "sans complexe" avec les classiques de la réaction pure – sur les fous, la religion, l'Occident, l'Afrique, le travail, l'histoire de France, ou l'identité nationale.

Face à ce pouvoir en guerre qui ose penser stratégiquement et partager le monde en amis, ennemis et quantités négligeables, la gauche reste tétanisée. Elle est trop lâche, trop compromise, et pour tout dire, trop discréditée pour opposer la moindre résistance à un pouvoir qu'elle n'ose pas, elle, traiter en ennemi et qui lui ravit un à un les plus malins d'entre ses éléments. Quant à l'extrême gauche à-la-Besancenot, quels que soient ses scores électoraux, et même sortie de l'état groupusculaire où elle végète depuis toujours, elle n'a pas de perspective plus désirable à offrir que la grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop. Son destin est de décevoir.

Dans la sphère de la représentation politique, le pouvoir en place n'a donc rien à craindre, de personne. Et ce ne sont certainement pas les bureaucraties syndicales, plus vendues que jamais, qui vont l'importuner, elles qui depuis deux ans dansent avec le gouvernement un ballet si obscène. Dans ces conditions, la seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste, son seul ennemi réel dans ce pays, c'est la rue, la rue et ses vieux penchants révolutionnaires. Elle seule, en fait, dans les émeutes qui ont suivi le second tour du rituel plébiscitaire de mai 2007, a su se hisser un instant à la hauteur de la situation. Elle seule, aux Antilles ou dans les récentes occupations d'entreprises ou de facs, a su faire entendre une autre parole.

Cette analyse sommaire du théâtre des opérations a dû s'imposer assez tôt puisque les renseignements généraux faisaient paraître dès juin 2007, sous la plume de journalistes aux ordres (et notamment dans Le Monde) les premiers articles dévoilant le terrible péril que feraient peser sur toute vie sociale les "anarcho-autonomes". On leur prêtait, pour commencer, l'organisation des émeutes spontanées, qui ont, dans tant de villes, salué le "triomphe électoral" du nouveau président.

Avec cette fable des "anarcho-autonomes", on a dessiné le profil de la menace auquel la ministre de l'intérieur s'est docilement employée, d'arrestations ciblées en rafles médiatiques, à donner un peu de chair et quelques visages. Quand on ne parvient plus à contenir ce qui déborde, on peut encore lui assigner une case et l'y incarcérer. Or celle de "casseur" où se croisent désormais pêle-mêle les ouvriers de Clairoix, les gamins de cités, les étudiants bloqueurs et les manifestants des contre-sommets, certes toujours efficace dans la gestion courante de la pacification sociale, permet de criminaliser des actes, non des existences. Et il est bien dans l'intention du nouveau pouvoir de s'attaquer à l'ennemi, en tant que tel, sans attendre qu'il s'exprime. Telle est la vocation des nouvelles catégories de la répression.

Il importe peu, finalement, qu'il ne se trouve personne en France pour se reconnaître "anarcho-autonome" ni que l'ultra-gauche soit un courant politique qui eut son heure de gloire dans les années 1920 et qui n'a, par la suite, jamais produit autre chose que d'inoffensifs volumes de marxologie. Au reste, la récente fortune du terme "ultragauche" qui a permis à certains journalistes pressés de cataloguer sans coup férir les émeutiers grecs de décembre dernier doit beaucoup au fait que nul ne sache ce que fut l'ultragauche, ni même qu'elle ait jamais existé.

A ce point, et en prévision des débordements qui ne peuvent que se systématiser face aux provocations d'une oligarchie mondiale et française aux abois, l'utilité policière de ces catégories ne devrait bientôt plus souffrir de débats. On ne saurait prédire, cependant, lequel d'"anarcho-autonome" ou d'"ultragauche" emportera finalement les faveurs du Spectacle, afin de reléguer dans l'inexplicable une révolte que tout justifie.

La police vous considère comme le chef d'un groupe sur le point de basculer dans le terrorisme. Qu'en pensez-vous?

Une si pathétique allégation ne peut être le fait que d'un régime sur le point de basculer dans le néant.

Que signifie pour vous le mot terrorisme?

Rien ne permet d'expliquer que le département du renseignement et de la sécurité algérien suspecté d'avoir orchestré, au su de la DST, la vague d'attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes internationales. Rien ne permet d'expliquer non plus la soudaine transmutation du "terroriste" en héros à la Libération, en partenaire fréquentable pour les accords d'Evian, en policier irakien ou en "taliban modéré" de nos jours, au gré des derniers revirements de la doctrine stratégique américaine.

Rien, sinon la souveraineté. Est souverain, en ce monde, qui désigne le terroriste. Qui refuse d'avoir part à cette souveraineté se gardera bien de répondre à votre question. Qui en convoitera quelques miettes s'exécutera avec promptitude. Qui n'étouffe pas de mauvaise foi trouvera un peu instructif le cas de ces deux ex – "terroristes" devenus l'un premier ministre d'Israël, l'autre président de l'Autorité palestinienne, et ayant tous deux reçus, pour comble, le Prix Nobel de la paix.

Le flou qui entoure la qualification de "terrorisme", l'impossibilité manifeste de le définir ne tiennent pas à quelque provisoire lacune de la législation française : ils sont au principe de cette chose que l'on peut, elle, très bien définir : l'antiterrorisme dont ils forment plutôt la condition de fonctionnement. L'antiterrorisme est une technique de gouvernement qui plonge ses racines dans le vieil art de la contre-insurrection, de la guerre dite "psychologique", pour rester poli.

L'antiterrorisme, contrairement à ce que voudrait insinuer le terme, n'est pas un moyen de lutter contre le terrorisme, c'est la méthode par quoi l'on produit, positivement, l'ennemi politique en tant que terroriste. Il s'agit, par tout un luxe de provocations, d'infiltrations, de surveillance, d'intimidation et de propagande, par toute une science de la manipulation médiatique, de l'"action psychologique", de la fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du policier et du judiciaire, d'anéantir la "menace subversive" en associant, au sein de la population, l'ennemi intérieur, l'ennemi politique à l'affect de la terreur.

L'essentiel, dans la guerre moderne, est cette "bataille des cœurs et des esprits" où tous les coups sont permis. Le procédé élémentaire, ici, est invariable : individuer l'ennemi afin de le couper du peuple et de la raison commune, l'exposer sous les atours du monstre, le diffamer, l'humilier publiquement, inciter les plus vils à l'accabler de leurs crachats, les encourager à la haine. "La loi doit être utilisée comme simplement une autre arme dans l'arsenal du gouvernement et dans ce cas ne représente rien de plus qu'une couverture de propagande pour se débarrasser de membres indésirables du public. Pour la meilleure efficacité, il conviendra que les activités des services judiciaires soient liées à l'effort de guerre de la façon la plus discrète possible", conseillait déjà, en 1971, le brigadier Frank Kitson [ancien général de l'armée britannique, théoricien de la guerre contre-insurrectionelle], qui en savait quelque chose.

Une fois n'est pas coutume, dans notre cas, l'antiterrorisme a fait un four. On n'est pas prêt, en France, à se laisser terroriser par nous. La prolongation de ma détention pour une durée "raisonnable" est une petite vengeance bien compréhensible au vu des moyens mobilisés, et de la profondeur de l'échec; comme est compréhensible l'acharnement un peu mesquin des "services", depuis le 11 novembre, à nous prêter par voie de presse les méfaits les plus fantasques, ou à filocher le moindre de nos camarades. Combien cette logique de représailles a d'emprise sur l'institution policière, et sur le petit cœur des juges, voilà ce qu'auront eu le mérite de révéler, ces derniers temps, les arrestations cadencées des "proches de Julien Coupat".

Il faut dire que certains jouent, dans cette affaire, un pan entier de leur lamentable carrière, comme Alain Bauer [criminologue], d'autres le lancement de leurs nouveaux services, comme le pauvre M. Squarcini [directeur central du renseignement intérieur], d'autres encore la crédibilité qu'ils n'ont jamais eue et qu'ils n'auront jamais, comme Michèle Alliot-Marie.

Vous êtes issu d'un milieu très aisé qui aurait pu vous orienter dans une autre direction…

"Il y a de la plèbe dans toutes les classes" (Hegel).

Pourquoi Tarnac?

Allez-y, vous comprendrez. Si vous ne comprenez pas, nul ne pourra vous l'expliquer, je le crains.

Vous définissez-vous comme un intellectuel? Un philosophe ?

La philosophie naît comme deuil bavard de la sagesse originaire. Platon entend déjà la parole d'Héraclite comme échappée d'un monde révolu. A l'heure de l'intellectualité diffuse, on ne voit pas ce qui pourrait spécifier "l'intellectuel", sinon l'étendue du fossé qui sépare, chez lui, la faculté de penser de l'aptitude à vivre. Tristes titres, en vérité, que cela. Mais, pour qui, au juste, faudrait-il se définir?

Etes-vous l'auteur du livre L'insurrection qui vient ?

C'est l'aspect le plus formidable de cette procédure : un livre versé intégralement au dossier d'instruction, des interrogatoires où l'on essaie de vous faire dire que vous vivez comme il est écrit dans L'insurrection qui vient, que vous manifestez comme le préconise L'insurrection qui vient, que vous sabotez des lignes de train pour commémorer le coup d'Etat bolchevique d'octobre 1917, puisqu'il est mentionné dans L'insurrection qui vient, un éditeur convoqué par les services antiterroristes.

De mémoire française, il ne s'était pas vu depuis bien longtemps que le pouvoir prenne peur à cause d'un livre. On avait plutôt coutume de considérer que, tant que les gauchistes étaient occupés à écrire, au moins ils ne faisaient pas la révolution. Les temps changent, assurément. Le sérieux historique revient.

Ce qui fonde l'accusation de terrorisme, nous concernant, c'est le soupçon de la coïncidence d'une pensée et d'une vie; ce qui fait l'association de malfaiteurs, c'est le soupçon que cette coïncidence ne serait pas laissée à l'héroïsme individuel, mais serait l'objet d'une attention commune. Négativement, cela signifie que l'on ne suspecte aucun de ceux qui signent de leur nom tant de farouches critiques du système en place de mettre en pratique la moindre de leurs fermes résolutions; l'injure est de taille. Malheureusement, je ne suis pas l'auteur de L'insurrection qui vient – et toute cette affaire devrait plutôt achever de nous convaincre du caractère essentiellement policier de la fonction auteur.

J'en suis, en revanche, un lecteur. Le relisant, pas plus tard que la semaine dernière, j'ai mieux compris la hargne hystérique que l'on met, en haut lieu, à en pourchasser les auteurs présumés. Le scandale de ce livre, c'est que tout ce qui y figure est rigoureusement, catastrophiquement vrai, et ne cesse de s'avérer chaque jour un peu plus. Car ce qui s'avère, sous les dehors d'une "crise économique", d'un "effondrement de la confiance", d'un "rejet massif des classes dirigeantes", c'est bien la fin d'une civilisation, l'implosion d'un paradigme : celui du gouvernement, qui réglait tout en Occident – le rapport des êtres à eux-mêmes non moins que l'ordre politique, la religion ou l'organisation des entreprises. Il y a, à tous les échelons du présent, une gigantesque perte de maîtrise à quoi aucun maraboutage policier n'offrira de remède.

Ce n'est pas en nous transperçant de peines de prison, de surveillance tatillonne, de contrôles judiciaires, et d'interdictions de communiquer au motif que nous serions les auteurs de ce constat lucide, que l'on fera s'évanouir ce qui est constaté. Le propre des vérités est d'échapper, à peine énoncées, à ceux qui les formulent. Gouvernants, il ne vous aura servi de rien de nous assigner en justice, tout au contraire.

Vous lisez "Surveiller et punir" de Michel Foucault. Cette analyse vous paraît-elle encore pertinente?

La prison est bien le sale petit secret de la société française, la clé, et non la marge des rapports sociaux les plus présentables. Ce qui se concentre ici en un tout compact, ce n'est pas un tas de barbares ensauvagés comme on se plaît à le faire croire, mais bien l'ensemble des disciplines qui trament, au-dehors, l'existence dite "normale". Surveillants, cantine, parties de foot dans la cour, emploi du temps, divisions, camaraderie, baston, laideur des architectures : il faut avoir séjourné en prison pour prendre la pleine mesure de ce que l'école, l'innocente école de la République, contient, par exemple, de carcéral.

Envisagée sous cet angle imprenable, ce n'est pas la prison qui serait un repaire pour les ratés de la société, mais la société présente qui fait l'effet d'une prison ratée. La même organisation de la séparation, la même administration de la misère par le shit, la télé, le sport, et le porno règne partout ailleurs avec certes moins de méthode. Pour finir, ces hauts murs ne dérobent aux regards que cette vérité d'une banalité explosive : ce sont des vies et des âmes en tout point semblables qui se traînent de part et d'autre des barbelés et à cause d'eux.

Si l'on traque avec tant d'avidité les témoignages "de l'intérieur" qui exposeraient enfin les secrets que la prison recèle, c'est pour mieux occulter le secret qu'elle est : celui de votre servitude, à vous qui êtes réputés libres tandis que sa menace pèse invisiblement sur chacun de vos gestes.

Toute l'indignation vertueuse qui entoure la noirceur des geôles françaises et leurs suicides à répétition, toute la grossière contre-propagande de l'administration pénitentiaire qui met en scène pour les caméras des matons dévoués au bien-être du détenu et des directeurs de tôle soucieux du "sens de la peine", bref : tout ce débat sur l'horreur de l'incarcération et la nécessaire humanisation de la détention est vieux comme la prison. Il fait même partie de son efficace, permettant de combiner la terreur qu'elle doit inspirer avec son hypocrite statut de châtiment "civilisé". Le petit système d'espionnage, d'humiliation et de ravage que l'Etat français dispose plus fanatiquement qu'aucun autre en Europe autour du détenu n'est même pas scandaleux. L'Etat le paie chaque jour au centuple dans ses banlieues, et ce n'est de toute évidence qu'un début : la vengeance est l'hygiène de la plèbe.

Mais la plus remarquable imposture du système judiciaro-pénitentiaire consiste certainement à prétendre qu'il serait là pour punir les criminels quand il ne fait que gérer les illégalismes. N'importe quel patron – et pas seulement celui de Total –, n'importe quel président de conseil général – et pas seulement celui des Hauts-de-Seine–, n'importe quel flic sait ce qu'il faut d'illégalismes pour exercer correctement son métier. Le chaos des lois est tel, de nos jours, que l'on fait bien de ne pas trop chercher à les faire respecter et les stups, eux aussi, font bien de seulement réguler le trafic, et non de le réprimer, ce qui serait socialement et politiquement suicidaire.

Le partage ne passe donc pas, comme le voudrait la fiction judiciaire, entre le légal et l'illégal, entre les innocents et les criminels, mais entre les criminels que l'on juge opportun de poursuivre et ceux qu'on laisse en paix comme le requiert la police générale de la société. La race des innocents est éteinte depuis longtemps, et la peine n'est pas à ce à quoi vous condamne la justice : la peine, c'est la justice elle-même, il n'est donc pas question pour mes camarades et moi de "clamer notre innocence", ainsi que la presse s'est rituellement laissée aller à l'écrire, mais de mettre en déroute l'hasardeuse offensive politique que constitue toute cette infecte procédure. Voilà quelques-unes des conclusions auxquelles l'esprit est porté à relire Surveiller et punir depuis la Santé. On ne saurait trop suggérer, au vu de ce que les Foucaliens font, depuis vingt ans, des travaux de Foucault, de les expédier en pension, quelque temps, par ici.

Comment analysez-vous ce qui vous arrive?

Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive aussi bien. C'est d'ailleurs, ici, la première mystification du pouvoir : neuf personnes seraient poursuivies dans le cadre d'une procédure judiciaire "d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", et devraient se sentir particulièrement concernées par cette grave accusation. Mais il n'y a pas d'"affaire de Tarnac" pas plus que d'"affaire Coupat", ou d'"affaire Hazan" [éditeur de L'insurrection qui vient]. Ce qu'il y a, c'est une oligarchie vacillante sous tous rapports, et qui devient féroce comme tout pouvoir devient féroce lorsqu'il se sent réellement menacé. Le Prince n'a plus d'autre soutien que la peur qu'il inspire quand sa vue n'excite plus dans le peuple que la haine et le mépris.

Ce qu'il y a, c'est, devant nous, une bifurcation, à la fois historique et métaphysique: soit nous passons d'un paradigme de gouvernement à un paradigme de l'habiter au prix d'une révolte cruelle mais bouleversante, soit nous laissons s'instaurer, à l'échelle planétaire, ce désastre climatisé où coexistent, sous la férule d'une gestion "décomplexée", une élite impériale de citoyens et des masses plébéiennes tenues en marge de tout. Il y a donc, bel et bien, une guerre, une guerre entre les bénéficiaires de la catastrophe et ceux qui se font de la vie une idée moins squelettique. Il ne s'est jamais vu qu'une classe dominante se suicide de bon cœur.

La révolte a des conditions, elle n'a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l'Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d'opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu'un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n'a aucun titre à exister et mérite seulement d'être mis à bas ? C'est une affaire de sensibilité.

La servitude est l'intolérable qui peut être infiniment tolérée. Parce que c'est une affaire de sensibilité et que cette sensibilité-là est immédiatement politique (non en ce qu'elle se demande "pour qui vais-je voter ?", mais "mon existence est-elle compatible avec cela ?"), c'est pour le pouvoir une question d'anesthésie à quoi il répond par l'administration de doses sans cesse plus massives de divertissement, de peur et de bêtise. Et là où l'anesthésie n'opère plus, cet ordre qui a réuni contre lui toutes les raisons de se révolter tente de nous en dissuader par une petite terreur ajustée.

Nous ne sommes, mes camarades et moi, qu'une variable de cet ajustement-là. On nous suspecte comme tant d'autres, comme tant de "jeunes", comme tant de "bandes", de nous désolidariser d'un monde qui s'effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. Heureusement, le ramassis d'escrocs, d'imposteurs, d'industriels, de financiers et de filles, toute cette cour de Mazarin sous neuroleptiques, de Louis Napoléon en version Disney, de Fouché du dimanche qui pour l'heure tient le pays, manque du plus élémentaire sens dialectique. Chaque pas qu'ils font vers le contrôle de tout les rapproche de leur perte. Chaque nouvelle "victoire" dont ils se flattent répand un peu plus vastement le désir de les voir à leur tour vaincus. Chaque manœuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d'autres termes : la situation est excellente. Ce n'est pas le moment de perdre courage.

Propos recueillis par Isabelle Mandraud et Caroline Monnot

Article paru dans Le Monde du 26.05.09

08/05/2009

Dénoncé par Albanel, viré par TF1

Un cadre de TF1 hostile à la loi Hadopi a écrit à sa députée, Françoise de Panafieu. Qui a fait suivre à la ministre de la Culture. Qui a transmis à la chaîne. Qui l’a licencié.

C’est le premier martyr d’Hadopi. Cet homme de 31 ans, Jérôme Bourreau-Guggenheim, respon sable du pôle innovation web de TF1, a été, selon nos informations, licencié pour avoir critiqué le projet de loi Création et Internet (Hadopi). Allons bon. Mais il y a mieux : si Jérôme Bourreau a été viré par la Une, c’est suite à une dénonciation du… ministère de la Culture dont l’hôte, Christine Albanel, est l’artisan de la fameuse loi qui doit réprimer le téléchargement illégal. Et la chaîne qui a abouti au licenciement ne serait pas complète sans mentionner la députée UMP de Paris Françoise de Panafieu  : c’est auprès d’elle que Jérôme Bourreau s’est ouvert de ses critiques envers Hadopi. Critiques transmises au ministère de la Culture qui les a transmises à TF1. Résultat : à la porte.

L’histoire commence le 19 février. Ce jour là, Jérôme Bourreau, qui habite le XVIIe arrondissement de Paris, décide d’écrire à sa députée, Françoise de Panafieu. Le sujet : Hadopi. « Je suivais ça avec beaucoup d’attention, raconte Jérôme Bourreau à Libération, j’avais beaucoup lu sur la question, c’est un sujet qui me touche, d’abord parce que c’est mon métier, et puis parce que je suis passionné par le Web. » Le nouveau et rutilant site de TF1, c’est lui. Pourquoi Panafieu ? « Mes parents m’ont toujours appris que quand on n’est pas d’accord, plutôt que de critiquer, il faut agir. » Alors il écrit, par mail, à Françoise de Panafieu, tout le mal qu’il pense de Hadopi. Ce mail, il l’envoie de son adresse personnelle, chez Gmail. D’abord, il se présente : études à Dauphine (où, badine-t-il, il a rencontré le neveu de Panafieu), « diverses responsabilités dans le secteur des nouveaux médias » et aujourd’hui « responsable du pôle innovation web » de TF1. Puis il déroule en termes mesurés son argumentaire anti-Hadopi. Qu’il conclut ainsi : « Madame la députée, je compte sur votre clairvoyance pour porter ma voix. »

Mais sa voix va porter beaucoup plus loin. Le 4 mars, il est convoqué par Arnaud Bosom, président de eTF1 qui s’occupe des activités numériques de la Une. « Et là, raconte Jérôme Bourreau, il me lit le mail mot à mot  ! Et me dit qu’il ne peut pas laisser passer ça, que je n’ai pas le droit d’avoir cette opinion. Mais moi, je ne me suis pas écrasé, mon opinion est libre, et surtout je l’avais exprimée à titre privé dans une correspondance privée  ! » Comment le mail envoyé à Panafieu atterrit-il sur le bureau de Bosom ? Il lui explique que c’est le ministère de la Culture qui l’a transmis. A Jean-Michel Counillon, directeur juridique de TF1, même si aujourd’hui, officiellement, la Une dit n’en rien savoir. En avril, Bourreau est convoqué à un entretien préalable à une sanction pouvant aller jusqu’au licenciement. Et c’est jusqu’au licenciement que TF1 va.

Le 16 avril, Jérôme Bourreau reçoit sa lettre de « licenciement pour divergence forte avec la stratégie » de TF1. Etonnante lettre, dont Libération a eu copie  : le groupe y reproche à son salarié son mail à Panafieu « par lequel [il] fais[ait] valoir, en tant que salarié du groupe, [son] hostilité au projet de loi Création et Internet ». Et TF1 l’écrit noir sur blanc  : « Cette correspondance nous est parvenue via le cabinet du ministre de la Culture qui l’a adressée le jour même à la société TF1. »

Mais le meilleur est à venir : « Nous considérons cette prise de position comme un acte d’opposition à la stratégie du groupe TF1 [pour qui] l’adoption de ce projet de loi est un enjeu fort », écrit la DRH. Avant de reprocher à Bourreau d’avoir « mis [le] groupe en difficulté, [sa] position faisant apparaître le défaut d’alignement d’un responsable “web” avec la position officielle défendue par la direction. » On résume  : en plus de la délation, on apprend que Hadopi est un enjeu fort de la stratégie de TF1, qui défend officiellement la loi. Ce qui laisse songeur quand on voit, sur le sujet, le manque d’objectivité des JT de la Une. Interrogé par Libération, un porte-parole de TF1 tente de se rattraper aux branches et évoque des « prises de position anti-Hadopi publiques de Jérôme Bourreau à l’intérieur de l’entreprise ». Ce qui n’est pourtant pas mentionné dans la lettre de licenciement.

Jérôme Bourreau lui est « dégoûté » : « La stratégie de TF1, ironise t-il, c’est de gagner de l’argent, pas de soutenir une loi. » Son avocat, Me Emmanuel Noirot, est en train de saisir les prud’hommes : « Pour licenciement injustifié dans la mesure où l’opinion de mon client est une opinion privée politique mais aussi technique sur Hadopi et que, selon le code du travail, un employé ne peut pas être discriminé en fonction de ses opinion politiques. » Me Noirot saisit également la Halde : « C’est une discrimination, un délit d’opinion, c’est purement scandaleux », assène-t-il.

Chez Françoise de Panafieu, où l’on se souvient du mail, on « tombe du platane »  : « J’ai trouvé le mail intéressant, explique Marie-Christine Méchet, son attachée parlementaire, je l’ai transféré au cabinet du ministère pour obtenir un argumentaire. » Méchet, à qui Libération a appris le licenciement de Jérôme Bourreau, se dit « hallucinée : c’est extrêmement grave ». Au ministère de la Culture, on ne cache pas son embarras : « Nous sommes extrêmement surpris. » Et si on se souvient du mail, on ne sait pas comment il a atterri à TF1. Evidemment  : quand apparaissent au grand jour les liaisons dangereuses entre le ministère de la Culture de Nicolas Sarkozy et la chaîne privée détenue par son meilleur ami Martin Bouygues, ça fait désordre.

Libération, 7 mai 2009

11/04/2009

Benoit XVI est réaliste

261007_benoit_xvi_big.jpgLe discours de Benoît XVI sur le préservatif est tout simplement réaliste

LE MONDE | 10.04.09 | 14h02  •  Mis à jour le 10.04.09 | 16h36

A la lecture de votre lettre adressée à Benoît XVI, dans Le Monde du 25 mars, nous nous demandons s'il est encore possible de réfléchir sur le sens de la sexualité humaine, des comportements et des modèles sexuels qu'une société génère, sans être aussitôt sommé de se taire, au nom d'une vision purement technologique en la matière et qui, au reste, ne prend pas en compte toutes les études épidémiologiques.

Aujourd'hui, un groupe de mots prononcés par Benoît XVI est retenu et discuté dans les médias : "(...) cela risque d'augmenter le problème." Il ne s'agit pas pour le pape d'examiner les éventuelles défaillances de l'objet prophylactique suite à des ruptures ou dérobades, ni d'évoquer sa résistance et l'hypothèse de sa porosité.

Le problème ne porte pas sur cet aspect, que doivent continuer de traiter les laboratoires de fabrication et les médecins. Le préservatif est bien la technologie la plus efficace. Mais il n'est pas la mesure préventive la plus efficace. En effet, dans de nombreux pays d'Afrique, la proportion des personnes porteuses du virus est trop élevée pour que l'épidémie soit freinée par le préservatif seul.

Bien des épidémiologistes travaillant dans le domaine de la lutte contre l'épidémie du VIH en Afrique s'étonnent du manque d'information que révèlent les prises de positions contre la déclaration du pape. Par exemple, Edward Green, directeur du Aids Prevention Research Project (APRP) de l'université de Harvard, lors d'une interview dit, en parlant de l'Afrique : "Théoriquement, le préservatif devrait marcher, et théoriquement, une utilisation du préservatif devrait conduire à de meilleurs résultats que pas d'utilisation. Mais cela, c'est théorique... Nous ne trouvons pas d'association entre une utilisation plus fréquente du préservatif et une réduction des taux de contamination par le VIH" ("Harvard Researcher Agrees with Pope on Condoms in Africa", Catholic News Agency, mars 2009).

Il n'y a aucun pays avec une épidémie généralisée qui ait réussi à baisser la proportion de la population infectée par le VIH grâce aux campagnes centrées sur l'utilisation du seul préservatif. Les cas de baisse de la transmission du VIH publiés dans la littérature scientifique sont associés à la mise en oeuvre de "l'abstinence" et de "la fidélité" en plus des préservatifs dans la triade ABC, abstinence (A), fidélité (B, pour Be faithful - sois fidèle) et utilisation de préservatifs (C, pour condom).

En d'autres termes, seuls les programmes qui ont sérieusement recommandé le retard de l'activité sexuelle des jeunes et la monogamie mutuelle (ce que les chrétiens appellent la fidélité) ont été couronnés de succès. C'est ce qu'a illustré la fameuse étude portant sur l'Ouganda ("Population-Level HIV Declines and Behavioral Risk Avoidance in Uganda", Rand L. Stoneburner et Daniel Low-Beer, Science, 30 avril 2004 ; "Reassessing HIV Prevention", M. Potts, D. Halperin et al. Science, 9 mai 2008).

Les seuls pays qui ont réussi à baisser la prévalence sont ceux qui ont introduit A et B dans tous les secteurs de la société, l'école, l'entreprise, l'université, les médias, les églises ("The Time Has Come for Common Ground on Preventing Sexual Transmission of HIV", D. Halperin, M.J. Steiner, M.M. Cassell, E.C. Green, N. Hearst, D. Kirby, H.D. Gayle, W. Cates, Lancet, novembre-décembre 2004).

L'Eglise catholique propose A et B depuis toujours. Les spécialistes de l'épidémiologie soulignent que l'abstinence et la fidélité ont jusqu'à ce jour évité 6 millions de morts en Afrique.

Le pape fait remarquer que "nous risquons d'aggraver le problème" du sida si les programmes de prévention s'appuient seulement sur les préservatifs. Ceci aussi est l'état des connaissances en matière de santé publique et d'épidémiologie. Les programmes de prévention centrés sur le préservatif donnent un message inadapté à la population en général et en particulier aux jeunes. Ils véhiculent le message : "Tout ce que vous faites avec le sexe est en toute sécurité, sans risque, tant que vous utilisez des préservatifs."

Ce qui est faux. En effet, ce type de campagne mène généralement à un phénomène de compensation des risques. Si les gens se sentent en sécurité à 100 % aussi longtemps qu'ils utilisent des préservatifs, ils ont tendance à prendre plus de risques. Par exemple, les jeunes qui ne sont pas encore engagés dans des rapports sexuels commencent à le faire, ou ceux qui ont des rapports sexuels, commencent à avoir plus de partenaires - exactement ce dont le VIH a besoin pour se propager.

Ce phénomène de compensation des risques a été largement décrit dans la littérature scientifique. Des études ont notamment été conduites sur des échantillons représentatifs de la jeunesse aux Philippines, au Salvador, ou encore en Espagne. Dans chacun de ces cas, les jeunes qui croient que les préservatifs sont efficaces à 100 % ont tendance à avoir des rapports sexuels plus tôt, un phénomène de compensation des risques classique.

Le discours du pape est réaliste et juste : il nous interroge sur une vision de la prévention limitée au seul préservatif. Il adopte un point de vue anthropologique et moral, compréhensible par tous, pour critiquer une orientation uniquement technologique qui, à elle seule, n'est pas en mesure de juguler la pandémie, comme l'a noté aussi en son temps l'ONU. En l'espace de vingt-cinq ans, ces campagnes centrées sur le préservatif n'ont pas réussi à la réduire. Le discours exclusivement technologique se comprend si l'on choisit de refuser l'abstinence et la fidélité.

Cependant, une autre approche doit également être proposée, qui fait davantage appel au sens de la conscience humaine et de la responsabilité ; en réalité il s'agit d'une démarche pédagogique concernant le sens des comportements sexuels. Mais cette perspective, on s'en aperçoit, est difficilement entendue actuellement dans le discours social collé à une pensée pragmatique. Le préservatif est devenu une sorte de tabou incritiquable, un fétiche, qui devrait, curieusement, participer à la définition de la sexualité. N'est-ce pas une façon cynique de masquer des interrogations ? Faut-il en venir à l'idée que le préservatif protège de tout même de la pensée ?

Réfléchir sur les comportements sexuels devient à ce point douloureux que cela provoque l'ire de nombreux militants et idéologues en la matière. En ce sens, les propos du pape ne sont pas "régressifs" ; au contraire ils nous sortent de la régression et nous invitent à nous confronter aux faits et aux enjeux.

Le pape, lui, parle des hommes et de leur vie. Ce que les médias européens taisent, les Africains ont su l'entendre lors de son voyage. Les Africains dénoncent la partialité des médias occidentaux en affirmant qu'une fois de plus on leur vole leur histoire, leurs ressources et leur vie, en les envahissant avec une idéologie comportementale qui bouleverse leurs cultures.

Ce sont des attitudes morales qui humanisent l'expression sexuelle. Le préservatif, comme moyen de prévention dans la lutte contre le sida, n'est ni un principe de vie, ni une façon de personnaliser et d'humaniser la sexualité, ni même la seule finalité de la prévention. Quand une démarche d'éducation au sens de la responsabilité, au sens de la sexualité vécue dans le respect de soi et de l'autre et au sens de l'engagement et de la fidélité n'est pas présentée. L'excès de dérégulation financière nous conduit à une impasse. Que résultera-t-il d'un abandon des références morales de la sexualité ?

Tony Anatrella, psychanalyste, spécialiste en psychiatrie sociale et consulteur du conseil pontifical pour la santé ;

Michele Barbato, gynéco-obstétricien de Milan, président de l'Institut européen d'éducation familiale ;

Jokin de Irala, médecin épidémiologiste, docteur de l'université du Massachusetts, coauteur du livre "Avoiding Risk, Affirming Life", à paraître aux Etats-Unis, directeur adjoint du département de médecine préventive et de santé publique à l'université de Navarre, Espagne ;

René Ecochard, professeur de médecine, épidémiologiste, chef de service de biostatistique du CHU de Lyon ;

Dany Sauvage, présidente de la Fédération africaine d'action familiale.

 

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04/04/2009

OTAN, le choix ontologique

Le choix de notre pleine réintégration du commandement "intégré" de l'OTAN soulève non seulement des questions stratégiques mais une interrogation relative à notre être. Qui sommes-nous, la France et l'Europe par la France? Un continent à la recherche de son identité et de sa puissance, ou la mémère de l'Occident à la remorque d'un fils vigoureux mais un peu con? Il est regrettable de conclure que la seconde réponse est sans doute la plus réaliste et que notre grand garçon boutonneux et spermatique est mieux à même que nous d'assurer notre défense... en attendant les Jaunes (ou les Verts, ou la grande dégrinrigolade).

Quelques éléments de réflexion...

24/03/2009

Cuisine et sexe: les nouveaux interdits américains

avortement2.jpgCuisine et sexe: les nouveaux interdits américains

par Jonathan Weiss, Professeur émérite, écrivain

Le Monde 23.03.09

Depuis les années 1950, la façon dont les Américains appréhendent la cuisine et le sexe a changé. C'est le sujet d'un article de Mary Eberstadt du Hoover Institution, intitulé "Is Food the New Sex ?"

Depuis soixante ans, écrit-elle, il y a eu un renversement dans le rapport entre la morale et la nourriture et le sexe. Là où l'acte de manger et ce qu'on mangeait étaient moralement neutres, cet acte est devenu aujourd'hui lourd de signification morale. Et là où l'acte sexuel s'entourait de nombreux interdits, cet acte est devenu aujourd'hui libre de presque toute portée morale.

Dans les années 1950, ce qu'on mangeait relevait du goût ; aujourd'hui, on applique à ce qu'on mange l'impératif catégorique de Kant : en mangeant j'agis selon des principes que je considère applicables à tout être humain, car ces principes relèvent du bien et du mal. Par contre mon comportement sexuel est libre de cet impératif catégorique, car, dans ma vie sexuelle, j'agis selon mes propres désirs, sans les transformer en principes universels ; j'admets donc une variété de comportements sans y attacher aucun opprobre.

Les habitudes culinaires des Américains ont certes beaucoup changé. Il y a soixante ans on mangeait les steaks, le veau, les plats riches et la crème fouettée. Mis à part quelques aliments condamnés par notre tradition culinaire (le cheval, le lapin), l'Américain était plus ou moins omnivore.

Le changement le plus remarquable dans la cuisine américaine n'est pas dans la nouvelle variété des aliments, mais dans la valeur que la société attache à ce qu'elle mange. Les matières grasses sont à proscrire ; on dira d'un yaourt qu'il est fat free, le mot free étant chargé de sens moral. En ce qui concerne la viande, la situation relève d'une hiérarchie complexe, surtout chez les végétariens. Ainsi par exemple manger de la viande rouge est moins moral que manger du poulet ou du poisson, le comportement le plus moral étant de ne manger aucune chair d'animal ni de poisson. Quand un végétarien proclame que la viande rouge n'est pas bonne pour la santé, ce n'est pas parce qu'il en a fait une analyse nutritive, mais parce que la viande, qui provient d'un acte violent (l'abattage d'un animal) est impure en soi.

Michelle Obama va planter un potager sur la pelouse de la maison blanche, pour avoir, dit-elle, des légumes frais à table, mais les Américains verront son geste comme un geste patriotique. Le PDG du yaourt bio Stonyfield Farm déclare qu'il ne veut pas seulement vendre son produit mais "changer le monde". S'il est peu probable que les activistes et les végétariens réussissent à interdire le foie gras et le veau, ils ont déjà réussi à imposer un système de valeurs qui est en train de pénétrer la société américaine. Manger n'est plus simplement se faire plaisir ; ce que je mange reflète mes valeurs morales.

Par contre, dans le domaine de la sexualité, les valeurs morales sont de plus en plus absentes. Il y a cinquante ans la religion avaient imposé au comportement sexuel une distinction entre le bien et le mal. L'homosexualité était condamnée comme étant un acte impur, mais même au sein de l'hétérosexualité certains comportements étaient inacceptables. L'association entre sexualité et religion avait comme conséquence l'interdiction de l'avortement, mais aussi la prohibition de la vente des contraceptifs. Aucun acte ne relevait d'autant d'interdits que l'acte sexuel.

Il serait sans doute exagéré de dire que l'acte sexuel aujourd'hui n'implique plus aucune valeur morale, mais l'Amérique est moins puritaine que par le passé. Le scandale Clinton-Monica Lewinsky a marqué la fin d'une ère. Les sondages de l'époque révèlent que le peuple américain se souciait peu, dans sa très grande majorité, de la vie sexuelle de son président. Clinton avait une cote de popularité entre 58 et 72 pour cent pendant toute la période du scandale, et 42 pour cent seulement des Américains approuvaient la procédure de destitution. En d'autres termes, le public refusait d'appliquer au comportement sexuel de son président l'impératif catégorique de Kant.

Si les Américains sont devenus (presque) aussi libres dans leur attitude envers le sexe que les Français, dans le domaine culinaire les Français se rapprochent (un peu) des Américains. Les végétariens sont moins nombreux en France qu'aux Etats-Unis, et les traditions culinaires plus tenaces. Mais la popularité des produits bio en France témoigne d'un changement. Comme les Américains, les Français aiment avoir la conscience tranquille en mangeant. Ils digèrent mieux un poulet élevé en plein air, non pas parce qu'il est plus facile à digérer mais parce qu'en le mangeant on croit bien faire.

Si nos deux sociétés évoluent vers une métaphysique de la nourriture et vers une neutralisation morale des actes sexuels, c'est que certains facteurs, tels que l'abondance de la nourriture et la contraception, le permettent. Sans doute, dans cinquante ans, nos attitudes ne seront plus les mêmes.

20/03/2009

Et préserve-nous du mal

Pas de doute. Cet homme-là, c’est Satan ou l’Antéchrist. S’il ouvre la bouche, ce ne sont pas des mots qui sortent de ses lèvres, mais l’odieux son des trompettes du Jugement. Il répaBenoitXVINoel.jpgnd plus de plaies que l’Egypte ne pourra jamais en compter, a un petit faible pour les négationnistes et les violeurs de fillettes (surtout quand ils sont brésiliens) et, comble de l’horreur, prescrit au monde entier de choper le sida en baisant sans capote.

Une chose est sûre : avec le départ de George Bush de la Maison Blanche, la planète médiatique avait perdu son grand méchant loup. Elle vient de s’en fabriquer un à sa mesure : Benoît XVI est désormais l’ennemi mondial numéro un. Qu’il dise un mot ou reste coi, il est devenu le salaud de prédilection de notre temps. Et c’est bien parti pour que cet état ne prenne fin qu’avec son pontificat.

Avouons que, pour le rôle du grand méchant loup, c’est un bon client. Il est allemand, c’est-à-dire très bon pour les machines-outils, cancre pour les relations publiques ; il est catholique, chose détestable dans un monde où existent des religions un peu plus conformes à l’idée de coolitude (droit-de-l’hommisme, écologie, obamisme, etc.) ; il essaie de faire des phrases et de conduire des raisonnements, en un temps où l’auditeur lambda décroche dès le premier mot prononcé.

L’affaire de la capote africaine – sale coup porté aux Anglais – illustre parfaitement ce déphasage entre le Souverain Pontife et la sphère médiatique. L’ensemble de notre presse et de notre personnel politique pousse depuis mercredi des cris d’orfraie et condamne unanimement celui qui prétend que “l’utilisation du préservatif aggrave le problème du sida”. Ce matin, Pierre Bergé invitait sans rire les catholiques à “changer de religion” – sans toutefois leur promettre un abonnement gratuit à Têtu, la philanthropie a ses limites. A midi, sur France Inter, Stéphane Bern, tout en nuances, qualifiait les propos papaux de “génocidaires”. A ce rythme, Josef Ratzinger devrait être déféré ce soir devant le TPI et exécuté demain à l’aube. Il n’est pas même jusqu’à Alain Juppé qui n’ait brandi son pavois de haute moralité parmi tous les boucliers levés, pour dénoncer la fâcheuse manie de ce pape à vouloir rester droit dans ses bottes. Encore un effort participatif, Citoyens, et il se trouvera bien quelqu’un pour accuser Benoît XVI d’être un nouveau Guillaume Dustan et de prôner le barebacking dans les caves du Vatican où demeure encore vivace le souvenir de Rodrigue Borgia, un temps taulier sous le nom d’Alexandre VI.

On a même vu s’exprimer – la chose ne s’était guère produite depuis Jules Ferry et son discours sur l’homme blanc – un racisme bienpensant : les Africains sont des êtres tellement serfs et dénués de raison que, le saviez-vous, ils suivent à la lettre tout ce que dit le pape. Et Daniel Cohn-Bendit, parmi cent autres bonnes âmes, d’accuser Ratzinger de “meurtre prémédité”. Décryptage : le pape dit qu’il ne faut pas mettre de capote ; donc Banania, il nique sans, chope le sida et finit par crever dans sa case. Les nègres, faut leur parler comme à des enfants. C’est plus du tiers-mondisme, c’est Tintin au Congo réinventé.

Au fait, outrecuidante question, qu’a-t-il dit mardi dernier, le pape, dans l’avion qui le menait à Yaoundé ? Il répondait à la question d’un journaliste sur la position des catholiques face au sida. Benoît XVI a expliqué dans un premier temps que l’Eglise est présente au jour le jour aux côtés des malades : plus de 25 % des séropositifs dans le monde sont pris en charge par des institutions catholiques (hôpitaux, dispensaires, communautés). Puis il a enchaîné sur la phrase qui prétendument tue : “Je dirais qu’on ne peut pas résoudre le problème du sida avec l’argent, même s’il est nécessaire. On ne peut pas résoudre le problème du sida avec la distribution de préservatifs ; au contraire elle aggrave le problème. La solution est double : d’abord, une humanisation de la sexualité, un renouveau spirituel, humain, intérieur, qui permet ainsi de se comporter différemment avec les autres. Et deuxièmement, une amitié, une disponibilité pour les personnes qui souffrent.” Dans la version publiée sur le site du Vatican, les propos ont un brin changé : “l’argent” est remplacé par “des slogans publicitaires” et “elle aggrave le problème” par “le risque est d’augmenter le problème”.

Nulle part, le pape ne dit qu’il ne faut pas utiliser de capotes. Nulle part, il n’en condamne l’usage. Il dit simplement qu’on ne peut pas se contenter de cette solution et qu’en distribuant à l’Afrique des préservatifs on se donne certainement bonne conscience, mais on ne règle rien du tout. Et quand on ne règle pas un problème, on l’aggrave… Le continent africain, ce n’est pas le Marais. Il ne suffit pas de négocier un prix de gros à la société Durex pour faire de la distribution gratuite, de demander à Line Renaud de tourner un spot télé ni d’arborer une fois l’an un petit ruban rouge à sa boutonnière. Si d’ailleurs la question du préservatif pouvait tout régler, il serait criminel que la communauté internationale ne se mobilise pas pour envoyer au quasi milliard d’Africains de quoi se protéger… L’enjeu est bien d’une toute autre nature.

Le premier problème, c’est l’ampleur du désastre : en 2007, 22 millions de personnes étaient infectées sur le continent africain selon Onusida. C’est la première cause de mortalité et la maladie y est, plus que partout ailleurs, un facteur de mort sociale. Lutter contre l’exclusion et la stigmatisation des malades (en leur offrant “une amitié, une disponibilité”) n’est pas une pontificale lubie : il s’agit de changer les mentalités, de faire admettre que le sida n’est pas la maladie de l’autre, mais un véritable risque qui pèse sur tous. On n’a jamais vu dans l’histoire aucune épidémie reculer grâce à la stigmatisation et à l’exclusion. En ce sens, l’appel que lance le pape à la fraternité envers les malades n’est pas une billevesée ni une niaiserie de catéchisme : c’est une étape prophylactique essentielle.

L’autre grande question, c’est la prévention et l’information des populations. Au Nigeria, au Congo, au Cameroun, les équipes locales ne se contentent pas de distribuer des capotes, elles en expliquent l’usage (qui n’est pas multiple), tentent de lutter contre les préjugés (elle ne rend pas stérile), encouragent le dépistage et promeuvent aussi abstinence et fidélité… N’en déplaise aux bonnes âmes pour lesquelles le noir est doté d’un appétit sexuel à la mesure de son appareil génital, les valeurs morales trouvent un écho souvent favorable chez les chrétiens comme chez les musulmans du continent africain. Pourquoi s’en passerait-on ? On sait en Europe que les prophylaxies efficaces sont celles qui savent s’adapter à chacun des publics qu’elles visent. Or, en Afrique, le mot d’ordre devrait être : fous ta capote et tais-toi ? La prévention n’est pas une chose simple : elle implique de former des équipes locales, d’ouvrir des centres de dépistage, mais surtout de prendre en compte la réalité de l’Afrique contemporaine, bref de ne pas se dédouaner en utilisant le mot “préservatif” comme grigri, mais de mener des actions de fond.

Le troisième problème – et de loin, le plus important –, c’est l’accès aux soins. Autant le dire tout de suite : si vous êtes africain et contractez la maladie, votre chance d’être soigné est proche de zéro. Les antirétroviraux sont excessivement chers et, contrairement à l’Inde, l’Afrique ne dispose d’aucun laboratoire pharmaceutique capable de les produire sous leur forme générique. Elle les importe donc, quand on le lui permet.

Hier justement, les douanes néerlandaises ont saisi à l’aéroport Schiphol d’Amsterdam une cargaison entière d’antirétroviraux à destination du Nigéria, au prétexte que le laboratoire indien les produisant porterait atteinte aux intérêts des laboratoires pharmaceutiques propriétaires du brevet… Business is business. Mais qui s’en soucie, qui va pousser de grands cris, qui va jouer de petits couplets indignés ? Qui va accuser nos amis bataves de se comporter comme des meurtriers en puissance ? Qui va dire fuck une bonne fois pour toutes à ces gens qui préfèrent défendre le droit des brevets que la vie humaine ? Circulez, y a rien à voir. C’est plus vendeur, coco, d’accabler le grand Satan du Vatican que de rentrer dans les détails. D’ailleurs, mardi, à peine était-il descendu de son avion que Benoît XVI a prononcé un discours à Yaoundé : il réclamait la gratuité des soins pour les personnes atteintes du sida, c’est-à-dire l’accès des malades aux antirétroviraux. Ça n’a pas fait une ligne dans les journaux. Pourtant, ça n’aurait arraché la gueule d’aucun de mes honorables confrères si prompts à l’indignation de relayer cette info : un pape qui fait sien l’un des plus anciens combats d’Act up (”Des molécules pour qu’on s’encule”), ça n’est pas tous les jours que ça arrive… Le pape est punk : c’est pas un beau titre, ça ?

Ah non, j’oubliais. La question, on vous l’a dit et répété, c’est la capote ! C’est qu’elle n’est plus, dans nos sociétés occidentales, un simple moyen de prophylaxie. Elle est une religion : les barebackers qui refusent le préservatif dans leurs rapports sexuels sont appelés relaps en français. Ce mot est directement tiré du vocabulaire religieux de la pire espèce, celui de l’Inquisition : est relaps qui est retombé dans l’hérésie après l’avoir abjurée. On ne fait pas grief au relaps de sa sexualité effrénée, on lui reproche simplement d’avoir déserté la clientèle de Durex ou Mannix. Puisque la seule question qui vaille est la capote, le jour viendra où, dans des affaires de viol en réunion, le port du préservatif jouera comme une circonstance atténuante. Pourrait-on s’interroger, ne serait-ce qu’un moment, sur cette société où la règle consiste à tout consommer, même les corps ?

Bien entendu que non. Chacun est invité à adopter la pornonomie comme seule moralité. Et le temps viendra où un pape agira, depuis le balcon de Saint-Pierre, comme le premier prof de sciences nat’ venu. Il sortira un vague godemiché et déroulera un bout de plastique tout le long du fac-similé turgescent. Il aura, faute d’habitude, l’air un peu emprunté. Mais il s’y fera. Et il conviera peut-être, dans un lumineux élan, le monde entier à un orgasme multiple, participatif et protégé. Le monde entier, sauf l’Afrique, car elle aura crevé, elle, après avoir eu le droit de tout consommer, sexe et capotes, indignations et beaux discours. Elle aura eu le droit de tout consommer, sauf les trithérapies. Désolé, homme noir, toi pas avoir assez argent.

http://www.causeur.fr/

Et préserve-nous du mal

Le monde s’est inventé un nouveau grand Satan tout blanc

François Miclo

20.03.09

15:46 Publié dans Apocalypse | Lien permanent | Commentaires (0)

15/03/2009

Le système bancaire américain est insolvable

Article qui dresse un bilan synthétique de la situation économique mondiale... et elle n'est pas fameuse. Par l'un des analystes économiques actuellement les plus en vu sur la place. Rien à voir donc avec un quelconque hurluberlu expert en apocalypse.

22:00 Publié dans Apocalypse | Lien permanent | Commentaires (0)

Le moment de fraternité

Elisabeth Lévy s'entretient avec Regis Debray.

01:41 Publié dans Action psy | Lien permanent | Commentaires (0)

22/02/2009

Macbeth

"La Sorcellerie célèbre

Les rites de la pâle Hécate, et le meurtre efflanqué,

Alerté par sa sentinelle, le loup,

Dont le hurlement lui dit l'heure, d'un pas furtif,

Avec les enjambées de Tarquin le violeur, vers son dessein

Avance, comme un spectre."

12:00 Publié dans Cosmologie | Lien permanent | Commentaires (0)