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20/03/2009

Et préserve-nous du mal

Pas de doute. Cet homme-là, c’est Satan ou l’Antéchrist. S’il ouvre la bouche, ce ne sont pas des mots qui sortent de ses lèvres, mais l’odieux son des trompettes du Jugement. Il répaBenoitXVINoel.jpgnd plus de plaies que l’Egypte ne pourra jamais en compter, a un petit faible pour les négationnistes et les violeurs de fillettes (surtout quand ils sont brésiliens) et, comble de l’horreur, prescrit au monde entier de choper le sida en baisant sans capote.

Une chose est sûre : avec le départ de George Bush de la Maison Blanche, la planète médiatique avait perdu son grand méchant loup. Elle vient de s’en fabriquer un à sa mesure : Benoît XVI est désormais l’ennemi mondial numéro un. Qu’il dise un mot ou reste coi, il est devenu le salaud de prédilection de notre temps. Et c’est bien parti pour que cet état ne prenne fin qu’avec son pontificat.

Avouons que, pour le rôle du grand méchant loup, c’est un bon client. Il est allemand, c’est-à-dire très bon pour les machines-outils, cancre pour les relations publiques ; il est catholique, chose détestable dans un monde où existent des religions un peu plus conformes à l’idée de coolitude (droit-de-l’hommisme, écologie, obamisme, etc.) ; il essaie de faire des phrases et de conduire des raisonnements, en un temps où l’auditeur lambda décroche dès le premier mot prononcé.

L’affaire de la capote africaine – sale coup porté aux Anglais – illustre parfaitement ce déphasage entre le Souverain Pontife et la sphère médiatique. L’ensemble de notre presse et de notre personnel politique pousse depuis mercredi des cris d’orfraie et condamne unanimement celui qui prétend que “l’utilisation du préservatif aggrave le problème du sida”. Ce matin, Pierre Bergé invitait sans rire les catholiques à “changer de religion” – sans toutefois leur promettre un abonnement gratuit à Têtu, la philanthropie a ses limites. A midi, sur France Inter, Stéphane Bern, tout en nuances, qualifiait les propos papaux de “génocidaires”. A ce rythme, Josef Ratzinger devrait être déféré ce soir devant le TPI et exécuté demain à l’aube. Il n’est pas même jusqu’à Alain Juppé qui n’ait brandi son pavois de haute moralité parmi tous les boucliers levés, pour dénoncer la fâcheuse manie de ce pape à vouloir rester droit dans ses bottes. Encore un effort participatif, Citoyens, et il se trouvera bien quelqu’un pour accuser Benoît XVI d’être un nouveau Guillaume Dustan et de prôner le barebacking dans les caves du Vatican où demeure encore vivace le souvenir de Rodrigue Borgia, un temps taulier sous le nom d’Alexandre VI.

On a même vu s’exprimer – la chose ne s’était guère produite depuis Jules Ferry et son discours sur l’homme blanc – un racisme bienpensant : les Africains sont des êtres tellement serfs et dénués de raison que, le saviez-vous, ils suivent à la lettre tout ce que dit le pape. Et Daniel Cohn-Bendit, parmi cent autres bonnes âmes, d’accuser Ratzinger de “meurtre prémédité”. Décryptage : le pape dit qu’il ne faut pas mettre de capote ; donc Banania, il nique sans, chope le sida et finit par crever dans sa case. Les nègres, faut leur parler comme à des enfants. C’est plus du tiers-mondisme, c’est Tintin au Congo réinventé.

Au fait, outrecuidante question, qu’a-t-il dit mardi dernier, le pape, dans l’avion qui le menait à Yaoundé ? Il répondait à la question d’un journaliste sur la position des catholiques face au sida. Benoît XVI a expliqué dans un premier temps que l’Eglise est présente au jour le jour aux côtés des malades : plus de 25 % des séropositifs dans le monde sont pris en charge par des institutions catholiques (hôpitaux, dispensaires, communautés). Puis il a enchaîné sur la phrase qui prétendument tue : “Je dirais qu’on ne peut pas résoudre le problème du sida avec l’argent, même s’il est nécessaire. On ne peut pas résoudre le problème du sida avec la distribution de préservatifs ; au contraire elle aggrave le problème. La solution est double : d’abord, une humanisation de la sexualité, un renouveau spirituel, humain, intérieur, qui permet ainsi de se comporter différemment avec les autres. Et deuxièmement, une amitié, une disponibilité pour les personnes qui souffrent.” Dans la version publiée sur le site du Vatican, les propos ont un brin changé : “l’argent” est remplacé par “des slogans publicitaires” et “elle aggrave le problème” par “le risque est d’augmenter le problème”.

Nulle part, le pape ne dit qu’il ne faut pas utiliser de capotes. Nulle part, il n’en condamne l’usage. Il dit simplement qu’on ne peut pas se contenter de cette solution et qu’en distribuant à l’Afrique des préservatifs on se donne certainement bonne conscience, mais on ne règle rien du tout. Et quand on ne règle pas un problème, on l’aggrave… Le continent africain, ce n’est pas le Marais. Il ne suffit pas de négocier un prix de gros à la société Durex pour faire de la distribution gratuite, de demander à Line Renaud de tourner un spot télé ni d’arborer une fois l’an un petit ruban rouge à sa boutonnière. Si d’ailleurs la question du préservatif pouvait tout régler, il serait criminel que la communauté internationale ne se mobilise pas pour envoyer au quasi milliard d’Africains de quoi se protéger… L’enjeu est bien d’une toute autre nature.

Le premier problème, c’est l’ampleur du désastre : en 2007, 22 millions de personnes étaient infectées sur le continent africain selon Onusida. C’est la première cause de mortalité et la maladie y est, plus que partout ailleurs, un facteur de mort sociale. Lutter contre l’exclusion et la stigmatisation des malades (en leur offrant “une amitié, une disponibilité”) n’est pas une pontificale lubie : il s’agit de changer les mentalités, de faire admettre que le sida n’est pas la maladie de l’autre, mais un véritable risque qui pèse sur tous. On n’a jamais vu dans l’histoire aucune épidémie reculer grâce à la stigmatisation et à l’exclusion. En ce sens, l’appel que lance le pape à la fraternité envers les malades n’est pas une billevesée ni une niaiserie de catéchisme : c’est une étape prophylactique essentielle.

L’autre grande question, c’est la prévention et l’information des populations. Au Nigeria, au Congo, au Cameroun, les équipes locales ne se contentent pas de distribuer des capotes, elles en expliquent l’usage (qui n’est pas multiple), tentent de lutter contre les préjugés (elle ne rend pas stérile), encouragent le dépistage et promeuvent aussi abstinence et fidélité… N’en déplaise aux bonnes âmes pour lesquelles le noir est doté d’un appétit sexuel à la mesure de son appareil génital, les valeurs morales trouvent un écho souvent favorable chez les chrétiens comme chez les musulmans du continent africain. Pourquoi s’en passerait-on ? On sait en Europe que les prophylaxies efficaces sont celles qui savent s’adapter à chacun des publics qu’elles visent. Or, en Afrique, le mot d’ordre devrait être : fous ta capote et tais-toi ? La prévention n’est pas une chose simple : elle implique de former des équipes locales, d’ouvrir des centres de dépistage, mais surtout de prendre en compte la réalité de l’Afrique contemporaine, bref de ne pas se dédouaner en utilisant le mot “préservatif” comme grigri, mais de mener des actions de fond.

Le troisième problème – et de loin, le plus important –, c’est l’accès aux soins. Autant le dire tout de suite : si vous êtes africain et contractez la maladie, votre chance d’être soigné est proche de zéro. Les antirétroviraux sont excessivement chers et, contrairement à l’Inde, l’Afrique ne dispose d’aucun laboratoire pharmaceutique capable de les produire sous leur forme générique. Elle les importe donc, quand on le lui permet.

Hier justement, les douanes néerlandaises ont saisi à l’aéroport Schiphol d’Amsterdam une cargaison entière d’antirétroviraux à destination du Nigéria, au prétexte que le laboratoire indien les produisant porterait atteinte aux intérêts des laboratoires pharmaceutiques propriétaires du brevet… Business is business. Mais qui s’en soucie, qui va pousser de grands cris, qui va jouer de petits couplets indignés ? Qui va accuser nos amis bataves de se comporter comme des meurtriers en puissance ? Qui va dire fuck une bonne fois pour toutes à ces gens qui préfèrent défendre le droit des brevets que la vie humaine ? Circulez, y a rien à voir. C’est plus vendeur, coco, d’accabler le grand Satan du Vatican que de rentrer dans les détails. D’ailleurs, mardi, à peine était-il descendu de son avion que Benoît XVI a prononcé un discours à Yaoundé : il réclamait la gratuité des soins pour les personnes atteintes du sida, c’est-à-dire l’accès des malades aux antirétroviraux. Ça n’a pas fait une ligne dans les journaux. Pourtant, ça n’aurait arraché la gueule d’aucun de mes honorables confrères si prompts à l’indignation de relayer cette info : un pape qui fait sien l’un des plus anciens combats d’Act up (”Des molécules pour qu’on s’encule”), ça n’est pas tous les jours que ça arrive… Le pape est punk : c’est pas un beau titre, ça ?

Ah non, j’oubliais. La question, on vous l’a dit et répété, c’est la capote ! C’est qu’elle n’est plus, dans nos sociétés occidentales, un simple moyen de prophylaxie. Elle est une religion : les barebackers qui refusent le préservatif dans leurs rapports sexuels sont appelés relaps en français. Ce mot est directement tiré du vocabulaire religieux de la pire espèce, celui de l’Inquisition : est relaps qui est retombé dans l’hérésie après l’avoir abjurée. On ne fait pas grief au relaps de sa sexualité effrénée, on lui reproche simplement d’avoir déserté la clientèle de Durex ou Mannix. Puisque la seule question qui vaille est la capote, le jour viendra où, dans des affaires de viol en réunion, le port du préservatif jouera comme une circonstance atténuante. Pourrait-on s’interroger, ne serait-ce qu’un moment, sur cette société où la règle consiste à tout consommer, même les corps ?

Bien entendu que non. Chacun est invité à adopter la pornonomie comme seule moralité. Et le temps viendra où un pape agira, depuis le balcon de Saint-Pierre, comme le premier prof de sciences nat’ venu. Il sortira un vague godemiché et déroulera un bout de plastique tout le long du fac-similé turgescent. Il aura, faute d’habitude, l’air un peu emprunté. Mais il s’y fera. Et il conviera peut-être, dans un lumineux élan, le monde entier à un orgasme multiple, participatif et protégé. Le monde entier, sauf l’Afrique, car elle aura crevé, elle, après avoir eu le droit de tout consommer, sexe et capotes, indignations et beaux discours. Elle aura eu le droit de tout consommer, sauf les trithérapies. Désolé, homme noir, toi pas avoir assez argent.

http://www.causeur.fr/

Et préserve-nous du mal

Le monde s’est inventé un nouveau grand Satan tout blanc

François Miclo

20.03.09

15:46 Publié dans Apocalypse | Lien permanent | Commentaires (0)

15/03/2009

Le système bancaire américain est insolvable

Article qui dresse un bilan synthétique de la situation économique mondiale... et elle n'est pas fameuse. Par l'un des analystes économiques actuellement les plus en vu sur la place. Rien à voir donc avec un quelconque hurluberlu expert en apocalypse.

22:00 Publié dans Apocalypse | Lien permanent | Commentaires (0)

Le moment de fraternité

Elisabeth Lévy s'entretient avec Regis Debray.

01:41 Publié dans Action psy | Lien permanent | Commentaires (0)

22/02/2009

Macbeth

"La Sorcellerie célèbre

Les rites de la pâle Hécate, et le meurtre efflanqué,

Alerté par sa sentinelle, le loup,

Dont le hurlement lui dit l'heure, d'un pas furtif,

Avec les enjambées de Tarquin le violeur, vers son dessein

Avance, comme un spectre."

12:00 Publié dans Cosmologie | Lien permanent | Commentaires (0)

17/02/2009

La bombe démographique n'est pas désamorcée

 

ArcticaeNoctes.jpgA l'occasion d'une annonce récente concernant la démographie française - dont la bonne tenue serait une surprise dans une Europe en voie de dépeuplement - fleurissent aujourd'hui nombre d'articles (contestables à notre goût) expliquant que l'espèce humaine n'est pas trop nombreuse...

On peut se féliciter de voir la France, seul pays en Europe, assurer le renouvellement de sa population avec un taux de deux naissances par femme. Ceci, soit dit en passant, est sans doute moins lié à l'immigration de familles très prolifiques qu'aux aides sociales à la mère au travail, seules capables de permettre aux femmes de poursuivre une vie professionnelle sans sacrifier leurs désirs de maternité. Il est certain que si les autres pays européens ne peuvent suivre cet exemple, c'est-à-dire s'ils ne peuvent assurer sans une forte immigration le renouvellement de leur population, ils ne devront pas se plaindre ensuite d'être, selon l'expression des mouvements populistes, «envahis» par le reste du monde. L'Europe ne pourrait en aucun cas demeurer sous-peuplée dans un monde surpeuplé.

Mais à l'occasion de cette annonce concernant la démographie française, fleurissent désormais des articles très contestables voulant nous expliquer que l'espèce humaine n'est pas trop nombreuse. Le thème général en est que, selon certaines études démographiques, de nombreux pays dotés jusqu'à ces dernières années d'une forte natalité sont en train d'atteindre le seuil de la transition démographique, où le taux de reproduction pourrait se stabiliser autour de 2 à 2,5 enfants par femme. Ceci en particulier grâce aux politiques de contrôle des naissances et à l'élévation du niveau de vie économique, politique et culturel des femmes. Ces dernières, même au sein de sociétés très rigoristes, voudraient désormais s'affranchir des anciennes servitudes.

Selon ces articles, il faudrait en déduire que nous ne sommes plus menacés par la Bombe P(1) de Paul Erlich (1971). La Bombe démographique serait désamorcée. Aux rythmes d'accroissement prévus, la population mondiale devrait plafonner aux alentours de 10 milliards d'habitants au milieu du siècle. Grâce à de nouvelles techniques productives, la Terre pourra parfaitement alors nourrir de tels effectifs.

Nous pensons que cet optimisme est mal fondé. D'une part, des pays très peuplés ont encore plusieurs enfants par femme. C'est le cas de beaucoup de pays africains, asiatiques et latino-américains. Concernant l'Inde, même si la natalité y baissait, elle resterait encore plus forte que celle de la Chine, présentée à juste titre comme en passe de réussir sa transition démographique. Par ailleurs, les prévisions de baisse de natalité restent des prévisions, à la merci de nombreux événements encore imprévisibles. Si elles se révélaient trop optimistes, même de quelques décimales, ce seraient 3 ou 4 milliards d'humains supplémentaires qu'il faudra prendre en compte.

D'autre part et surtout, prétendre que le progrès technique permettra de nourrir 10 milliards d'hommes à horizon de 50 ans reste très théorique. La crise démographique se conjugue avec la crise environnementale et la crise alimentaire. S'y ajoutera une crise sociale déjà bien installée. Autrement dit, à supposer que des technologies compatibles avec les capacités d'endurance des écosystèmes voient le jour – ce qui n'est pas le cas aujourd'hui – il faudra de toutes façons partager les ressources, c'est-à-dire aligner les niveaux de vie des riches sur ceux des plus pauvres. Les hommes étant ce qu'ils sont, on ne voit pas comment les titulaires actuels de niveaux de vie moyens ou supérieurs accepteraient de les réduire. Ils ne le feront que contraints et forcés, à la suite de crises généralisées ou de guerres.

Qu'en conclure ?

Il serait illusoire de prétendre diminuer encore les taux de natalité. Il s'agit de phénomènes largement inconscients qui échappent, surtout lorsqu'ils concernent les populations pauvres, à toute rationalité volontariste. Par ailleurs, de quel droit le faire, à supposer que cela soit possible ? Les bonnes âmes prendront la parole pour demander pourquoi les riches interdiraient-ils aux pauvres d'avoir plusieurs enfants par couple, s'il s'agit pour eux du seul luxe accessible.

Il est par ailleurs illusoire, comme nous venons de le rappeler, de compter sur les progrès techniques pour combler les vides entre les demandes en hausse et les ressources en baisse. On peut et on doit militer, dans les pays prospères, pour une décroissance des consommations non vitales, mais celle-ci restera marginale. Quant à mettre le monde entier à la diète, c'est un vœu pieu. Les experts peuvent se tromper, dans ces divers domaines, mais se faire des illusions représente la pire erreur qui soit.

Il n'est donc pas scandaleusement malthusien de penser que l'humanité constitue bien une espèce prédatrice et destructrice Après avoir épuisé les écosystèmes, elle se retournera contre elle-même en générant des processus d'effondrement aussi divers qu'efficaces. Nous sommes sans doute là en face de mécanismes globaux échappant à toute prescription scientifique, l'un de ceux dont nous avons dit par ailleurs qu'ils résistent à nos capacités de modélisation globale. On a reproché à Claude Lévi-Strauss de le dire, voyant dans ce propos une idée fixe de centenaire à bout de foi en l'avenir et en l' «Homme», le sacro-saint «Homme». Mais pourquoi les centenaires ne seraient ils pas plus clairvoyants que les jeunes ?

(1) "P" pour "Population : (La bombe P, Paul Erlich, édition Fayard, 1971). 

Dans cet ouvrage, l'auteur dénonçait "la prolifération humaine"assimilée à un "cancer" : "Trop de voitures, trop d’usines, trop de détergents, trop de pesticides", […] trop d’oxyde de carbone. La cause en est toujours la même : trop de monde sur la Terre"...

Jean-Paul Baquiast

 

 

06:57 Publié dans Apocalypse | Lien permanent | Commentaires (0)

16/02/2009

Le Joseph de de Maistre de Philippe Sollers

JMaistre2.JPGJoseph de Maistre est traité comme un paria de la littérature. Mais l’écrivain Philippe Sollers replace le divin maudit au panthéon du monde des lettres et nous incite à le lire.

 

Il fait partie du patrimoine savoyard. Avec son frère Xavier, il a d’ailleurs été statufié devant le château de Chambéry. Mais qui sait ce qu’écrivait Joseph de Maistre ? Assurément pas grand monde. Il a portant inspiré des auteurs illustres tels que Baudelaire, Cioran, André Breton ou René Guénon. Et en 2007, Philippe Sollers consacre le premier article du numéro 100 de sa revue littéraire L’Infini à un éloge de celui qu’il présenta comme l’écrivain le plus maudit qui soit. C’est que le comte de Maistre, pour qui la Révolution française ne fut rien de moins que l’œuvre du Malin, est perçu comme un affreux réactionnaire. Selon Sollers, acteur majeur de l’avant-garde littéraire française des cinquante dernières années, Joseph de Maistre est en fait celui qui peut le mieux nous permettre d’appréhender en toute connaissance de cause les problématiques religieuses qui enflamment la planète aujourd’hui. Alors comme il l’a fait avec succès pour le sulfureux marquis de Sade, Sollers travaille à la réhabilitation de l’écrivain savoisien qu’il estime être l’un des plus grands auteurs de la langue française. La tâche est difficile, même pour un homme que l’on dit très influent dans le milieu littéraire parisien. Car Maistre est désormais encore plus tabou que Sade et, malgré une réédition récente rassemblant nombre de ses œuvres, certains de ses livres majeurs restent quasi introuvables. Philippe Sollers est donc dans la Voix des Allobroges pour vous en parler.

 

Philippe Sollers, que vous inspire le fait que, alors qu’une statue des frères de Maistre se trouve devant le château à Chambéry, l’œuvre de Joseph soit très largement méconnue sur sa terre savoyarde ?

 

Ah ! La Troisième République… L’ignorance organisée qui débouche sur la dévastation. Mais Joseph de Maistre n’est pas méconnu seulement sur sa terre savoyarde. C’est la même chose en France. Et si j’observe que faire une statue avec les frères de Maistre est une initiative très charmante, l’un est quand même extraordinairement important, tandis que l’autre est notable. Les mettre ensemble, c’est déjà atténuer la portée extrêmement vaste et profonde de Joseph. Alors pourquoi est-il méconnu et même maudit ? À cause de l’enseignement falsifié de l’histoire de France depuis au moins la Révolution.

 

On dit d’ailleurs de Joseph de Maistre que c’est un écrivain français, alors qu’il n’a jamais été français…

 

Il n’a jamais été de nationalité française, mais on est l’écrivain de la langue qu’on écrit, surtout lorsqu’elle est si bien écrite. Et puis il s’est quand même occupé de questions qui touchent de très près à l’identité française. Donc c’est un très grand écrivain français dont le travail le plus impressionnant porte sur l’histoire des religions, à l’intérieur même du christianisme.

 

Il propose aussi un regard sur une période historique particulièrement mouvementée…

 

Oui, car il a d’abord vécu le choc de la Révolution française. Il faut lire ce qu’il en dit, notamment sur son caractère satanique, un mot très fort. Il est ensuite devenu ambassadeur du royaume de Sardaigne en Russie, dans le cadre d’une carrière diplomatique tout à fait intéressante, en menant en même temps des activités occultes évidentes, puisqu’il était franc-maçon, ce qui le caractérise encore mieux dans la connaissance de l’envers de l’histoire. C’est un personnage prodigieux dont la vie romanesque est extrême. Et ses livres sont absolument capitaux pour étudier l’histoire.

 

Comment l’avez-vous découvert ?

 

Il traînait dans la bibliothèque familiale deux volumes d’une ancienne édition des Soirées de Saint-Pétersbourg. J’ai pris le livre, je l’ai ouvert et j’ai trouvé ça éblouissant. D’accord, pas d’accord, ce n’est pas le problème. Le style vous emporte immédiatement. Depuis, j’y reviens toujours, tout simplement pour approfondir les connaissances sur l’analyse religieuse, car c’est nécessaire pour savoir ce qui s’est passé, d’autant que l’Église catholique est difficile à comprendre. Et Maistre montre par exemple très bien, dans De l’Église gallicane, quand s’est produite la rupture entre le catholicisme romain et un catholicisme français devenu très exsangue, tout à fait lamentable, si l’on peut dire. C’était sous Louis XIV. Mais, aujourd’hui encore, les querelles de religion sont absolument centrales. Elles prennent même depuis trente ans de plus en plus d’importance.

 

La lecture de Maistre permet-elle de comprendre quelque chose aux problèmes de religion actuels ?

 

Oui, car c’est l’auteur cardinal sur ces sujets. Il y a très longtemps qu’il a écrit, mais c’est véritablement prophétique et d’une profondeur tout à fait géniale.

 

Il met en avant le rôle central de la providence, qui est l’origine de véritables punitions divines dont la Révolution française serait une illustration éclatante…

 

Il pense même à une chose extraordinairement étonnante. C’est que, après le péché originel, il y a eu inculpation en masse de l’humanité. Donc il y a des passages fantastiques où l’ange de l’extermination tourne autour de la planète et frappe tantôt une nation, tantôt une autre, selon ses péchés. D’après Maistre, la France a été sanctionnée pour ses mauvaises conduites dans ses relations avec Rome. On n’est pas obligé de penser comme lui, mais c’est prodigieusement inspiré. Et ce qui m’intéresse, c’est la vision. Elle est d’une intense poésie, très profonde philosophiquement et d’une érudition historique absolument sans faille.

 

Vous dites que, pour lui, il y a Rome, rien que Rome. En même temps, dans Les Soirées de Saint-Pétersbourg, il écrit que toutes les traditions sont vraies, qu’il suffit de les nettoyer et de les remettre à leur place pour les voir briller dans toute leur cohérence…

 

Oui, à Rome. Tout cela converge vers un panthéon qui est Saint-Pierre de Rome. Pour Maistre, c’est la papauté, indubitablement, qui relie. La synthèse universelle, si vous voulez, est catholique. Que soyez juif, musulman, bouddhiste, si vous creusez à fond, tous les chemins mènent à Rome.

 

Dans Les Soirées, il est aussi dit que des oracles annoncent que les temps sont arrivés, en faisant allusion à l’Apocalypse de saint Jean, mais aussi à la Révolution française qui aurait mis en mouvement le grand événement. Doit-on voir dans cette révolution le début d’une période apocalyptique dont notre époque contemporaine pourrait marquer la fin ?

 

La pensée apocalyptique a toujours été là. Mais on peut lire dans un texte de Maistre inspiré de Plutarque que les délais de la justice divine peuvent prendre un temps considérable. Alors bien sûr, dans un monde où l’on ne voit pas plus loin que le bout de son pouvoir d’achat remis en question, c’est très difficile d’évoquer des questions historiques larges. Et comme toute tyrannie, celle du marché, qui n’est que le prolongement de la souveraineté de la technique, évacue la culture historique. Celui qui vient d’arriver et qui règne ne souhaite pas que l’on sache ce qui s’est passé avant lui.

 

On peut quand même lire Maistre en se disant : il écrivait au début de ce grand événement, on est toujours dedans…

 

Oui, et c’est brûlant, car on assiste à des phénomènes d’une ampleur inimaginable il y a trente ou quarante ans. Qui pouvait alors se douter qu’on aurait un islamisme si enflammé ? Ceux qui savent que de vieilles histoires peuvent revenir avec plus ou moins de violence. C’est pour ça qu’il faut lire Maistre, qui a écrit dans des situations d’intense catastrophe pour lui-même, car il a eu une vie très difficile.

 

Aujourd’hui, quels sont les retours quand vous publiez un éloge de Maistre ?

 

Des lettres d’insultes.

 

De qui ?

 

Je ne sais pas… Il y a encore eu dernièrement un article dans L’Humanité, car il ne faut pas parler de Maistre. Mais cela prouve un refoulement tellement à vif. On a l’impression d’avoir affaire à un vrai cléricalisme. En fait, je reçois des lettres d’insultes de dévots de la religion républicaine jacobine. Et si je fais l’éloge de la Gironde, je vais recevoir aussi des lettres m’avertissant que ce n’est pas bien.

 

En même temps, vous constatez que les catholiques ne veulent pas non plus entendre parler de Joseph de Maistre. Pourquoi ?

 

Les catholiques ne veulent pas être catholiques. Ils font du bricolage, mais ne savent rien. L’ignorance sur les questions religieuses est quasiment totale. Je passe mon temps à voir des gens qui ne savent pas ce que c’est. Alors, ils voient à peu près les fêtes, encore que savoir ce qu’est l’Ascension, l’Assomption, la Pentecôte… Ils ne peuvent même pas écouter une messe, car ils ne savent pas de quoi ça parle. Ils sont donc extérieurs à la culture occidentale.

 

Le fait que Maistre touche au domaine de l’ésotérisme peut-il contribuer à faire peur, notamment chez les catholiques qui ne mettent pas cet aspect de la religion en avant ?

 

Mais ils ne savent rien de leur propre religion, donc on ne va pas leur demander en plus de s’intéresser à l’ésotérisme. Et ceux qui s’intéressent uniquement à l’ésotérisme ne savent rien non plus de catholicisme. Mais pourquoi rester coupé de quoi que ce soit ? Maistre, lui, ne se prive de rien. Il est évident qu’il est bourré de pensées ésotériques, mais, ce qui est fabuleux, c’est qu’il n’en reste pas là. Il entre résolument dans l’histoire et y voit l’irruption de quelque chose qui s’appelle la Bible, qui s’appelle ensuite la Révolution et ce qui s’ensuit. Une histoire saignante, pour le coup.

 

Et il voit partout la main de Dieu…

 

Oui. Il est celui qui analyse le mieux ce qu’on peut penser de l’histoire dans un terme providentialiste ou selon une volonté cachée à longue échéance à partir de la Révolution française. C’est là que ça se joue. Et, aujourd’hui, Maistre peut être une clef pour comprendre notre époque, donc on a tout intérêt à le lire. Sauf qu’on est sous hypnose et que, dans l’enseignement transmis par l’école, par l’université, par les familles, par la politicaillerie, il ne faut surtout pas aborder la question de la Révolution, car c’est le socle. C’est la fondation.

 

En lisant Joseph de Maistre, les Savoyards pourraient aussi mieux comprendre leur histoire et l’impact qu’a eu la Révolution française sur la Savoie…

 

Mais ils n’en ont pas envie. Ce sont de tranquilles citoyens éternisés dans le calendrier de la Troisième république alors qu’on est au début du XXIe siècle, dans quelque chose qui n’est même pas la Cinquième. Et pour nos élus locaux, c’est encore le XIXe siècle à travers les âges. Avis aux Allobroges !

 

Philippe Sollers

Entretien : Jo Veillard, De Maistre dans le panthéon de Sollers dans La Voix des Allobroges n° 17, Été 2008,

06:16 Publié dans Apocalypse | Lien permanent | Commentaires (0)

14/02/2009

César Birotteau

picsou-fakir-web.1202807489.jpg«- Ne carottez pas avec des pots de pommade et des peignes: mauvais, mauvais! Tondez le public, entrez dans la Spéculation.

- La Spéculation? dit le parfumeur, quel est ce commerce? 

- C’est le commerce abstrait reprit Claparon, et par lequel un homme embrasse les totalités des chiffres, écrème les revenus avant qu’ils n’existent, une conception gigantesque, une façon de mettre l’espérance en coupe réglée, enfin une nouvelle Cabale! (…) On prend des cors de chasse et on crie à son de trompe: Cent mille francs pour cinq sous! ou Cinq sous pour cent mille francs, des mines d’or, des mines de charbon. Enfin tout l’esbrouffe du commerce. On achète l’avis des hommes de science ou d’art, la parade se déploie, le public entre, il en a pour son argent, la recette est dans nos mains. (…) Que voulez-vous être? Cochon, dindon, paillasse ou millionnaire? Réfléchissez à ceci: je vous ai formulé la théorie des emprunts modernes.» 

 

13:29 Publié dans Shopping | Lien permanent | Commentaires (0)

05/02/2009

Chauprade acte II bis

Aymeric Chauprade, chargé du cours de géopolitique au Collège interarmées de défense (CID, l'ancienne Ecole de guerre) a été brutalement congédié ce matin par le ministre de la Défense Hervé Morin, à la suite d'un article paru dans Le Point. Hervé Morin lui reproche d'être l'auteur d'un "texte au travers duquel passent des relents inacceptables" consacré aux attentats du 11 semptembre, présentés comme le fruit d'un complot israélo-américain. Aymeric Chauprade vient de publier une "Chronique du choc des civilisations" aux éditions Chronique-Dargaud (photo)

 

Voici ce qu'écrit Jean Guisnel, sur le site du Point, citant les propos du ministre: "En arrivant sur le porte-avion Charles de Gaulle qui navigue au large de Toulon, Hervé Morin a déclaré jeudi au Point : "J'ai découvert un texte au travers duquel passent des relents inacceptables. Sur onze pages, on nous parle d'un complot israélo-américain imaginaire visant à la conquête du monde. Quand j'ai appris cela mardi soir, j'ai donné pour consigne au général Desportes, le directeur du Collège interarmées de défense [le supérieur de M. Chauprade], de ne pas conserver ce monsieur Chauprade dans son corps enseignant. Il n'a absolument rien à faire à l'École militaire". Une décision à valeur de renvoi pour Aymeric Chauprade."

 

Interrogé par Libération/Secret défense, Aymeric Chauprade, 40 ans, se déclare "stupéfait" : "On me coupe la tête. Je n'ai eu aucun contact avec le cabinet du ministre, qui n'a pas cherché à m'entendre avant de prendre cette décision à la suite de la parution d'un seul article". "Très fâché", Chauprade entend se défendre. Il a saisi un avocat et promet de "la bagarre".

 

 

Sur le fond de ce qui lui est reproché, il dit : "Je présente la thèse [du complot américano-israélien], certes de manière avantageuse, mais sans la faire mienne. Je souhaitais mettre en opposition deux façons de voir le monde, sachant que la moitié de l'humanité pense que les attentats du 11 septembre sont le fruit d'un tel complot" et non l'oeuvre des islamistes d'Al Qaïda. Pour avoir lu le chapitre contesté, qui est le premier du livre, l'auteur de ce blog peut toutefois assurer que les thèses complotistes sont présentées avec beaucoup de complaisance et surtout que l'auteur omet sciemment de présenter l'autre version des faits, ainsi les critiques des scénarios complotistes.

 

Dès ce jeudi après-midi, des élèves du CID s'élevaient contre ce qui s'apparente, à leurs yeux, à une "chasse aux sorcières" au nom de "la pensée unique". 

 

Aymeric Chauprade, qui enseignait cette semaine aux officiers de l'armée marocaine, à Kenitra, sera reçu demain matin par le directeur du CID, le général Vincent Desportes. Il lui a été demandé de cesser immédiatement ces activités et n'assurera donc pas le séminaire "Energie et développement durable" qu'il devait animer ce vendredi. Aymeric Chauprade enseigne au CID depuis 1999 et dirige le cours de géopolitique depuis 2002. Officier de réserve de la marine, il a un petit bureau dans les locaux de l'Ecole militaire. Outre son séminaire, son cours porte sur les méthodes d'analyse géopolitique, destinés à des officiers d'environ 35 ans. Ses activités au CID représente environ un tiers de ses activités et donc de ses revenus. Il est par ailleurs éditeur et auteur de plusieurs ouvrages, dont une "Géopolitique, constantes et changements dans l'histoire" (Ellipses).

 

"Il n'a jamais fait de prosélytisme dans ces cours, n'a jamais exprimé sa vision du monde, mais en faisant état de ses fonctions au CID dans ces livres, il engage l'institution militaire avec des thèses qui ne sont pas les nôtres" assure le général Vincent Desportes, qui commande le CID. Le général Desportes, qui est l'une des têtes pensantes des armées et l'auteur de nombreux livres, s'affirme "intellectuellement en opposition avec les thèses défendues par Chauprade, qui sont assez peu recevables". 

 

Dans ces livres et ses articles, Chaprade défend une une théorie du choc des civilisations, au travers notamment d'une opposition entre l'Europe (incluant la Russie) et l'Islam. Mais, contrairement aux néo-conservateurs d'Outre-Atlantique, il est nettement hostile aux Etats-Unis et à Israël. Chauprade n'a jamais fait mystère de ces convictions politiques d'une droite dure, proche de Philippe de Villiers.

 

Selon nos informations, la direction du CID avait l'intention de se séparer en douceur d'Aymeric Chauprade, mais elle n'est absolument pour rien dans la décision du ministre de la Défense.

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Chauprade acte II

Aymeric Chauprade, docteur en science politique (diplômé Science Po), enseignant en Suisse, au Maroc et directeur du cours géopolitique du collège d’état des interarmés de la défense en France. Il dirige également une revue de géopolitique et gère des collections d’édition. Donc pas un jambon à priori. Ce monsieur écrit un énième livre sur la géopolitique “Chronique du choc des civilisations” auquel il va consacrer 11 pages à parler du 11 septembre qui aura finalement un lourd écho dans un article de Le Point du 5 février 2009.

“J’ai découvert un texte au travers duquel passent des relents inacceptables. Sur onze pages, on nous parle d’un complot israélo-américain imaginaire visant à la conquête du monde. Quand j’ai appris cela mardi soir, j’ai donné pour consigne au général Desportes, le directeur du Collège interarmées de défense [le supérieur de M. Chauprade], de ne pas conserver ce monsieur Chauprade dans son corps enseignant. Il n’a absolument rien à faire à l’École militaire.”

La liberté d'opinion et d'expression est généralement considérée comme une liberté fondamentale à l'Homme.

Elle est citée à l'article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme comme suit:

« Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. »

De même, dans la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 (article 11) :

« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

La Convention européenne des droits de l’Homme, Conseil de l’Europe de 1950 (article 10) :

« 1 Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article n'empêche pas les États de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d'autorisations. »

« 2 L'exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l'intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui, pour empêcher la divulgation d'informations confidentielles ou pour garantir l'autorité et l'impartialité du pouvoir judiciaire. »

CEDH, 7 décembre 1976, Handyside c. Royaume-Uni

CEDH, 21 janvier 1999,  Fressoz et Roire c. France) :

« La liberté d'expression vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture sans lesquels, il n'est pas de « société démocratique ». 

 

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29/01/2009

Chronique du choc des civilisations

Chauprade.jpgDes attentats du 11 septembre 2001 à l'effondrement brutal des marchés financiers en 2008, l'histoire a connu une accélération foudroyante. Emergence d'une Chine aux ambitions planétaires, expansion de l'islamisme radical, révolte des peuples latino-américains, retour de la puissance russe : nous assistons à la naissance d'un monde multipolaire. Chronique du choc des civilisations propose un décryptage des grands événements géopolitiques récents, en les rapportant à la "longue durée" de l'histoire. A travers un ouvrage illustré de nombreuses photographies souvent très spectaculaires et de cartes explicatives, l'auteur propose une véritable "grille de lecture" du monde actuel et de ses fractures. 

Extraits

Encarts sur Ben Laden :

« (…) En 1996, Ben Laden déclare ouvertement la guerre aux Etats-Unis. Le Soudan, qui essaie de redorer son blason auprès de l’Occident, après avoir livré le terroriste Carlos aux Français, propose aux Américains de leur livrer Ben Laden. Etrangement, et probablement sous l’influence de la CIA, dont les connexions avec l’islamisme radical restent ambiguës et qui n’entend sans doute pas voir la justice américaine s’y intéresser de trop près, Washington décline deux fois de suite l’offre soudanaise ». 

« La puissance financière de Ben Laden, des liens secrets probablement conservés avec quelques membres de sa nombreuse et riche famille et les liens importants de cette dernière avec le complexe pétrolier texan (dont la famille Bush ), ont contribué à alimenter la thèse d’une conjuration islamo-américaine, voire islamo-américano-sioniste après le 11 septembre 2001, thèse fondée sur l’idée de la convergence d’intérêts entre des djihadistes soucieux d’accélérer le réveil du monde islamique, des Américains intéressés par le pétrole irakien, et des Israéliens décidés à bouleverser les frontières du Moyen-Orient » 

Sur le 11-9, plus précisément.

« Pourquoi les attaques du 11 septembre 2001 ont-elles constitué une accélération foudroyante du choc des civilisations ? Parce que le monde s’est divisé entre ceux qui pensent qu’un formidable attentat islamiste a déclenché une guerre contre l’Occident libéral et démocratique, et ceux qui pensent qu’un machiavélique complot américano-israélien a été le point de départ d’une guerre américaine contre le reste du monde. Une hypothèse qui ne manque pas d’arguments, à défaut de forcément convaincre »

« D’abord, les associations des familles de victime qualifient le texte officiel [rapport final de la commission nationale] de « rapport final de l’omission » ».

« Les théories qui remettent en cause la version officielle s’articulent autour de trois sujets distincts : les attentats contre le World Trade Center, l’attentat contre le Pentagone, l’ambiguïté du renseignement israélien ».

WTC : des tours minées ?

« L’incendie (…) ne peut être responsable de l’effondrement de bâtiments aux structures d’acier. Alors que le Meridian Plazza de Philadelphie, en 1991, a brûlé dix-neuf heures sans s’effondrer, les tours Sud et Nord se seraient respectivement écroulées au bout d’une heure et deux heures d’incendie, ceci quand le Scientific American (octobre 2001) affirme que rien n’a jamais été construit d’aussi solide que le WTC. L’incendie n’a pas été si violent que le prétend la Commission d’enquête, puisque, selon la FEMA (…) le kérosène s’est volatilisé dans l’explosion (…) Le test dit de Cardington atteste qu’un immeuble d’acier résiste à des températures très supérieures à celle de la combustion du kérosène. Le Fire Engineering Magazine, référence dans la science du feu, soutient qu’aucun bâtiment d’acier n’a jamais été détruit par le feu et que l’enquête sur le WTC ne fut qu’une « farce grossière » ».

« Plus troublant encore est le mystère du bâtiment 7 (…) brutalement désintégré à 17h30. Le « FEMA’s Report on the collapse » reconnaît prudemment que « les détails sur les incendies du bâtiment 7 et la façon dont ils ont provoqué l’effondrement sont inconnus ». Mystère qui débouche sur l’étrange M. Larry Silverstein, propriétaire du WTC seulement depuis le 24 juillet 2001 et qui s’était employé à remplacer le personnel d’entretien et de sécurité (…) il avait demandé aux pompiers de « tirer » le bâtiment 7 (terme qui désigne une démolition contrôlée) Or, comment les pompiers de New York, lesquels ne disposaient pas des personnels qualifiés dans le domaine de la démolition contrôlée, auraient-ils pu placer en moins de sept heures les explosifs aux bons endroits dans un bâtiment qui, selon la version officielle, brûlait, quand on sait qu’une implosion préparée demande au minimum deux semaines. Le bâtiment 7 n’était-il pas le centre de contrôle qui aurait servi à la démolition de l’ensemble ? Quelques mois plus tôt, le 23e étage avait été rénové dans le but d’en faire un centre de commande des situations d’urgence pour la mairie de New York. Cet étage (…) pouvait résister à des situations exceptionnelles (…) (et) offrait une vue idéale sur l’ensemble des bâtiments du WTC. Dans Painful Questions, Eric Hufschmid note que la trajectoire des deux avions semblait viser le bâtiment 7, comme si celui-ci émettait un signal d’autoguidage ».

« La thèse des explosifs est illustrée par un autre fait : une carte thermique des gravats du WTC fournie par la NASA montre que, cinq jours après les attentats, la température à l’intérieur des sous-sols du bâtiment 7 et de la tour Sud (où la chaleur est restée piégée) était encore supérieure à la température de fusion de l’acier. Seuls des explosifs comme le C4, qui porte la température à plus de 1600 °C peuvent expliquer la fusion des structures des sous-sols des tours ».

« Quant à l’école de pilotage de Venice (Floride), elle est pointée du doigt pour ses liens historiques avec la CIA ».

« Le matin du 11 septembre, plusieurs simulations militaires pouvant servir de couverture aux attaques eurent lieu (sous le contrôle du NORAD, de l’US Air Force et de la CIA) : il s’agissait de Northern Vigilance, exercice annuel de l’Air Force simulant une attaque russe, qui amena à déplacer les chasseurs patrouillant habituellement dans le Nord-Est vers le Canada et l’Alaska, les exercices Vigilant Warrior et Vigilant Guardian, simulant des détournements d’avions et l’injection de faux signaux d’avions sur les radars, et l’opération Northern Guardian, qui aurait affaibli la capacité de réponse de la base aérienne de Langley ».

Le Pentagone

« Les terroristes, qui provoquèrent la mort de plus de 2500 personnes dans le WTC, auraient-ils été assez stupides pour frapper la seule partie vide d’un bâtiment, le Pentagone, où travaillent habituellement 20 000 personnes ? L’aile touchée était en rénovation ; elle devait voir ses murs et fenêtres renforcés face à une attaque d’un missile de croisière ou d’un drone… Pour frapper cette aile en venant de la direction opposée, l’avion (si c’est le vol 11 77) a dû opérer un virage de 270° »

« Lorsque la navette Columbia a explosé à 65 km au-dessus du Texas en 2003, à la vitesse de 19 000 km/h, avec ses sept astronautes, on a retrouvé des lambeaux humains et des débris de l’appareil sur des centaines de kilomètres. Comment expliquer l’absence de débris significatifs et de morceaux de corps dans le cas du vol AA 77 ? (…) Où sont les 60 tonnes des moteurs, du fuselage, des sièges, des bagages et bien sûr des passagers ?. Le drone Global Hawk ressemble à un petit Boeing. Il est silencieux, vole à 18 000 m. d’altitude sans se faire repérer par les radars (les aiguilleurs ne le verraient donc pas venir ; or ils n’ont justement pas vu venir le vol AA 77) et son explosion laisserait, du fait qu’il est composé pour moitié de fibres de carbone et de résine, seulement 2 tonnes de débris. Avec lui, la pelouse du Pentagone ne serait jonchée que de quelques morceaux d’aluminium peu épais, et de fragments de moteur, à l’image de celui que l’on retrouve sur une photo et qui est bien trop petit pour appartenir à un 757.Officiellement, en décembre 2002, l’armée américaine déplorait la perte de deux Global Hawk en opérations, sans que l’on en connaisse la cause (source : Christopher Bolen, reporter)».

Le renseignement israëlien

Le troisième volet de la « théorie du complot s’articule autour des arrestations de citoyens israéliens par le FBI juste après le 11 septembre. Le très officiel mémorandum de la Commission nationale sur les attaques terroristes du 11 septembre (rapport de la Commission du renseignement du Sénat américain), intitulé « La Surveillance israélienne des futurs pirates de l’air et des suspects du FBI dans les attaques du 11 septembre et son échec à donner aux Etats-Unis les avertissements nécessaires : le besoin d’une enquête publique » (publié le 15 septembre 2004), rapporte de nombreux faits qui ne peuvent qu’alimenter la polémique.

Que dit ce rapport du Sénat ? Des groupes israéliens (plus de 125 personnes), sous couvert d’espionnage dans le cadre de la DEA américaine (Drug Enforcement Agency), suivaient sur le sol américain les activités des islamistes. Ces « Israeli DEA Groups » se divisaient en cellules (New Jersey, Hollywood en Floride, etc.), toutes basées à proximité des cellules islamistes. Leurs moyens lourds d’écoute (notamment des communications de mobiles) font croire aux auteurs du rapport qu’ils disposaient très certainement des détails précis de l’opération terroriste en préparation. Le principal groupe israélien jouxtait à Hollywood le centre de commande des opérations terroristes (…) Le matin du 11 septembre, juste après le premier impact sur les tours jumelles, plusieurs membres de la cellule israélienne du New Jersey, écoutés par le FBI, se seraient réjouis au téléphone du succès de l’opération.

Le rapport souligne le décalage entre les avertissements vagues donnés par les Israéliens aux Américains dans la deuxième moitié d’août 2001 et la précision des informations dont disposaient certainement les groupes qui évoluaient sur le territoire américain et « tenaient à la culotte » les groupes islamistes ; il s’interroge sur le rôle de la CIA qui semblait protéger ces groupes israéliens et sur l’ambiguïté de la coopération du « renseignement extérieur » avec le FBI, lequel n’hésita pas à placer plusieurs de ces citoyens israéliens incriminés sur la liste des suspects du 11 septembre, au même titre que les islamistes. Mais ces Israéliens ne resteront pas longtemps aux Etats-Unis. Sans doute du fait des pressions de la CIA et de ses relations avec le Mossad, ils seront expulsés libres, vers Israël et l’on ne parlera plus de l’affaire des espions israéliens du 11 septembre, encore moins en France d’ailleurs qu’aux Etats-Unis (…) A cela s’ajoute l’ensemble des spéculations financières étranges, remarquées par la Commission des opérations de Bourse de New York (…) ».

Opérations sous faux drapeau?

« Si l’on fait la synthèse de ces trois volets, chacun ébranlant fortement la thèse officielle, on voit alors s’esquisser une sorte de complot – pas nécessairement à un niveau gouvernemental ou présidentiel, mais associant obligatoirement des composantes du renseignement américain et (ou) israélien – se superposer au complot islamiste. Une conspiration chargée de réussir un attentat sous « faux drapeau » de façon à justifier des choix politiques américains forts. Al-Qaïda, dont la responsabilité dans le 11 septembre proprement dit n’a jamais vraiment été établie, ne serait dès lors que le réseau exécutant et le responsable visible de cette conspiration. Des avions pilotés à distance auraient été téléguidés sur des tours qui devaient s’effondrer sous l’effet de destructions contrôlées à l’explosif, orchestrées à partir du centre de contrôle du bâtiment 7. Le vol AA 77 aurait atterri sur une base militaire de l’Ohio où il aurait disparu avec ses passagers et il aurait été remplacé par un drone Global Hawk envoyé sur l’aile en réfection du Pentagone (…) »

« Les événements tragiques du 11 septembre auraient alors constitué le premier acte d’une sorte de coup d’Etat invisible limitant les libertés civiles (Patriot Act), et donnant des marges de manœuvre géopolitiques considérables tant à l’Amérique (Asie centrale, Irak, Iran, etc.) qu’à Israël (libéré des contraintes internationales sur la Palestine grâce au spectre du terrorisme international), ainsi que des perspectives économiques nouvelles au complexe militaro-industriel et à l’industrie pétrolière des Etats-Unis ».

« Dans une Amérique hantée par le souvenir de l’assassinat de Kennedy et par les ambiguïtés de l’attaque japonaise de Pearl Harbor, profondément marquée par la culture du complot (ses thrillers multiplient les scénarios de coup d’Etat invisible contre les vieilles libertés américaines), et où la CIA a de lourds antécédents en matière d’opérations sous « faux drapeau », la thèse du complot intérieur est-elle vraiment plus étonnante que la thèse officielle selon laquelle des gens peu expérimentés et non rompus aux techniques du renseignement auraient réussi une opération aussi extraordinaire ? Reste toutefois, pour les tenants de la thèse officielle, l’argument le plus fort : comment une telle conspiration n’a-t-elle pas pu être démasquée dans un pays où tant de contre-pouvoirs peuvent jouer et où tant d’hommes farouchement attachés à leurs libertés sont prêts à se dresser pour « tuer Liberty Valance », pour paraphraser le titre de l’un des plus célèbres westerns de John Ford ? ». 

_______________

*Aymeric Chauprade, né le 13-01-1969, est un politologue renommé, mais de formation de base en Mathématiques. Il est docteur en Sciences politiques, Professeur au Collège Interarmées de Défense et Chercheur à l'Université René Descartes (Paris V). Il est directeur de collections aux Éditions Ellipses et auteur de plusieurs articles spécialisés et livres, dont "Introduction à l'analyse géopolitiques", "Dictionnaire de géopolitique" (en collaboration avec François Thural), etc.

Thèse soutenue en 2001 à la Faculté de droit de Paris V : La géopolitique : genèse d’une science politique , déterminants et modèles explicatifs . Dir. M. Jouve.

 

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11/01/2009

Les damnés de la terre

Fanon2.jpgIl n'y a pas si longtemps, la terre comptait deux milliards d'habitants, soit cinq cent millions d'hommes et un milliard cinq cent millions d'indigènes. Les premiers disposaient du Verbe, les autres l'empruntaient. Entre ceux-là et ceux-ci, des roitelets vendus, des féodaux, une fausse bourgeoisie forgée de toute pièce servaient d'intermédiaires. Aux colonies la vérité se montrait nue ; les « métropoles » la préféraient vêtue ; il fallait que l'indigène les aimât. Comme des mères, en quelque sorte. L'élite européenne entreprit de fabriquer un indigénat d'élite ; on sélectionnait des adolescents, on leur marquait sur le front, au fer rouge, les principes de la culture occidentale, on leur fourrait dans la bouche des baillons sonores, grands mots pâteux qui collaient aux dents ; après un bref séjour en métropole, on les renvoyait chez eux, truqués. Ces mensonges vivants n'avaient plus rien à dire à leurs frères ; ils résonnaient ; de Paris, de Londres, d'Amsterdam nous lancions des mots « Parthénon ! Fraternité ! » et, quelque part en Afrique, en Asie, des lèvres s'ouvraient. : « ... thénon ! ... nité ! » C'était l'âge d'or.

Préface de Sartre aux Damnés de la terre.

02/01/2009

Un rapport propose de décriminaliser la polygamie

Polygamie.jpgUn rapport soumis au secrétariat de la Condition féminine du Canada propose de décriminaliser la polygamie. La décriminalisation permettrait de mieux aider les femmes et enfants qui sont victimes de mariages polygames en leur épargnant la peur de se voir eux-mêmes condamnés, selon le rapport, écrit par trois professeures de droit de l'Université Queens à Kingston.

Le ministre fédéral de la Justice, Irwin Cotler, écarte déjà la possibilité de décriminaliser la polygamie, selon la Presse Canadienne, qui a obtenu le rapport en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

À la Fédération des femmes du Québec, la présidente Michèle Asselin n'avait pas pris connaissance du rapport. Mais à prime abord, elle considère que la décriminalisation pourrait être une bonne chose. Il en va tout autrement de la légalisation de la polygamie. «Décriminaliser, c'est une chose, dit Mme Asselin. Mais légaliser, ça instituerait des droits différents d'une femme à l'autre. Même si la polyandrie était aussi permise, ça ne serait pas mieux, ça irait contre le principe d'égalité des conjoints.»

Selon le rapport, la polygamie est un phénomène très marginal au Canada: un millier de personnes faisant partie d'une secte dissidente mormone en Colombie-Britannique et quelques ménages polygames chez les immigrants musulmans en Ontario. Même si la secte polygame de Bountiful, en Colombie-Britannique, suscite certains remous dans l'Ouest, le rapport n'a pas été commandé pour traiter spécifiquement de l'acceptabilité de la polygamie. Il devait plutôt répondre aux inquiétudes des critiques de la légalisation du mariage homosexuel qui affirmaient que la prochaine étape était celle de la polygamie.

«La loi qui rend la polygamie criminelle n'est presque jamais appliquée», explique l'une des coauteures, Bita Amani, en entrevue téléphonique. «Il n'y a eu que quelques accusations depuis l'adoption de la loi en 1892 et elles datent du début du 20e siècle.» En 1985, la Commission canadienne de réforme de la loi a proposé l'abolition de cette interdiction, considérant que la polygamie est «une pratique marginale ne correspondant à aucune réalité sociologique ou légale significative au Canada».

Par contre, deux provinces, l'Ontario et l'Île-du-Prince-Édouard, ainsi que les Territoires du Nord-Ouest, reconnaissent partiellement les mariages polygames contractés à l'étranger. Cette reconnaissance sert seulement à l'établissement des pensions alimentaires et au partage de l'héritage.

Le rapport propose de clarifier cette situation. «Il serait préférable que le gouvernement précise de quelle manière les veuves d'un homme polygame peuvent accéder à sa pension de vieillesse, dit Mme Amani. Pour le moment, il n'y a aucune règle. Est-ce qu'il faudrait que les veuves se partagent la pension? Qu'elles en bénéficient en totalité, ce qui équivaudrait à la multiplier par le nombre d'épouses? Il faut que le gouvernement se prononce. Ça améliorerait l'égalité de ces femmes.»

Paradoxalement, le rapport suggère de continuer d'interdire l'immigration des polygames. En d'autres mots, il faut limiter l'entrée de polygames au pays, mais il faut également bien les traiter s'ils réussissent à franchir cette barrière.

Mme Amani se défend de favoriser la légalisation de la polygamie. «En proposant la décriminalisation, nous n'ignorons pas l'ample documentation scientifique sur les effets négatifs de la polygamie sur les femmes et les enfants.»

Selon le professeur de droit Alain Roy, de l'Université de Montréal, la décriminalisation de la polygamie est probablement une bonne idée, qui ne mènera pas nécessairement à sa légalisation. «Il a fallu une bonne trentaine d'années pour que la décriminalisation de l'homosexualité mène à la reconnaissance du mariage homosexuel», note-t-il.

La légalisation de la polygamie fera d'ailleurs face à des obstacles presque insurmontables, selon Me Roy. «Dans les cultures où elle est pratiquée, la polygamie s'accompagne généralement d'une inégalité des droits des hommes et des femmes qui est inacceptable au Canada, dit-il. Si on décide de la légaliser, il ne faudra pas se mettre la tête dans le sable.»

La GRC enquête

Début décembre, les ministres de la Justice de l'Utah et de la Colombie-Britannique se sont rencontrés pour discuter de la polygamie. La GRC enquête présentement sur des allégations de crimes sexuels dans la secte mormone de Bountiful, créée dans une vallée isolée du sud de la province à la fin des années 40 par des dissidents mormons. 

Selon le ministre de la Justice de l'Utah, des membres de cette secte fuient la récente sévérité américaine envers la polygamie et se rendent au Canada. Un trafic de jeunes épouses irait notamment de l'Utah vers le Canada. 

L'une des particularités des dissidents mormons est qu'ils répudient les jeunes hommes, pour des motifs divers, afin de réserver les jeunes femmes aux hommes d'âge mûr. L'Église mormone officielle a renoncé à la polygamie depuis la fin du 19e siècle.

La Presse, 16 janvier 2006

http://www.cyberpresse.ca/

29/12/2008

Que peut-il? Tout. Qu'a-t-il fait? Rien.

Sarkozy_Napoleon.jpgAvec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l'Europe peut-être. Seulement voilà, il a pris la France  et n'en sait rien faire. Dieu sait pourtant que le Président se démène : il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c'est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! Cette roue tourne à vide.

L'homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère, est un carriériste avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l'argent, l'agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu'il les satisfasse.

Quand on mesure l'homme et qu'on le trouve si petit et qu'ensuite on mesure le succès et qu'on le trouve énorme, il est impossible que l'esprit n'éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l'insulte et la bafoue!

Triste spectacle que celui du galop, à travers l'absurde, d'un homme médiocre échappé ".

 Victor HUGO, dans Napoléon le petit (Réédité chez Actes Sud)

22/12/2008

Noël

Verbe égal au Très-Haut, notre unique espérance,
Jour éternel de la terre et des cieux,
De la paisible nuit nous rompons le silence :
Divin sauveur, jette sur nous les yeux.
Répands sur nous le feu de ta grâce puissante ;
Que tout l'enfer fuie au son de ta voix ;
Dissipe ce sommeil d'une âme languissante
Qui la conduit à l'oubli de tes lois!
Ô Christ ! sois favorable à ce peuple fidèle,
Pour te bénir maintenant assemblé ;
Reçois les chants qu'il offre à ta gloire immortelle,
Et de tes dons qu'il retourne comblé.

 

daniel-emilfork.jpg

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20/12/2008

Une liste à la Prevert

LadyGodiva.jpg

Liste de paraphilies médicalement reconnues

L'exhibitionnisme : fait d'obtenir du plaisir sexuel en s'exhibant (surtout en public), notamment en montrant ses organes génitaux ou en s'affichant lors d'une relation sexuelle, généralement illégale, dans les lieux publics non prévus à cet effet ;
Le fétichisme : utilisation d'objets non-sexuels ou non-vivants ou de parties du corps d'une personne pour obtenir l'excitation sexuelle ;
Le frotteurisme : excitation sexuelle obtenue par frottement contre des personnes non-consentantes ;
La pédophilie : attirance sexuelle pour les enfants prépubères ou péripubères ;
Le sadisme : plaisir obtenu en infligeant de la douleur ou des humiliations ;
Le masochisme : plaisir obtenu en subissant de la douleur ou des humiliations ;
Le transvestisme fétichiste : attraction sexuelle pour des vêtements du sexe opposé ;
Le voyeurisme : plaisir sexuel obtenu en observant d'autres personnes, notamment dans leurs relations intimes, lorsqu'elles sont observées à leur insu dans un lieu privé ;
La vincilagnia : excitation sexuelle obtenue par l'entravement (bondage) ;
Le Self-Bondage : excitation sexuelle par entravement (bondage) sans partenaire ;

D'autres paraphilies rares sont regroupés sous l'intitulé Autres paraphilies non-spécifiés : la scatologie téléphonique (appels téléphoniques obscènes) ; la nécrophilie (cadavres) ; le partialisme (fétichisme exclusif pour une seule partie du corps) ; la zoophilie , la bestialité, attirance envers les animaux ; la coprophilie (fèces) ; la klysmaphilie (lavements) ; l'urophilie (urine) ; l'emétophilie (vomi).
L'homosexualité, c’est-à-dire l'attirance sexuelle pour un individu du même sexe, était considérée comme paraphilie par le DSM jusqu'en 1973.

Autres paraphilies possibles

L'acomoclitisme, ou l'attirance sexuelle pour les pubis rasés.
L'acrotomophilie, ou l'excitation par l'idée d'avoir des relations sexuelles avec une personne amputée.
L'apodysophilie, dans laquelle le sujet éprouve le besoin de se déshabiller entièrement et de se montrer nu dans n'importe quel endroit.
L'asthénéophilie, ou excitation sexuelle provoquée par le fait d'être malade.
L'autonepiophilie est l'attirance sexuelle pour les couches-culottes et par le désir d'être traité comme un enfant.
L'axilisme, ou l'attirance sexuelle pour les aisselles.
Le bouboupisme : excitation provoquée par le pincement des tétons par un partenaire ou par soi-même
Le candaulisme : excitation provoquée par le spectacle d'une relation sexuelle de son partenaire habituel avec une une tierce personne (ou plusieurs).
La chronophilie, ou l'attirance pour un partenaire d'âge complètement différent
La cryophilie, excitation due au froid.
La dendrophilie, excitation sexuelle provoquée par le fait d'avoir des relations sexuelles en contact avec les arbres et les plantes.
L'échangisme, ou la sexualité de groupe avec échange de partenaire.
L'émétophilie, ou l'excitation sexuelle pour le vomi.
L'excessivophilie, ou l'excitation sexuelle provoquée par des pratiques à l'origine 'normales' mais portées à un degrés excessif.
L'exobiophilie, ou le fantasme d'avoir des relations avec une créature extraterrestre. (cf Alien)
Le fist-fucking, ou l'insertion de la main ou du poing fermé dans le vagin ou l'anus.
La gérontophilie, c'est-à-dire l'attirance sexuelle pour les personnes âgées.
Le godivisme, pulsion conduisant à s'exhiber à cheval et qui peut être considérée comme l'une des formes de l'apodysophilie. Par extension, amateur/voyeur de cavalières nues (le mot est construit en référence à la légende de Lady Godiva). L'exhibition à bicyclette peut être considérée comme une forme de godivisme.
L'harpaxophilie, ou l’excitation sexuelle à l’idée d’un vol.
L' hybristophilie, (du grec hybrizein, « commettre un outrage contre quelqu'un » et de phile, « qui aime »), ou l'attirance pour les personnes ayant commis des crimes (vol, viol, meurtre).
L'hygrophilie (comprenant la nasomycinophilie, la dacryphilie, la salirophilie, l'urophilie, la coprophilie, etc.), ou l'attirance pour les sécrétions corporelles humides, gluantes ou visqueuses.
L'infantilisme, ou l'excitation ressentie en jouant le rôle d'un enfant ou d'un bébé.
La knismolagnie, ou excitation sexuelle par des chatouilles.
La lactophilie, ou l'attirance sexuelle pour les femmes allaitantes.
La loutérophilie, ou excitation sexuelle provoquée par le frottement dans une baignoire.
La maïeusophilie, ou l'attirance sexuelle pour les femmes enceintes.
Le mélangisme, ou la sexualité de groupe sans échange de partenaire.
La météorophilie, ou excitation sexuelle provoquée par le fait d'être suspendu.
La nanophilie, ou l'attirance sexuelle pour les gens de petite taille.
La nécrodendrophilie, ou l'excitation provoquée par les actes sexuels en contact avec les arbres morts.
La pédiophilie, ou l'attirance sexuelle pour les poupées, les ours en peluche et autres jouets zoomorphes ou anthropomorphes.
La podophilie, ou le fait d'être excité par les pieds.
La pygmalionisme, ou le fétichisme des statues.
La schoïnopentaxophilie, ou l'attirance pour les cordes de pendus.
La scopophilie, ou l'attirance fortement marquée pour tous les spectacles sexuels : en support média (revues, cinéma, vidéo, internet, …) ou en réel (strip-tease, peep show, …) ; le scopophile ne cherche pas à se cacher ni à surprendre et se distingue en cela du voyeur.
La sidérodromophilie, ou l'excitation sexuelle procurée par les trains; ce fantasme conjugue plusieurs facteurs : l'intimité du compartiment et sa promiscuité obligée, l'exhibitionnisme sans risque du train passant devant les habitations mais aussi les trépidations du train ; de nombreux récits érotiques ont le train pour cadre (notamment les toilettes des trains).
la sitophilie, ou l'utilisation de la nourriture à des fins sexuelles.
La somnophilie, excitation érotique provoquée par une personne qui dort, attirance sexuelle pour cette personne.
La spermophilie, attirance sexuelle du sperme (et par extension de sa manipulation et de son ingestion).
La tératophilie, ou l'attirance pour des êtres socialement considérés comme difformes, monstrueux, voire inhumains.
La trichophilie, ou l'excitation sexuelle par les poils, les cheveux.
La trimammophilie, ou le fantasme de la femme à trois seins.
Le vampirisme, ou excitation sexuelle provoquée à l'idée de sucer le sang de son/sa partenaire (ou vice versa) pendant l'acte sexuel.
La vorarephilie (ou voraphilie), excitation sexuelle à l'idée de manger une autre personne ou d'être mangé(e) par elle.

 

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15/12/2008

Changement climatique

Quatre vérités dérangeantes

Les scientifiques interrogés par Gwynne Dyer en sont maintenant convaincus. Les objectifs définis par le GIEC sont obsolètes. Le réchauffement est plus rapide que .prévu, mais pire encore, passé un certain point, des boucles de rétroactions vont se déclencher, et le processus échappera à notre contrôle. Si le réchauffement atmosphérique s’emballe, sur terre, la situation deviendra incontrôlable. Les Etats faillis, la famine, les guerres, les exodes massifs vont se multiplier. Dans ces conditions, la mise en œuvre de politiques internationales de réduction des émissions n’aurait plus aucune chance de succès. Combien de temps nous reste-il ? Trop peu pour réduire les émissions avant de dépasser les limites dangereuses. Voilà résumées les conclusions que tire Dyer de la série d’entretiens qu’il vient de réaliser à travers le monde avec des scientifiques, des militaires et des politiques.

Par Gwynne Dyer, Japan Times, 7 décembre 2008

Voilà à peu près deux ans de cela, j’ai pris conscience que les militaires de divers pays avaient commencé à élaborer des scénarios sur les changements climatiques. Des scénarios qui se basaient sur les travaux des scientifiques prévoyant une hausse des températures, la baisse du rendement de l’agriculture et d’autres conséquences, et examinaient leurs implications politique et stratégiques.

Ces scénarios prédisaient la multiplication des États faillis en raison de l’incapacité des gouvernements à nourrir leur population, des vagues de réfugiés climatiques aux frontières des pays plus fortunés, et même des guerres entre pays qui partagent les mêmes cours d’eau.

J’ai alors commencé à interroger tous ceux que je pouvais rencontrer. Non seulement des responsables militaires, mais aussi des scientifiques, des diplomates et des hommes politiques. Dix huit mois plus tard, après environ 70 entretiens, réalisés dans une douzaine de pays, j’en suis arrivé à quatre conclusions que j’étais loin d’anticiper lorsque j’ai entamé ce travail :

• Les scientifiques ont vraiment peur

Les observations au cours des deux ou trois dernières années, leur donnent à penser que tout se déroule beaucoup plus rapidement que ne le prévoyaient leurs modèles climatiques. Mais ils sont face à un dilemme. Au cours de la dernière décennie, ils ont dû lutter contre une campagne fort bien financée qui visait à semer le doute sur la réalité des changements climatiques.

Aujourd’hui, les peuples et leurs gouvernements sont à l’écoute. Même aux États-Unis, le quartier général du déni des changements climatiques, 85% de la population voit cette question comme un problème majeur, et les deux candidats à l’élection présidentielle ont promis durant la campagne des réductions de 80% des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050.

Les scientifiques sont réticents, on le comprend, à annoncer publiquement que leurs prévisions étaient fausses, que la situation est vraiment bien pire et que les objectifs devront être révisés. La plupart d’entre eux attendent de disposer d’une preuve incontestable montrant que le changement climatique intervient plus rapidement que prévu, même si en privé, ils s’affirment convaincus que c’est bien le cas.

De ce fait, les gouvernements, bien qu’ayant enfin pris conscience du danger, continuent de viser des objectifs de réduction des émissions obsolètes. Pour éviter l’emballement du réchauffement de la planète, le véritable objectif requis serait probablement une réduction de 80% des émissions d’ici à 2030, et la quasi disparition de l’usage des combustibles fossiles (charbon, gaz et pétrole) d’ici à 2050.
• Les militaires ont raison

L’alimentation est la question clé, et la situation de l’offre alimentaire mondiale est déjà très tendue. Nous avons consommé environ les deux tiers des réserves mondiales de céréales au cours des cinq dernières années, et ne disposons plus que d’environ 50 jours de stock. Même un seul degré d’augmentation de la température moyenne de la planète se traduirait par une diminution de la production alimentaire dans presque tous les pays qui sont plus proches de l’équateur que des pôles, et qui abritent la quasi-totalité des greniers à blé de la planète.

Pour cette raison, le marché international des céréales va disparaître par manque de marchandises. Les pays qui ne pourront plus nourrir leur population ne seront pas en mesure de se procurer le nécessaire pour se sortir d’affaire en important leurs céréales, même s’ils disposent de l’argent pour ce faire.

Les réfugiés affamés se répandront à travers les frontières, des nations entières vont s’effondrer dans l’anarchie - et certains pays pourraient être tentés de s’accaparer les terres ou l’eau de leurs voisins.

Ce sont là les scénarios que le Pentagone et d’autres états-majors étudient aujourd’hui. Ils pourraient commencer à se concrétiser aussi rapidement que d’ici 15 à 20 ans. Si ce type de désordre se répand, il n’y aura que peu de chances de conclure ou de maintenir des accords mondiaux pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et éviter la poursuite du réchauffement de la planète.

• Il existe un point de non-retour au-delà duquel le réchauffement devient inéluctable

Nous sommes probablement en route pour le dépasser. Ce point de bascule, c’est celui où le réchauffement d’origine anthropique (d’origine humaine) déclenche une libération massive de dioxyde de carbone des océans dont la température s’élève, ou des rejets de dioxyde de carbone et de méthane provoqués par la fonte du pergélisol, ou les deux phénomènes ensemble. La plupart des climatologues pensent que ce point se situe légèrement au dessus des 2° de réchauffement.

Un fois ce point dépassé, l’humanité perdra le contrôle : la réduction de nos émissions pourrait ne pas parvenir à arrêter le réchauffement de la planète. Cependant, nous allons presque certainement outrepasser la date limite. Nous ne pouvons pas retrouver les 10 années qui ont été perdues, et au moment où un nouvel accord remplaçant celui de Kyoto sera négocié et mis en oeuvre, il ne restera probablement pas assez de temps pour arrêter le réchauffement avant d’avoir atteint le point limite à ne pas
franchir.

• Nous devrons tricher

Au cours des deux dernières années, plusieurs scientifiques ont proposé plusieurs techniques de « géo-ingénierie » destinées à combattre la hausse de température. On pourrait par exemple répandre dans la stratosphère une sorte d’écran chimique temporaire de protection solaire par l’ensemencement avec des particules de soufre. Nous pourrions également épaissir artificiellement les nuages maritimes de basse altitude pour qu’ils reflètent plus la lumière du soleil. Ce ne sont pas des solutions permanentes ; tout au plus des moyens de gagner un peu de temps pour réduire nos émissions sans provoquer l’emballement du réchauffement.

La situation devient très grave, et nous allons probablement assister aux premières expérimentations avec ces techniques dans un délai de cinq ans. Il existe une possibilité de trouver l’issue de cette crise, mais elle n’est pas aisée et il n’y a aucune garantie de succès.

Comme le dit l’histoire de l’Irlandais face à un voyageur égaré : Pour aller là, Monsieur, moi je ne serais pas parti d’ici.

Gwynne Dyer est journaliste indépendant et historien, spécialiste des questions militaires.

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12/12/2008

Le Graal, un mythe chrétien entre fiction et théologie

LapenseeduGraal.jpgJean-René Valette, La Pensée du Graal. Fiction littéraire et théologie (XIIe-XIIIe siècle), Paris, Champion, 2008, 793 p., EAN 9782745316165.

L’ouvrage de J.-R. Valette prend pour objet les Hauts Livres du Graal que sont les romans en prose du Perlesvaus, L’Estoire del Saint Graal, La Queste del Saint Graal ainsi que la trilogie attribuée à Robert de Boron. Il s’agit d’un travail d’importance qui renoue avec les recherches sur le Graal en littérature sous un angle complexe et savant. Les œuvres retenues sont en effet considérées comme des moyens d’édification par le biais de fictions où le Graal apparaît comme le medium privilégié entre l’homme et Dieu. Entre littérature, poétique et théologie, l’auteur exploite un champ de recherches transversales jusque là négligé. Jusqu’à présent, les travaux sur la matière graalienne rejoignent séparément les domaines de l’ethno-religieux, de l’invention artistique et de la spéculation théologique. Laissant de côté le premier aspect, l’auteur se donne pour but de « s’interroger sur le statut dont jouit la composante théologique au sein du texte romanesque, sur les rapport que la fiction entretient avec la théologie » (p. 16). Il délimite pour cela en introduction son propre espace de recherche, en marge d’une part de l’ésotérisme et des apocryphes dans la mesure où les Hauts Livres du Graal restent des fictions théologiques qui n’engagent pas formellement la croyance, et d’autre part du catharisme. Il se démarque également des travaux antérieurs qui rattachent les textes étudiés à l’idéologie de Cluny ou de Cîteaux. Loin d’en proposer une lecture doctrinale, la théologie mystique et le néoplatonisme chrétien constituent un horizon de référence qui permet de « raisonner non pas en termes de causalité mais d’analogie et de participation, selon les catégories même de la civilisation à laquelle appartiennent la littérature et la théologie du Graal » (p. 55). L’étude des relations entre ces structures mentales et théologiques et les textes littéraires se déroule selon un parcours en quatre étapes abordant la question sous des angles différents : l’analogie (I. « Image et ressemblance »), la révélation (II. « Les signes du Graal »), la vision (III. « Visible et invisible ») et le temps (IV. « L’histoire du salut »).

À partir des données savantes et théologiques sur le statut de l’image au Moyen Âge, la première partie interroge le rapport de l’homme à Dieu à travers la dialectique de la ressemblance et de la dissemblance. À ce titre, La Queste del Saint Graal occupe une place de choix dans le corpus, dans la mesure où elle « confère au thème de l’image et de la ressemblance son plus grand éclat » (p. 76).

Du point de vue d’abord anthropologique, les Hauts Livres du Graal présentent des situations où le statut de l’homme-image se manifeste doublement, dans son rapport au monde (« l’homme microcosme ») et dans son rapport à Dieu. C’est ce dernier cas qui retient particulièrement l’attention : dans la Queste, « roman de l’homme intérieur », il s’agit pour les personnages de passer d’une ressemblance à une autre, c'est-à-dire « de quitter les habits d’une chevalerie qui ressemble au monde […] pour revêtir ceux de la chevalerie céleste » (p. 105). Les romans du Graal se rattachent ainsi à la notion de spiritualité intentionnelle et à l’usage du bon arbitre qui permet à l’homme de restaurer sa liberté.

À partir des trois degrés de liberté exposés par saint Bernard, J.-R. Valette propose ainsi une lecture théologique des œuvres où la quête et les apparitions du Graal favorisent l’itinéraire spirituel des héros. Chacune des libertés, la libertas a necessitate (la volonté ou liberté de l’arbitre), la libertas a peccato (valeur morale et liberté de grâce qui affranchit l’homme du péché) et la libertas a miserio (qui permet la vision spirituelle de Dieu et « délivre définitivement l’homme de l’esclavage de la corruption et de la mort », p. 159), correspond à un degré supplémentaire de ressemblance entre l’homme et Dieu. Au contraire de Gauvain dont le vouloir imparfait le prive de la grâce, Galaad accède aux trois libertés dont le déploiement se manifeste dans la Queste et le Lancelot à travers les diverses apparitions du Graal. Si la quête du Graal illustre dans son ensemble « la condition pécheresse de l’homme in via, c'est-à-dire de la liberté de grâce » (p. 146), la vision finale de Galaad de même que le ravissement initial du narrateur de l’Estoire del Saint Graal s’apparentent à une mort mystique et permettent à l’élu d’accéder à la troisième ressemblance « qui le [Galaad] fait vouloir de la volonté même de Dieu, qui le fait voir de la vision de Dieu » (p. 169).

À la notion de ressemblance répond également dans les textes celle de dissemblance : au lieu de se rapprocher de l’image divine, l’homme emprunte au contraire l’itinéraire du péché. La notion théologique de « région de dissemblance » s’actualise dans les textes par une représentation d’ordre géographique — l’horrible château du Noir Ermite dans le Perlesvaus par exemple — ou par le système des personnages. En tant que « médiateur de ressemblance » (p. 187), Galaad le chevalier christique permet de mesurer le degré de ressemblance ou de dissemblance des autres personnages. Comme Perlesvaus, il suscite une attente universelle et son absence creuse l’espace de la fiction comme un espace de dissemblance : rejoindre Galaad et les chevaliers célestes ou être privé de leur compagnie, tel est finalement l’enjeu de la Queste.

À l’issue de cette première partie, l’auteur parvient à articuler de façon particulièrement fine et convaincante la doctrine de l’image et de la ressemblance et la poétique littéraire à travers le prisme du Graal. Les données métaphysiques et théologiques sont clairement synthétisées et exposées sans jamais forcer la lecture des textes. Au contraire, le principe d’analogie présenté en introduction est un mode opératoire efficace qui permet d’éviter l’écueil d’une lecture purement exégétique.

La deuxième partie aborde le corpus du point de vue de la sémiotique et des théories du signe augustinienne et dionysienne propres au Moyen Âge où les choses sont susceptibles de se lire comme des signes, c'est-à-dire d’entretenir un rapport de ressemblance avec Dieu. En tant que « chose-signe », le Graal peut être appréhendé à la fois sous l’angle ontologique — étudié dans la première partie — et sous l’angle noétique (« le point de vue n’est plus celui de l’aparoir mais du voir et du connaître », p. 214) à travers justement la problématique du signe.

La confrontation de la poétique et de la sémiotique passe d’abord par la notion de merveilleux. Le mode de perception de la merveille et du miracle souligne dans les textes la prégnance de la première sur le second : ce qui importe avant tout, c’est l’aspect psychologique du miracle, l’effet qu’il produit sur les hommes, et son aspect sémiologique. La perspective subjective participe d’un processus qui transforme la chose en signe, comme en témoigne l’expérience des héros. Le signe merveilleux suit un mécanisme qui mène le sujet de la perception visuelle — la semblance — à la nécessité d’interpréter – la senefiance. Dans les Hauts Livres du Graal prédomine ainsi manifestement la vision augustinienne du miracle, celle qui fait passer « la valeur signifiante du miracle au premier plan ». Quant aux signes du Graal, c’est selon l’auteur « entre le merveilleux profane développé par les romans arthuriens et l’efficacité pastorale recherchée par l’Église qu’il convient sans doute de [les] chercher (p. 272).

À travers la délimitation d’un champ lexical et conceptuel constitué des termes semblance, senefiance, demostrance, remembrance et certefiance, J.-R. Valette s’intéresse ensuite aux manifestations du sens produit par le signe. L’ensemble apparaît subordonné à la notion de révélation auxquelles de nombreuses scènes sont consacrées. Entre la demostrance qui oriente la semblance vers le dévoilement de la chose et s’adresse à la vision, et la senefiance qui « l’inscrit dans un processus de signification » (p. 285-286) et s’adresse à l’intelligence, le Graal apparaît comme le medium privilégié de la révélation. Comme le rapport de la semblance à la senefiance, la remembrance constitue un principe de structuration des œuvres. Elle repose à travers certains objets sur une double valeur rétrospective et prospective. Toutefois, l’événement essentiel dont les textes évoquent la remembrance reste la Passion à travers la mise en scène récurrente des sacrements du baptême, de la confession, de la communion et de l’ordre et des symboles sacramentaux que sont les formules de bénédiction, les aspersions d’eau bénite et le signe de la croix. Le traitement réservé au Graal en fait par ailleurs un véritable sacramentum : « il appartient bien à ces mystères et à ces signes divins qui jalonnent l’histoire humaine et qui concernent l’accomplissement du dessein de Dieu : il permet en particulier de faire entrer la chevalerie dans l’âge de la grâce » (p. 322). Il rejoint la théorie de Thomas d’Aquin selon laquelle le sacrement revêt un triple aspect commémoratif, démonstratif et prognostique. Or le Graal de la Queste croise justement ce triple symbolisme « en l’associant à un véritable imaginaire du contenant » (p. 328) où le vaissel donné à voir contient la Grâce, devient à Corbenic le lieu des commémorations eucharistiques et recèle finalement à Sarras la promesse de gloire future. Le fonctionnement des signes du Graal est donc d’abord déterminé par « une métaphysique commémorative » (p. 330). Avec la notion de certefiance se pose la question du statut de la vérité constamment identifiée à Dieu dans les Hauts Livres du Graal. Dans la Queste, la distinction du vrai et du faux est avant tout d’ordre moral. La fausseté est ainsi associée au péché et au diable tentateur par opposition au Christ, « seul garant d’une veritas signorum constamment mise à mal par un diable manipulateur » (p. 341).

L’étude sémiologique aboutit enfin à celle des discours de senefiance dans les nombreuses séquences herméneutiques que présentent les textes. S’appuyant notamment sur les travaux d’Armand Strubel consacrés au discours allégorique, l’auteur souhaite déterminer le lien entre d’un côté les termes et thèmes de l’exégèse et, de l’autre, la langue vulgaire et les milieux littéraires. Face au danger d’une transposition simpliste, il doit se résoudre à « aborder la question sur le mode de l’inspiration, de la transposition ou du comme si » (p. 349). Afin, par ailleurs, de se garder des extrapolations hasardeuses, il lui convient de s’attacher « au plan poétique sur lequel s’actualise le sens » (p. 350). Bien que l’acte herméneutique constitue l’élément essentiel des Hauts Livres du Graal, les Estoires se distinguent ainsi des Questes dans la mesure où elles laissent la senefiance en marge. Les romans du Graal se différencient également selon leur régime sémiologique : soit « le merveilleux parvient à clore le signe herméneutique grâce à la mise en adéquation de la semblance et de la senefiance » (p. 355), soit le texte déjoue la clôture du sens et maintient, sous l’influence de la diabolie, la dissociation du signifiant et du signifié. Sous l’angle ensuite de la théologie exégétique, l’auteur cherche à définir la place occupée par la doctrine des quatre sens de l’Écriture dans et à l’époque des textes. Alors que le sens littéral conserve dans les Hauts Livres du Graal toute son importance, la typologie joue un rôle de premier plan et « semble précéder l’émergence du sens tropologique » (p. 378), tandis que la perspective anagogique, bien que repérable dans la Queste, « ne coïncide pas avec le discours de senefiance » (p. 384).

L’auteur conclut finalement à une véritable poétique de l’interprétation et à une lecture double caractéristique de la doctrine du quadruple sens. Mais les Hauts Livres du Graal restent avant tout des romans arthuriens dans la mesure où l’exégèse biblique se heurte constamment à une autre exégèse dont le propos est esthétique. Les textes « relèvent de l’allégorie des poètes, ce qui n’empêche pas que celle-ci soit construite en semblance sur l’allégorie des théologiens » (p. 386). L’intérêt de cette deuxième partie réside particulièrement dans la démarche comparative et analogique entre les données théologiques et la réalité des textes. Malgré les rapprochements nombreux et précis, l’étude souligne le caractère fictif des œuvres et l’appropriation du discours théologique par le littéraire et non l’inverse.

La troisième partie s’interroge ensuite sur les rapports qu’entretiennent les Hauts Livres du Graal avec la culture chrétienne visuelle du Moyen Âge en insistant sur l’importance des relations du visible et de l’invisible dans la théologie et dans les scènes graaliennes. C’est en effet « à la faveur de ce processus d’oblation-privation que s’élabore le mystère, en un mouvement comparable […] à celui qui gouverne les manifestations du Graal » (p. 393). On retrouve en effet dans les textes, et notamment dans la Queste, l’opposition entre les réalités terrienes et spirituelles et la distinction qu’Hugues de Saint-Victor opère entre l’œil de la chair (oculus carnis), l’œil du cœur (oculus rationis) et l’œil de Dieu (oculus mentis). En donnant lieu à un certain nombre de scènes visuelles où le regard se substitue progressivement au motif initial de la question à poser, le Graal participe de ce mouvement et revêt un caractère épiphanique en instaurant justement la médiation entre le visible et l’invisible. En ce sens, les mostrances favorisent la conversion des païens et la croyance, si bien que le rapport entre le voir et le croire relève du registre de la vérité.

L’auteur envisage d’abord cette relation sur le plan mystique : le croire suscite, sur le mode de la quête, le désir de voir le Graal qui s’apparente au désir de Dieu selon les trois modes de connaissance établis dans la tradition : la raison, la foi et la vision face à face. Le désir de voir est ainsi formulé selon ces dimensions dans les Hauts Livres et notamment dans la Queste où son expression récurrente « doit être mise en relation avec la mystérieuse traction de la grâce, avec le déploiement d’une efficace divine » (p. 436). De nombreuses demostrances s’accomplissent par ailleurs selon la vision paulinienne per speculum, in aenigmate, dans la mesure où les aventures et les réalités terrienes appellent nécessairement des senefiances et un autre degré de réalité spirituel. Le Graal est ainsi ce medium qui permet de combler le désir de voir l’invisible à deux conditions : la spiritualisation du sujet connaissant et l’illumination opérée par la puissance divine. Se pose dès lors la question de la vue aperte de Dieu à travers la contemplation dont le Graal agit comme intermédiaire.

Les scènes du Graal sont ensuite abordées selon un angle esthétique. Le terme de « scène » semble particulièrement approprié dans la mesure où les passages concernés se détachent du continuum narratif et subordonnent théâtralement l’action au regard des spectateurs du cortège. Ces scènes s’élaborent à la croisée de l’écriture théâtrale et d’une métaphysique fondée sur le rapport du visible et de l’invisible. Le rappel des différentes scènes du Graal dans le corpus souligne leur profonde relation avec les demostrances et avec la liturgie. Le Graal « permet l’inscription du regard au point où l’invisible advient dans le visible, où le désir de voir rencontre les mostrances divines » (p. 487).

Dans un dernier temps, la relation entre voir et croire s’inverse : s’il faut croire pour accéder à une vision mystique transcrite artistiquement, il faut également voir pour croire. La vision prend alors un aspect didactique par le recours à l’image et à la merveille. Celle-ci « appelle en effet son propre dépassement [et] invite au transfert d’un registre de vérité à un autre » (p. 511). Le Graal fonctionne comme une « matrice souterraine » qui touche songes et visions, lesquels mettent en jeu le regard en s’opposant « à ce que saisit l’oculus carnis et […] ce qui relève de la vue aperte » (p. 521) et favorisent la conversion des païens. Un certain nombre de mystères de la foi font également l’objet de mostrances dominées par la figure du Christ. Ces révélations visuelles, « le plus souvent covertes, en appellent [ainsi] à la vertu certificatrice de ce qui est offert au regard » (p. 558).

Le Graal est donc traité dans les œuvres comme un objet épiphanique qui médiatise les visions extérieures et intérieures, apertes et covertes selon l’œil de chair, du cœur et de Dieu. Il opère dès lors une double fonction artistique et idéologique. Cette dernière est remplie dans la mesure où « le texte se fait image pour donner à voir les mystères du Graal […] afin de développer une pastorale et une apologétique à l’intention de la chevalerie, afin de renforcer la foi ou de lutter contre l’hérésie » (p. 561).

La dernière partie aborde les thèmes du temps et de l’Histoire à travers la problématique du Salut. Le lien souvent souligné dans la critique entre économie du Salut et littérature du Graal est en effet assuré par la notion d’histoire. L’auteur rappelle à ce propos l’importance de la prose et du modèle scripturaire dans les compositions cycliques qui s’apparentent à ce titre à des récits en semblance. Se posent alors les question centrales, dans ce chapitre, du rôle de l’Histoire dans l’histoire, de la façon dont la figure christique s’inscrit dans les Hauts Livres du Graal et des rapports que cette figure entretient avec la chevalerie et la « philosophie du péché ».

Afin d’y répondre, l’auteur étudie d’abord « la façon dont fonctionne l’histoire feinte, ainsi « prise comme un tout », dans le rapport qu’elle entretient avec une autre « totalité » de signification offerte sub specie temporis, celle de l’Histoire (du Salut) » (p. 591). Les seuils et les clôtures du récit ainsi que l’organisation cyclique des œuvres (à l’exception du Perlesvaus) mettent en évidence l’importance de la représentation christique et les relations entre structure théologique et littéraire. La Passion fonctionne ainsi comme point d’origine inscrit dans la trame littéraire, en particulier dans l’Estoire del Saint Graal dont l’ouverture narrative coïncide avec l’avènement du Christ. Le lien entre poétique fictionnelle et Histoire du Salut se manifeste à travers des ouvertures et des clôtures placées sous le signe du Christ-Sauveur, lequel constitue « l’alpha et l’oméga des Hauts Livres du Graal » (p. 635). Les thèmes a priori opposés du Graal et de la Mort Artu se rejoignent ainsi si l’on considère l’idée d’un temps finalisé : « La disparition du Graal marque bien la fin des aventures mais, avant que n’intervienne la fin des temps, il importe de donner à voir un monde qui « ja ne sera sanz pechié » […], un monde où […] le Christ advient dans les hommes […]. Dans le même temps, il s’agit d’un monde dont on représente la fin, ce qui est évidemment une façon de suggérer – métaphoriquement – la fin des temps, de faire apparaître en creux la figure du Christ de la Parousie » (p. 636). L’organisation cyclique comparable au modèle scripturaire suscite enfin l’idée que le cycle arthurien participe, d’une certaine manière, au Livre Sacré : « sur un plan littéraire, les Hauts Livres du Graal se présentent, sinon comme un troisième livre, du moins comme un autre livre, distinct de l’Ecriture Sainte » (p. 647).

L’étude s’achève ensuite par une réflexion sur les liens entre le Graal, le Christ et la chevalerie. C’est en effet « le chevalier en tant que personnage qui […] donne accès au Graal-fiction, à ce Graal qui se présente […] tantôt comme une relique contenant le sang du Crucifié, tantôt comme le réceptacle d’une imago christique » (p. 651). Le Perlesvaus et la Queste del Saint Graal retiennent dans cette perspective particulièrement l’attention, dans la mesure où ils représentent deux comportements chevaleresques et deux modalités de la conversion différents. Le premier, fondé sur le thème de la question libératrice, s’articule autour du conflit entre l’Ancienne et la Nouvelle Loi, tandis que le second, davantage axé sur l’aspect contemplatif, développe l’opposition entre chevalerie terriene et celestiele. Deux structures théologiques se dégagent alors de ces histoires du Salut ; celle du Perlesvaus est empruntée à la typologie tandis que celle de la Queste relève de la tropologie. Dans les deux cas, l’auteur souligne l’importance de la pensée de saint Bernard « car elle réunit en elle action et contemplation » (p. 705).

Au bout de ce foisonnant parcours théologique et littéraire, le Graal se définit bien comme le support d’une « invention artistique » et d’une spéculation théologique » dans des œuvres qui, de ce fait, brouillent la frontière entre fiction et théologie. En ce sens, les Hauts Livres  du Graal participent d’une mythologie du christianisme, laquelle n’a cessé à la fois de se développer et, en même temps, de susciter la méfiance de la culture chrétienne savante. Lire les Hauts Livres du Graal comme des mythes chrétiens consiste donc, conclut J.-R. Valette, « à prendre en considération les deux aspects qui distinguent ces derniers, le mythos et le logos, et à faire apparaître, à côté de l’éclat d’une écriture du Graal, celui d’une pensée du Graal » (p. 716). C’est à une telle lecture, à la fois assise sur les critiques antérieures et novatrices, que nous invite l’auteur, au terme d’une approche extrêmement stimulante d’un corpus d’œuvres qui, plus que jamais, doivent être perçues dans leur intertexte. Les synthèses sur le contexte théologique et philosophique propre au Moyen Âge sont particulièrement éclairantes et pédagogiques et permettent toujours une mise en perspective efficace, parfois distanciée, avec les textes. Le thème si souvent  étudié du Graal dans la littérature romanesque trouve ici une approche qui n’avait été abordée que de façon fragmentaire, et qui, surtout, laisse entrevoir les conditions d’une réception « médiévale » des œuvres.

par Hélène Bouget

Publié sur Acta le 5 décembre 2008
Pour citer cet article : Hélène Bouget , "Le Graal, un mythe chrétien entre fiction et théologie", Acta Fabula, Notes de lecture, URL : http://www.fabula.org/revue/document4722.php

24/11/2008

Jean Markale n'est plus

Markale.jpgAuteur d’une centaine d’ouvrages, notamment sur les Celtes, Jean Markale est mort hier matin, à l’hôpital d’Auray. Il avait quatre-vingts ans. De son vrai nom Jacques Bertrand, Jean Markale avait, avant de se lancer dans l’écriture, exercé, pendant vingt-cinq ans, le métier de professeur de lettres classiques dans un collège parisien. Mais, en 1979, fort de son succès avec « La femme celte » (Payot), il avait arrêté l’enseignement et était venu s’installer à Camors, près d’Auray, le pays de ses ancêtres. C’est là qu’il écrira, à une cadence pour le moins soutenue, tous ses livres. Ses grandes spécialités : les Celtes, le mythe du Graal, l’histoire de la Bretagne, l’ésotérisme et les énigmes historiques. Autant de thèmes qu’il a développés à satiété et exploités sous différentes formes, en particulier à travers des « cycles » qui lui permettaient de laisser libre cours à sa verve épique et à son imagination.
Poète plutôt que chercheur
Son manque de rigueur scientifique était, d’ailleurs, le reproche que lui faisaient ses nombreux détracteurs. Mais Markale s’en moquait : « Je préfère être considéré comme poète plutôt que comme chercheur », assurait-il. En 1998, il avait reçu le prix Trévarez pour son premier roman, « Notre-Dame de la Nuit ». Un genre dans lequel il envisageait de poursuivre. Mais il avait finalement repris le sillon qu’il avait creusé et qui lui réussissait : la civilisation celtique et le Graal. Coïncidence troublante : Jean Markale s’est éteint une semaine seulement après la mort de son ami Charles Le Quintrec, qu’il avait connu dès 1948, à Paris. La maladie l’aura ainsi empêché de respecter le pacte que tous deux avaient passé : le survivant devait prononcer l’éloge funèbre du premier décédé !

Yves Loisel
 

16/11/2008

La fabrique de l'homme nouveau

Rapport Bouchard-Taylor : fabriquer l’Homme Nouveau par la dictature de l’harmonie

vendredi 23 mai 2008

Le projet politique contenu dans le rapport Bouchard-Taylor incarne la vision d’un Québec ouvert car insignifiant, d’une société harmonieuse car informe et insipide, d’un citoyen ouvert d’esprit car incapable de juger, et surtout d’un avenir collectif qui en dernière instance ne sera l’avenir de rien ni de personne. Le rapport est juste assez épais, flou, scolastique et blablateur pour nous garantir que demain sera assurément bordélique - Jean-Jacques Tremblay, un jeune québécois lucide

Jean-Jacques Tremblay a accepté l’invitation de Point de BASCULE d’écrire une analyse du rapport Bouchard-Taylor.

 

Rapport Bouchard-Taylor : une brève analyse

La liste d’épicerie

Au menu de l’inénarrable Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles : construction d’une mémoire nationale post-canadienne-française vide et aseptisée, alignement de la production artistique et culturelle sur les intérêts de l’État et de sa nouvelle philosophie pluraliste, endoctrinement de la jeunesse à travers une néo-école transformée en appareil idéologique d’État, formation continue des employés de l’État qui devront ainsi incarner toujours mieux l’avant-garde extrême de la démence, alignement des subventions universitaires en recherche sur le nouveau crédo, financement d’une flotte de groupes communautaires politisés qui jour après jour oeuvreront à voir du racisme et de la discrimination là où il n’y en avait pourtant pas, instauration de la discrimination positive directe et indirecte à tous les niveaux de la société, transformation de la Commission des droits de la personne en un quatrième pouvoir, création d’un mystérieux " organisme de surveillance " des discours, lutte contre le néo-libéralisme et les inégalités économiques, culpabilisation de majorités coupables d’être majoritaires, paternalisme présomptueux, haine de soi, ingénierie sociale et constructivisme désinhibé, congés religieux à la carte, soins de santé sur mesure, juridisation et droit-de-l’homminisation du politique, étatisation du social, divinisation de victimes imaginaires, apologie du consensualisme, montage en épingle de cas humains poignants, jonglages sémantiques, rhétorique bien-pensante, novlangue décomplexée, etc.

Et surtout : le rapport Bouchard-Taylor est juste assez épais, flou, scolastique et blablateur pour nous garantir que l’avenir sera assurément bordélique.

Crise des perceptions

Selon Bouchard et Taylor, tout ne serait qu’une simple " crise des perceptions ". " Autrement dit, la vision négative des accommodements qui s’est propagée dans la population reposait souvent sur une perception erronée ou partielle des pratiques ayant cours sur le terrain. " Le grand responsable de cette perception négative ? " L’emballement médiatique " bien évidemment, ainsi que l’incurie et la naïveté d’une populace probablement composée de ces idiots pas vraiment méchants qui, tout en osant avoir des opinions non prescrites, ne sont même pas des intellectuels.

Fabriquer l’homme nouveau

Fait intéressant à noter : même si la crise n’était qu’une " crise des perceptions ", et même si aucune " donnée ne permet d’affirmer que la discrimination serait plus présente au Québec qu’ailleurs ", eh bien ça ne veut pas dire, pour Bouchard et Taylor, qu’il ne faille pas en profiter pour élaborer de beaux projets de société prométhéens. Nos deux sages sautent donc sur l’occasion, et recommandent ingénument que l’État bouleverse progressivement l’ordre social, qu’il instaure l’utopie et qu’il accouche de l’homme nouveau. Eh oui ! Selon Bouchard & Cie, " il importe donc d’agir en profondeur sur les rapports sociaux, sur les rapports de pouvoir, en conformité avec les exigences de ce que nous avons appelé le pluralisme intégral. " Et tout ça est très assumé : le dernier passage est même en gras dans le rapport.

Pluralisme intégral ? Comme c’est mignon ! L’" individu minoritaire discriminé " remplace ainsi le " prolétariat structurellement floué ", et le " pluralisme intégral " se dévoile soudainement comme une nouvelle promesse de lendemains qui chantent, comme une nouvelle utopie qui, bien évidemment, requerra pour sa réalisation le financement d’une immense avant-garde éclairée destinée à prêcher la bonne parole et à décréter les bons règlements depuis des niches institutionnelles, communautaires et académiques aussi grasses que blindées. Et évidemment, Bouchard et Taylor soutiennent textuellement qu’on ne sait pas vraiment en quoi consiste l’" interculturalisme ", prouvant ainsi que ce n’est qu’un simple prétexte à la tentative de concrétiser à large échelle des fantasmes intellectuels en dernière instance aussi vides qu’éthérés.

En perspective : des lois, des lois et encore des lois, le tout parallèlement à l’étatisation bien-pensante de la totalité du champ sociétal. Selon Bouchard & Taylor, il s’agit entre autres " pour l’État de se soucier de promouvoir des orientations et des politiques équitables, sensibles aux inégalités. Les objectifs de croissance doivent toujours faire place à une sensibilité sociale. L’État dispose aussi de quelques moyens de discipliner les entreprises. " L’éloge bouchardo-taylorien de cette " sensibilité sociale " va jusqu’à faire un baisemain au syndicalisme québécois, qui rappelons-le, est l’un des plus protégés et des plus omniprésents de la planète. Pourquoi le syndicalisme québécois doit-il être maintenu et encouragé ? Eh bien parce que la notion même de convention collective, en visant " à obtenir les mêmes droits pour tous les membres ", est selon nos deux éminences intrinsèquement antiraciste, ce qui nous amène au plus profond du tréfonds des choses : moins les individus d’une société sont libres de leurs choix et mouvements, moins il y a de discrimination, car moins s’offre à l’individu la possibilité même de " discriminer ".

Dans le rapport Bouchard-Taylor, le concept d’égalité n’est jamais conceptualisé en tant qu’égalité devant la loi, mais plutôt, à la sauce Québec Solidaire, en tant qu’égalité de fait, en tant qu’égalité de niveau de vie, en tant qu’une égalité matérielle devant être proactivement implantée dans le tissu social à l’aide de l’appareil d’État. Pour nous inspirer, ils vantent même les " pratiques de partage " des autochtones ainsi que le supposé " égalitarisme qui imprègne la tradition des Québécois d’origine canadienne-française. " Et vous l’aurez deviné : Bouchard et Taylor adéquatent benoîtement réussite financière et éducation, évacuant l’évidence transhistorique selon laquelle les différences culturelles ont un impact net sur la prospérité et la réussite matérielle, dixit Weber.

En résultante, dans le merveilleux château de sable de Bouchard et Taylor, si un doctorant algérien en écologie n’obtient pas son 60k avec sécurité d’emploi à vie, c’est qu’il est assurément victime d’une discrimination systémique infernale qui, bien évidemment, se devra d’être réglée à coups de lois, de programmes, de subventions, de crédits d’impôt, de comités plurisectoriels et de discrimination positive multifacette. Cette approche a même déjà un nom : " l’intégration dans l’égalité ". La victime prévisible de tout ce dadaïsme institutionnel : probablement l’homme québécois de souche, ce privilégié qui en plus de battre des records mondiaux côté suicide pourra dorénavant continuer à le faire en sachant que l’échec de sa vie ira enfin dans le sens d’une plus grande harmonie sociale.

La prise en passant : interdire le néo-libéralisme

Ça peut paraître idiot et totalement décontextualisé, mais pourquoi ne pas profiter de la crise des accommodements pour assurer la pérennité du socialisme d’État tout en offrant l’intégralité des pouvoirs décisionnels au judiciaire ? Et effectivement, c’est bien ce que Bouchard et Taylor ont fait à travers cette incroyable recommandation : " Il importerait également que l’État renforce les droits économiques et sociaux déjà garantis par la charte en leur assurant une primauté sur toute législation québécoise au même titre que les droits civils et politiques (articles 1 à 38), ce qui n’est pas le cas présentement. "

Qu’est-ce que tout ça veut donc dire ? Eh bien tout simplement que la Commission Bouchard-Taylor recommande l’abolition radicale de toute la tradition politique libérale occidentale, et ce, telle qu’on la connaît depuis au moins Locke. Ainsi, dans le monde béni où se serait concrétisée cette merveilleuse recommandation, vous auriez " le droit inaliénable " que l’État vous fournisse un emploi, " le droit " que l’État vous soigne, " le droit " que l’État vous loge, etc. En d’autres termes, vous auriez tout simplement " le droit " au socialisme. En conséquence, le fait même de ne pas être un social-démocrate mur-à-mur serait ainsi en contradiction avec la charte, et donc inconstitutionnel. Conclusion pratique ultime de cette recommandation bouchardo-taylorienne : l’existence même d’un gouvernement non social-démocrate deviendrait légalement impossible.

Pourquoi cette proposition au beau milieu d’un rapport sur les accommodements raisonnables ? Tout simplement parce que nos deux professeurs sont des socialistes finis et des étatistes consommés. Ce à quoi ils aspirent du plus profond de leur âme, c’est d’offrir à une nouvelle race d’intellectuels-chercheurs et d’ingénieurs sociaux patentés un rôle sociétal enfin grandiose, et de donner ainsi sens à la vie d’une caste de crétins instruits. Et en effet, les postes ne manqueront pas quand on pense au management culturel intense et autoritaire que requerra la gestion quotidienne du pluralisme radical, sans oublier ce que demandera en matière grise l’actualisation concrète d’une égalité de fait entre les multiples vagues de l’océan toujours grandissant des groupes ethnoculturels analytiquement discernables.

Financer la fabrication du racisme

S’il est une chose qui suinte de toutes les pages de ce merveilleux rapport, eh bien c’est la supposée nécessité, pour l’État, de financer plus que jamais des milliards de groupes communautaires, de regroupements gémissants, d’associations anti-racistes, de groupes de recherche et autres niaiseries. Et croyez-moi, seuls ceux qui ont pu côtoyer ces atrocités de l’intérieur savent de quoi elles sont constituées : hystériques irrationnels, apôtres de la déconstruction de l’Occident, anti-nationalistes psychopathiques, communistes indous égarés, djihadistes mi-instruits, théoriciens du complot, impuissants verbeux, gosses de riches en révolte holistique, étudiants en études postcoloniales et autres monstruosités.

Plus il y aura de gens payés pour percevoir du racisme et de la discrimination, eh bien plus il y aura de racisme et de discrimination. Plus il y aura de gens subventionnés pour démontrer que des minorités sont opprimées par des majorités, eh bien plus il y aura de minorités opprimées. Les associations de gémisseurs et les théoriciens du Bien inventent activement les maux qu’ils dénoncent pour obtenir le remède qu’ils souhaitent. Et étant des crétins sans nom, ils ne savent probablement même pas que ce qu’ils veulent n’est en dernière instance rien d’autre qu’un grand goulag où une rectitude politique et mentale déferlante imprimera sa tendance jusqu’en la dernière parcelle de nos institutions, de notre vie culturelle et de nos propres consciences.

La dictature de l’harmonie

Léo Strauss, un penseur parmi les plus humbles, avait autrefois affirmé que nos sociétés libérales contenaient malheureusement en elles-mêmes le germe de leur propre destruction. Absorbées progressivement par leur idéal de tolérance, elles finiraient par ne glorifier qu’une seule et unique vertu, soit l’harmonie et la gentillesse généralisée, oubliant ainsi les vertus plus profondes qui seules savent pourtant fonder et rehausser l’âme d’un individu comme d’un peuple. L’amour-propre lui-même en viendrait à être considéré comme un vice, tandis que des élites aveuglées ne verraient plus la vertu que dans l’harmonie, la gentillesse, l’ouverture ainsi que dans l’acceptation non critique de tout et n’importe quoi. Avec la paix et l’harmonie sociale comme seules valeurs, comme seul projet de société, comme seul horizon, l’homme idéal des derniers jours ne pourrait logiquement être rien d’autre qu’un agneau bucolique insignifiant, incapable de porter un jugement moral sur quoi que ce soit, incapable d’affirmer quoi que ce soit, incapable d’être quoi que ce soit. Une pure ouverture à l’Autre. Un pur néant.

Le projet politique contenu dans le rapport Bouchard-Taylor incarne la vision d’un Québec ouvert car insignifiant, d’une société harmonieuse car informe et insipide, d’un citoyen ouvert d’esprit car incapable de juger, et surtout d’un avenir collectif qui en dernière instance ne sera l’avenir de rien ni de personne. Et à la base de la vision politique de Bouchard et Taylor, on ne retrouve rien d’autre qu’une mise à jour du bon vieux projet pastoral de la gauche dure : celui d’une élite éclairée qui, guidée par ses fantasmes et mirages, utilise ce monstre froid qu’est l’État pour se fabriquer activement et mécaniquement une population aussi nouvelle que totalement synthétique. Bouchard, Taylor ainsi que leurs clones sont des artistes, l’appareil d’État est leur pinceau et la population québécoise de demain leur belle œuvre d’art. Que dire de plus ? Probablement que ça n’aura jamais eu lieu, l’histoire étant toujours beaucoup plus impétueuse qu’on ne l’avait prévu, du moins tant qu’il y a des impétueux pour la faire.

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Rorate caeli

R. Roráte caeli désuper, et nubes pluant iustum.

R. Cieux, répandez d'en haut votre rosée et que les nuées fassent descendre le juste.

 

1. Ne irascáris, Dómine, ne ultra memíneris iniquitátis:

1. Ne te mets pas en colère, Seigneur, ne garde plus souvenir de l’injustice.

ecce cívitas Sancti tui facta est desérta:

Voici, la cité sainte est devenue déserte,

Sion desérta facta est : Ierúsalem desoláta est:

Sion a été désertée, Jérusalem est en désolation,

domus sanctificatiónis tuae et glóriae tuae, ubi laudáverunt te patres nostri

la maison de ta sanctification et de ta gloire, où nos pères avaient dit tes louanges.

 

2. Peccávimus, et facti sumus tamquam immúndus omnes nos,

2. Nous avons péché et sommes devenus impurs.

et cecídimus quasi fólium univérsi

Nous sommes tombés comme des feuilles mortes

et iniquitátes nostrae quasi ventus abstúlerunt nos :

et nos iniquités nous ont balayés comme le vent.

abscondísti fáciem tuam a nobis, et allilísti nos in manu iniquitátis nostrae.

Tu as détourné de nous ta face, et nous as brisés sous le poids de nos fautes.

 

3. Vide Dómine, afflictiónem pópuli tui

3. Vois, Seigneur, l’affliction de ton peuple,

et mitte quem missúrus es :

et envoie celui que tu dois envoyer :

emítte agnum dominatórem terrae, de petra desérti, ad montem fíliae Sion :

envoie l’Agneau, le maître de la terre, de Pétra dans le désert jusqu’à la montagne de ta fille Sion,

ut áuferat ipse jugum captivitátis nostrae

afin qu’il ôte le joug de notre captivité.

 

4. Consolámini, consolámini, pópulevmeus, cito véniet salus tua.

4. Consolez-vous, consolez-vous, mon peuple : vite viendra ton salut,

Quare mærore consúmeris, quare innovávit te dolor ?

Pourquoi es-tu consumé dans l’affliction, pourquoi la douleur se renouvelle-t-elle en toi ?

Salvábo te, noli timore; Ego enim sum Dóminus Deus tuus,

Je te sauverai, n’aie pas peur, moi, je suis le Seigneur Dieu,

Sanctus Israël Redémptor tuus.

Le Saint d’Israël, ton Rédempteur.

 

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