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09/01/2010

La libération de la parole affole les censeurs

 

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Rioufol : La libération de la parole affole les censeurs

 

8 janvier 2010

Il va être difficile, en 2010, de ­faire taire le peuple. Les censeurs, qui insultent à tours de bras ceux qui, de plus en plus nombreux, refusent d’emprunter leurs parcours fléchés, ne stopperont pas la libération de la parole, dont s’effrayent SOS-Racisme et ses élèves. La glasnost tant attendue s’impose comme l’acquis politique de 2009. Les pandores ont raison de craindre cette révolution : ils y laisseront des plumes. Les épurateurs éthiques vont beaucoup hurler, en agitant Vichy, la Shoah et autres outrances. Mais ils n’empêcheront plus de penser autrement. Cela ressemble déjà à une délivrance.

Drôles de démocrates que ces “progressistes” qui ne supportent pas la parole des autres. Après avoir injurié les Suisses, coupables de s’être prononcés par référendum contre les minarets, ils réclament l’arrêt du débat sur l’identité nationale, qualifié de nauséabond, raciste, islamophobe. Éric Besson, ministre de l’Immigration, a eu beau jeu de leur faire remarquer, mardi, la bonne tenue des commentaires. “Le débat ne se focalise pas sur l’immigration et l’islam”, s’est-il même défendu. Serait-ce donc honteux d’aborder ces sujets ? Ces tabous, qui dissimulent d’évidentes difficultés, sont devenus incongrus.

Le politiquement correct est tellement enraciné chez nos mandarins, que s’annoncent, de leur part, des résistances à la mesure des audaces des affranchis. Mais la pensée obligée traîne trop d’échecs, dont l’obamania n’est qu’un aperçu, pour prétendre encore à l’exemplarité. Ce qui aurait pu être un utile code de civilités s’est mué en une idéologie au service des minorités. La dérive autoritaire de ce conformisme, créateur de délits d’opinions et de lynchages, l’a rendu insupportable. Internet, “bénédiction pour la démocratie française” (Raymond Boudon, Le Figaro, lundi) donnera-t-il le coup de grâce à l’oligarchie ?

Les bilans désastreux des doctrinaires et de leurs perroquets devraient les inciter à la modestie. La déculturation, le surendettement, la désindustrialisation ne sont toujours pas au cœur de leurs préoccupations alors que ces déclins désespèrent les gens. Les élites ne voient-elles pas qu’elles parlent le plus souvent dans le vide ? Leur discrédit est tel que même le discours maternant de l’État sur la nécessité de se faire vacciner contre la grippe A n’a pas été jugé crédible par une majorité de Français. Quand un pays rechigne ainsi, il faut l’écouter dare-dare.

“Pas de Français de souche”

Éric Besson, qui aura tenté brièvement de s’échapper du moule, est-il certain d’avoir bien entendu les Français et de parler en leur nom ? Lundi, à La Courneuve, il a dit : “La France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble. Il n’y a pas de Français de souche, il n’y a qu’une France de métissage.” Mais qui a décidé de ces bouleversements qui coupent les racines d’un trait de plume ? Personne, sinon ces mêmes faiseurs d’opinion. C’est à eux que s’adresse le ministre en leur récitant, pour preuve de sa reddition après l’épreuve du feu, que la France n’est riche que de sa nouvelle diversité (voir mon blog). Le terrorisme intellectuel des coupeurs de têtes a décroché là son premier trophée de l’année.

“Diversité signifie déraciner les vieilles traditions qui excluent les gens et entravent la liberté des nouveaux ­venus”, écrit Christopher Caldwell dans un livre dérangeant qu’aucun éditeur français n’ose à ce jour traduire ni publier (Reflections on the ­Revolution in Europe). Journaliste au Financial Times, il est sur la liste noire de l’Inquisition : elle ne lui pardonne pas d’aborder la difficulté que rencontre l’Europe avec l’islam et de répondre par la négative à la question : le Vieux Continent peut-il rester le même avec en son sein des peuples différents ? Mais c’est ce que Besson semble admettre quand il renonce à maintenir un seul peuple en une nation. Ce réalisme est défendable, même s’il s’apparente à un renoncement. Mais que reproche-t-il au juste aux “Français de souche” ?

En fait, les palinodies sur l’identité nationale rendent le discours public de plus en plus incohérent. L’immigration est présentée comme un non-problème, mais il est aussi admis qu’elle en pose beaucoup ; l’islam demeure intouchable de peur de stigmatiser les musulmans (la critique du christianisme ou du Pape est, elle, sans limite) cependant que la burqa est devenue indésirable ; le chef de l’État parle d’”assimilation” et son ministre de l’Immigration de “conglomérat de peuples”. Quant au nationalisme, qui serait différent de la défense de la nation, il ne serait une vertu que quand les Palestiniens ou des peuples anciennement colonisés s’en réclament. Qui comprend ?

Alléger les concours ?

Et qui comprend le gouvernement quand il assure ne pas vouloir de quotas dans les grandes écoles… tout en y défendant l’objectif de 30 % de “boursiers” ? Au nom de la non-discrimination, mot phare du nouveau catéchisme, Luc Chatel et Valérie Pécresse se sont dits en effet favorables, cette semaine, à une réflexion sur un allégement du contenu des concours de sélection (surtout en anglais et en culture générale) dans l’enseignement supérieur. Un tombereau de calomnies, amorcées par Richard Descoings, directeur de Sciences Po, est alors tombé sur la Conférence des grandes écoles, qui a dit craindre, avec cette formule, une baisse du niveau des connaissances. Quoi ! Oser défendre l’élitisme ! Cependant, il est à parier que, là aussi, le bon sens des Français aurait des choses à dire à cette pensée unique que Philipe Séguin, mort hier, détestait tant. Le Figaro

08:34 Publié dans Action psy | Lien permanent | Commentaires (0)

03/01/2010

Le panneau à Florent

 

 

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Un panneau de sarcophage romain datant du 3e siècle après Jésus-Christ et ayant appartenu notamment à l'écrivain français Emile Zola a été vendu aux enchères jeudi à New York, a annoncé mardi le marchand d'art Sotheby's. Estimé entre 150 et 200.000 $, ce panneau de 2 mètres sur 63 cm a été adjugé pour 1,5 million $, apprend-on. Florent Heintz, vice-président des enchères d'art de l'antiquité romaine et égyptienne assure que la vente aura été particulièrement vive : les acquéreurs potentiels se sont battus pour obtenir cette pièce, particulièrement convoitée.

La pièce  était restée durant près de 300 ans à Rome dans la collection de la famille Borghèse. Zola en aurait fait l'acquisition en 1903 selon des documents que Florent Heintz a retrouvés dans la base de données du Musée du Louvre.

Ce panneau avant de deux mètres de long sur 63 cm de haut, "représentant quatre scènes dionysiaques dans un décor architectural sophistiqué, entouré de satyres et bacchantes, est une pièce rare, il n'en existe que quatre ou cinq au monde", a expliqué à l'AFP Florent Heintz, vice-président des enchères d'art de l'antiquité romaine et égyptienne chez Sotheby's. La découverte de l'acquisition de ce marbre par Emile Zola remonte à quelques jours à peine: le panneau est resté près de 300 ans à Rome dans la célèbre collection de la famille Borghese, puis est apparu successivement chez l'actrice française Cécile Sorel, qui en avait fait un élément de sa baignoire dans son hôtel particulier parisien, et chez Paul Reynaud, ministre sous la IIIe République en France et brièvement président du Conseil avant l'accession au pouvoir du maréchal Pétain. L'histoire de ce panneau avait une zone d'ombre d'une cinquantaine d'années, et en fouillant la base de données du Musée du Louvre, Florent Heintz a découvert qu'il faisait partie d'une "succession Emile Zola" ouverte en 1903, un an après la mort de l'auteur de "Thérèse Raquin" et de la fresque des "Rougon-Maquart".

"Dans son journal intime, Zola raconte comment, lors de son voyage à Rome, un ami diplomate, Edouard Lefebvre de Béhaine, l'avait emmené chez les Borghese, qui, ruinés, soldaient leurs marbres. Le couple Zola en avait acheté une dizaine, dont celui ci", assure Florent Heintz. Les marbres furent livrés en janvier 1895 au domicile parisien de l'écrivain, dont il reste une lettre aux douanes se plaignant du montant des taxes à l'importation qu'il avait dû payer.

 

15/11/2009

In memoriam

IN MEMORIAM

Le dernier des Mohicans. À propos de Claude Lévi-Strauss : un étrange maître

Claude Karnoouh

Novembre 2009

 

La disparition dans la nuit du samedi 31 octobre au 1er novembre de Claude Lévi-Strauss, retentit pour moi comme la fin d’une époque. Avec le philosophe-sociologue Henri Lefebvre et le philosophe Gérard Granel, il compose le triptyque des maîtres de mon apprentissage des humanités. Ces deux derniers disparus depuis longtemps, Claude Lévi-Strauss qui fut chronologiquement le second, représentait aujourd’hui le dernier nom d’une généalogie d’anthropologues, héritiers directs des fondateurs les plus glorieux de cette discipline qui, en sa définition théorique et pratique inaugurale, n’existe plus, parce qu’en l’espace de trois-quarts de siècle les derniers sauvages ont totalement disparu de la surface de la terre, la plupart s’étant transformés en lumpen de bidonville ou marionnettes exotiques pour touristes ignares en goguette… Devenue soit une sociologie d’une grande médiocrité, soit lorsqu’il s’agit des syncrétismes postmodernes les anthropologues, dans leur écrasante majorité, repoussent l’essence de la dynamique de la modernité techno-économique, ce que la vulgate médiatico-universitaire nomme la globalisation, aussi vieille que la conquête de l’Amérique, qui a totalement intégré, d’une manière ou d’une autre, l’ensemble des sociétés humaines non occidentales dans le « village global » occidental. Que ce soit sous forme d’élites mimétiques et très occidentalisées dans l’efficacité programmatique de la techno-économie (Japon, Chine, Inde, Brésil, Iran), d’élites compradores, simples concierges locaux du capital impérialiste ou, enfin, que ce soit, plus spectaculairement sinistre, les dizaines de millions d’hommes miséreux qui occupent les bidonvilles tentaculaires aux marges de villes tout aussi tentaculaires : tous appartiennent à la modernité tardive distribuée à ses deux pôles qui en constituent l’essence : le pôle de la misère, de l’extrême pauvreté, le pôle de la richesse, de l’extrême richesse ; bidonvilles de Bombay versus les quartiers protégés de la Californie, de la Floride, ou cet obscène Disneyland du super-capitalisme tardif, situé dans ce « nowhere » nommé Dubaï, avec ses grattes ciel monstrueux, ses centres commerciaux gigantesques voués à l’or et aux gadgets, ses îles artificielles pour milliardaires côté face, et, côté pile, sa main-d’œuvre étrangère quasi esclave venue d’Asie (Inde, Philippines, Indonésie) !1

Une fois passées les louanges insensées, les dithyrambes ignorants, les rodomontades médiatiques, les interviews et les biographies de scribouillards serviles où cet anthropologue, certes fort important dans l’histoire de la discipline, est présenté comme l’un des plus grands esprits du XXe siècle (Le Monde du 5 novembre 2009 titre : « Un géant de la pensée », mais alors quid de Bergson, Wittgenstein, Freud, Walter Benjamin, Martin Heidegger, Adorno, voire même de Sartre ou de Derrida ! Ce ne sont plus des géants, mais des demi-dieux, voire pour deux ou trois d’entre eux des dieux !). Une fois donc passé l’ouragan de l’enflure grotesque, on peut essayer de tirer rapidement un premier bilan d’une très longue vie consacrée à l’interprétation de la pensée et des pratiques sociales et cultuelles des peuples sauvages, essentiellement des Amérindiens et des Australiens d’une part, et, de l’autre, à méditer sur le devenir de l’espèce humaine en général.

Ce que l’on doit d’abord mettre en exergue, c’est le côté toujours modéré de Claude Lévi-Strauss. Dans les faits, il a fait fort peu de terrain, moins de trois mois en plusieurs séjours2, mais orienté par une bonne intuition et habité d’une empathie certaine à l’égard des sauvages, Nambikwara et autre Bororo, il put saisir certaines choses importantes de leur organisation sociale. De plus, doué d’un excellent talent narratif, d’une grande élégance d’écriture et du sens de la formule, il sut, au bon moment, populariser une posture en partie nouvelle à l’égard des sauvages. « Je hais les voyages et les explorateurs », ainsi commençait, par un oxymore, Tristes tropiques, son ouvrage de vulgarisation qui lui a assuré un large succès, très au-delà des cercles savants de la discipline, le faisant reconnaître auprès d’un vaste public a priori peu intéressé aux problématiques de l’anthropologie… Toutefois, n’étant pas en cette matière un amateur, lorsque je me remémore son œuvre en sa totalité, il me semble que son chef œuvre demeure Les Structures élémentaires de la parenté (sa thèse publiée en 1949, PUF, Paris), auquel il convient d’ajouter deux petits ouvrages essentiels, Le Totémisme aujourd’hui (Paris, PUF, 1962) d’une part, et La Geste d’Asdiwall (École Pratique des Hautes Études, Section des Sciences religieuses, Annuaire, Paris, 1958) de l’autre, ce dernier petit opuscule exposant et interprétant un mythe des Indiens du Nord-Ouest des États-Unis dans le cadre d’une analyse structuralo-phénoménologique qui malheureusement sera étendue, comparée et généralisée à l’ensemble du continent américain dans quatre lourds volumes, sans une connaissance directe des langues très différentes parlées par des dizaines de peuples. Or pendant les années où il dirigeait, parallèlement à son cours magistral du Collège de France, son séminaire dans le cadre du Laboratoire d’Anthropologie sociale qu’il avait créé, Claude Lévi-Strauss ne cessait d’inviter ses auditeurs, de jeunes universitaires et jeunes chercheurs, à faire de longs séjours de terrain en y apprenant la ou les langues parlées par les indigènes, seule approche empathique d’une culture… Il y avait là une contradiction jamais soulevée ni traitée par le maître…

Il y a toujours eu chez cet esprit élevé dans le champ d’une vaste culture classique, la personnalité d’une sorte de Rousseau modéré par un positivisme néokantien aporétique en ce que d’un côté, dans le regard et l’approche sentimentale, Lévi-Strauss manifestait une indéniable sympathie pour ces hommes étranges en voie d’extinction, tandis que du côté de l’intellect, il faisait passer la « pensée sauvage » à la moulinette des catégories a priori de la logique binaire propre à la cybernétique, lesquelles ont fort peu à voir avec la vie de l’esprit de cette pensée, avec ses ambiguïtés, ses paradoxes, ses polysémies, ses contradictions, ses niveaux et ses jeux de langue. Méthode et théorie incapables de mettre en évidence, en raison de la réduction à un jeu formel, l’innovation inouïe que représente la modernité dans l’histoire de l’humanité, quel que soit le nom qu’on lui donne, métaphysique du Capital ou métaphysique de la Technique. Ce qui se dégageait de cette posture n’était, au bout du compte, qu’une version, certes « soft », d’un universalisme sans Dieu, sans Divine providence ni Raison dans l’histoire, encore moins de dialectique, une sorte de monstre froid éradicateur des différences ontologiques au profit d’une combinatoire de facteurs identiques. De fait, nous avions affaire à l’une des résurgences du fond de la pensée de l’Occident : d’un côté, l’un des aspects caractéristiques de la soumission à une sorte d’ordre transcendant de la loi, ici de la loi des combinatoires (aspect profondément kantien de sa pensée), de l’autre une version du nihilisme généralisé propre à la modernité inscrit au cœur même de la prétendue scientificité des humanités.

Penseur paradoxal donc, car pendant longtemps il défendit bec et ongles la scientificité des sciences humaines, allant jusqu’à susciter des recherches afin d’élaborer les modèles mathématiques des structures de parenté telles qu’il les avait représentées, refusant avec dédain, comme son prédécesseur Émile Durkheim, les « creux bavardages » de la philosophie sur les essences, en particulier les approches de la phénoménologie, il surprit son monde un jour tardif de sa longue carrière quand le 8 octobre 1991, dans une interview donnée au journal Le Monde, il énonça cette profession de foi : « Les < sciences humaines > ne sont des sciences que par une flatteuse imposture. Elles se heurtent à une limite infranchissable, car les réalités qu’elles aspirent à connaître sont du même ordre de complexité que les moyens intellectuels qu’elles mettent en œuvre. » En d’autres mots, les objets de l’anthropologie sont des hommes doués d’une langue qui énonce, comme celle de celui qui les interroge, des abstractions. Ainsi Lévi-Strauss, sans le dire explicitement, en terminait tardivement avec la pensée sauvage comme « bricolage » (cf. Anthropologie structurale I). En effet, si les moyens d’énonciation de l’observateur et du sujet observé ressortent d’une même catégorie de la communication, la langue dans ses diversités grammaticales et ses multiples sens concrets et abstraits, ce sont donc deux conceptions du monde qui se font face, et souvent sans se comprendre, aussi la célèbre affirmation quant au bricolage qui serait la marque de la pensée sauvage doit-elle s’effacer, car, selon la proposition tardive du maître, les moyens intellectuels étant les mêmes chez l’observateur et l’observé (qualité ontologique de la langue-pensée), le bricolage est présent aussi bien chez l’un que chez l’autre. A cette unité ontologique des langues, il convient d’ajouter la différence ontique propre au rapport entre de deux langues, à savoir que la langue de l’observé est prise dans l’incertitude des approximations « domestiques » de celui qui l’observe (celle avec laquelle s’élabore le discours anthropologique) comme l’avait si justement remarqué et souligné Derrida. Dès lors que l’on tient compte en premier lieu de la capacité de conceptualisation de la langue de l’autre, la compréhension en devient de plus en plus énigmatique, de plus en plus cryptique, de plus en plus limitée à ce que nous pouvons formuler d’une pensée qui ne nous pense point, nous Occidentaux, et pour laquelle nous n’avons souvent pas de syntagmes nominaux et verbaux ou de foncteurs logiques équivalents. Donc, à 82 ans, Lévi-Strauss énonçait, un peu à l’emporte pièce, quelque chose que l’on savait depuis belle lurette, depuis les critiques de Nietzsche proférées contre les interprétations des présocratiques avec les moyens de la raison logique de la philosophie postplatonicienne, puis, cinquante ans plus tard, avec les critiques formulées par le second Heidegger sous le nom de « critique de la philosophie des valeurs », avec, à la même époque, les remarques subtiles de Werner Sombart promoteur en sociologie d’une empathie interne (Verstehen) entre sujet et objet, plutôt qu’une compréhension (Begreifen), enfin avec les insolentes et stimulantes remarques de Wittgenstein sur Le Rameau d’Or de Frazer. La prétendue scientificité des humanités ou des sciences de l’esprit n’a jamais été autre chose qu’un mauvais décalque des sciences de la nature. Jamais les humanités n’eussent dû quitter le terrain de l’herméneutique, domaine de l’interprétation qui commence dès l’observation et la détermination de l’objet, en bref, les laisser à ce rapport unique d’interrogations inquiètes (Sorge) que les hommes en leurs multiples voies et manières singulières entretiennent avec eux-mêmes, les autres et le monde qu’ils créent. Renvoyées à l’anthropologie, ces interrogations présentent en de multiples guises ce qui ferait de l’être-là de l’homme (Das Dasein) un événement unique dans le monde animal, sans que jamais il soit possible d’assigner une universalité à ce que nous pouvons entendre des interrogations des sauvages, sauf à les modeler sur les Weltanschauungen de notre Occident conquérant. Occident qui a déployé la conquête du monde sous l’égide d’une onto-théologie inaugurale (la philosophie grecque de Platon et d’Aristote) et ses incarnations successives : le tour chrétien (catholique et réformé), le tour des Lumières (la Raison transcendante), le premier tour économique (la première et la seconde colonisation), le second tour économique (la décolonisation pour une mise en dépendance de tous les dominés grâce à la dette) et, enfin, le tour politique (l’imposition de nos modes de pensée politique et de nos institutions comme le meilleur des mondes possibles, alors que les Sauvages, si j’en crois les meilleurs voyageurs, s’intéressaient essentiellement à cultiver leur jardin ou à guerroyer entre eux). Si la non-scientificité des sciences humaines est l’état indépassable des énoncés anthropologiques, alors ce sont des rayons entiers de bibliothèques, des centaines de kilogrammes d’ouvrages qu’il convient de jeter aux poubelles de l’histoire… Il semble que, selon son habitude de modération, le vieux maître n’ait pas osé aller plus avant dans la mise en cause de la « flatteuse imposture scientifique »… et cette attitude prudente fut toujours sa manière d’être tant dans le monde académique que dans la cité…

Certes, directeur d’études à ce qui se nommait alors la VIe section de l’EPHE, devenue plus tard l’EHESS, il n’a jamais été professeur à la Sorbonne lorsque ce titre avait encore une haute valeur symbolique… Ces travaux d’alors, ses recherches sur la structure sociale des Indiens Bororo et sur les éléments primaires de la parenté, manifestaient quelque chose de sulfureux pour le frileux establishment sorbonnard de l’époque, quoiqu’il fût pendant la guerre, le secrétaire de l’EPHE libre réfugiée à New York… Cependant, en le cantonnant à l’EPHE, puis en le faisant élire professeur au Collège de France en 1959, l’establishment se protégeait de son enseignement novateur tout en laissant manifester l’originalité de sa pensée (l’analyse structurale des faits de parenté et des faits sociaux des sauvages plus généralement) et en le maintenant éloigné des cursus des étudiants. Chacun y trouvait son compte, car son travail novateur ou paraissant tel était hautement valorisé par son poste dans l’Institution d’enseignement la plus prestigieuse de France fondée par François Ier en 1530 (à l’époque le Collège Royal), et cependant déliée de la délivrance de tout diplôme.

En dépit de ce début de carrière intellectuellement brillante parce qu’il allait y produire son chef œuvre publié en 1949 (et de manière surprenante non repris dans la collection de la Pléiade) et institutionnellement remarquable (en dépit de la Sorbonne), le professeur Lévi-Strauss se montra toujours d’une circonspection attentive à ne jamais s’opposer au courant général dans ses prises de positions sur les événements politiques majeurs de ce bas monde. Ainsi on ne lui connaît aucune protestation lors de la guerre française au Vietnam, ni au cours de la guerre d’Algérie bien plus proche et sensible pour l’ensemble du peuple français, ni enfin lors de la guerre étasunienne au Vietnam avec les moyens chimiques redoutables qu’elle mit en œuvre (napalm, défoliant ou Yellow rain dont les séquelles se font sentir encore aujourd’hui). Certes, Lévi-Strauss protesta contre le traitement destructeur des Indiens d’Amazonie dû à l’impéritie économique des autorités brésiliennes au cours des années 1960-1980, mais cela n’engageait ni le citoyen français, ni le professeur se rendant fréquemment aux États-Unis, car les Indiens étaient depuis fort longtemps des peuples sans pouvoir réduits à vivre dans des réserves : il s’agissait là d’une philanthropie sans danger aucun. À la même époque, un jeune anthropologue américain qui devait réaliser une brillantissime carrière institutionnelle, Marshall Shalins, s’était rendu à Hanoï, au Nord Vietnam, écrasé sous les bombes étasuniennes, ce qui à son retour lui valut la confiscation de son passeport et sa mise à l’index par les autorités étasuniennes jusqu’à la fin du conflit. Bref, Claude Lévi-Strauss s’est toujours gardé de tout excès d’engagement pour la défense des causes morales qui occupent souvent les intellectuels bien intentionnés (pas ceux qui pratiquent la morale à géométrie variable), avec certes les risques de se tromper, et parfois lourdement (errare humanum est !), voire même de se brûler, mais en s’ouvrant la possibilité de demeurer dans l’histoire comme témoin lucide et prémonitoire… C’est la différence fondamentale avec celui qui était son alter ego concurrentiel sur la scène publique française pendant les années 1950-1975, Jean-Paul Sartre, qu’il commença à fustiger dès lors que l’étoile de l’existentialisme commença à pâlir au profit de celle du structuralisme. C’est en raison de cette attitude mesurée et respectueuse des institutions, de cette discrétion toujours courtoise et distante, qu’il fut le premier et le seul anthropologue élu à l’Académie française. Or, là aussi, je ne crois pas que son élection comme membre de cette institution très mondaine (comme celle de Dumézil pour laquelle il mit en jeu son aura intellectuelle et son poids institutionnel) augmentât son grand prestige international ni ne diminuât les controverses tenues sur ses interprétations théoriques.

La gloire intellectuelle de Claude Lévi-Strauss est due à la mise en œuvre d’une méthode et de ses résultats théoriques que les ignorants et les flatteurs ont présentés plus ou moins comme sa propre invention : le structuralisme, un système ou des systèmes de combinatoires de catégories paradigmatiques binaires (nature et culture, le cru et le cuit, endogamie et exogamie, exemples fondateurs) ou ternaires (le triangle de la parenté fort bien explicité dans l’Anthropologie structurale I). Or ce que les spécialistes savent, c’est qu’elle a pour source les travaux linguistiques de Baudouin de Courtenay, Ferdinand de Saussure, ceux des formalistes russes, Troubetzkoy et Jakobson, et pour ce dernier l’influence directe qu’il exerça sur L-S fut déterminante dans son exil new-yorkais, entre 1940 et 1944, à la New School où tous deux enseignaient. Certes, l’originalité de Lévi-Strauss c’est d’avoir étendu l’axiomatique et la méthode structurale aux domaines de la parenté d’abord, de la mythologie ensuite. L’ensemble s’articulait, selon son postulat général et universel, valable pour toutes les sociétés humaines, autour de l’opposition nature/culture envisagée comme le fond ontologique de toute relation de parenté dans toute culture sous l’enjeu de l’inceste/non-inceste et de structure narrative mythologique. En déployant le général ou l’universel après une analyse de la parenté australienne, considérée comme le cœur des structures élémentaires de la parenté tant pour ce qui concerne l’alliance symétrique que pour l’alliance asymétrique, L-S ouvrait là la théorie à une interprétation générale et globale du devenir des sociétés humaines selon le modèle de la théorie des jeux qu’il consigna dans Race et histoire. Et c’est cette interprétation qui fit problème et engendra de violents débats avec tous les philosophes et les sociologues marxisants d’un côté, Gurvitch et Lefebvre, et, de l’autre, avec les phénoménologues philosophes ou anthropologues, Sartre, Levinas, Derrida, Guidieri. En effet, selon L-S, l’évolution tenait en quelque sorte au fait que telle société possédait de bonnes cartes et d’autres de mauvaises (comment et pourquoi ? Cela il ne le dit pas !) et que les unes les battaient d’une manière, les autres d’une autre manière et qu’ensuite certaines s’en tiraient mieux que d’autres. C’en était fini de toute dimension historique de la culture, de toute problématique liée à la lutte de classe, au fait que certaines avaient été colonisées et d’autres les colonisateurs, et donc à l’intégration des combats pour l’indépendance nationale. Le monde représenté par le structuralisme, sur le modèle de l’analyse linguistique structurale était donc un monde non pas anti-historique, mais ahistorique, car la linguistique structurale étant synchronique, elle ne s’intéresse pas à la philologie, ni au sens, ni à l’évolution contrastée des sens. Et Derrida, à coup sûr l’un des meilleurs critiques français du structuralisme, remarqua très tôt que : « […] le relief et dessin des structures apparaissent mieux quand le contenu, qui est l’énergie vivante, est neutralisé. »3

En linguistique, c’est pendant la Première Guerre mondiale en Russie lors de la fondation du Cercle linguistique moscovite, puis, après la Révolution, durant l’exil tchécoslovaque, avec l’École de Prague, que le structuralisme (parfois pour confirmer les buts civilisationnels de la théorie eurasiatique4 à laquelle adhéra Jakobson jusqu’à son émigration aux États-Unis) commencerait à devenir une approche essentielle de la langue comme fait social. Mais les linguistes de Prague étaient aussi accompagnés dans leur exil d’un autre émigré, un ethnographe, Piotr Bogatyrev qui publia à Bratislava l’article fondateur de la méthode : « Prispevek k strukturálni etnografii » (Pour une ethnographie structurale), in Slovenská miscellanea, Bratislava, 1931, suivi quatre ans plus tard par « Funkcno-strukturálna metoda a iné metody etnografie a folklorisiky », (Méthodes fonctionnelles, structurelles et autres en ethnographie et folklore), in Slovenske pohl’ady 51, 1935.5 Quant aux prédécesseurs de l’analyse structurale des alliances élémentaires asymétriques, de manière fort étrange, Lévi-Strauss, et c’est quelque peu gênant, fait un quasi-silence sur l’École de Leyde, De Josseling de Jong, van Ossenbruggen, et le plus important, van Wouden (Sociale structuurtypen in de Groote Oost, Ginsberg, Leyde, 1935. Traduit en anglais par Rodney Needham, Types of Social Structure in Eastern Indonesia, Nijhoff, La Haye, 1967).6 Quoiqu’ils puissent apparaître peut-être oiseux pour certains, ces détails ne sont pas, loin s’en faut, insignifiants, à tout le moins pour celui qui, comme moi, a enseigné l’histoire de la pensée anthropologique en France, et surtout à Cluj pendant 12 ans. En effet, ces détails rendent compte de la place relative de l’innovation lévistraussienne dans le champ des analyses anthropologiques de la parenté. Comme il est aussi véridique que pendant les années 1950-1980, la controverse sur les problèmes du sens entre Claude Lévi-Strauss et les anthropologues britanniques était plus que vive, au point que le maître finit par refuser de répondre aux remarques critiques de Leach et surtout à celles de Needham qui était pourtant son traducteur en anglais et un éminent spécialiste des problèmes de parenté et de croyance. À Paris, au séminaire du maître, la rupture fut définitivement consommée lors de la publication de l’ouvrage de Needham, Belief, Language and Experience (Basil Blackwell, Oxford, Angleterre, 1972), ouvrage dans lequel l’auteur critiquait fermement, selon l’optique wittgensteinienne des jeux de langage, mêlée à la sémantique de certaines langues indigènes de Bornéo dont il était un spécialiste réputé, la manière dont Lévi-Strauss avait fait du concept d’inceste tel qu’il est défini, de facto et de jure par le droit romain, un concept universel sans tenir compte des significations singulières que telle ou telle prohibition exprime ici ou là ; et, par-delà et simultanément, la critique du même procédé d’universalisation appliqué au rapport nature/culture fondateur de l’ensemble des développements théoriques de son œuvre. En effet, pourquoi, par exemple, ce qui définissait le rapport nature/culture dans le champ de la philosophie des Lumières eût-il été et serait-il un concept universel ? Déjà lorsqu’on se penche sur les conceptions grecques on rencontre une « autre nature » que notre nature. Là, dans le monde qui court d’Hésiode à Aristote, la nature ou mieux la physis n’a pas grand-chose à faire avec notre conception, puisque pour l’homme grec, la Polis tient aussi de la physis où les dieux et les demi-dieux habitent, souvent proches des hommes, parfois en symbiose avec eux ! Pour Saint Thomas d’Aquin aussi, la cité est dans l’ordre de la nature, sauf que, pareil à cette nature elle-même, elle est réalisée par le Dieu unique créateur et incréé. Que pourrait-on dire alors des sauvages ? Pour lors, dans un style très français, disciples ou simples groupies maintiendront le silence, et la critique, source enrichissante d’approfondissement de la pensée, se clôtura sur une sorte d’omertá : faire carrière en anthropologie dans certaines institutions françaises exigea de repousser les positions de Needham, voire celles de Leach, ou mieux encore, de les taire… Le maître, en cela très et trop humain, n’appréciait point les controverses où ses interprétations pouvaient être sérieusement mises à mal.

Ce qui faisait de Lévi-Strauss un professeur et un maître différent de nombreux autres, c’est qu’il manifestait un réel souci pour les chercheurs qui travaillaient dans son laboratoire et pour les doctorants qu’il choisissait, peu nombreux, usant de tout son poids institutionnel afin de leur trouver les fonds nécessaires à l’exercice leur talent aux quatre coins du monde… De ce point de vue, avec sa mort, un monde de grands mandarins universitaires distants et soucieux, hautains et courtois, savants certes, parfois très savants, mais retenus par peur de l’excès qui brise les grandes carrières institutionnelles, disparaît, remplacé majoritairement par des cliques d’hommes et de femmes sans envergure, des cohortes de bureaucrates affairés, enfilant les clichés les plus dénués de bon sens, toujours à l’affût de la dernière mode, soumis au pouvoir politico-bureaucratique, papillonnant dans tous les directions offertes par les voyages aériens, grands amateurs de « colloquite » et de tourisme universitaire, et, deçà delà, cahin-caha, ad nauseam, répétant les mêmes banalités de bistrot.

Grand amateur de musique – les Mythologiques ne sont-elles point composées comme la partition d’une fugue –, amateur éclairé d’art antique, d’objets et de maquillages sauvages (l’un de ses plus beaux textes concerne les quelques lignes consacrées à la description de l’effet érotisant que faisaient sur son imaginaire les maquillages des visages des femmes Caduveo d’Amazonie) ; admirateur d’art classique, son père n’avait-il pas été peintre ? Or son rejet de l’art depuis le cubisme (avec une parenthèse pour le surréalisme de Breton) s’inscrit dans sa vocation à se tenir toujours dans le juste milieu, c’est pourquoi je pense qu’il était peu en phase avec l’hybris des arts contemporains, peut-être n’avait-il pas tort, encore eût-il fallu qu’il en explicitât la raison.

Il est vrai, n’en déplaise à certains esprits chagrins, que je dois à Claude Lévi-Strauss ma vocation première d’anthropologue. En effet, c’est en lisant le Totémisme aujourd’hui dans le laboratoire de chimie organique où je surveillais d’un œil ennuyé une série d’expériences sur la neutralisation de la quinoléine (1-azanaphthalène), que je décidai en 1965 d’abandonner les odeurs méphitiques des solvants benzéniques, pour reprendre des études en sciences sociales et plus précisément d’anthropologie, de sociologie, d’économie et de linguistique. Un peu plus tard, en 1970, c’est fasciné par la statue du commandeur que je pénétrais pour la première fois dans l’antre sacré du séminaire, et c’est aussi là, pendant les controverses avortées, en observant la servilité et les mensonges des uns, la rugueuse critique d’une infime minorité bientôt renvoyée (je pense, en dépit de mes différents, à Pierre Clastre trop tôt disparu), que j’ai compris combien la critique du maître pouvait être une source d’enrichissement de ma pensée tout en sachant reconnaître ma dette. C’est encore, faut-il le rappeler, en dépit de toutes les réserves post-factum que j’ai formulées tout au long de ce texte, parce que Lévi-Strauss était un authentique maître que la critique pouvait, malgré lui, vivre pleinement, y compris en s’en éloignant pour toujours : en vérité, penser contre Lévi-Strauss, c’était toujours authentiquement penser. Mais à l’heure du départ définitif de celui qui sera dorénavant un voyageur de l’éther éternel, je dirai ce que l’on dit entre Tisa et Danube, quand la finalité de la vie a accompli son labeur ultime : Sà-i fie tàrina usoarà (que la terre qui l’ensevelit lui soit légère)…

Claude Karnoouh

Paris novembre 2009

1 Voir la force roborative de Mike Davis, Le Stade Dubaï du capitalisme, Les Prairies ordinaires, Paris, 2007.

2 L’une des antithèses à Lévi-Strauss en matière de terrain est représentée par le grand Malinowski. Cf., A Diary in the Strict Sens of the Term, Routledge & Kegan Paul, Londres, 1967.

3 Jacques Derrida, L’Écriture et la différence, Seuil, Paris, 1967, p. 13.

4 Cf. l’ouvrage de synthèse de Patrick Sériot sur le thème du structuralisme russe et l’Eurasie : Structure et totalité. Les origines intellectuelles du structuralisme en Europe centrale et orientale, P.U.F, Paris, 1998.

5 En Roumanie, un chercheur connaissait parfaitement cette généalogie, le Professeur Mihai Pop qui avait fait sa thèse d’ethno-linguistique à Prague avec Bogatyrov et Jakobson, d’où il tira plus tard ses interprétations des variations culturelles en termes de grammaire des cultures. Cf., M. Pop & P. Ruxàndoiu, Folclor litterar românesc, Bucarest, 1976

6 Le lecteur curieux trouvera tous les détails de ces rappels historiques essentiels pour comprendre le développement historique des analyses structurelles de la parenté dans l’ouvrage sous la direction de Rodney Needham, Rethinking Kinship and Marriage, Tavistock, Londres, 1971.

28/10/2009

Chaîne du meurtre

Un juge italien découvre le gène du meurtre

La Cour d'Appel de Trieste a invoqué une «vulnérabilité génétique» prédisposant à la violence pour accorder une réduction de peine d'un an à un meurtrier d'origine algérienne.

MAEL INIZAN

Le gène du meurtre existe-t-il ? Une Cour d’Appel italienne vient d’accorder une réduction de peine à un assassin d’origine algérienne, en invoquant une «vulnérabilité génétique» qui le prédisposerait à un comportement agressif. Une première en Italie.

Condamné à 9 ans et deux mois de prison pour avoir poignardé un Colombien de 32 ans, à Udine, en mars 2007, Abdelmalek Bayout a vu sa peine réduite d’un an après s’être soumis à une analyse ADN «innovante». «On a découvert chez le sujet une série de gènes qui le prédisposeraient à faire preuve d’agressivité s’il venait à être provoqué ou à être exclu socialement», résume le site Internet du quotidien Il Giorgnale.

Une prédisposition sociale et génétique au meurtre

L’héritage social, mais surtout, pour la première fois en Italie, le patrimoine génétique ont été reconnus par Cour d’Appel de Trieste comme des circonstances atténuantes. Le soir du meurtre, la victime a agressé son meurtrier, le traitant notamment de «pédé». Des insultes qui, pour les juges, expliquent en partie la réaction disproportionnée de cet homme d’origine algérienne et musulman pratiquant. Se référant à une étude britannique du Nuffield Council on Bioethics, «Génétique et comportement humain: le contexte étique» (2002), la Cour a considéré qu’Abdelmalek Bayout présentait une prédisposition, à la fois sociale et mais également génétique, au meurtre.

Selon une application totalement inédite de l’article 62 du code pénal italien, qui définit les circonstances atténuantes, les juges ont considéré que la réaction violente de l’accusé a été «déclenchée par le déracinement causé par la nécessité de concilier le respect de la propre foi islamique intégriste avec le mode de vie occidental». Mais, surtout, elle a été exacerbée par des éléments de son patrimoine génétique «qui, selon de nombreuses recherches internationales, augmentent de manière significative le risque de développer un comportement agressif impulsif», écrit, le juge Pier Valerio Reinotti dans ses conclusions. Un héritage «socio-biologique» qui justifie alors, pour la Cour, une réduction de peine d’un an.

«Un non-sens scientifique»

«C’est un non-sens scientifique», s’exclame Catherine Vidal, neurologue et directrice de recherche à l’institut Pasteur, réfutant tout consensus dans la communauté scientifique sur l’existence de gènes de la criminalité ou de l’agressivité. Selon elle, il existe effectivement des études qui montrent des corrélations entre certains gènes et des comportements, mais sans pour autant prouver une véritable relation de cause à effet. «De toute façon, ces études sont réalisées sur des grands échantillons, sur des bases statistiques. Elles ne peuvent en aucun cas prédire un comportement violent chez un individu particulier qui comparait devant un tribunal», prévient-elle.

Co-auteur de Nos enfant sous haute surveillance (Albin-Michel 2009), elle s’inquiète d’une «dangereuse dérive» qui tend à vouloir invoquer les sciences dans des domaines où elles n’ont pas vocation à l’être. De son côté, Eve Mongin, avocate française en Italie, n’est pas surprise de cette prise de position de la Cour d’Appel de Trieste. «L’Italie pays d’immigration récente, il y a encore peu d’intégration des maghrébins qui sont souvent stigmatisés», explique-t-elle. Dans une Italie du Nord gouvernée par le parti «raciste et scissionniste» de la Ligue du Nord, elle accueille ce jugement avec scepticisme: «Vu les motivations hasardeuses des juges, il y a peu de chance qu’il fasse jurisprudence».

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24/10/2009

Le cycle du roi

 

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22/10/2009

Antifascites, encore un effort


Antifascistes encore un effort... si vous voulez l'être vraiment ! 
Par Jean Bricmont

Comment ne pas voir que le discours sur l'holocauste est instrumentalisé pour soutenir Israël et pour faire taire les critiques (la question n'étant pas de « mettre en cause » l'holocauste, mais de se demander pourquoi cet événement doit déterminer notre politique étrangère) ? Le temps où une majorité de gens aimait réellement Israël, « la seule démocratie au Moyen-Orient », « la villa au milieu de la jungle » etc. est passé. Mais l'étape qui reste à franchir, pour qu'une autre politique envers le Moyen-Orient soit possible, est de libérer la parole et de faire cesser l'intimidation et la culpabilisation à propos de tout ce qui concerne Israël et le sionisme. 

« Pour guérir radicalement la censure, il faudrait la supprimer car l'institution est mauvaise et les institutions sont plus puissantes que les hommes. » Karl Marx (1)

Divers amis se sont inquiétés du fait que mon nom soit cité dans un article (non signé) de REFLEX, intitulé « Procès Dieudonné - Faurisson : la Cour des Miracles négationnistes » et relayé par l'AFPSBellaciao

J'ai donc lu l'article avec attention ; il s'attaque à un certain nombre de gens qui ont assisté au procès de Dieudonné et Faurisson, suite au spectacle du Zénith (2) et particulièrement à Paul-Eric Blanrue, auteur du livre « Sarkozy, Israël et les juifs » dont j'ai recommandé la lecture. Cet article est intéressant parce qu'il illustre tous les défauts d'une certaine « gauche antifasciste ».

Le fond de l'affaire tourne autour de la liberté d'expression. Ayant expliquéailleurs mon point de vue à ce propos, je ne vais pas y revenir en détail. Et, avant de continuer, je voudrais souligner (même si cela devrait être inutile) que défendre la liberté d'expression de X ne signifie nullement approuver les idées de X. Cette défense découle seulement d'une réflexion sur les principes de droit sur lesquels repose une société démocratique. Et, dans une société réellement démocratique, il y aura nécessairement une telle multiplicité d'opinions qu'il est impossible de les approuver toutes - mais on peut néanmoins considérer quel'expression de toutes ces idées, aussi folles et mutuellement contradictoires qu'elles soient, doit être légale. La liberté d'expression est un principe fondamental de la démocratie, et pas, comme on le dit trop souvent, un « prétexte » pour « soutenir » X ou Y. Il est pour le moins étrange que des « antifascistes » approuvent le fait que l'on rende, comme l'a dit Chomsky à propos de l'affaire Faurisson, un triste hommage aux victimes de l'holocauste en adoptant la doctrine centrale de leurs bourreaux, à savoir qu'il appartient à l'Etat de déterminer la vérité historique et de condamner ceux qui ne s'y conforment pas. 

Mais, même si l'on ne partage pas ce point de vue, la question de la pente glissante se pose : jusqu'où ira-t-on dans la répression des opinions « scandaleuses » ? On requiert un an de prison (avec sursis) contre Dieudonné pour un sketch. On est évidemment libre d'estimer ce sketch de très mauvais goût, insultant, et le condamner moralement (3). Mais un an de prison (même avec sursis) ? Que répondra-t-on aux Noirs et aux Musulmans qui pourraient se sentir insultés par d'autres sketches (y compris certains sketches de Dieudonné) ? Comment éviter que les Musulmans, qui se considèrent insultés par les caricatures du Prophète, et l'impunité dont elles jouissent (heureusement), n'y voient une nouvelle preuve du « deux poids, deux mesures » à leur égard (4) ? Aujourd'hui, divers courants au sein de l'Union Européenne veulent sacraliser la mémoire des « victimes du communisme ». Où s'arrêtera-t-on? Une partie de la gauche s'inquiète de cette dernière sacralisation - mais peut-être aurait-elle été mieux avisée de ne pas entrer, justement à propos des victimes du fascisme, dans le jeu de la sacralisation. 

A mon humble avis, c'est cette constante restriction de la liberté d'expression qui devrait donner « froid dans le dos » aux antifascistes véritables.

Par une pure coïncidence, cette affaire Dieudonné se produit en même temps que la levée de boucliers du monde intellectuel et artistique en faveur de Roman Polanski. Alors que, dans cette dernière affaire, le « talent artistique » semble tout permettre, même des miracles, comme le fait de commettre une erreur de jeunesse (dixit BHL) à 43 ans, ou d'avoir des rapports sexuels avec une mineure non consentante sans commettre de viol (dixit Costa-Gavras), pas un mot n'est prononcé par ce même monde intellectuel et artistique en faveur de Dieudonné qui, au cours de toute sa carrière, n'a jamais été « coupable » que de délit d'opinion. Dans le cas de Polanski, le fait qu'une fille pose nue (Finkielkraut) ou paraisse plus âgée qu'elle n'est (Costa-Gavras), ou que le violeur soit une victime (du nazisme et du communisme-Finkielkraut et BHL) sert de circonstance atténuante. Finkielkraut vit dans « l'épouvante ». Lelouch compare la police suisse à la Gestapo. BHL en appelle à l'esprit de tolérance suisse, mentionnant Voltaire, comme si c'était Polanski et non Dieudonné qui était poursuivi pour délit d'opinion. Etrange époque où la lutte contre « l'ordre moral » et contre le « fascisme », ou encore le « il est interdit d'interdire », mènent simultanément à la complaisance à l'égard du viol et au rejet de la simple liberté d'expression.

L'article de REFLEXes soulève aussi le problème du « guilt by association », de la culpabilité par association, fortement dénoncée aux Etats-Unis, surtout dans la gauche, parce que c'était une des armes favorites du Maccarthysme. Que viennent faire dans cet article Michel Collon, la librairie Résistances et moi-même ? Michel Collon rien, à part le fait que j'en suis « proche ». Mais pourquoi le citer lui et pas Noam Chomsky, Alan Sokal, Régis Debray, Anne Morelli, ou quantité d'autres, dont je suis tout aussi « proche » ? 

La Librairie Résistances, elle, a été attaquée par des nervis sionistes et a tenu un meeting en plein air suite à cette agression, au cours duquel Me Bastardi Daumont, avocat de Blanrue et de Faurisson, a pris la parole. Où est le crime ? Que reproche-t-on à Me Bastardi Daumont ? Suggère-t-on que Faurisson ne doit pas avoir d'avocat, contrairement aux pires assassins ? S'il doit bien en avoir un, est-ce un crime d'être celui-là ? Pense-t-on qu'un avocat partage nécessairement les vues de son client ? Pourquoi cette coïncidence (être à la fois l'avocat de Blanrue, de Faurisson et participer au meeting de soutien à la librairie) ? Sans doute parce que, précisément à cause du climat de terreur intellectuelle « antifasciste » qui règne en France, les avocats prêts à défendre le principe de la liberté d'expression ne se bousculent pas au portillon. 

Et moi-même ? J'ai lu le livre de Blanrue et je l'ai trouvé salutaire. Bien que moins complet, il est un peu le « Mearsheimer et Walt » français, en ce sens qu'il met, pour la première fois, le doigt sur un problème fondamental de nos sociétés, à savoir l'extraordinaire influence sur notre vie politique des réseaux pro-israéliens (ou du lobby pro-israélien, comme disent Mearsheimer et Walt). Je le lui ai dit et je l'ai autorisé à me citer sur son site. Je ne lui ai pas trouvé d'éditeur, contrairement à ce qu'affirment nos spécialistes de l'antifascisme (et du renseignement), même si j'aurais été heureux de pouvoir le faire. Comme le dit Alain Gresh, le livre de Blanrue « mérite débat » ; mais le livre a été de factocensuré en France, vu que le diffuseur français de son éditeur belge a refusé de le distribuer (initiative extraordinaire de la part d'un diffuseur, si on y réfléchit : qu'est-il advenu du bon vieux capitalisme et de la « soif de profit » ?). De plus, bien que Blanrue soit un auteur relativement connu, aucun grand média ne parle de son livre. La puissance des réseaux sionistes est accrue par le tabou qui empêche de parler d'eux. Le terrorisme intellectuel « antifasciste » ne fait que renforcer ce tabou. Le grand mérite de Blanrue est de tenter de sortir de ce cercle vicieux qui, comme il le souligne d'ailleurs, n'est pas, à terme, « bon pour les juifs ».

Bref, j'apprécie le livre de Blanrue et je le dis. Quelle relation entre cela et le fait qu'il assiste au procès Dieudonné-Faurisson (ce qui, vu les enjeux juridiques de cette affaire, est tout à fait compréhensible) ou qu'il ait eu dans sa jeunesse des activités « suspectes » (aux yeux de la police de la pensée) en Moselle ? Il a été chrétien ? Je vais l'avouer : moi aussi (ainsi, il existe encore des chrétiens en France et en Belgique ; quelle horreur ! Que fait la police ?). Il a été royaliste ? Moi pas, mais en tant que Belge, j'en ai rencontré beaucoup et je n'ai pas remarqué qu'ils mangeaient des enfants au petit déjeuner. Et j'ai connu assez de gens qui ont, dans leur jeunesse, fait une apologie sans nuance de Staline, de Mao, ou de toute forme de violence, pourvu qu'elle soit « révolutionnaire » (et dont certains se sont recyclés dans l'antifascisme), pour que le genre d'accusations portées contre Blanrue me laisse froid (est-il vraiment si fréquent de trouver des gens en France dont le parcours est, comme dit REFLEXes, « politiquement limpide et irréprochable » ?). 

De plus, quand il s'agit d'auteurs comme Heidegger, Céline ou Foucault (oui, oui, même Foucault), il est permis de citer, d'étudier, d'admirer une partie de leur œuvre sans se soucier de ce qu'ils ont dit ou fait par ailleurs, et qui est souvent plus étrange que ce que l'on reproche à Blanrue. Pourquoi ne pourrait-on pas avoir la même attitude par rapport au citoyen Blanrue ? Existe-t-il un principe de Polanski généralisé qui veut que pour des gens suffisamment célèbres (Heidegger et Co.), on puisse parler de leur œuvre ou d'une partie de celle-ci sans parler de la personne ou de l'ensemble de l'œuvre, mais pour les moins célèbres, non ?

J'avoue également avoir un petit problème avec la notion d'extrême droite en France. Pour les « antifascistes », l'extrême droite, ce sont exclusivement les gens qui sont supposés être nostalgiques de Vichy, de la monarchie, de l'Algérie française, qui sont trop souverainistes à leur goût, ou encore, pour certains, les « islamo-fascistes ».

Mais pourquoi la censure n'est-elle pas d'extrême droite ? Pourquoi l'apologie de la guerre (et la négation de crimes de guerre) à Gaza, au Liban, en Afghanistan et en Irak ne l'est-elle pas ? Pourquoi le fait de considérer qu'un peuple a le droit de s'installer sur la terre d'un autre et de l'en chasser à jamais (c'est-à-dire en lui refusant tout droit au retour) n'est-il pas d'extrême droite ? Pourquoi n'est-il pas d'extrême droite de célébrer comme démocratique (avilissant ainsi ce concept) un Etat défini explicitement sur une base ethnique (5) ? Pourquoi la notion de culpabilité collective (appliquée au peuple allemand, français etc.) n'est-elle pas de « l'essentialisme raciste » et donc d'extrême droite ? N'est-ce pas encore plus le cas quand cette culpabilité devient transmissible aux descendants ? 

Si l'on veut bien élargir ainsi la notion d'extrême droite (ce qui me semble justifié d'un point de vue conceptuel et historique), on se rend compte que le gouvernement français, la plupart des médias et des intellectuels, et bien sûr, une bonne partie de la « gauche antifasciste » sont d'extrême droite, ce qui complique considérablement la nécessaire « lutte contre l'extrême droite ». Il ne suffit pas de ne pas « ouvrir son antenne » à Soral ou à de Benoist, mais il faudrait la refuser à pratiquement tout le monde. De plus, l'extrême droite la plus dangereuse est-elle celle de la « nostalgie », ou celle qui influence la politique et la pensée occidentale actuelles ?

Finalement, il est regrettable de voir que des articles comme celui deREFLEXes sont repris par des associations pro-palestiniennes comme l'AFPS(ou Bellaciao). Bien sûr, ils ont le droit de le faire, là n'est pas la question. Mais le fait de diffuser certains articles plutôt que d'autres est un choix politique, et ce choix peut être discuté. Or ce choix signifie que la priorité, pour ces organisations, n'est pas de défendre la liberté d'expression mais bien de hurler avec les loups dans la dénonciation des « méchants » (Dieudonné, Blanrue etc.).

Comment ne pas voir que le discours sur l'holocauste est instrumentalisé pour soutenir Israël et pour faire taire les critiques (la question n'étant pas de « mettre en cause » l'holocauste, mais de se demander pourquoi cet événement doit déterminer notre politique étrangère) ? Le temps où une majorité de gensaimait réellement Israël, « la seule démocratie au Moyen-Orient », « la villa au milieu de la jungle » etc. est passé. Mais l'étape qui reste à franchir, pour qu'une autre politique envers le Moyen-Orient soit possible, est de libérer la parole et de faire cesser l'intimidation et la culpabilisation à propos de tout ce qui concerne Israël et le sionisme.

La « solidarité avec la Palestine » commence ici, principalement dans la lutte contre les réseaux pro-israéliens. Diffuser et faire connaître le livre de Blanrue, ou celui de Mearsheimer et Walt, défendre la liberté d'expression, aider à libérer le discours et à ouvrir le débat, c'est réellement « aider la lutte des Palestiniens », et c'est l'aider de façon essentielle.

Nous ne devons pas montrer aux sionistes que nous sommes « gentils », en nous « démarquant » sans arrêt de X ou de Y qui a eu une parole trop dure ou trop franche, mais montrer que nous sommes libres et que le temps de l'intimidation est passé. Heureusement, de même que les Palestiniens résistent, il existe encore des gens en France qui défendent les principes les plus élémentaires de la République et de la laïcité. Il ne reste plus qu'à souhaiter que les « antifascistes » se joignent à eux.


Notes de lecture :

1. Remarque sur la récente réglementation de la censure prussienne, 1842,Textes philosophiques, 1842-1847, Cahier Spartacus, no 33, 1970.

2. Au cours duquel (en décembre 2008) Dieudonné fit remettre un « prix de l'infréquentabilité et de l'insolence» à Robert Faurisson, par son assistant déguisé en costume de déporté. Suite à cela, Dieudonné est poursuivi, entre autres, pour insultes à caractère raciste.

3. Il faut néanmoins rappeler que si la liberté d'expression était respectée en France, il n'y aurait jamais eu d'affaire Faurisson, ce dernier serait probablement inconnu et il n'y aurait probablement pas eu le show du Zénith. La censure incite toujours à la transgression et il n'y a aucune raison de penser que l'affaire du Zénith soit la dernière du genre, quelles que soient les peines qui seront prononcées.

4Voir la vidéo pour une illustration de ce sentiment d'injustice.

5. Par exemple, où faut-il situer sur le spectre politique la citation suivante : « Si l'on regarde une carte du monde, en allant vers l'est : au-delà des frontières de l'Europe, c'est-à-dire de la Grèce, le monde démocratique s'arrête. On en trouve juste un petit confetti avancé au Moyen-Orient : c'est l'État d'Israël. Après, plus rien, jusqu'au Japon. [...] Entre Tel-Aviv et Tokyo règnent des pouvoirs arbitraires dont la seule manière de se maintenir est d'entretenir, chez des populations illettrées à 80%, une haine farouche de l'Occident, en tant qu'il est constitué de démocraties. » Elle est de Philippe Val (dans Charlie-Hebdo, 26 juillet 2006), ancien directeur de Charlie-Hebdo et actuel directeur de France Inter. Voir Le plan BFrappes médiatiques sur le Liban, 5 janvier 2009 ; ce journal précise : « selon le Rapport des Nations unies sur le développement humain de 2003, seuls trois pays au monde avaient alors un taux d'illettrisme supérieur à 80%. Et aucun d'entre eux n'était situé entre Tel-Aviv et Tokyo, puisqu'il s'agissait du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Ailleurs, entre Tel-Aviv et Tokyo, le taux d'illettrisme était de 23% en Iran, de 9% en Chine, de 7% aux Philippines. Et... de 13% au Liban. »

20/10/2009

Responsabilité de protéger

http://www.dfait-maeci.gc.ca/cip-pic/video/globalization-...

 

La responsabilité de protéger: une nouvelle façon de penser

Je m’appelle Thomas Franck. Je suis diplômé de l’Université de la Colombie Britannique. J’enseigne le droit international. En fait, j’enseigne à l’Université de New York depuis près de 50 ans et j’ai également enseigné à Cambridge, à Stanford et à Osgoode Hall à l’Université York de Toronto. Je plaide des causes devant la Cour internationale de justice, où je suis aussi juge suppléant. Je suis actuellement juge dans une affaire de droit de la mer qui oppose le Guyana et le Suriname. Enfin, j’écris des ouvrages sur le droit international.

Je ne pense pas que l’on parle vraiment d’une nouvelle norme juridique, mais plutôt d’une nouvelle façon d’envisager les catastrophes humanitaires et les violations les plus flagrantes des droits de la personne. N’oublions pas que nous vivons toujours dans un monde d’États souverains et que les États sont très jaloux de leur souveraineté. En revanche, il est entendu de manière générale que, lorsque la situation dans un État se détériore au point qu’un très grand nombre de personnes sont tuées – que ce soit dans une guerre civile ou parce que le gouvernement de cet État applique une politique génocidaire –, il est hautement immoral de rester les bras croisés et que ce devrait être illégal.

Le problème est que pour intervenir dans une situation de cette sorte, il faut en général recourir à la force. Autrement dit, le monde extérieur doit user de la force dans une situation où le gouvernement de cet État n’a pas demandé l’usage de la force et dans certaines situations où l’usage de la force vise le gouvernement même de cet État. Dans ces situations, il y a incompatibilité directe entre droit humanitaire, concepts humanitaires et droits de la personne, d’une part, et notions de souveraineté, de l’autre. Et ce débat est acharné, mais dans une large mesure stérile.

Ce que le gouvernement canadien a fait en introduisant la notion de responsabilité de protéger, c’est essayer de changer les termes de ce discours. On ne parle donc plus d’interventions humanitaires en tant que telles, avec toutes leurs connotations d’ingérence dans des États souverains. Au lieu de cela, il est question d’une responsabilité de la communauté internationale tout entière d’agir véritablement (sous quelque forme que ce soit) afin de prévenir des pertes en vies humaines massives dans un État, que ce soit dans une situation de guerre civile ou d’oppression à grande échelle. Et en changeant les termes du discours, il se peut que nous puissions nous acheminer vers la définition de nouvelles règles.

24/09/2009

Dixit

terreglace.jpg"Il n'est plus acceptable qu'une petite minorité domine la politique, l'économie et la culture dans une large partie du monde grâce à ses réseaux sophistiqués, instaure une nouvelle forme d'esclavage et nuise à la réputation d'autres nations, y compris des nations européennes et des Etats-Unis, afin d'atteindre ses objectifs racistes"

Une douzaine de délégations, dont la française et l'américaine, ont quitté mercredi soir à New York la salle de l'Assemblée générale de l'ONU afin de protester contre le discours du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, jugé "antisémite.

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04/09/2009

Colonisation positive

Milou.jpgRecensé : Marc Michel, Essai sur la colonisation positive. Affrontements et accommodements en Afrique noire (1830-1930), Paris, Perrin, 2009, 417 p., 22€.

Dans une étude-essai qui refuse les « procès en colonisation » comptabilisant méfaits et bienfaits, l’historien Marc Michel souligne l’ambiguïté fondamentale qui caractérisait la relation entre Européens et Africains, partagée entre guerre et palabres. Quant à l’administration coloniale, elle devait obtenir des indigènes un certain degré de consentement.

C’est d’abord par son titre que le dernier ouvrage de l’historien Marc Michel, grand connaisseur de l’Afrique sub-saharienne et plus particulièrement de l’« appel à l’Afrique » en 1914-1918, retient l’attention. Essai sur la colonisation positive : chacun aura reconnu l’allusion à la loi du 23 février 2005 prescrivant que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». Mais on se tromperait en pensant que Marc Michel a décidé d’emprunter un chemin aussi simpliste. Tout d’abord, c’est d’Afrique subsaharienne qu’il s’agira, non de l’Afrique du Nord, et si la colonisation française est effectivement très présente dans l’ouvrage, les autres puissances impériales le sont également. En outre, le propos du livre est mieux indiqué par son sous-titre que par son titre : « Affrontements et accommodements en Afrique noire ». On comprend alors que c’est l’ambiguïté de la relation coloniale, telle qu’elle s’est nouée entre le début du XIXe siècle et l’apogée de la domination coloniale au début des années 1930, qui constitue l’axe de l’ouvrage.

À vrai dire, cet ouvrage est bien plus qu’un essai. Pour autant, il tient de l’essai lorsque Marc Michel choisit de ne pas cacher son agacement devant ce qu’il nomme des « sottises » contemporaines : ainsi du discours de Dakar de 2007, dans lequel le président de la République crut bon d’affirmer que « l’Afrique [n’était] pas un continent historique » ; ainsi l’assimilation, dénoncée à plusieurs moments du livre, entre colonisation et extermination, ou encore l’idée d’un « totalitarisme colonial » suggérée par le Livre noir du colonialisme [1]. En fait, l’historien se refuse absolument à tout « procès en colonisation » prétendant juger celle-ci au moyen d’une comptabilité simpliste opposant les méfaits aux bienfaits. C’est « l’ambiguïté fondamentale de cette relation [entre Européens et Africains], qui ne s’est jamais réduite à celle d’occupants/occupés, que nous voudrions faire sentir », écrit Marc Michel. Et disons-le sans détour : le livre y réussit brillamment.

Cette mise en exergue de l’ambiguïté, dans toute sa complexité, n’implique nulle complaisance. Notamment à l’égard de l’exercice de la violence : « L’installation coloniale est à l’évidence un acte violent », rappelle Marc Michel, qui commence son propos par la traite des esclaves et son remplacement par celle des produits. L’auteur consacre en outre un chapitre remarquable à la guerre, cette « modalité la plus courante des relations entre Africains et Européens » à partir des années 1880. Fort opportunément, il rappelle qu’au départ la victoire des Blancs n’était nullement acquise et que celle-ci fut lente, difficile, exténuante, souvent précaire. Par certains côtés, il confirme ce que l’anthropologie de la guerre primitive a su mettre au jour (on songe à l’ouvrage de Lawrence Keelay, War before Civilization, Oxford University Press, 1996.), tout en nuançant plusieurs de ses attendus : oui, nous dit Marc Michel, le déséquilibre des forces ne s’est fait sentir que tardivement, et les doctrines d’emploi des armes, la supériorité logistique, la maîtrise des communications ont joué un rôle au moins aussi important que la supériorité technologique proprement dites. Pour autant, l’auteur nuance et la thèse de l’incapacité des Africains à mener la guerre de siège et, plus encore, celle de leur incapacité à conduire une bataille, en rappelant que, sur trois grands affrontements livrés sur le continent africain, les Blancs en ont perdu deux. Un regret seulement ici : si l’auteur ne dissimule en rien la disproportion entre les pertes africaines, massives, et celles des Européens, on eût aimé qu’il évoquât les modalités de la guerre menée par le colonisateur allemand contre les Hereros, dans sa dimension effectivement exterminatrice et, également, concentrationnaire.

Sur la subtilité des relations qui se sont nouées entre le colonisateur et le colonisé, Marc Michel se montre à son meilleur : retenons un chapitre d’une sensibilité très fine sur « la parole comme enjeu » et la pratique des palabres dont deux exemples de l’année 1880 sont soigneusement analysés : celle de Gallieni avec Seydou Dieyla, le ministre du sultan Ahmadou, au Niger ; celle de Savorgnan de Brazza avec le roi des Batéké, au Congo. Marc Michel décrit ici superbement tout ce qui se joue dans rituel de ce type, avant que ne s’impose peu à peu la « palabre de commandement en situation coloniale ». Très finement aussi, l’historien décrit l’« effondrement du monde » subi par les Africains sous la poussée de l’ordre colonial, sans rien cacher de sa brutalité (l’indigénat, le fléau du portage ou encore les villages « cassés » lors des grandes révoltes contre le recrutement de 1914-1918, comme celle de l’Ouest Volta en 1916, cette « tache indélébile »), mais sans le réduire à celle-ci : on retiendra ainsi ses analyses précises des pratiques du colonisateur (de bien belles pages, notamment, sur le tournée de l’administrateur et sur les « mariages à la mode du pays »).

« On est loin de la vision simpliste d’une administration brutale et arbitraire », écrit l’auteur (p. 279), avant de préciser : « On ne saurait donc résumer les relations entre administrés et administrateurs à un rapport de forces sans nuances et sans intermédiaires. Le colonisateur eut besoin d’un certain consentement et dut entretenir avec les administrés des relations qu’aucun fonctionnaire d’autorité n’aurait entretenues en métropole » (p. 286). Bref, si un terme lui paraît résumer ce qui se joue vraiment dès lors que l’on sort d’une vision purement « carcérale » de l’ordre colonial, c’est bien celui d’« accommodement ».

Le spécialiste de l’Afrique pendant la Grande Guerre consacre à l’événement et à son impact des pages particulièrement convaincantes. C’est aussi le cas de celles consacrées à la sortie de guerre, dont il montre, là encore, toute la complexité : d’un côté, les colonisés émergent du conflit encore plus contrôlés qu’auparavant, la période de guerre ayant marqué, avec les ultimes révoltes, le terme des « résistances primaires » et « l’avènement réel de l’Etat colonial ». De l’autre, s’affirment de nouveaux regards en Europe, induisant un véritable renversement au sein des sciences humaines. On passe de l’« arrogance coloniale » au « doute » et, à ce titre, l’impression de triomphe dégagée par l’Exposition de 1931 est trompeuse. Le livre s’arrête à ce point d’inflexion. Voilà qui fait espérer un second essai de l’auteur sur la période suivante.

Stéphane Audoin-Rouzeau, La Vie des idées, 2009

25/08/2009

Burqa, les raisons de ne pas être systématiquement "contre"

Pourquoi les Français veulent interdire la burqa ? Entretien avec John Bowen

John Bowen est anthropologue, professeur à l’université Washington de Saint Louis, aux États-Unis. Il est spécialiste de l’Islam et ses récents travaux ont porté en particulier sur les musulmans de France. Tombé en plein débat sur le voile, il a déplacé un temps sa problématique pour s’intéresser à la perception de l’Islam par les Français : son livre Why the French Don’t like Headscarves, paru en 2007, interroge les ressorts de la mobilisations des valeurs républicaines et laïques contre la menace que représenterait le foulard.

Alors que la "mission d’information parlementaire" sur le voile intégral a commencé ses auditions, et les poursuivra jusqu’en décembre 2009, John Bowen propose d’interroger le sens de cette nouvelle préoccupation du politique. S’agit-il de légiférer davantage sur l’espace public ? ou bien de s’ingérer jusque dans la sphère privée ?

nonfiction.fr : Comment expliquez-vous la résurgence actuelle de la question de la burqa ?

John Bowen : Il est difficile d’expliquer pourquoi cette question ressurgit maintenant, car ce n’est pas lié à un événement particulier. Dans mon livre sur le foulard (2007) j’ai cherché des liens entre les résurgences des déclarations sur le foulard et les événements qui se passaient dans le monde musulman, en Algérie ou en Afghanistan par exemple. Avec la burqa, c’est plutôt une longue histoire. On voit depuis quelques années en Italie du Nord, en Belgique, aux Pays-Bas, des tentatives des pouvoirs locaux pour interdire la burqa. Ces mouvements européens contre l’Islam rencontrent un fort écho en France, et pas seulement dans les milieux d’extrême-droite, car les Français sont imprégnés de l’idée qu’on ne doit pas tolérer ce qui divise, or la burqa divise un individu. Le débat traverse le continuum politique droite-gauche, en se focalisant sur l’idée des valeurs communes : même si on fait appel aux questions techniques des contrôles d’identité par exemple, c’est plutôt le fait d’avoir des cloisonnements, des communautés qui gêne.

nonfiction.fr : Pourquoi ce déplacement de l’école à la rue ?

John Bowen : Pendant les débats en 2002-2003 quelques voix disaient que si le voile était symbole d’oppression de la femme, alors il fallait l’abolir de l’espace public, que ce soit à l’école ou dans la rue. Ces propositions, très cohérentes dans leur raisonnement, n’ont pas été suivies car à ce moment la loi sur le voile devait répondre à un ensemble de problèmes propres à l’école, et qui préoccupaient les enseignants comme les directeurs d’établissements : la contestation des cours d’histoire sur la Shoah par exemple, ou l’adaptation des rythmes scolaires aux obligations religieuses. Dans ce contexte, l’affaire du voile a fourni une opportunité pour légiférer, et donner l’impression de résoudre par la loi des problèmes face auxquels les acteurs se trouvaient démunis. Cette manie française de faire des lois, on la retrouve encore récemment avec la loi sur les bandes et sur le port des cagoules…

nonfiction.fr : C’est une coïncidence amusante, ce parallèle entre la cagoule et la burqa !

John Bowen : Oui, ce n’était pas forcément intentionnel mais les deux participent d’une même question : comment on légifère sur l’espace public ? De manière générale, la France a une conception positive de l’espace public, comme le lieu des valeurs communes et du vivre ensemble, d’où tout signe porteur de division doit être évacué ; c’est le sens de la laïcité à la française. Cependant les limites de cet espace restent floues. Dans le concret, l’espace public c’est quoi : la rue ? l’école ? la mairie ?

Revenons sur le cas de la femme à qui on a refusé la nationalité française parce qu’elle portait la burqa – le raisonnement du gouvernement  ce n’était pas de dire que les conditions n’étaient pas remplies pour l’obtention de la nationalité, mais de dire que, du fait qu’elle était ainsi vêtue, qu’elle restait chez elle, elle présentait un défaut d’assimilation. Voilà le point intéressant : le problème ne vient pas d’un trouble à l’ordre public, mais du fait de rester dans la sphère privée. C’est là que se trouve le changement : maintenant on va jusque dans la chambre, on l’a vu encore dans le débat sur l’annulation du mariage pour cause de non-virginité de l’épouse, une annulation qui n’était ni contestée par la femme, ni par les juges, mais par les voix politiques qui ont estimé que ces distinctions n’avaient pas lieu d’être dans la sphère privée. Dans l’affaire de la burqa, on considère que la vie privée peut être source de défauts dans la sphère publique – défaut de laïcité, d’assimilation etc. Ce qui m’intéresse beaucoup c’est l’évolution de la notion d’ordre public ; il y a d’une part l’espace public en ce qu’il s’oppose à l’espace intime, familial, et d’autre part il y a l’ordre public, cette idée très durkheimienne d’un ordre social, moral, qui peut être bafoué même en privé. Et c’est cette idée d’un ordre moral qui pourrait nous amener à une interprétation en faveur de l’interdiction de la burqa ; mais dans notre période post-Vichy on a du mal à parler d’ordre moral.

nonfiction.fr : Donc vous voulez dire qu’on sort du politique si on s’intéresse à la sphère privée ?

John Bowen : Je vois là une atteinte potentielle à la vie privée des gens, à la liberté dans la sphère privée. Avec la burqa, la question du communautarisme est maintenant portée sur le corps de la femme. Ce déplacement, qui paraît récent, s’inscrit pourtant dans le temps long, car la tension entre libertés individuelles et valeurs communes est une constante depuis la révolution française : il ne faut pas oublier qu’après 1789 il y a eu 1792. La France demeure traversée par cette tension entre l’État - expression de la volonté générale, et la liberté de l’individu. Cette tension qui apparaît clairement dans la pensée de Rousseau…

nonfiction.fr : Vous montrez d’ailleurs dans votre livre sur le foulard que la pensée rousseauiste imprègne fortement la mentalité française : est-ce que vous pensez que les petits Français devraient lire plus de philosophes anglo-saxons à l’école ?

John Bowen : C’est une question qui porte sur la pédagogie à l’école… depuis des années des efforts sont faits pour introduire la pensée des libéraux en France . Cependant, on peut trouver une défense de la liberté individuelle chez Rousseau, sans avoir recours à d’autres systèmes philosophiques qui seraient moins ancrés dans la pédagogie, l’histoire de la France.

D’autre part, ces questions ne posent pas seulement, de manière générale, le problème des libertés publiques, mais de manière plus particulière le problème de l’Islam en France. C’est ce que je cherche à montrer dans mon nouveau livre Can Islam Be French (L’Islam peut-il être français, à paraître, Princeton University Press). Il reste encore à inventer des formes de dialogue, à trouver des interlocuteurs privilégiés qui puissent, en quelque sorte, normaliser la présence de l’Islam en France

Burqa, les raisons d'être "pour"

Me serais-je emballé trop vite en proposant ici même qu’on légifère fissa contre la burqa ? Je m’interroge.

On me l’a répété tout l’été : pourquoi stigmatiser ces femmes qui, si on ne les montrait pas du doigt, passeraient totalement inaperçues? Cet argument, qu’il soit rabâché par Eric Besson ou par Marie-George Buffet, n’est pas dénué de logique formelle : après tout, rendre les femmes invisibles est bel et bien l’objet social de ladite burqa. Mais d’autres événements estivaux sont venus étayer mes velléités de virage de cuti sur la question.

Tout d’abord, alors que le pays redécouvre les dangers de la canicule, force est de constater que les porteuses de voile intégral sont moins exposées que leurs sœurs impies aux misères de l’insolation et donc des cancers cutanés afférents. Depuis des décennies, les multinationales cosmétiques s’escrimaient à inventer le véritable écran total : vous bilez plus, les mecs, on l’a trouvé ! Désormais, il ne restera plus qu’à régler quelques petits problèmes liés à l’hypersudation…

Toujours dans l’optique du principe de précaution, un autre argument plaide en faveur de l’autorisation du port de la burqa, voire de son caractère obligatoire : l’épidémie de grippe A. Non seulement la burqa fait office de masque antiviral, mais en outre, le code moral qui va avec, guère propice au frotti-frotta - même le plus prétendument innocent - est un rempart phénoménal contre la contamination par contact direct. Laver ses mains cinq fois par jour, c’est bien, ne jamais s’en servir, c’est mieux !

Enfin l’actualité nous sert un dernier argument en faveur d’une tolérance bien pensée. Car ce vêtement que j’ai moi-même fautivement qualifié d’archaïsme peut se révéler d’une totale modernité. Comme vous, j’ai été ému par ses images télévisées de femmes afghanes votant pour la première fois de leur vie, malgré les menaces des talibans. Mais auraient-elles pu le faire si on n’avait pas mis à leur disposition ces magnifiques isoloirs individuels et portatifs ?

Marc Cohen, Burqa, j'ai changé d'avis, sur Causeur

 

 

04/08/2009

Oil supplies are running out fast

sablesbitumeux.jpgCatastrophic shortfalls threaten economic recovery, says world's top energy economist

By Steve Connor, Science Editor

Monday, 3 August 2009SHARE PRINTEMAILTEXT SIZE NORMALLARGEEXTRA LARGE

The world is heading for a catastrophic energy crunch that could cripple a global economic recovery because most of the major oil fields in the world have passed their peak production, a leading energy economist has warned.

Higher oil prices brought on by a rapid increase in demand and a stagnation, or even decline, in supply could blow any recovery off course, said Dr Fatih Birol, the chief economist at the respected International Energy Agency (IEA) in Paris, which is charged with the task of assessing future energy supplies by OECD countries.

In an interview with The Independent, Dr Birol said that the public and many governments appeared to be oblivious to the fact that the oil on which modern civilisation depends is running out far faster than previously predicted and that global production is likely to peak in about 10 years – at least a decade earlier than most governments had estimated.

But the first detailed assessment of more than 800 oil fields in the world, covering three quarters of global reserves, has found that most of the biggest fields have already peaked and that the rate of decline in oil production is now running at nearly twice the pace as calculated just two years ago. On top of this, there is a problem of chronic under-investment by oil-producing countries, a feature that is set to result in an "oil crunch" within the next five years which will jeopardise any hope of a recovery from the present global economic recession, he said.

In a stark warning to Britain and the other Western powers, Dr Birol said that the market power of the very few oil-producing countries that hold substantial reserves of oil – mostly in the Middle East – would increase rapidly as the oil crisis begins to grip after 2010.

"One day we will run out of oil, it is not today or tomorrow, but one day we will run out of oil and we have to leave oil before oil leaves us, and we have to prepare ourselves for that day," Dr Birol said. "The earlier we start, the better, because all of our economic and social system is based on oil, so to change from that will take a lot of time and a lot of money and we should take this issue very seriously," he said.

"The market power of the very few oil-producing countries, mainly in the Middle East, will increase very quickly. They already have about 40 per cent share of the oil market and this will increase much more strongly in the future," he said.

There is now a real risk of a crunch in the oil supply after next year when demand picks up because not enough is being done to build up new supplies of oil to compensate for the rapid decline in existing fields.

The IEA estimates that the decline in oil production in existing fields is now running at 6.7 per cent a year compared to the 3.7 per cent decline it had estimated in 2007, which it now acknowledges to be wrong.

"If we see a tightness of the markets, people in the street will see it in terms of higher prices, much higher than we see now. It will have an impact on the economy, definitely, especially if we see this tightness in the markets in the next few years," Dr Birol said.

"It will be especially important because the global economy will still be very fragile, very vulnerable. Many people think there will be a recovery in a few years' time but it will be a slow recovery and a fragile recovery and we will have the risk that the recovery will be strangled with higher oil prices," he told The Independent.

In its first-ever assessment of the world's major oil fields, the IEA concluded that the global energy system was at a crossroads and that consumption of oil was "patently unsustainable", with expected demand far outstripping supply.

Oil production has already peaked in non-Opec countries and the era of cheap oil has come to an end, it warned.

In most fields, oil production has now peaked, which means that other sources of supply have to be found to meet existing demand.

Even if demand remained steady, the world would have to find the equivalent of four Saudi Arabias to maintain production, and six Saudi Arabias if it is to keep up with the expected increase in demand between now and 2030, Dr Birol said.

"It's a big challenge in terms of the geology, in terms of the investment and in terms of the geopolitics. So this is a big risk and it's mainly because of the rates of the declining oil fields," he said.

"Many governments now are more and more aware that at least the day of cheap and easy oil is over... [however] I'm not very optimistic about governments being aware of the difficulties we may face in the oil supply," he said.

Environmentalists fear that as supplies of conventional oil run out, governments will be forced to exploit even dirtier alternatives, such as the massive reserves of tar sands in Alberta, Canada, which would be immensely damaging to the environment because of the amount of energy needed to recover a barrel of tar-sand oil compared to the energy needed to collect the same amount of crude oil.

"Just because oil is running out faster than we have collectively assumed, does not mean the pressure is off on climate change," said Jeremy Leggett, a former oil-industry consultant and now a green entrepreneur with Solar Century.

"Shell and others want to turn to tar, and extract oil from coal. But these are very carbon-intensive processes, and will deepen the climate problem," Dr Leggett said.

"What we need to do is accelerate the mobilisation of renewables, energy efficiency and alternative transport.

"We have to do this for global warming reasons anyway, but the imminent energy crisis redoubles the imperative," he said.

Oil: An unclear future

*Why is oil so important as an energy source?

Crude oil has been critical for economic development and the smooth functioning of almost every aspect of society. Agriculture and food production is heavily dependent on oil for fuel and fertilisers. In the US, for instance, it takes the direct and indirect use of about six barrels of oil to raise one beef steer. It is the basis of most transport systems. Oil is also crucial to the drugs and chemicals industries and is a strategic asset for the military.

*How are oil reserves estimated?

The amount of oil recoverable is always going to be an assessment subject to the vagaries of economics – which determines the price of the oil and whether it is worth the costs of pumping it out –and technology, which determines how easy it is to discover and recover. Probable reserves have a better than 50 per cent chance of getting oil out. Possible reserves have less than 50 per cent chance.

*Why is there such disagreement over oil reserves?

All numbers tend to be informed estimates. Different experts make different assumptions so it is under- standable that they can come to different conclusions. Some countries see the size of their oilfields as a national security issue and do not want to provide accurate information. Another problem concerns how fast oil production is declining in fields that are past their peak production. The rate of decline can vary from field to field and this affects calculations on the size of the reserves. A further factor is the expected size of future demand for oil.

*What is "peak oil" and when will it be reached?

This is the point when the maximum rate at which oil is extracted reaches a peak because of technical and geological constraints, with global production going into decline from then on. The UK Government, along with many other governments, has believed that peak oil will not occur until well into the 21st Century, at least not until after 2030. The International Energy Agency believes peak oil will come perhaps by 2020. But it also believes that we are heading for an even earlier "oil crunch" because demand after 2010 is likely to exceed dwindling supplies.

*With global warming, why should we be worried about peak oil?

There are large reserves of non-conventional oil, such as the tar sands of Canada. But this oil is dirty and will produce vast amounts of carbon dioxide which will make a nonsense of any climate change agreement. Another problem concerns how fast oil production is declining in fields that are past their peak production. The rate of decline can vary from field to field and this affects calculations on the size of the reserves. If we are not adequately prepared for peak oil, global warming could become far worse than expected.

Steve Connor, Science Editor

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25/07/2009

Dernières lueurs

Ledernierdespoilus.jpgAprès la mort de Lazare Ponticelli, le dernier des « poilus » français, à l'âge de 110 ans, dont L'Express avait retracé l'itinéraire (voir le numéro du 24 janvier), ils sont encore huit survivants à avoir participé aux combats de la Première Guerre mondiale : les Britanniques Henry Allingham (111 ans), Harry Patch (109 ans) et Claude Choules (107 ans) ; les Italiens Delfino Borroni (109 ans) et Francesco Chiarello (109 ans) ; le Turc Yakup Satar (110 ans) ; l'Austro-Hongrois Franz Künstler (107 ans), et l'Américain Frank Buckles (107 ans). Les derniers soldats allemands et polonais sont décédés en janvier.

 

LONDRES - Le dernier soldat britannique ayant combattu dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, Harry Patch, est mort à l'âge de 111 ans dans une maison de retraite du Somerset, annonce le ministère de la Défense.

Plombier de formation, Patch avait été recruté à l'âge de 18 ans pour servir sur le front Ouest dans les tranchées d'Ypres. Servant de mitrailleuse durant quatre mois à l'été 1917, il avait été blessé à la bataille de Passchendaele, où il avait vu périr trois de ses plus proches amis.

En sa qualité de duc de Cornouailles, le Prince Charles a rendu hommage à l'ancien combattant, qui avait servi dans le bataillon d'infanterie légère "Duke of Cornwall".

"Harry a toujours chéri l'extraordinaire camaraderie qu'engendrent ces conditions atroces dans le bataillon, et il y est resté loyal jusqu'à la fin", a déclaré l'héritier de la couronne à la BBC.

Dans un communiqué, le Premier ministre Gordon Brown a rendu hommage à Patch, et assuré que "si la plus noble de toutes les générations nous quitte, elle ne sera jamais oubliée".

La disparition de Patch survient une semaine après celui d'un autre survivant de la Première Guerre mondiale, Henry Allingham, qui à 113 ans était en outre l'homme le plus âgé du monde.

L'unique survivant né britannique de la Grande Guerre est désormais Claude Choules, qui servait dans la Royal Navy et a émigré en Australie.

Aufront.jpg

 

 

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24/07/2009

Un mensonge d'Etat

Lu chez Ivan Rioufol :


Emeutier potentiel (2).jpgLa désinformation officielle sur l'immigration et son ampleur, que j'ai dénoncée en 2007 dans La fracture identitaire (Fayard), est un scandale qui perdure et interdit toute politique lucide face à cette possible bombe à retardement. Une fois n'est pas coutume, Marianne se fait, cette semaine, l'utile écho de cet aveuglement volontaire, dans un article intitulé : Immigration: l'Insee aurait-elle peur des chiffres ? L'hebdomadaire y rappelle les conclusions d'une étude des démographes Michèle Tribalat et Bernard Aubry. Le document fait état de 37% de jeunes d'origine étrangère en Ile-de-France, de plus de 60% dans une vingtaine de villes, d'une explosion du nombre de jeunes originaires d'Afrique sub-saharienne, d'une proportion de jeunes d'origine étrangère en très forte hausse dans l'ouest de la France. Mais c'est dans la revue Commentaire, et non dans une publication de l'Insee, que cette étude a trouvé refuge. Tribalat : "L'Insee préfère ne pas informer plutôt que de risquer de publier une nouvelle sensible. Par peur de réveiller le racisme en France".

Ce syndrome persistant du politiquement correct est, comme toujours, animé des meilleurs intentions. Mais il se révèle indéfendable quand il en vient à camoufler volontairement des réalités, voire à les sous-estimer. Je ne résiste pas à rappeler l'hilarante étude de François Héran, directeur de l'Ined (Institut national d'études démographiques), qui en 2004 avait publié un rapport, largement médiatisé, assurant : "La France n'est pas un pays d'immigration massive". Depuis, Héran n'a jamais cessé d'être promu, en remerciement d'une telle perspicacité, tandis que Tribalat n'a jamais cessé d'être placardisée. Le plus étonnant reste la passivité des médias, qui n'ont pas jugé utile jusqu'à présent (mais Marianne semble se réveiller) de dénoncer ces opérations de propagandes menées par l'Insee et l'Ined, avec l'aval des pouvoirs publics, et constitutives selon moi d'un mensonge d'Etat.

18/07/2009

Fils à papa

Filsapapa.jpgLe capitalisme français est-il génétiquement modifiable? Leurs familles prospéraient, ils prospèrent, leurs fils prospéreront. Lorsqu'on parcourt le classement 2007 des fortunes de France du magazine Challenges Challenges no 88. , on croit lire un digest du Bottin mondain. Les trois personnes les plus riches de l'Hexagone sont des héritiers: Bernard Arnault, Gérard Mulliez, Liliane Bettancourt. Sur les 20 premiers, 14 sont des fils de famille, de Martin Bouygues à Serge Dassault en passant par Vincent Bolloré. Quant aux grands patrons qui ont fondé une entreprise sans en avoir hérité, la plupart tentent de créer une nouvelle dynastie familiale en passant le flambeau à leurs enfants. Ainsi, l'homme d'affaires François Pinault a transmis les commandes de son empire à son fils François-Henri, Francis Bouygues à son fils Martin, Marin Karmitz les commandes de MK2 à son fils Nathanaël (29 ans). Chez Gaumont, Sidonie Dumas a remplacé son père, Nicolas Seydoux, à la tête du directoire et le coiffeur Jacques Dessange a passé ses ciseaux à son fils cadet Benjamin.

Les calamiteuses tribulations d'Arnaud Lagardère à la tête du groupe légué par son papa montrent pourtant que le sens des affaires n'est pas héréditaire. «Le père était un aigle, le fils un faucon, le petit-fils un vrai con», dit un proverbe bamiléké. L'endogamie s'observe aussi dans la musique, au cinéma, à la télévision, où le talent n'est pas clonable. On se croirait à Monaco, Albert succédant à Rainier... Fils et filles à papa sont partout, et pas seulement dans les états-majors des entreprises. Sur les plateaux de cinéma, comme Charlotte Gainsbourg et Lou Doillon (filles de Jane Birkin), Julie et Guillaume Depardieu, Laura Smet (fille de Johnny Hallyday et de Nathalie Baye), Eva Green (fille de Marlène Jobert), Sarah Biasini (fille de Romy Schneider) ou Arthur Jugnot. Dans les studios d'enregistrement (Marie Modiano, Jennifer Ayache - chanteuse et fille de Chantai Lauby-, David Hallyday, Pierre Souchon, Mathieu Chédid fils de Louis, Arthur H fils de Jacques Higelin), les prétoires (Arno Harsfeld, Antonin Lévy, fils de BHL) et les maisons d'édition (Mazarine Pingeot ou Justine Lévy, fille de BHL) et même chez les top models, comme Marie de Villepin. A la télévision comme Marie Drucker, Benjamin Castaldi ou Guillaume Debré, fils de Jean-Louis. En politique, tel François Baroin, Marine Le Pen, Nathalie Kosciusko-Morizet, fille de François Kosciusko-Morizet, maire de Sèvres, et soeur de Pierre Kosciusko-Morizet, 29 ans, PDG de Priceminister, ou Arnaud Péricard, fils de l'ancien maire de Saint-Germain-enLaye, candidat aux municipales.

«La tendance à la reproduction sociale et génétique des élites s'est systématisée, observe Frédéric Teulon, qui dirige le département économie et sciences sociales du pôle universitaire Léonard-de-Vinci. Elle conduit désormais à la perpétuation des lignées familiales à la tête des grandes entreprises, des médias et de l'Etat. Un phénomène amplifié par la médiatisation, qui donne au nom de famille une importance toujours plus grande.»

Dans son livre les FFD. La France aux mains des fils et filles de.... (Bourin éditeur) , il dresse la liste des 500 familles les plus visibles ou les plus influentes qu'il classe par espèce: dynasties administratives (Debré, Giscard d'Estaing), familles de chefe d'entreprise (Mulliez, Dassault), famille de comédiens (Cassel, Brasseur, Deneuve), de juristes (Lyon-Caen, Teitgen), de journalistes (Poivre d'Arvor, Servan-Schreiber), d'éditeurs (Fasquelle, Flammarion), etc.

C'est quoi, le problème?

Ce phénomène n'est pas neuf mais prend d'autant plus de relief que le reste de la société française est en crise. Au même moment, les rejetons des classes moyennes - soit 80% de la société française - sont confrontés à un véritable déclassement. Même s'ils sont plus diplômés que leurs aînés, les jeunes de 2007 sont la première génération qui, en période de paix, réussit matériellement moins bien que ses géniteurs. Ces jeunes personnes ont suivi en moyenne deux années d'étude de plus que leurs aînés, et pourtant elles connaissent le chômage, la précarisation, la dépendance aux parents. «En 1968, on pouvait être instituteur à 19 ans, avec un baccalauréat. On pouvait se faire tout seul sans parents derrière soi, dit le sociologue Louis Chauvel, auteur de l'excellent (et déprimant) essai les Classes moyennes à la dérive (La République des idées, Seuil). Il y avait de vraies marges d'ouverture pour se réaliser soi-même par le travail salarié, de vraies capacités de progression.»

Aujourd'hui, dans le monde économique, dans les médias, le show-biz, la presse, l'édition, on assiste à une multiplication des «fils de-fille de», parce qu'il est de plus en plus difficile de se faire tout seul. «Dans la société des Trente Glorieuses salariales, l'éducation et le travail généraient un courant de mobilité ascendante. On assiste aujourd'hui à un véritable retour de manivelle», note Louis Chauvel. En 1968, il y avait 6% de taux de chômage dans les douze mois de la sortie des études, et on pouvait choisir son employeur plus que l'inverse: les places étaient plus nombreuses que les candidats. Aujourd'hui, c'est l'inverse. Il y a 25% de taux de chômage dans les douze mois de la sortie des études. «Malheur à qui n'a pas le soutien du capital de sa famille, estime Louis Chauvel. S'il suffisait naguère de réussir les bons concours pour entrer dans les cercles dont on était a priori exclu par la naissance, la perspective contemporaine est plus inquiétante puisqu'elle semble exiger de plus en plus d'avoir des parents ayant eux-mêmes constitué un capital économique pour se maintenir dans les cercles centraux. «Depuis vingt-cinq ans les salaires stagnent alors que le prix des loyers, par exemple, a été multiplié par quatre. Impossible d'acheter un appartement pour un jeune couple né dans le cours des années 60-70 sans famille pour l'aider. Les jeunes diplômés vivent un appauvrissement. Au sein même des classes moyennes, s'en sortiront mieux ceux que leurs parents peuvent aider en finançant les bonnes études, en aidant à l'acquisition du premier logement ou en se portant caution solidaire... Louis Chauvel dénonce «l'accumulation patrimoniale», devenue une ressource grandissante. «L'ennui, c'est qu'elle est extrêmement înégalitaire.»

Dans une société qui inscrit l'égalité au fronton des écoles, la famille est de plus en plus une clé pour la réussite. La méritocratie républicaine est en panne, y compris à l'ENA, où les enfants du sérail sont les chouchous. Les élèves de la promotion Léopold Sédar Senghor ont pointé du doigt les «héritiers généalogiques», enfants d'énarques qui, s'ils ne représentent que 0,01% d'une classe d'âge, représentent 4,4 %du total des élèves de leur promotion. Pis, ils occupent 27,7% des postes offerts dans les grands corps. Curieusement, les enfants d'énarques ont décroché des notes de stage largement supérieures à celles de leurs camarades, avec une moyenne de 9,3 sur 10, contre 7,6 pour l'ensemble de la promotion. Un comble pour ce creuset de la méritocratie républicaine. On ne peut plus, aujourd'hui, se faire seulement par son propre travail.

Capitalisme familial, les bons côtés

En France, les sociétés familiales ont le vent en poupe. Entre 1990 et 2006, elles ont progressé de 639% contre 292% pour le reste du CAC 40. «Un différentiel significatif qui prouve sur le long terme la robustesse de ces entreprises», indique une étude du groupe Oddo, qui fait de la gestion de patrimoine. Oddo propose même un fonds particulier, Oddo Génération, qui ne recèle que des valeurs familiales. Selon une autre enquête, du Crédit suisse, les entreprises exclusivement ou majoritairement aux mains d'une famille sont plus performantes que celles à l'actionnariat plus diversifié. Pour quelles raisons? Elles privilégient la stratégie à long terme sur la performance rapide, contrôlent le management et s'attachent à leur coeur de métier: ce qui guide une famille, c'est la préservation de son patrimoine. Ainsi chez BMW, la famille Quandt a empêché la direction de s'éloigner de son coeur de métier, l'automobile, alors que Daimler Chrysler s' ouvrait vers l'aéronautique et la défense, avec les ennuis qu'on sait.

Le capitalisme familial n'est pas une exception française et offre les mêmes performances dans toute la zone euro, où plus de la moitié des sociétés cotées sont des sociétés familiales. Mais le CAC 40 est l'indice européen qui compte le plus grand nombre de groupes familiaux. Et, caractéristique franco-française, les héritiers gèrent eux-mêmes l'entreprise qui leur a été transmise. Comme en Inde, en somme.

Capitalisme familial, les mauvais cotés Rares, en France, sont les groupes comme L'Oréal dirigé non pas par l'héritière Liliane Bettancourt, mais par un véritable manager. Jean-Paul Agon, le nouveau patron, a fait toute sa carrière à l'intérieur du groupe depuis sa sortie d'HEC, comme avant lui lindsay Owen- Jones. Là, c'est le diplôme de grande école qui a servi de sésame. Dans la majorité des cas, les fils ou plus rarement les filles succèdent à leur père, lorsque celui-ci leur lègue une entreprise en bonne santé. «En France, il est quasiment impossible de léguer son entreprise à l'un de ses cadres. La législation privilégie la transmission familiale», note l'économiste Thomas Philippon, qui enseigne la finance à la Stem School Of Business de New York. Il est l'auteur du remarquable Capitalisme d'héritiers Le Capitalisme d'héritiers, la crise française du travail, de Thomas Philippon, Seuil, 10,50 Euros. , qui pour 10,50 Euros a le mérite d'offrir un regard neuf sur la crise traversée par la société française.

La première mesure en faveur de la transmission des entreprises date de 2000 La série de mesures facilitant les successions votées le 22 août dernier par l'Assemblée nationale ne concernent pas les familles les plus riches, dont les patrimoines sont bien supérieurs aux nouvelles franchises de 1 50 000 Euros accordées. : elle permet, lorsque le légataire s'organise de son vivant, une réduction d'ISF et un abattement des trois quarts des droits de succession si l'héritier prend l'engagement de conserveries titres de l'entreprise pendant six ans. «Seules les familles qui n'ont pris aucune disposition anticipatrice restent lourdement (axées, dit Jean-François Humbert. notaire à Paris. Mais les familles du CAC 40 sont suffisamment bien conseillées pour s'organiser.» La loi, en exigeant que l'héritier exerce des fonctions dans l'entreprise, encourage le népotisme. «C'est comme si on sélectionnait l'équipe olympique de 2020 parmi les enfants aînés des médaillés d'or de 2000», selon le milliardaire américain Warren Buffett. En revanche, un entrepreneur ne peut léguer sa société à un cadre méritant sans être lourdement taxé.

Les enfants gâtés

«La vie ma suffisamment gâté pour que je ne me plaigne pas», a dit Arnaud Lagardère devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale. C'est le moins qu'on puisse dire. Fils et filles de bénéficient à l'allumage d'un avantage exceptionnel et privilégié, un training d'initiés. De celui qui est destiné à hériter, sa famille s'efforce de faire «un bon». A son fils François-Henri, le self-made-man François Pinault a fait donner des cours privés pour qu'il intègre HEC. Ses marchands d'art contemporain ont également formé le goût de son fils. Mais le père a bâti son groupe à l'instinct: est-ce réellement transmissible? Lorsque le fils ou la fille à papa rejoint l'entreprise familiale, il ou elle emprunte directement l'ascenseur de l'étage «direction». Là, on lui confie une première mission et, bien encadré, il fait ses premiers pas. De Pinault Distribution qu'il dirige à l'âge de 29 ans à la direction de PPR, François -Henri Pinault n'a connu que l'entreprise paternelle. «Je suis heureux d'avoir été sélectionné pour mes seules compétences», a-t-il déclaré à Enjeux-les Echos, à peine nommé.

Le premier Playmobil de Delphine Arnault a été la société John Galliano. A 32 ans, la fille aînée de Bernard Arnault est aujourd'hui administratrice de LVMH, et directrice de la stratégie cuir et maroquinerie de Dior. Son arrière-grand-père, Etienne Savinel, était un entrepreneur du BTP et son grand-père, Jean Arnault, un industriel du Nord. Son père Bernard a créé l'empire LVMH en se lançant dans le luxe en 1984 avec la reprise de Dior. Ravissante tige blonde, Delphine Arnault est loin de ressembler à l'héritière Paris Hilton: elle a fait de bonnes études, l'Edhec et la London School Of Economies & Political Science. Une fois diplômée, elle a travaillé deux ans chez McKinsey avant de rejoindre l'entreprise de papa. A 29 ans, elle rafle un poste de directrice: du jamais-vu dans le groupe. «J'ai été observée les deux premières semaines, racontait-elle récemment. Les gens s'inquiétaient. Mais, après, tout a été normal «Volontaire, accrocheuse, Delphine ne joue pas les divas. «En voyage, elle se lève à l'aube, enchaîne les rendez-vous, veut tout savoir, se passionne pour les produits», note un témoin qui l'a vue en Italie superviser la collection d'accessoires ou la fabrication des chaussures. Certes. A diplôme égal, il n'est pas sûr que d'autres cadres auraient obtenu aussi rapidement un poste si brillant. «Ces fils de ne sont ni mauvais ni bons, ils sont moyens», note un observateur. Antoine, le jeune frère de Delphine, a lui aussi été coopté au conseil d'administration, à l'âge de 28 ans. «J'ai la chance de connaître la plupart des administrateurs, comme Albert Frère ou Arnaud Lagardère, qui est un de mes modèles», a déclaré le malheureux Antoine. Après un diplôme à Dauphine et HEC Montréal. Antoine a fait ses games sur le Net en fondant Domainoo (noms de domaine), avant de le revendre. Fin 2002, il a rejoint Vuitton, «une marque [qu'il] aime et [qu'il] sen[t]».

De la même façon, les enfants de JeanClaude Decaux (15e fortune de France), Jean-Charles et Jean-François, se partagent le pouvoir au sein du numéro un mondial du mobilier urbain. «J'aurais détesté avoir desfils à papa qui se baladent dans de belles voitures et traînent aux Deux Magots, dit l'inventeur de l'Abribus. Cela aurait été pour moi la puis grande douleur.» Ses deux fils ont fait leurs armes à l'étranger, l'un en Allemagne, l'autre en Espagne. Christian Courtin-CJarins est devenu, en 2000, président du directoire de Clarins, après plus de trois décennies passées au côté de son père, Jacques, fondateur de la société de cosmétiques. Son frère Olivier travaille avec lui. Christian Courtin verrait bien ses filles, Claire, 20 ans, et Virginie, 22 ans, le rejoindre, une fois leurs études finies. A 34 ans. Rodolphe Saadé dirige CGM-CMA. troisième groupe mondial de transport maritime en conteneurs, fondé par son père Jacques et son oncle Johnny. Patrick Partouche, 42 ans, poursuit l'oeuvre d'Isidore à la tête de la cinquantaine de casinos qui portent leur nom. Nicolas Rousselet est désormais le PDG des Taxis G7 créés par son père André.

On peut être un fils de famille sans être une quiche

On peut être un fils de famille sans être une quiche. Et même être plutôt bon. Dans ce cas, tout le monde vous cite en exemple. Chez Danone, Franck Riboud, le plus jeune fils d'Antoine, a dû faire ses preuves, et les a faites. Lorsqu'il fut nommé aclministrateur il y a quelques années, un actionnaire demanda: «Ce M. Franck Riboud, dont vous nous demandez d'approuver la nomination est-il quelqu'un de votre famille? Si oui.BSN serait- il devenu une société familiale?» Du tac au tac, Antoine Riboud répondît: «Je ne vois pas pourquoi s'appeler Riboud serait un handicap chez BSN.» Homemade, Franck Riboud a bénéficié, il est vrai, d'une formation sur le tas enviable et enviée.

Diplômé de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, il entre comme contrôleur de gestion chez Panzani, l'une des filiales les plus intéressantes du groupe, avant de peaufiner son apprentissage chez Danone et L'Alsacienne. Il acquiert une expertise à petite échelle: financière, commerciale et marketing, les trois vecteurs porteurs de l'entreprise. Mais, depuis, il a considérablement développé le groupe à l'international. D'ailleurs il doit son poste à ses seules compétences, puisque Danone est détenu en majorité par des fonds anglo-saxons, qui ne sont pas obligés de le reconduire dans ses fonctions. Il ne peut compter que sur un bloc d'actions détenues par sa famille qui se limite à 1%, et tire sa légitimité de son savoir-faire.

De la même façon, Vincent Bolloré, qui n'a hérité que des dettes de son père, ne doit sa soif de réussite qu'à lui-même (et peut-être à la ruine de sa famille, qui l'a rendu teigneux) . Martin Bouygues, treizième fortune de France, a remarquablement succédé à son père: il est aujourd'hui à la tête d'un groupe quatre fois plus important que celui légué par Francis. S'il ne gère pas en direct, il agit en actionnaire qui fixe les grandes orientations. Il est vrai que son père, Francis Bouygues, avait testé ses autres héritiers, Nicolas et Corinne, avant de les écarter au bénéfice de son fils cadet Martin, simple bachelier. Celui-ci a débuté en 1974 sur le pharaonique chantier des Halles, avant de créer Maison Bouygues avec son frère Nicolas. «Il existe aussi des familles de sériai entrepreneurs, dit Eric Tréguier, auteur du classement des fortunes de France du magazine Challenges. SurleWeb, par exemple, comme la famille Rosenblum.» En 1970, le père et l'oncle créaient Foto- vista, un énorme labo de développement photos. Les deux fils, Steve et Jean-Emile ont été des pionniers du commerce en ligne, créant notamment Pixmania avant de revendre le groupe.

A quoi sert un fils à papa?

Pourquoi accorde-t-on une telle place au fils à papa en France? «Associé au paternalisme, il constitue une stratégie efficace pour limiter les conflits sociaux: l'entreprise familiale est bien adaptée à la jungle des rapports conflictuels», note Thomas Philippon. Il y a une autre raison. Même lorsqu'il n'a pas inventé la Lune comme Arnaud Lagardère, le président honoraire des amis de Roland Garros, le «fils de» naît avec un carnet d'adresses accroché au cordon ombilical. Ce qui aide beaucoup à faire des affaires. Le fastueux mariage de Delphine Arnault avec un héritier d'une dynastie turinoise de vins et spiritueux, Alessandro Vallarino Gancia, 38 ans, déjà administrateur de LVMH, il y a deux ans, donne une idée du réseau qu'entretient sa famille. «Le gotha, la politique et le monde des affaires s'étaient donné rendezvous dans la cathédrale Saint- Jean-Baptiste de Bazas [Gironde] , classée au patrimoine de l'Unesco, où le père Benoist de Sinetry reçut le consentement des époux, devant un parterre de personnalités, raconte le chroniqueur Stéphane Bern, spécialiste des familles royales. Bernadette Chirac, qui s'offrit en prime une acclamation populaire en allant saluer les autres mariés de l'aprèsmidi, les ministres Thierry Breton, JeanFrançois Copé et Renaud Dutreil, (Nicolas Sarkozy les rejoignit pour le dîner au château d'Yquem et Renaud Donnedieu de Vabres au brunch dominical) mais aussi Hubert Védrine aux côtés de l'infante Elena d'Espagne et son époux don Jaime de Marichalar, les princesses Maria-Pia et Marie-Gabrielle de Savoie, le diadoque Pavlos de Grèce et son épouse Marie-Chantal, le prince Charles de Bourbon-Sicile, duc de Calabre (qui avait été choisi comme témoin par la mariée, ainsi que son frère Antoine Arnault, Ségolène Gallienne ou Khashayar Mahdhavi), et son épouse Camilla, ainsi que la princesse Olga de Grèce avec son fiancé le prince Aymone d'Aoste. Parmi les capitaines d'industrie avaient pris place Claude Bébéar, Jean-René Fourtou, Michel Pébereau, Ernest-Antoine Seillière, Henri Lachmann, Serge Dassault, le baron Albert Frère, mais aussi l'héritier Agnelli John Elkann et quelques célébrités internationales comme LizHurley, Eva Herzigova, Marisa Berenson...»

A quoi servent les gens créatifs, compétents ou méritants?

Le problème, en fait, c'est qu'une entreprise est faite d'hommes, et que pour les plus talentueux cette situation est frustrante. «Je comprends la détresse et la colère de certains salariés d'Airbus», a déclaré Arnaud Lagardère devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale. Est-ce bien sûr? Que ressentent, aujourd'hui, les cadres et ingénieurs d'EADS qui ont porté l'aventure technologique et commerciale de l'A380 lorsqu'ils regardent le Ken hâlé qui est leur patron répondre en gloussant aux questions des députés à la commission des Finances de l'Assemblée nationale? «Le capitalisme français n'en est malheureusement pas au premier scandale de ce genre: les affaires Crédit lyonnais, Elf, Vivendi ou France Télécom constituent des précédents encore dans toutes les mémoires, note la revue Alternatives économiques. A chaque fois, un patron tout-puissant a plongé une grande entreprise dans de très graves difficultés, se jouant de ses actionnaires, qu'ils soient privés ou publics.» La revue accuse la culture du management à la française: entre héritage et parachutage, élitisme et esprit de clan, hiérarchies figées et autoritarisme. Un point de vue que partage Thomas Philippon, qui dénonce un capitalisme français privilégiant l'héritage, qu'il soit direct, sous forme de transmission successorale ou sociologique, sous la forme de la reproduction sociale par le diplôme ou le statut.

Pourquoi les Français sont-ils malheureux au travail?

«Pourquoi les Français sont-ils malheureux au travail?se demande de son côté Pierre Bilger, l'ancien patron d'Alstom. Avec le recul et la liberté d'esprit, lorsque je reviens âmes années de responsabilités, l'insatisfaction au travail est un élément qui caractérise l'entreprise française.» Selon l'enquête 2007 de l'Observatoire international des salariés, seuls 45% des salariés français estiment que leurs efforts sont reconnus, contre 56% en moyenne en Europe et 75% aux EtatsUnis L'enquête commandée par l'Observatoire international des salariés a été menée en févriermars 2007, auprès d'échantillons représentatifs de salariés de grandes entreprises et de la fonction publique. Sept pays ont été couverts (5 412 interviews): le G5 européen (France, Allemagne, GrandeBretagne, Italie, Espagne), les Etats-Unis, la Chine. . Quarante pour cent des salariés français seulement sont satisfaits de leurs possibilités d'évolution, contre 48% en Europe et 70% aux Etats-Unis. Aversion des Français vis-à-vis de l'entreprise? Pas du tout. La preuve, les Français travaillant dans des filiales de groupes étrangers - allemands ou américains - sur le territoire français manifestent plus de satisfaction et d'optimisme que ceux travaillant dans des groupes français. Ainsi, ils sont 58% à être satisfaits de leur rémunération (pour 45% dans les groupes français), 48% à penser que leurs efforts sont récompensés (pour 39% dans les groupes français) . De même, 38% seulement des salariés français travaillant pour des groupes étrangers jugent que leur situation se dégrade (pour 63% dans les groupes français) Le Capitalisme d'héritiers, la crise française du travail, de Thomas Philippon, Seuil, 10,50 Euros. . Pour Pierre

Bilger, les méthodes de management dans l'Hexagone ne sont pas épanouissantes: certes, le capitalisme familial est un gage de stabilité, mais il peut être un obstacle au renouveau des élites dirigeantes. Dans son étude le Capitalisme d'héritiers, la crise française du travail, Thomas Philippon a analysé sans parti pris la spécificité française. Appliquant une méthode statistique, comparative et historique de caractère scientifique à l'analyse de données fournies par l'OCDE, il arrive à une conclusion aussi simple que rigoureuse. S'il y a bien en France une crise du travail, elle n'est pas celle que l'on croit. Il n'y a pas de disparition du désir de travailler. Contrairement aux idées reçues, les Français accordent plutôt plus d'importance au travail que la plupart des Européens, et ils sont parmi les premiers à enseigner à leurs enfants à travailler dur. Bref, les Français ne sont pas des feignasses. Les travailleurs veulent travailler et les entrepreneurs veulent entreprendre. S'il y a d'un côté un désir de travailler et de l'autre une volonté d'entreprendre, où est le problème? «Les entreprises françaises ne pratiquent pas la promotion interne. En Allemagne, 60% des entreprises sont dirigées par des hommes entrés comme cadres. En France, 20%», dit Thomas Philippon. Les autres? Des fils à papa ou des parachutés de la fonction publique. «Avant la Première Guerre mondiale, déjà, on expliquait par le paternalisme le manque de dynamisme de l'économie française comparée à l'économie allemande», dit- il. Selon lui, cette situation a des racines historiques profondes: d'un côté, un syndicalisme figé dans une attitude de conflit. De l'autre, les hiérarchies rigides et le management autoritaire du capitalisme familial. Au milieu, des salariés frustrés, parce qu'ils ne peuvent pas prendre d'initiatives et que leur mérite n'est pas reconnu. Les cas de réussite en interne sont si rares qu'on les cite comme des phénomènes. La trajectoire d'un Jean-Pascal Tricoire chez Schneider Electric est une exception. Ce cadre, qui vient de succéder à Henri Lachmann, n'est pas un héritier. Il n'a fait ni HEC ni l'ENA ni Polytechnique il n'est «que» diplômé de l'Ecole supérieure d'électronique de l'Ouest Mais il a passé vingt ans à vendre Schneider autour du globe, accompagnant la croissance d'un groupe désormais très implanté à l'international. Ensemble, Lachmann et Tricoire ont fait progresser le groupe de 60% en deux ans.

A la tête de Sanofi Avenus, Jean-François Dehecq est un des autres rares exemples de cadre devenu patron. Orphelin de père à 16 ans, il est «seulement» ingénieur des Arts et Métiers et a fait sa carrière chez Elf Aquitaine, dont il a développé le pôle hygiène et santé. Même parcours pour un Christophe de Margerie chez Total, qui n'a pas fait l'X-Mines comme ses prédécesseurs. Pour un Tricoire, un Margerie ou un Dehecq, combien de boulons à la tête d'entreprises familiales? «Quand on observe le gigantesque gâchis que l'incurie d'un Arnaud Lagardère, actionnaire de référence, combinée à la soif de pouvoir d'un NoëlForgeard,aprovoqué au sein d'Airbus, on se dit que c'est au niveau de ses élites économiques, de leur recrutement et de leurs habitudes de fonctionnement que l'économie française aurait besoin d'une «rupture»», répond Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternatives économiques.

Bon, maison fart quoi?

Refusant de pleurer sur le passe, beaucoup de jeunes Français, aujourd'hui, choisissent de faire leur vie au Canada, en Chine, aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, où leur diplôme dévalorisé dans l'Hexagone est recherché et respecté. Ces jeunes qualifiés trouvent à l'étranger ce qu'ils ne trouvent pas dans leurs pays. Dans les dix à vingt ans à venir, un tiers des patrons français céderont leur entreprise et 700 000 entreprises changeront de main. Le deuxième homme le plus riche d'Amérique, Warren Buffett, a légué la quasi-totalité de sa fortune de 44 milliards de dollars à la Fondation Bill & Melinda Gates, laissant une part congrue a ses héritiers naturels. Comme George Soros ou Bill Gates, il est opposé à la détaxation de l'héritage. Moins pour des motifs éthiques ou moraux que pour des raisons d'efficacité économique. «La plus mauvaise idée si l'on veut améliorer les relations dans l'entreprise, la justice sociale et la performance de l'économie française à long terme serait de supprimer l'impôt sur les successions», estime Thomas Philippon. Qui préconise une réforme en profondeur: financement des PME, représentativité des syndicats, réforme des droits de succession, mais aussi réforme de l'enseignement, puisque «le système d'éducation d'une société reflète le système social de cette société», selon Michel Crozier, sociologue. «La solution de nos problèmes n'est ni politique ni législative. Il ne faut certes pas négliger les réformes des institutions du marché du travail. Mais réformer sans s'attaquer aux raisons profondes du blocage est une démarche hasardeuse, car les sociétés humaines ont cette étrange qualité plastique qui les rend tout à la fois malléables et rigides, de sorte qu'on ne saurait longtemps empêcher les gens de faire ce qu'ils veulent, et qu'il est difficile de les amener à faire ce qu'ils ne veulent pas. On ne remettra pas durablement les Français au travail sans rendre le travail plus attractif et plus satisfaisant pour tous», écrit Thomas Philippon. Le véritable enjeu, c'est la capacité à travailler en groupe, dans le respect mutuel. Une initiation qui commence... à l'école.

Marie-Dominique Lelièvre, Marianne 2,  17 Novembre 2007

18:53 Publié dans Action psy | Lien permanent | Commentaires (0)

17/07/2009

Et pourtant elle tremble

tsunami-hits-sumatra.jpgPotéger un bâtiment contre les tremblements de terre, en le rendant comme invisible : c'est la parade qu'ont imaginée des chercheurs de l'Institut Fresnel de Marseille (CNRS, université Paul-Cézanne, Ecole centrale, université de Provence), en collaboration avec l'université de Liverpool. Leurs travaux font la couverture de la revue Physical Review Letters du 10 juillet.

La confection d'une "cape d'invisibilité", familière aux amateurs de science-fiction et aux fans de Harry Potter, excite l'imagination de très sérieux scientifiques. La première expérience, réalisée en 2006 par le physicien britannique Sir John Pendry, de l'Imperial College de Londres, avait montré qu'il était possible de courber des rayons lumineux, pour les dévier de leur trajectoire, grâce à un écran de matériaux appropriés. Mais dans une longueur d'onde n'appartenant pas au domaine du visible. D'autres équipes se sont ensuite attaquées aux ondes visibles, en les infléchissant par des structures en nanomatériaux. Il reste toutefois beaucoup de chemin à parcourir, avant de pouvoir escamoter à la vue un objet ou une personne, en détournant la totalité du spectre de la lumière visible.

C'est de ce principe que se sont inspirés les chercheurs français, en le transposant des ondes électromagnétiques aux ondes sismiques. Ils ont conçu, décrit Stefan Enoch, l'un des auteurs de l'étude, un dispositif expérimental formé d'une plaque flexible, sur laquelle est fixé un cylindre de 1 cm de hauteur et de 25 cm de rayon. Le cylindre figure l'obstacle à éviter - c'est-à-dire la zone à sécuriser -, tandis que les vibrations imprimées à la plaque simulent les ondes sismiques.

UNE DOUVE DÉFENSIVE

Tout le secret tient dans le tissage de la cape d'invisibilité. Celle-ci est faite de métamatériaux, autrement dit de matériaux de synthèse n'existant pas dans la nature et dotés de propriétés particulières. Dans le cas présent, les chercheurs ont utilisé six sortes de polymères plastiques disposés, dans un ordre précis, en dix anneaux concentriques autour du cylindre. Cette ceinture a pour effet de rendre pour ainsi dire aveugles les ondes vibratoires, qui contournent la zone sensible en suivant une ligne tangentielle.

Plus le nombre d'enceintes plastiques est élevé et plus la gamme de longueurs d'onde détournées est large. Avec 40 anneaux concentriques, il est possible d'écarter les ondes dans une bande de fréquence allant de 50 à 1 000 hertz. L'occultation n'est cependant pas parfaite. Elle est inopérante - et les équations indiquent qu'il ne peut en être autrement - contre les ondes de compression (longitudinales) et les ondes de cisaillement (transversales) qui, lors d'un séisme, se propagent à l'intérieur du manteau terrestre. Elle est en revanche efficace contre les ondes de flexion, qui se déplacent en surface ou dans les couches superficielles du sol. Une chance, puisque ces dernières provoquent les dégâts les plus sérieux, en ébranlant horizontalement les fondations des édifices.

Car l'objectif est de passer du modèle de laboratoire aux protections parasismiques. Une cape d'invisibilité pourrait être déployée autour d'une maison, d'une école ou d'un hôpital, comme une douve défensive contre les secousses telluriques. Cette nouvelle étape, souligne Stefan Enoch, exige un travail en collaboration avec des spécialistes d'autres disciplines. Des géologues, d'abord, le comportement de la croûte terrestre étant autrement plus complexe que celui d'une plaque flexible. Des architectes, ensuite, pour intégrer le système aux fondations des bâtiments et élaborer les métamatériaux les mieux adaptés.

D'autres applications, à plus petite échelle, sont envisageables. Par exemple dans l'automobile et l'aéronautique, pour effacer les vibrations des moteurs de voiture, ou certaines contraintes mécaniques s'exerçant sur les avions et les hélicoptères.

Les chercheurs de l'Institut Fresnel avaient déjà conçu, en 2008, une cape d'invisibilité contre les vagues. Des plots rigides en aluminium, disposés en cercles concentriques dans un bassin d'eau animée d'un mouvement ondulatoire, permettent de créer, au centre, une zone sans turbulences. Ce système, qui va maintenant être testé en conditions réelles, pourrait être exploité en aquaculture, en facilitant l'implantation de bassins d'élevage en pleine mer, dont l'agitation serait ainsi neutralisée. Il pourrait encore servir à la protection d'installations marines comme les plateformes offshore, d'infrastructures portuaires ou de zones côtières sensibles. Voire même, un jour, déjouer les tsunamis.

Pierre Le Hir, Le Monde, 17 juillet 2009.

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16/07/2009

Péril jaune

yann-arthus-bertrand-cheveaux_3.jpgUne fois de plus la presse occidentale aborde la Chine qu’elle connaît mal au travers du prisme idéologique de la Guerre froide. Ainsi le conflit ethnico-social entre ouigours et hans donne lieu à une récitation sur l’oppression du « régime » de Pékin. Domenico Losurdo démonte ce préjugé.

Vous vous souvenez de ce qui arrivait pendant les années de Guerre froide, et surtout dans sa phase finale ? La presse occidentale n’avait de cesse d’agiter le thème des réfugiés qui fuyaient la dictature communiste pour conquérir leur liberté. Dans la seconde moitié des années 1970, après la défaite infligée au gouvernement fantoche de Saigon et aux troupes d’occupation états-uniennes, le Vietnam enfin réunifié était décrit comme une énorme prison, d’où s’enfuyaient désespérés les boat people, entassés sur des bateaux de fortune au péril de leur vie. Et, avec les variations dévolues à chaque cas, ce motif était récurrent à propos de Cuba, de la République démocratique allemande et de tout autre pays « excommunié » par le « monde libre ». Aujourd’hui, tout le monde peut constater à quel point, depuis les régions orientales de l’Allemagne, de la Pologne, de Roumanie, d’Albanie etc., malgré la liberté finalement conquise, le flux migratoire vers l’Occident continue voire s’accentue ultérieurement. Si ce n’est que ces migrants ne sont plus accueillis comme des combattants de la cause de la liberté, mais souvent repoussés comme des délinquants, du moins potentiels.

 

Les modalités de la grande manipulation se révèlent à présent claires et évidentes : la fuite du Sud vers le Nord de la planète, de la zone moins développée (où se situait aussi le « camp socialiste ») vers la zone plus riche et développée, ce processus économique a été transfiguré par les idéologues de la guerre froide comme une entreprise politique et morale épique, exclusivement inspirée par le désir sublime d’atteindre la terre promise, à savoir le « monde libre ».

 

Une manipulation analogue est encours sous nos yeux. Comment expliquer les graves incidents qui en mars 2008 se sont déroulés au Tibet et qui, à une plus grande échelle, éclatent ces jours-ci au Xinjiang ? En Occident, la « grande » presse d’ « information » mais aussi la « petite » presse de « gauche » n’ont pas de doute : tout s’explique par la politique liberticide du gouvernement de Pékin. Et pourtant, un fait devrait nous faire réfléchir : le fait que la fureur des manifestants, bien plus que les institutions d’État, prenne pour cible les Hans, et surtout les magasins des Hans. Et pourtant, on peut lire sur n’importe quel livre d’histoire que dans le Sud-Est asiatique (dans des pays comme l’Indonésie, la Thaïlande, la Malaisie) la minorité chinoise, qui grâce souvent à son passé de culture d’entrepreneurs exerce un poids économique nettement supérieur à sa dimension démographique, est régulièrement « bouc émissaire et victime de véritables pogroms ». Oui, dans le Sud-Est asiatique « la réussite économique des Hua qiao (des Chinois d’outre-mer) s’est en effet accompagnée de jalousies, qui aboutissent régulièrement à des explosions de violence anti-chinoises qui viennent parfois troubler les relations diplomatiques. Ce fut le cas notamment en Malaisie, tout au long des années 1960, et en Indonésie en 1965, lorsque les troubles internes sont prétexte au massacre de plusieurs centaines de milliers de personnes. Trente ans plus tard, les émeutes qui entourent la chute du dictateur Suharto en Indonésie qui s’en prennent systématiquement à la communauté chinoise, viennent rappeler la fragilité de la situation ». Ce n’est pas un hasard si la haine contre les Chinois a souvent été comparée à la haine contre les juifs.

 

Avec le développement extraordinaire que sont en train de connaître le Tibet et le Xinjiang, dans ces régions aussi tendent à se reproduire les pogroms contre les Hans, qui sont attirés par les nouvelles opportunités économiques et qui voient souvent leurs efforts couronnés de succès. Le Tibet et le Xinjiang attirent les Hans de la même façon que Pékin, Shangai et les villes les plus avancées de la Chine attirent les entrepreneurs et les techniciens occidentaux (ou Chinois d’outre-mer) : ceux-ci jouent souvent un rôle important dans des secteurs où ils peuvent encore faire valoir leur spécialisation supérieure. Cela n’a pas de sens d’expliquer les graves incidents au Tibet et au Xinjiang par la théorie de l’ « invasion » han, théorie qui ne fonctionne certes pas pour le Sud-Est asiatique. Par ailleurs, même en Italie et en Europe, la lutte contre l’ »invasion » est le cheval de bataille des xénophobes.

 

Mais revenons maintenant au Xinjiang. Voilà comment est décrite la situation en cours, en 1999, sur la revue Limes du général italien Fabio Mini : un extraordinaire développement est en cours et le gouvernement central chinois est engagé à « « financer, presque sans se préoccuper du retour sur investissement, d’immenses travaux d’infrastructure ». À ce qu’il semble, le développement économique va de pair avec le respect de l’autonomie : « La police locale est composée pour la majeure partie de ouigurs ». Malgré cela, l’agitation séparatiste ne manque pas, « partiellement financée par des extrémistes islamistes, comme les talibans afghans ». Il s’agit d’un mouvement qui « se mêle à la délinquance commune », et qui se couvre d’« infamies ». Les attentats semblent prendre d’abord pour cible les « ouigours tolérants ou "collaborateurs" », ou les « postes de police », contrôlés, comme nous l’avons vu par les ouigours. Dans tous les cas, concluait le général Mini, qui ne cachait pourtant pas ses sympathies géopolitiques pour la perspective séparatiste, « si les habitants du Xinjiang étaient appelés aujourd’hui à un referendum sur l’indépendance, ils voteraient probablement en majorité contre » [1].

 

Et aujourd’hui ? Dans la Stampa Francesco Sisci écrit de Pékin : « De nombreux Hans d’Urumqi se plaignent des privilèges dont jouissent les ouigours. Ceux-ci, en effet, en tant que minorité nationale musulmane, à niveau égal, ont des conditions de travail et de vie bien meilleures que leurs collègues hans. Un ouigour a la permission, au bureau, d’interrompre plusieurs fois par jour son travail pour accomplir les cinq prières musulmanes traditionnelles quotidiennes […] Ils peuvent en outre ne pas travailler le vendredi, jour férié musulman. En théorie, ils devraient récupérer cette journée en travaillant le dimanche. Mais, de fait, le dimanche, les bureaux sont déserts […] Un autre aspect douloureux pour les Hans, soumis à la dure politique d’unification familiale qui impose encore l’enfant unique, est le fait que les ouigours peuvent avoir deux ou trois enfants. En tant que musulmans, ensuite, ils ont des allocations en plus de leur salaire « étant donné que, ne pouvant pas manger de porc, ils doivent se replier sur l’agneau, qui est plus cher » [2].

Cela n’a pas de sens, alors, comme le fait la propagande pro-impérialiste, d’accuser le gouvernement de Pékin de vouloir effacer l’identité nationale et religieuse des ouigours.

Évidemment, outre, d’un côté, le danger représenté par des minorités empoisonnées, dans certains secteurs, par le fondamentalisme, et d’un autre côté excitées par l’Occident, il faut ne pas oublier le danger du chauvinisme han, qui se fait aussi sentir ces jours-ci : et c’est un problème sur lequel le Parti communiste chinois a toujours attiré l’attention, de Mao Tsé Toung à Hu Jintao. Ceux qui, à gauche, sont enclins à transfigurer le séparatisme des Ouigours feraient bien de lire l’interview donnée, quelques semaines avant les derniers événements, par Rebiya Kadeer, la leader du mouvement séparatiste ouigour. Depuis son exil états-unien, parlant avec une journaliste italienne, voici comment s’exprime la dame susnommée : « Tu le vois, tu te comportes comme moi, tu as la même peau blanche que moi : tu es indo-européenne, tu voudrais être opprimée par un communiste à la peau jaune ? » [3]. Comme on le voit, l’argument décisif n’est pas la condamnation de cette « invasion » han et n’est même pas l’anticommunisme. Plutôt, la mythologie aryenne, ou « indo-européenne », exprime-t-elle toute sa répugnance pour les barbares à la « peau jaune ».

Le « péril jaune » fait encore recette

Que se passe-t-il dans le Xinjiang ?

par Domenico Losurdo

Le réseau Voltaire, 15 juillet 2009

Domenico Losurdo

Philosophe et historien communiste, professeur à l’université d’Urbin (Italie). Dernier ouvrage traduit en français : Nietzsche philosophe réactionnaire : Pour une biographie politique.

 

Fatal war game

abaq.jpgLe Dauphin a émergé de l’eau face aux baigneurs en villégiature à Eilat, le port israélien dans le golfe d’Aqabah en Mer Rouge. Ce n’était cependant pas un cétacée, mais un Dolphin, un des sous-marins israéliens armés de missiles nucléaires. La nouvelle a fait sensation. Ce n’est pourtant pas un mystère que les Dolphin croisent en Mer Rouge pour tenir l’Iran sous leur ligne de feu : nous l’avons écrit il y a sept ans. [1]. Les trois premiers sous-marins de cette classe, dotés des systèmes de navigation et de combat les plus sophistiqués, ont été fournis à Israël par l’Allemagne, dans les années 90, sous forme de don. Sur requête israélienne, aux six tubes de lancement de 533 mm, adaptés aux missiles de croisière à courte portée, on a ajouté dans chaque sous-marin quatre tubes de 650 mm, pour le lancement de missiles de croisière nucléaires à longue portée : les Popeye Turbo, qui peuvent atteindre un objectif à 1 500 kms. Ce sont des missiles dérivés des missiles états-uniens, dont la société israélienne Raphaël et Lokheed-Martin ont réalisé aussi, conjointement, une version pour avions.

En 2010, aux trois sous-marins de combat nucléaires s’en ajouteront deux autres, toujours fournis par l’Allemagne. Ils sont construits par les chantiers Howaldtswerke-Deutsche Werft AG pour 1,27 milliards de dollars, dont un tiers financé par le gouvernement allemand. Le Jérusalem Post confirme que les deux nouveaux sous-marins aussi, dont le sigle est U-212, sont construits selon les “spécificités israéliennes” : ils ont une plus grande vitesse (20 nœuds) et un plus grand rayon d’action (4 500 km) et sont plus silencieux pour pouvoir s’approcher des objectifs sans être identifiés.

Selon les experts nucléaires, un des trois Dolphins fournis par l’Allemagne, est gardé pour la navigation en mer Rouge et dans le Golfe Persique, l’autre en Méditerranée, et le troisième reste en réserve. Avec l’ajout de deux autres, le nombre de ceux qui sont en navigation, prêts à l’attaque nucléaire, pourra être doublé. Et ceci n’est qu’une partie des forces nucléaires israéliennes, dont le potentiel est estimé à 200-400 têtes nucléaires, avec une puissance équivalente à presque 4 mille bombes d’Hiroshima, et dont les vecteurs se montent à plus de 300 chasseurs états-uniens F-16 et F-15, et environ 50 missiles balistiques Jericho II sur rampes de lancement mobiles. Ces armes et d’autres armes nucléaires sont prêtes au lancement 24h sur 24.

Le gouvernement israélien, qui refuse de signer le Traité de non-prolifération, ne reconnaît pas qu’il possède des armes nucléaires (dont l’existence est reconnue par l’Agence internationale pour l’énergie atomique), mais laisse entendre qu’il les a et peut les utiliser. Ainsi s’explique pourquoi le Dolphin est apparu sous les yeux des baigneurs d’Eilat et pourquoi le Jerusalem Post informe qu’il a transité par le Canal de Suez, au retour d’une manœuvre en Mer Rouge. Comme l’écrit ce même journal, c’est “un signal à l’Iran”. En d’autres termes, une façon de faire comprendre à l’Iran et à d’autres pays de la région, lesquels ne possèdent pas d’armes nucléaires, qu’Israël, par contre, en a et est prêt à les utiliser.

Dernier « signal d’avertissement à l’Iran », la nouvelle, rapportée par Haaretz, qu’hier, deux autres navires de guerre israéliens, le Hanit et le Eilat, ont traversé le Canal de Suez en direction de la Mer Rouge. Le Hanit y avait déjà transité en juin avec le sous-marin Dolphin. Ceci implique un accord israélo-égyptien de fonction anti-iranienne. Les sources militaires israéliennes elles-même parlent d’un « changement de politique », qui permet aux unités de la marine de transiter librement par le Canal. C’est ce qu’a confirmé le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, qui a qualifié de « légitime » l’utilisation militaire du Canal de Suez par Israël, établie par « un accord entre Le Caire et Jérusalem ». Il existe donc une liaison stratégique plus étroite entre la L’Iran dans le colimateur des Dauphins

par Manlio Dinucci*

Après avoir nié avec véhémence avoir autorisé la marine israélienne à utiliser le canal de Suez, le gouvernement égyptien a admis l’évidence. Il a alors évoqué l’application de la Convention de Constantinople —autorisant le passage d’un bâtiment militaire pouvu qu’il ne soit pas menaçant envers le pays hôte— pour mieux masquer les accords de défense israélo-égyptiens. Mais aviez-vous réalisé qu’Israël —puissance nucléaire de facto associée à l’OTAN— peut désormais positionner ses missiles n’importe où dans les cinq océans ?

Méditerranée, la Mer Rouge et le Golfe Persique.

Et tandis qu’Israël s’exerce à l’attaque nucléaire contre l’Iran, les leaders du G8 (quasiment tous souteneurs actifs du programme nucléaire iranien), dénoncent « les risques de prolifération posés par le programme nucléaire iranien », dans les documents approuvés à L’Aquila le 8 juillet « au cours du dîner ».

Manlio Dinucci

Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Geograficamente. Per la Scuola media (3 vol.), Zanichelli (2008) ; Escalation. Anatomia della guerra infinita, DeriveApprodi (2005).

Voltaire, le réseau, 15 juillet 2009.

"Et c'est ainsi qu'YHW est grand", pouvons-nous ajouter en conclusion, à la manière du maître.

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15/07/2009

Paris-Berlin-Moscou

Forêt.jpgLes chiffres. Depuis plusieurs années, la Russie connaît une surmortalité des hommes. " Un homme sur trois meurt entre 20 et 60 ans ", explique Anatoli Vychnevski, directeur de l'Institut de démographie de Moscou. Les hommes russes ont une espérance de vie plus basse qu'au Bangladesh : 61,4 ans (73 ans pour les femmes), contre 63, 8 ans dans les années 1960.

Résultat : entre 1993 et 2009, la population du pays est passée de 148, 9 millions d'habitants à 141,9. Et le comité d'Etat aux statistiques a calculé que la Russie perdrait, de 2008 à 2025, 11 millions de personnes.

Les causes. Le tabagisme, la mauvaise alimentation et surtout l'alcoolisme, à l'origine de 500 000 morts par an, sont les principales causes du déclin de la population.

De plus, la santé publique dispose de peu de moyens : 4,2 % du PIB russe y était consacré en 2007 contre 8 % à 10 % dans les pays occidentaux. La crise démographique, aussi due au vieillissement, a des origines plus anciennes que les difficultés dues à la transition des années 1990 : " Le pays ne participe plus à la baisse de la mortalité depuis plus de quarante ans ", affirme une étude parue au début de l'été.

Les remèdes. Grâce au doublement des allocations familiales et à la création d'une prime de maternité, la natalité a augmenté de 4 % au premier trimestre par rapport à 2008. Mais les démographes russes jugent cette croissance " temporaire ".

Seul le recours à l'immigration pourrait compenser la décroissance naturelle et maintenir un niveau acceptable de population active. Ainsi, les terres russes limitrophes de la Chine, qui ne sont plus cultivées faute de paysans, attirent les travailleurs chinois.

23:34 Publié dans Apocalypse | Lien permanent | Commentaires (0)

08/07/2009

Spermer sans bourse délier

sperme.jpgDu sperme créé par des cellules souches

Des scientifiques britanniques ont annoncé aujourd'hui qu'ils avaient créé du sperme humain à partir de cellules souches embryonnaires, une première qui devrait mener à une meilleure compréhension des mécanismes de la fertilité.L'équipe de l'université de Newcastle et du NorthEast England Stem Cell Institute (NESCI), menée par le professeur Karim Nayernia, a développé une nouvelle technique permettant de fabriquer du sperme humain en laboratoire, à partir de cellules souches embryonnaires porteuses des chromosomes XY (mâle).

Ce sperme produit en laboratoire ne sera pas utilisé pour la fécondation d'ovule, ce que la loi n'autorise pas. Ces scientifiques espèrent cependant que la législation évoluera suffisamment rapidement pour que cette technique soit à terme validée comme traitement contre l'infertilité masculine.Une fois la technique perfectionnée, le professeur Nayernia considère qu'elle pourrait, d'ici une dizaine d'années, être proposée par exemple à de jeunes enfants ayant subi une chimiothérapie qui les rend actuellement stériles.

"C'est un important développement, car il permettra aux chercheurs d'étudier en détail comment le sperme se forme, ce qui devrait mener à une meilleure compréhension de l'infertilité masculine, pourquoi elle arrive et ce qui la cause", a déclaré le professeur Nayernia."Cette compréhension pourrait nous permettre de développer de nouveaux moyens d'aider les couples souffrant de stérilité, de manière à ce qu'ils puissent avoir un enfant qui soit génétiquement le leur", a-t-il ajouté.

Dans la technique développée à Newcastle, les cellules souches porteuses des chromosomes XY ont complété leur division cellulaire (méiose), pour donner un sperme fonctionnel, selon ses concepteurs.En revanche, les cellules porteuses des chromosomes XX (femelles) ont donné des spermatogonies, stade initial du spermatozoïde, mais sans aller plus loin dans la méiose. Cela prouve, selon les chercheurs, que le chromosome Y reste indispensable à la production de sperme.

Cette découverte devrait aussi aider à mieux comprendre comment les maladies génétiques se transmettent de génération en génération.

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