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24/09/2010

Frizou

 http://www.frizou.org/divers/10/18-qui-est-personnage/index.html

 


19/09/2010

Chat de Schrödinger

 

chatschrodingers.jpgPetit rappel sur la décohérence et la réduction de la fonction d'onde

par Christophe Jacquemin

C'est à Erwin Shrödinger que l'on doit d'avoir popularisé la décohérence et la notion de réduction de la fonction d'onde. Son expérience imaginaire formulée en 1935, dite "paradoxe du chat de Schrödinger", est en effet désormais assez connue du grand public.

L'expérience est la suivante :dans une boîte fermée pourvue d'un hublot se trouve un chat, une fiole de cyanure, un marteau retenu par un fil et un détecteur quantique (un compteur Geiger). On y dépose un élément radioactif (atome d'uranium U) qui, dans un temps donné, a 50% de chance de se désintégrer en émettant un électron, électron qui ira frapper le détecteur; lequel actionnera alors le marteau qui brisera la fiole de poison mortel

Fermons la boîte, déclenchons l'expérience et demandons-nous avant de regarder par le hublot si le chat est vivant ou mort... C'est évident direz-vous : il y a 50% de chance que le chat soit vivant et autant qu'il soit mort...

Mais selon la physique quantique le chat, avant observation, est vivant ET mort à la fois ! Elle affirme que l'atome U est un être quantique auquel est applicable le principe de superposition : les particules atomiques peuvent exister dans plusieurs états superposés et simultanés. Ainsi, l'état vivant ou mort du chat ne dépend que de l'état (émission d'un électron ou non) de l'atome d'uranium. Or on sait que l'électron, étant donné sa nature ondulatoire, peut être localisé tout autour du noyau d'un atome. Il est présent simultanément à plusieurs endroits, et cela AVANT qu'il ne soit observé. De même, un atome radioactif d'uranium peut exister dans deux états superposés (intact et désintégré). Cet état de superposition cesse immédiatement dès qu'il y a observation, et donc interaction, de la particule. On dit alors qu'il y a décohérence lorsqu'un système A et B devient un système A ou B. Ainsi, regarder n'importe quelle particule quantique l'empêche de rester dans son double état (ET) ce qui l'oblige à en choisir un des deux (OU).

Dans l'expérience, l'état superposé de l'atome U devrait donc se transmettre à notre chat macroscopique et le transformer en mort-vivant, le fait d'observer le chat à travers le hublot entraînant la décohérence de son état (mort/vivant) et le choix d'un seul état. Cette explication, difficilement acceptable pour notre monde macroscopique, montre alors les difficultés d'interprétation que soulève le formalisme mathématique quantique (où les états superposés sont faciles à concevoir lorsqu'ils sont définis par des fonctions d'onde car celles-ci s'additionnent sans problème).

Mais alors, le chat ? Est-il mort ou bien vivant ? En d'autres termes, cela s'applique-t-il vraiment aux êtres macroscopiques ? La réponse vient ici de chercheurs français qui ont déterminé que la période d'incertitude est inversement proportionnelle à la complexité d'un objet. Ce qui pour le chat, qui est un objet complexe, revient à une période tellement courte qu'elle est négligeable. Dit d'une autre façon, l'état superposé "vivant ET mort" dans lequel se trouve le chat ressemble à une bulle de savon : une bulle est éphémère et détruite à la moindre interaction. La décohérence des objets macroscopiques est quasi immédiate.

 

01/09/2010

Le Grand Débat (3): Pédophilie et dépressurisation

 

Reflet.gifPour se prémunir d'accusations d'attouchements sexuels sur des mineurs non accompagnés à bord de ses avions, la compagnie Air France a décidé de les faire voyager sans adulte à proximité immédiate, au risque, estiment les syndicats, de mettre en cause la sécurité des enfants.

"La nouvelle réglementation concernant les UM ("unaccompanied minors") stipule qu'il ne doit pas y avoir de passager adulte sur le même bloc siège sauf en cas de cabine complète", a expliqué lundi à l'AFP Jean-Marc Quattrochi, délégué syndical à l'UNAC, l'un des syndicats des hôtesses et stewards.

Cette directive figure dans le nouveau manuel de sécurité et de sauvetage des personnels navigants commerciaux (PNC) édité en février. Elle aurait été édictée à la suite de plaintes sur des vols long-courriers en particulier, vers les Etats-Unis, selon plusieurs sources internes.

"Le nombre de plaintes est confidentiel, Air France n'a évidemment pas envie d'en faire publicité", explique-t-on chez Alter, syndicat de pilotes. "Le service juridique redoute à l'évidence d'être mis en cause pour négligence en ayant laissé un adulte (qui s'avérerait pédophile) à côté d'un UM s'il y avait la possibilité de le mettre ailleurs", ajoute-t-on.

Le texte – interne à Air France – précise toutefois que "la présence d'un passager adulte sur un bloc siège adjacent, en priorité, le siège situé de l'autre côté de l'allée est impérative". Une précaution que les syndicats jugent insuffisante.

"Cela va à l'encontre de la sécurité des vols et des enfants. Comment un passager assis de l'autre côté pourrait-il venir en aide à un enfant assis côté hublot ?", interroge Guillaume Pollard, délégué Alter.

Il souligne que cette directive est en particulier en contradiction avec les consignes en cas de dépressurisation présentées par l'équipage au début du vol : l'adulte doit s'équiper du masque à oxygène avant de mettre celui de l'enfant assis à côté de lui.

"En cas de dépressurisation d'urgence, l'adulte devra rester assis et attaché et je ne vois pas comment il pourrait mettre le masque de l'enfant assis de l'autre côté", commente M. Pollard. Cette directive est en outre incompatible avec la procédure de préparation de la cabine en cas d'évacuation d'urgence qui préconise de mettre les enfants entre deux adultes, relève le même syndicat.

"Pour le service juridique d'Air France, les probabilités d'attouchements sexuels sont plus élevées que celles de dépressurisation d'urgence", soulignent plusieurs PNC, souhaitant garder l'anonymat.

Estimant que la vie des enfants peut être mise en danger, certains pilotes ont décidé de ne pas appliquer cette directive.

"Depuis la mise en place de cette procédure, aucun incident de sécurité n'a été observé", a indiqué Air France dans un communiqué, précisant que la procédure datait de mi-juillet 2009. "La DGAC (direction générale de l'aviation civile) a validé ces procédures qui participent d'une politique générale par rapport à ces problèmes d'attouchements", a indiqué de son côté un porte-parole de la DGAC tout en reconnaissant les limites de cette directive.

Il faut dire que la prise en charge de ces enfants, âgés de 4 à 12 ans, est un véritable casse-tête. Surtout quand ils sont en grand nombre sur le même vol, puisque Air France ne fixe pas de limite au nombre de ses jeunes passagers.

"La procédure chez Corsairfly est à ce jour d'assoir un passager de sexe féminin à côté de l'UM", a précisé une porte-parole, car statistiquement, la pédophilie est plus le fait d'hommes. Une statistique dont British Airways a fait les frais. Cet été, elle a été condamnée pour discrimination après avoir appliqué strictement cette même consigne : un homme avait déposé plainte après que l'hôtesse lui eut demandé de se déplacer pour ne pas le laisser à côté d'un enfant non accompagné.

 

31/08/2010

Superclass: The Global Power Elite and the World They Are Making

Superclass.jpgDavid Rothkopf, Superclass: The Global Power Elite and the World They Are Making, Farrar Straus Giroux, 2009.

 

Each of them is one in a million. They number six thousand on a planet of six billion. They run our governments, our largest corporations, the powerhouses of international finance, the media, world religions, and, from the shadows, the world’s most dangerous criminal and terrorist organizations. They are the global superclass, and they are shaping the history of our time.

 Today’s superclass has achieved unprecedented levels of wealth and power. They have globalized more rapidly than any other group. But do they have more in common with one another than with their own countrymen, as nationalist critics have argued? They control globalization more than anyone else. But has their influence fed the growing economic and social inequity that divides the world? What happens behind closeddoor meetings in Davos or aboard corporate jets at 41,000 feet? Conspiracy or collaboration? Deal-making or idle self-indulgence? What does the rise of Asia and Latin America mean for the conventional wisdom that shapes our destinies? Who sets the rules for a group that operates beyond national laws?

Drawn from scores of exclusive interviews and extensive original reporting, Superclass answers all of these questions and more. It draws back the curtain on a privileged society that most of us know little about, even though it profoundly affects our everyday lives. It is the first in-depth examination of the connections between the global communities of leaders who are at the helm of every major enterprise on the planet and control its greatest wealth. And it is an unprecedented examination of the trends within the superclass, which are likely to alter our politics, our institutions, and the shape of the world in which we live.

 


Reviewed by Anne-Marie Slaughter

Go to www.theyrule.net. A white page appears with a deliberately shadowy image of a boardroom table and chairs. Sentences materialize: "They sit on the boards of the largest companies in America." "Many sit on government committees." "They make decisions that affect our lives." Finally, "They rule." The site allows visitors to trace the connections between individuals who serve on the boards of top corporations, universities, think thanks, foundations and other elite institutions. Created by the presumably pseudonymous Josh On, "They Rule" can be dismissed as classic conspiracy theory. Or it can be viewed, along with David Rothkopf's Superclass, as a map of how the world really works.

In Superclass, Rothkopf, a former managing director of Kissinger Associates and an international trade official in the Clinton Administration, has identified roughly 6,000 individuals who have "the ability to regularly influence the lives of millions of people in multiple countries worldwide." They are the "superclass" of the 21st century, spreading across borders in an ever thickening web, with a growing allegiance, Rothkopf argues, to each other rather than to any particular nation.

Rothkopf's archetypal member of the superclass is Blackstone Group executive Stephen Schwarzman, who is not only fabulously wealthy, but also chairman of the Kennedy Center, a board member of the New York Public Library, the New York City Ballet, the Film Society of Lincoln Center and the New York City Partnership. These boards, along with the over 100 businesses Blackstone has invested in, the other business councils and advisory boards he sits on, and his Yale and Harvard education, mean that Schwarzman is only one or two affiliations away from any center of power in the world. Rothkopf actually traces the "daisy chain" of Schwarzman's connections through his board memberships -- linking him to Ratan Tata, one of India's richest men, former Mexican president Ernesto Zedillo and many others. It is these links that create access that translates to influence and determines how the levers of power are pulled.

Fame alone doesn't get you into the global power elite: Tom Cruise and Katie Holmes are out while Angelina Jolie and Bono are in. High office is generally enough for politicians and even their spouses, but membership in the superclass can be fleeting -- Mikhail Gorbachev and Cherie Blair are now out, while Henry Kissinger and Bill Clinton are still in. Rothkopf harps on the Pareto principle of distribution, or the "80/20 rule," whereby 20 percent of the causes of anything are responsible for 80 percent of the consequences. That means 20 percent of the money-makers make 80 percent of the money and 20 percent of the politicians make 80 percent of the important decisions. That 20 percent belongs to the superclass.

On closer inspection, however, Rothkopf has no actual methodology for determining who is in and who is out. Each chapter identifies individuals who are said to count in a field, conclusions backed up by trendspotting and anecdotes about Rothkopf's encounters at Davos and New York dinner parties that make the reader feel vaguely voyeuristic. When Rothkopf ventures away from his core expertise in politics and finance, and into such subjects as asymmetrical warfare, mega-churches and freemasonry, the pastiche-like quality of his research becomes evident.

Still, Superclass is often thought-provoking. For one thing, it is as much about who is not part of the superclass as who is. As I read Rothkopf's chronicles of elite gatherings -- Davos, Bilderberg, the Bohemian Grove (all male), Fathers and Sons (all male) -- I was repeatedly struck by the near absence of women. Fortune magazine's annual Most Powerful Women Summit, the only elite gathering I know of that is restricted to women, didn't even rate a mention. And indeed, when Rothkopf summarizes "how to become a member of the superclass," his first rule is "be born a man." Only 6 percent of the superclass is female.

Superclass is written in part as a consciousness-raising exercise for members of the superclass themselves. Rothkopf worries that "the world they are making" is deeply unequal and ultimately unstable. He hopes that the current global elite will use their power to do more than egg each other on to high-profile philanthropy. Elites in radically unequal countries such as Chile, for instance, might decide to open their cozy circles of power to allow the emergence of a genuine middle class. New York bankers might realize that they can no longer peddle loans to developing countries in good times but then pressure the U.S. Treasury and the International Monetary Fund to bail out those same governments when they suddenly default on their debts (ensuring, of course, that the bankers get paid). The agribusinesses that reap billions from domestic subsidies in developed countries might consider the longer-term value of trade rather than aid for countries at the bottom of the global food chain.

Perhaps. But it's likely to take more than exhortation. In the words of former Navy Secretary John Lehman, "Power corrupts. Absolute power is kind of neat." Why would the superclass want to give it up?

 

Halali sur le consommateur

tall-hamburger.jpg

 

 

 

"Dans nos restaurants, il n'existe pas de phénomène de rejet ; les non-consommateurs de halal ne considèrent pas qu'il s'agit d'une discrimination mais, par exemple, de la possibilité de partager un repas avec des amis musulmans".

Le hamburger halal est une bonne affaire. Dans les zones ciblées où il s'est substitué à l'offre classique, il permet de doubler les ventes des établissements de restauration rapide. Fort de ce constat, Quick va étendre et pérenniser sa très controversée expérimentation lancée entre novembre 2009 et mai 2010 dans huit établissements. A partir du 1er septembre s'en ajouteront quatorze autres, ont annoncé, mardi 31 août, les dirigeants de la chaîne de restauration rapide, détenue par le fonds d'investissement Qualium, filiale de la Caisse des dépôts.

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30/08/2010

Brigitte, le grand débahalage


brigittebardot200702092.jpg 

 

80 % des abattoirs français ne pratiquent plus l’étourdissement avant la saignée parce que ça va plus vite et qu’on peut en vendre partout pour les musulmans. Les musulmans n’ont pas besoin de choisir un restaurant halal, dans n’importe quel restaurant ils savent que la viande qu’on va leur donner sera de la viande halal.” “Le ramadan, je ’assieds dessus !”

Keynes Vs. Hayek : le grand débat continue

 

keaton.jpgLes débats faisant rage actuellement à propos des politiques susceptibles de sortir l'économie américaine de la Grande Récession sont une répétition des débats ayant eu lieu durant la Grande Dépression. Grâce aux efforts de Richard Ebeling, Professeur d'économie à l'Université Northwood, nous en avons une preuve documentaire concise et incontestable. Il a redécouvert des lettres parvenues au Times of London des protagonistes de l’époque qui reflètent en fait les débats d'aujourd'hui.

Le 17 octobre 1932, le Times publiait une longue lettre de John Maynard Keynes et de cinq autres économistes universitaires. Le camp de Keynes, et coll. (Keynes pour faire court), y plaidait pour l’accroissement des dépenses — de toute nature, privée ou publique, consommation ou investissement. « L'économie privée » était le coupable qui entravait le retour à la prospérité. Si une personne décide d’épargner, rien ne garantit que les fonds « trouveront leur chemin vers l'investissement dans de nouveaux projets par des entreprises publiques ou privées ». Ils citent « le manque de confiance » comme étant la raison de la non-transformation de l'épargne en investissement. Par conséquence, « l'intérêt général dans les conditions actuelles ne va pas dans le même sens que celui de l'économie privée ; dépenser moins d'argent que ce que l’on souhaiterait n'est pas patriotique ». Ils concluent en soutenant les dépenses publiques pour compenser la fâcheuse épargne privée.

Les opinions exprimées dans cette lettre allaient devenir l’essence de l’économie keynésienne : les dépressions sont causées par un manque de dépenses qui peuvent être compensé par les dépenses publiques. Le keynésianisme (qui est antérieur à Keynes) est aujourd’hui facilement identifiable dans les discours prononcés par le président Obama et son équipe économique.

Deux jours plus tard, le 19 octobre 1932, quatre professeurs de l'Université de Londres répondaient à la lettre de Keynes, et l'un des signataires était Friedrich A. Hayek qui, 50 ans plus tard, allait gagner le prix Nobel d'économie. Le camp Hayek, et coll. (Hayek pour faire court), identifiait trois sujets de discorde. En premier lieu, ils rejetaient avec justesse l’argument de Keynes sur la futilité de l'épargne comme étant en réalité un argument sur ce qui est généralement appelé les dangers de la thésaurisation ; à savoir les conséquences potentiellement néfastes d'une augmentation de la demande de monnaie au niveau de l’ensemble de l'économie qui n'est pas satisfaite par une augmentation correspondante de l'offre de monnaie. « Il est admis que thésauriser, en espèces ou en encaisses oisives, a des effets déflationnistes. Personne ne pense que la déflation est désirable en soi ».

Deuxièmement, les professeurs de Londres contestaient l’idée que la forme des dépenses importait peu, que ce soit la consommation ou l'investissement. Ils considéraient le « renouveau de l'investissement comme particulièrement souhaitable », comme le font les partisans de l'économie de l’offre d'aujourd'hui. Ils distinguent la thésaurisation de la monnaie de l'épargne investie en valeurs mobilières, et réaffirment l'importance des marchés des valeurs mobilières dans la transformation de l'épargne en investissement.

Leur troisième et plus grand désaccord avec Keynes concernait les effets bénéfiques des dépenses publiques financées par des déficits. Ils s’y opposaient. « L'existence de la dette publique à une grande échelle impose des frictions et des obstacles au réajustement, beaucoup plus importants que les frictions et les obstacles imposés par l'existence de la dette privée ». Ce n'était pas le moment pour de « nouvelles piscines municipales, etc. » (exemple de Keynes). Dans notre contexte contemporain, pas de plan de relance.

Enfin, et surtout, ils ont montré la voie à suivre pour aller de l’avant. Les gouvernements du monde entier, suivant les États-Unis avec la destructrice Loi Smoot-Hawley de 1930, s'étaient tournés vers le protectionnisme et les restrictions sur les flux de capitaux. Hayek a fait valoir qu'il était temps « d'abolir les restrictions sur le commerce et la libre circulation des capitaux » : le remède à la Grande Dépression était un système international d'échange mondial revigoré. L'économie mondiale n'a pas cédé au protectionnisme cette fois-ci, mais les efforts pour développer le commerce mondial ont faibli. Comme l’a rappelé récemment Allan Meltzer, Professeur d'économie à l'Université Carnegie Mellon, dans le Wall Street Journal, seule l'expansion du commerce nous permet de rembourser la dette publique qui pèse sur l'économie.

La redécouverte par le Prof. Ebeling de ces lettres a déclenché un torrent de commentaires sur les blogs. Comme l’a dit Mario Rizzo, économiste à l’Université de New York, « le grand débat est encore Keynes contre Hayek. Tout le reste n'est que notes de bas de page ». Les économistes ont habillé le débat avec toujours davantage de complexité mathématique, mais les problèmes sous-jacents restent les mêmes.

Keynes avait-il raison de soutenir que l’épargne devienne des encaisses oisives et déprime l'activité économique ? Ou était-ce le point de vue de Hayek, d'abord énoncé par Adam Smith dans la Richesse des nations en 1776, qui était correct ? (Smith : « Ce qui est annuellement épargné est aussi régulièrement consommé que ce qui est annuellement dépensé, et il l’est aussi presque dans le même temps. »)

Les dépenses sont-elles toutes également productives, ou les politiques publiques devraient-elles viser la stimulation de l'investissement privé ? Dans ce dernier cas, M. Obama est en train de suivre les traces de Roosevelt et d’empêcher la reprise, en diabolisant les entreprises et en créant un environnement d’incertitude par le biais de nouvelles réglementations et de programmes coûteux. En faisant cela, il ne suit ni Hayek, ni Keynes, puisque la création d'incertitudes est considéré comme destructive par les deux. Enfin, la création d’une nouvelle dette publique dans une économie affaiblie est-elle la voie vers la reprise ? Ou sont-ce « les économies » (« l’austérité » dans le débat d'aujourd'hui) et l’épargne qui mènera vers la prospérité aujourd’hui, comme cela a été généralement envisagé auparavant ?

De notre correspondant,

Gerald O’Driscoll,

ancien vice-président de la Federal Reserve Bank de Dallas, est analyste au Cato Institute à Washington DC,

le 12 juillet 2010.

 

24/08/2010

La défécation des obèses: un problème méconnu et négligé en santé publique

 

erotoscope_de_tomi_edited.jpgPar Georges Yang

Tous ceux et celles qui sont de poids normal ne peuvent imaginer les difficultés qu’éprouvent les personnes très corpulentes pour aller aux toilettes. Contraintes mécaniques certes du fait de la surcharge pondérale et des difficultés de mouvements, mais aussi risque accru de contamination par des bactéries présentes dans les matières fécales, plus particulièrement au niveau urinaire pour les femmes. Et comme de nombreux obèses sont aussi souvent diabétiques, donc plus sensibles aux infections, on ne peut que craindre des pathologies spécifiques de la défécation pour ces individus.

Notre Ministre de la Santé, si prolixe sur une grippe qui n’eut d’autres conséquences fâcheuses que financières sur la nation ne s’est en revanche pas exprimée sur ce problème de santé publique qui touche potentiellement plus d’un million de grands obèses et pourrait atteindre les 5 millions de personnes si l’on tient compte de tous ceux qui ont une forte corpulence et peuvent un jour être concernés.

Commençons par une analyse de la structure et de la taille des lieux d’aisance.

En France et dans les pays occidentaux du moins, la majorité des toilettes est composée d’un siège assez bas de taille standard totalement inadapté à la surface et à la masse du postérieur des obèses. Les toilettes dites « à la turque » sont plus compatibles avec la surcharge pondérale à condition d’être placées dans un endroit pas trop large mais suffisamment étroit pour pouvoir placer le long de chaque mur une barre oblique suffisamment résistante pour faciliter le redressement après l’acte par une action conjointe demandant une contraction synergique des quadriceps et des muscles suraux.

Ensuite, le plus important consiste en la manière de s’essuyer. La mode orientale consistant à utiliser un petit jet d’eau dirigé vers les parties intimes serait cependant idéale pour les personnes trop grosses. Hélas, cette pratique n’est pas entrée dans les mœurs de nos compatriotes non musulmans. L’immense majorité utilise des toilettes standard, les cuvettes adaptées coutant « la peau du cul ».

Et là pour introduire la main et le papier, c’est tout un problème. D’où la tentation de passer par devant, c’est-à-dire l’entrecuisse. Si cela n’est que peu préjudiciable pour l’individu de sexe masculin, (risque légèrement accru de contamination du méat urinaire par un papier ou une main souillée de selles), cela peut s’avérer tragique pour une femme obèse. D’autant que l’obésité est souvent associée, outre le diabète qui favorise les infections, à des problèmes articulaires au niveau des hanches et des genoux, diminuant la mobilité de la malade. Et puis, si la situation n’est pas dramatique en cas de matières solides et relativement sèches, l’affaire se complique des que les selles deviennent franchement liquides.

On retrouve tout juste sur des catalogues spécialisés dans le handicap, des planches écarte-fesses et autres gadgets et des cuvettes adaptées. Certains adipeux pensent résoudre le problème en s’asseyant tête-bêche, au risque de souiller l’extérieur de la cuvette s’ils visent mal. Bref, l’obèse n’est pas vraiment aidé dans sa défécation.

Le mouvement, arrière-avant, pour s’essuyer peut entrainer une contamination vaginale par des bactéries contenues dans les matières fécales, essentiellement des Coli ou entérocoques. Et, une fois en contact avec la vulve, ces germes dont le tropisme est grand pour les voies urinaires, peuvent remonter de façon rétrograde et entrainer des infections dont certaines se montreront résistantes à la longue aux traitements antibiotiques et antiseptiques urinaires, sans oublier les contaminations génitales, voire rénales par voie ascendante. Et puis, quand on s’essuie mal, tant pour un homme que pour une femme, les résidus de matière fécale entre les globes fessiers peuvent faciliter à la longue l’apparition de macérations, de fissures, d’intertrigos et de mycoses dont le candida albicans, très fréquent chez les diabétiques.

Au milieu des années 70, un auteur, David Werner, d’ailleurs aussi excellent dessinateur avait déjà soulevé le problème dans un livre destiné plus particulièrement aux populations du Tiers-Monde, initialement aux Guatémaltèques. L’ouvrage « Where there is no Doctor », traduit désormais en plusieurs langues est devenu un best-seller de la littérature médicale outremer. Des dessins explicites montrent comment une femme accroupie doit utiliser des reliquats d’épis de maïs (nourriture de base en Amérique Centrale) pour s’essuyer toujours dans un mouvement d’avant vers l’arrière, c’est-à-dire de la vulve vers l’anus et non l’inverse. Ce qui reconnaissons-le, autorise un autre regard sur les civilisations amérindiennes.

On peut extrapoler le mouvement avec du papier-toilettes, bien que la position assisse sur une cuvette ne le facilite pas. Il faut noter que la littérature médicale ne s’étend par outre mesure sur le thème. Quel est l’étudiant en médecine, capable de proposer ce sujet pour une thèse à un mandarin d’université ?

Guy Carlier en parle et pour cause, avec autodérision dans son livre « du cœur au ventre », mais il n’est pas médecin, seulement simple usager des lieux. Son interrogation sur la longueur du bras, reprend avec ironie le questionnement que beaucoup se posent.

Il est cependant très facile pour un généraliste exerçant en France d’expliquer « le geste qui sauve », ou qui du moins protège, à une patiente obèse. Or, très peu de praticiens le font. Il existe d’une part ceux qui sont surchargés par la paperasse, les contraintes administratives, les arrêts de maladie et autres certificats devenus une véritable plaie du métier. Mais il existe aussi hélas, une catégorie de professionnels de la santé qui pratique l’abattage, quasiment montre en main et qui ne prend pas le temps d’expliquer l’essentiel en peu de mots. La BMW et la construction d’une piscine décente demandent de ne pas passer plus d’un quart d’heure par patient et ce n’est pas les 22, voire 23 euros par consultation qui peuvent inciter au colloque singulier prolongé.

Mais, penserez-vous, les spécialistes se permettent des tarifs plus élevés et souvent le droit au dépassement du plafond de la Sécurité Sociale. Alors que ne le font-ils pas ? Et là, les patients ont une grande part de responsabilité, qui voient l’endocrinologue, le diabétologue, l’urologue, comme des omniscients qui se doivent de demander des dosages hormonaux, des courbes de poids et des analyses d’urine avec si possible culture et antibiogramme avant de vous laisser ouvrir une seconde fois le bec. Le spécialiste auréolé de sa superbe et de son diplôme en quatre ans après le cursus ordinaire, se la rejoue souvent médecin de Molière et veut impressionner le client. Or, on ne peut captiver un patient avec des histoires de pipi caca et de papier-toilette. Il faut utiliser du vocabulaire choisi et des examens couteux effectués au laboratoire.

Les histoires de torche-cul, c’est tout juste bon pour les admirateurs de Rabelais et consort. « Défécation sans conscience n’est que ruine de l’anus », pourrait-on cependant déclarer.

Il est de la médecine, comme de tous les autres métiers en contact avec le public. En dehors d’indispensables connaissances techniques qui sont un pré requis à l’exercice de la profession, il faut du bon sens et le désir de communiquer avec l’autre. Certains ont hélas perdu ce sens du contact direct avec le patient.

La morale de cet article peut finalement se résumer en une seule phrase :

« Obèses de tous les pays, prenez soins de vos fesses », sinon il vous en cuira !

 

19/08/2010

Sombre héros

sisyphe.jpg 

 

 

 

La Banque Mondiale finance un projet au Pérou qui consiste à repeindre une partie du Chalon Sombrero, une montagne de près de 4 750m située près de la ville de Licapa. L’équipe d’Eduardo Gold a déjà repeint quelques deux hectares d’une peinture non polluante faite de blanc d’œuf industriel, d’eau et de chaux. L’objectif affiché est de repeindre le sommet en entier, soit 70 hectares, de rafraichir l’atmosphère et à terme de permettre au glacier de s’étendre. Ces 30 dernières années, le glacier a perdu 22% de sa surface.

13/06/2010

“Les immigrés rendent l’Allemagne plus bête”

Le membre du comité de direction de la Bundesbank Thilo Sarrazin a déclaré que les immigrés de Turquie, du Proche-Orient et d’Afrique rendent l’Allemagne “plus bête”, rapporte Deutsche-Presse-Agentur.

Les immigrés de ces pays sont moins éduqués que les autres et ont plus d’enfants, a déclaré Sarrazin lors d’un événement hier, selon la dépêche. Du fait de ces immigrés, l’Allemagne devient “plus stupide en moyenne”, cite DPA. “Il y a une différence dans la reproduction des groupes de population d’intelligence différente”, selon ses propos.

Suzanne Kreutzer, une porte-parole de la Bundesbank basée à Francfort, a déclaré que les commentaires “étaient une opinion personnelle de M. Sarrazin” et a refusé tout autre commentaire.

Sarrazin, qui a rejoint la Bundesbank en mai 2009 après sept ans à Berlin comme ministre des Finances, a été contraint de démissionner en octobre après qu’il a décrit les enfants musulmans comme de “sous classe”.

“Je n’ai pas à accepter quelqu’un qui vit aux crochets d’un Etat qu’il rejette, n’assume pas l’éducation de ses enfants, et continue à produire plus de petites filles en foulard”, déclara Sarrazin au journal “Lettre Internationale” lors d’un interview. “C’est valable pour 70% des Turcs et 90% de la population arabe de Berlin.”

Il avait ensuite présenté ses excuses pour ses propos, dont le président de la Bundesbank, Axel Weber, avait déclaré qu’ils entachaient la réputation de la Banque centrale.

19/05/2010

Gaston Berger : philosophe et homme d’action

par Geneviève de Pesloüan

Etude d’auteur in Livres & Lectures n° 153 – mars 1961



Le 13 novembre 1960, Gaston Berger a trouvé la mort dans un accident de voiture sur l’autoroute du Sud, à quelque 20 kilomètres de Paris. Aussitôt, l’Institut de France, le ministère de l’Education nationale, l’Unesco, l’Encyclopédie française, l’Institut international de philosophie, une dizaine de sociétés savantes en France et à l’étranger, prenaient le deuil. Qui était donc Gaston Berger, dont la disparition frappait tant d’amis, de collaborateurs, de disciples ?

Un self-made man
Gaston Berger était, dans la meilleure acception du mot, un self-made man. Il était entré tardivement dans l’université. Né le 1er octobre 1896 à Saint-Louis du Sénégal, il avait dû interrompre ses études secondaires pour raisons familiales. Il les reprit plus tard avec courage ; il les termina brillamment, alors qu’il avait déjà acquis une situation. Industriel de profession, il ne prit un poste universitaire à la Faculté des Lettres d’Aix-Marseille qu’en 1941, après avoir soutenu deux thèses de doctorat, l’une sur la connaissance, l’autre sur la phénoménologie de Husserl. Mais par goût, par vocation, G. Berger cultivait la philosophie depuis 1922. Licencié ès lettres, diplômé d’études supérieures, il songea en 1925 à préparer le concours d’agrégation, puis en 1935 à entreprendre des études de médecine. Sa tâche professionnelle ajourna la réalisation de ces projets. Cependant, son amour des idées, sa ferveur pour l’enseignement, étaient tels qu’il s’est plu pendant des années à donner des cours de philosophie dans des institutions libres.

En 1925, il fonda la Société d’études philosophiques dont le siège resta longtemps à son domicile marseillais et dont l’organe d’expression était la revue Etudes philosophiques, qui depuis a pris un bel essor. En 1938, il organisa le premier congrès des Sociétés de philosophie de langue française.

De 1941 à 1944, G. Berger prit une part active à la Résistance. A la Libération, il fut nommé directeur régional des services d’information de la Région du Sud-Est. A cette époque il trouvait le moyen d’assurer une triple besogne : son enseignement de Faculté, qui était très apprécié, la marche de son usine, la direction de la Radiodiffusion et de la presse régionales. Un tel effort supposait une puissance de travail exceptionnelle. Les plus étonnant est que G. Berger y apportait, avec un soin méthodique, cette aisance, cette égalité d’humeur, cette efficacité souriante, qui suscitent tous les dévouements.

En 1948, il fut Visiting Professor à l’Université de Buffalo, aux Etats-Unis. De 1949 à 1952, il devint secrétaire général de la Commission franco-américaine d’échanges universitaires. En 1952, il rêva un instant d’entrer au Collège de France et d’employer tout son temps à des recherches intellectuelles. Il se retrouva la même année directeur général adjoint de l’Enseignement supérieur. L’année suivante il était nommé directeur général. Il le resta jusqu’en octobre 1960 : il se démit volontairement de sa charge pour retrouver des possibilités de travail personnel. Une chaire de prospective avait été créée pour lui à la section des sciences sociales de l’Ecole pratique des Hautes Etudes.

Ses hautes fonctions au Ministère de la rue de Grenelle, sa réputation, sa courtoisie, son dévouement, lui avaient valu de nombreuses distinctions. Membre de l’Académie des Sciences morales et politiques, il était président de la Société française de philosophie, du Centre universitaire international, du Centre international de prospective, directeur de la Revue de l’enseignement supérieur, des Etudes philosophiques, de plusieurs collections. Commandeur de la Légion d’honneur, il était docteur honoris causa de plusieurs universités étrangères. De 1957 à 1960, il avait présidé l’Institut international de philosophie, où son prestige, son don des langues et son don des contacts ont laissé le plus durable souvenir.

Le philosophe
Sa carrière d’administrateur a sans doute ralenti sa production philosophique. Elle ne l’a pas tarie. Outre ses thèses, il a publié un Traité pratique d’analyse du caractère (où se reconnaît l’influence de son maître René Le Senne), un Questionnaire caractérologique (d’utilisation commode pour tous les éducateurs), un petit livre sur Caractère et personnalité, une soixantaine d’articles, de communications, de notices. A la veille de sa mort, il travaillait à deux ouvrages qu’il avait depuis longtemps sur le chantier : une Phénoménologie du temps, une Psychologie des peintres. En outre, il préparait le lancement d’une Encyclopédie mondiale, qui aurait eu des éditions dans les différentes langues de culture.

Cette diversité de tâches, de talents, donne une idée de l’extraordinaire personnalité de G. Berger. Mais seuls ceux qui l’ont connu peuvent dire à quel point cette personnalité était attachante. Je voudrais rappeler brièvement certaines de ses idées et décrire son style particulier, sa manière.

Philosophe, G. Berger s’est attaché à méditer un seul mystère : celui de la clarté. Si l’angoisse des profonds est parfois supérieure, disait-il, à la trahison des clairs, la joie la plus pure est de comprendre et la question qui mérite le plus de fixer l’attention est : « Qu’est-ce que comprendre ? » Aussi bien s’est-il efforcé de fonder une nouvelle discipline philosophique, la théorétique, science de la compréhension, science des démarches du connaître. Il avait deux maîtres pour cela : un maître allemand, Edmund Husserl, qui fut surtout un logicien de la perception ; un maître français, Descartes, qu’il cite abondamment et pour qui il éprouvait une véritable ferveur. S’il pense souvent comme Husserl, il s’exprime à la manière cartésienne. Il n’accueille que des idées claires et distinctes. Et il a la chance, ou le mérite, de les traduire dans des formules simples, parfois chaleureuses, toujours nettes. Constamment, il donne une leçon de précision, d’ordre, d’élégance, qui font de lui un maître à écrire autant qu’un maître à penser.

Sa recherche philosophique est restée centrée sur les grandes réalités de la conscience. Ses thèmes préférés sont la valeur de la connaissance, la présence de l’être, l’appel de l’art et de la poésie, la situation du moi, l’engagement, le dialogue, l’amour, le temps, le courage. Mais la phénoménologie ne l’a pas détourné de la métaphysique. Il et demeuré fidèle à la mémoire de Maurice Blondel, dont il fut l’un des familiers, ainsi qu’à l’enseignement de Jacques Paliard, dont il fut l’élève et l’ami. Ses convictions spiritualistes, son goût pour les études mystiques où il retrouvait une clarté supérieure, car à ses yeux le mysticisme n’était pas une expérience sans structure, sa fidélité au théisme chrétien où il voyait une exigence permanente de conversion, il les doit sans conteste à ce qu’il appelait l’Ecole d’Aix.

Praticien et théoricien
Comme caractérologue, G. Berger a été tour à tour praticien et théoricien. Il a participé à la création d’un Institut de biométrie humaine et d’orientation professionnelle à Marseille, où il forma des équipes de chercheurs. En même temps, il prolongeait les études de Le Senne sur la caractérologie d’Heymans. A la classification de celui-ci, il a ajouté des « Facteurs complémentaires de caractère » dont il a vérifié l’intérêt à l’aide de la description monographique et de la méthode statistique. Egalement, il a souligné, parmi les éléments psychologiques de la personnalité, l’importance des facteurs sociaux qui nous constituent un « personnage ». Et il a étudié comment ces déterminismes psychologiques, sociaux, encadrent notre liberté, composent avec elle, lui servent de soutien, d’aliment, ou lui font obstacle. Sa préoccupation constante, même en caractérologie, fut toujours de rechercher à quelles conditions un homme peut atteindre à l’ « épanouissement des valeurs ». Chez lui, le moraliste n’est jamais loin du psychologue. Une théorie des vertus accompagne une théorie des fonctions.

Comme « prospecteur », comme fondateur du mouvement « Prospective », G. Berger a conçu une discipline inédite, qui complète la théorétique. Celle-ci était la science du comprendre. La prospective est une systématique de la prévision, non du projet à court ou à moyen terme, mais du projet à long terme. Elle est science du comprendre en avant, du comprendre l’avenir, afin de contribuer à le faire. Pour réaliser cet idéal, des philosophes, des médecins, des industriels, des sociologues, des diplomates, des juristes, des financiers, des physiciens, des mathématiciens, etc., se sont réunis ; ils ont décidé d’associer leurs efforts, de prévoir les besoins de demain, non à partir du passé ou du présent, mais à partir de l’expansion calculée, des transformations attendues, voulues ou à vouloir.

Il s’agit, par exemple, d’anticiper ce que seront dans l’avenir les conditions matérielles, culturelles, de vie, et même les conditions morales ou spirituelles. De la sorte, non seulement l’avenir aura été préparé, mais il aura été appelé et compris. C’est notre unique chance de ne plus voir les sociétés surprises ou les individus victimes de retards, de décalages, d’inadaptations, qu’on pourrait éviter. A certains égards, l’attitude « prospective » peut paraître utopique. En réalité, elle anime des intelligences positives, des spécialistes soucieux de contrôle. Elle réclame un effort d’imagination créatrice, puisqu’il n’est pas question de déduire le futur du passé. Cette imagination se donne des formes sociales qui ne sont pas encore. Mais elle appuie ses calculs sur le calcul, sur la réflexion. Elle part de possibilités vérifiées ; elle n’extrapole les résultats de leur progression de leur transformation que dans des limites jugées raisonnables. Il n’est pas facile de dire ce que sera l’an 2102. Mais déjà l’an 2000 est dans le regard du savant. Si ce savant a l’esprit « prospectif », il n’aura pas seulement conjecturé cette époque. Il aura tout fait pour qu’elle accueille l’homme selon des cadres de vie, de pensée, que dès maintenant il met en place. G. Berger a réuni sur ce terrain une élite de chercheurs. Il sera donné à plusieurs d’entre nous d’observer comment leur projet aura en partie créé la réalité de demain.

Administrateur et humaniste
L’action de G. Berger comme administrateur est largement connue. Il ne sera pas nécessaire d’y insister. Il a renouvelé, assoupli, élargi, les structures de l’enseignement supérieur. Il a fait communiquer entre elles l’Université et l’industrie, l’Université et l’armée, l’Université et la presse, l’Université et la grande administration. Là aussi, il avait l’esprit « prospectif ». il savait que, par la force des choses, sous la pression conjuguée de l’expansion démographique, du renouveau scientifique, des échanges internationaux, l’Université de demain sera très différente de ce qu’elle était hier, de ce qu’elle est aujourd’hui. Il aidait cette mue, il tentait de la comprendre, de la normaliser. Il souhaitait que l’Université restât fidèle à ses traditions tout en s’adaptant. S’il a encouragé le développement des sciences humaines dans les facultés des Lettres, ce n’est ni pour faire pièce à la culture classique ni aux dépens de la philosophie. Son problème était le suivant : comment faire pour que la philosophie passe aux sciences humaines et reste la philosophie ? Il estimait que le rôle de la philosophie est de s’appliquer aux tâches concrètes de l’homme, d’y introduire la réflexion, d’en juger les méthodes et les buts. Il voulait que les techniques fussent dominées, il voulait que les valeurs de l’esprit pussent garder leur primauté dans un monde en perpétuelle refonte.

Si l’on cherche à embrasser d’ensemble la carrière, l’œuvre, la personnalité de G. Berger, on peut dire qu’avant tout il fut un humaniste. Eveilleur d’idées, organisateur, administrateur méthodique, il l’a été. Mais on doit préciser que cet industriel-philosophe fut autre chose qu’un technicien supérieur. A travers les questions d’organisation, d’administration, il voyait l’homme. Il pensait même que la plupart des difficultés qui surgissent dans la marche d’une affaire, dans la conduite d’une institution, sont des problèmes de relations humaines. Il excellait à les résoudre parce qu’il se préoccupait d’abord de saisir la psychologie de ses interlocuteurs, de ses subordonnés ou de ses collaborateurs. Ce qu’on retient le plus de son exemple, c’est cette manière douce et ferme d’accueillir, d’écouter, d’encourager. Quiconque l’approchait se sentait estimé, compris. C’est pourquoi G. Berger ne laisse que des regrets. Il est rare de rencontrer tant de bienveillance jointe à tant de simplicité.


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Principaux ouvrages : Recherches sur les conditions de la connaissance, Paris, 1941, PUF (épuisé). – Le Cogito dans la philosophie de Husserl, Paris, Aubier 1re éd., 1941 ; 2e éd., 1950. – Traité pratique d’analyse du caractère, Paris, 1950, PUF. – Questionnaire caractérologique, Paris, PUF 1re éd., 1950 ; 2e éd., 1951. – Caractère et personnalité, Paris, 1954, PUF.

M. Berger présidait notamment le Comité de l’Encyclopédie française (Larousse) : nombreux articles, principalement dans les tomes XIV, (Civilisation quotidienne), XIX (Philosophie-Religion) et XX, (Le monde en devenir).

16/05/2010

Le tombeau de Tu Duc


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TuDuc.jpgDans un long édit du 9 octobre 1867, le fils du ciel, l’empereur d’Annam, Tu-Duc, troublé par ses échecs face à la colonisation française qui étend sa souveraineté sur les provinces de la Cochinchine, s’adresse en ses termes à ses sujets :

« Au-dessus de moi, je crains les décrets du ciel, et quand je regarde au-dessous de moi, la compassion des peuples m’accable le jour et la nuit ; au fond de mon cœur, je tremble et je rougis à la fois. Incessamment je prends pour moi toutes les inimitiés, afin que le peuple évite la responsabilité, et l’expiation n’est pas encore accomplie, que des fléaux nouveaux sont encore survenus… A tous moments j’y pense et, soit assis, soit couché, je suis plein d’inquiétude.

« J’assiste souvent aux réceptions de cérémonie, mais c’est uniquement pour la forme ; assis seul, je suis accablé de tristesse et je n’ai pas de paroles pour m’exprimer. Ce qui fait que mon sang est appauvri, et que ma figure est devenue pâle et amaigrie. Cette année, je n’ai pas encore quarante ans, ma barbe et mes cheveux blanchissent, je suis presqu’un vieillard et je crains que, par suite de mes chagrins secrets, je n’arrive à ne pouvoir rendre à mes ancêtres mes hommages du matin et du soir…

« Parmi les soucis de l’administration, et au milieu des malheurs qui nous frappent, nous lisons malgré notre incapacité, les livres des sages, mais nous ne savons pas les mettre en pratique…

« La grande affaire des pères de famille d’à présent, c’est de relever le royaume. Les dix mille familles s’unissent dans la même volonté, c’est le vrai moyen d’assurer le succès…

Tous, de leur propre mouvement, doivent se présenter pour essayer de racheter et de réparer nos fautes. Ceux qui auront sûrement un avis sage, un moyen mystérieux, pouvant sauvegarder l’autorité, corriger l’incapacité des hommes devront communiquer leurs idées ; qu’ils viennent les soumettre ; ceux qui mériteront des grades, ceux qu’on pourra placer dans les bureaux, ceux qu’il conviendra de nommer ministres, seront tous appréciés selon leur valeur ; ceux qui seront capables seront employés, ceux qui ne le seront pas, on les rejettera… »

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15/05/2010

La conquête de l'Afrique

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Sous Louis-Philippe, le lieutenant de vaisseau Bouet-Willaumetz avait été envoyé en mission à la demande des commerçants de Bordeaux, désireux d'imiter la maison Régis frères de Marseille, qui importait les bois de teinture, l'ivoire, la poudre d'or et l'huile de palme de la côte du Bénin. Au cours de ses voyages, il avait passé entre 1837 et 1842 huit traités avec les roitelets nègres, Denis, Louis, Pierre et autres, qui signaient d'une croix, acceptant les cadeaux et laissaient les Français construire leurs fortins. Garroway, Assinie, Grand-Bassam naquirent ainsi, et Libreville fut peuplée avec les esclaves d'un négrier arrêté en 1849 par la frégate Pénélope qui croisait le long des côtes pour empêcher la traite.

Les nègres furent en général satisfaits. Le roi Denis, qui avait reçu dix barils de poudre, vingt fusils, deux sacs de tabac, un baril d'eau de vie et dix chapeaux blancs, devint en outre chevalier de la légion d'honneur quand les Chambres eurent ratifié le traité...

La colonisation de l'Algérie

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En avril 1843, le lieutenant-colonel Forey, commandant l'une des sept colonnes qui parcouraient l'Ouarsenis, écrit au général Castellane:

"Renté à Milianah ... j'eus encore le commandement d'une colonne, je dirai plus importante par sa composition et par la nature du pays que j'eus à parcourir... Là, plus de gourbis isolés sur les flancs de montagnes, construits en branchages et réparés aussitôt que détruits, mais des villages semblables à nos bourgs de France.... tous entourés de jardins, de forêts immenses d'oliviers de la taille des platanes de Perpignan: nous étions stupéfaits de tant de beautés naturelles, mais les ordres étaient impératifs et j'ai dû remplir consciencieusement ma mission en ne laissant pas un village debout, pas un arbre, pas un champ. Le mal que ma colonne a fait sur son passage est incalculable. Est-ce un mal? Est-ce un bien? C'est l'avenir qui le décidera. Pour ma part, je, je crois que c'est le seul moyen d'amener la soumission ou l'émigration des ces habitants, bien à plaindre en définitive, puisqu'ils sont entre deux partis, pour l'un desquels ils ne peuvent se décider sans encourir la vengeance de l'autre."

Argus

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Dans la mythologie grecque, Argos ou Argus est un Géant. Argus avait reçu l'épithète de Panoptès (« celui qui voit tout ») car il avait cent yeux, répartis sur toute la tête
Il y en avait en permanence cinquante qui dormaient et cinquante qui veillaient, de sorte qu'il était impossible de tromper sa vigilance.


Héra fit appel à lui pour surveiller Io, la nymphe et maîtresse de Zeus. Ce dernier, furieux de la décision de son épouse, demanda à Hermès de tuer Argus. Il l’endormit alors avec sa flûte enchantée et lui coupa ensuite la tête.

Pour récompenser sa fidélité, Héra sema les yeux d'Argos sur la queue du paon, son oiseau fétiche.

L'expression signifie donc être vigilant, rester lucide

09/05/2010

Russie: le moment de vérité constitutionnelle

Par Alexandre DESRAMEAUX

Le 01/01/2003

En Russie, le souverain n’est pas le peuple et les droits individuels ne dominent pas l’Etat. En tenant compte de la situation politique, la doctrine doit fixer les bornes du pouvoir au-delà du texte constitutionnel.

La doctrine française en droit public néglige étrangement l’actuelle émergence du constitutionnalisme russe. Ce fait, attesté par le peu d’ouvrages et d’articles en la matière, est d’autant plus regrettable que les interférences manifestes entre le droit et la politique dans la Fédération de Russie seraient de nature à alimenter les débats récents de nos constitutionnalistes.

Le constitutionnalisme est le reliquat contemporain des théories modernes du droit naturel mêlées aux conceptions non moins modernes des juspositivistes. Il s’agit d’un mouvement propre à la pensée occidentale dont l’effort paradoxal a consisté à développer le rôle de la volonté humaine dans le processus de formation du droit et à s’émanciper de la croyance en un droit tiré de la nature ou d’essence divine, pour substituer à cette croyance celle qui fait des droits de l’homme le cadre immuable de toute action étatique et duquel aucune volonté populaire ne saurait se libérer.

Ainsi, à supposer qu’on puisse fixer objectivement la liste de ces droits et en assurer la conciliation au stade de leur réalisation, l’Etat serait soumis au droit dont le coeur inébranlable est justement constitué par ces droits. On entend alors par Etat, non la puissance publique souveraine, mais l’ensemble des pouvoirs publics institués par le pouvoir constituant.

Car en tant que pouvoir suprême, il ne peut logiquement être soumis au droit, à moins de perdre son caractère souverain. Aussi, la notion d’Etat de droit, pour ne pas être un pléonasme, doit-elle être comprise de manière restrictive, en tant qu’ensemble de pouvoirs constitués soumis au droit posé par le souverain étatique. Cependant, les peuples d’Occident, en ignorant les apories du constitutionnalisme, abandonnent progressivement, au nom de droits suprêmes et absolus, leur pouvoir suprême et absolu de faire et de casser la loi.

Une texture juridique ouverte au modèle européen

Or le tournant historique que connaît le droit public russe depuis environ 1990 est empreint d’une fraîcheur féconde pour la théorie juridique. Il n’est pas dans la tradition de cet Etat de se soumettre au droit et de faire prévaloir les droits individuels sur les droits collectifs. Il s’oriente pourtant aujourd’hui vers le modèle constitutionnel occidental, non sans difficultés eu égard à la situation politique agitée qui règne dans la Fédération. Etat centralisateur adoptant la forme fédérale, il vit le moment machiavélo-constitutionnaliste, saisissant l’essence politique du droit constitutionnel, en appliquant un droit politique empruntant le discours des droits de l’homme.

La Constitution russe de 1993 paraît révolutionnaire en ce sens qu’elle insiste sur sa force juridique supérieure dans toute la Fédération en même temps que sur son attachement aux valeurs démocratiques. En 1996, le président de la Cour constitutionnelle s’exclamait: «Les normes de la Constitution sont un droit de valeur supérieure incarnant les conquêtes de la pensée juridique nationale et mondiale, cristallisant l’expérience juridique et politique de l’humanité dans ses aspirations démocratiques, particulièrement dans le domaine du droit et des libertés des citoyens»[1].

Si donc un citoyen saisit la Cour pour la défense de l’un de ses droits, comme la Constitution le permet, il pourrait être entendu. Mais rien n’est moins sûr. Car la Constitution définit aussi un corps de valeurs objectives à sauvegarder, et il ne s’agit pas seulement des droits de l’homme: «Lors de son investiture, le président de la Fédération de Russie prononce devant le peuple le serment suivant: “Je jure, dans l’exercice de mes pouvoirs de président de la Fédération de Russie, de respecter et de protéger les droits et les libertés de l’homme et du citoyen, d’observer et de défendre la Constitution de la Fédération de Russie, de défendre la souveraineté et l’indépendance, la sécurité et l’intégrité de l’Etat, de servir fidèlement le peuple”». Le chef de l’Etat est ainsi le maître absolu de l’interprétation authentique du texte constitutionnel. Il est globalement libre d’affirmer que, dans tel ou tel cas, il doit faire prévaloir l’intérêt du peuple sur celui des individus.

La porcelaine constitutionnelle et les mains de Poutine

Le président Poutine exerce intégralement cette fonction. Dans le pacte, juridique et informel à la fois, qui le lie au peuple russe, il dispose d’une marge de manoeuvre impressionnante pour l’observateur occidental. Deux explications sont alors cumulables: ce large pouvoir discrétionnaire du président découle de l’esprit d’un peuple et de son histoire; il résulte aussi de l’irréductible nature politique du droit constitutionnel, dimension politique que même le constitutionnalisme est impuissant à effacer. Mais la première raison est si prégnante en Russie que le constitutionnalisme a intérêt à s’y développer pour restreindre l’usage de la force par les autorités.

Un auteur russe note: «d’un Etat oriental et despotique, la Russie, grâce aux réformes de Pierre le Grand, de Catherine et des deux premiers Alexandre, devient de plus en plus un Etat européen». Mais elle «a adopté la forme seule, et non l’esprit des institutions qu’elle copiait». Aussi n’a-t-elle pas «réussi à extirper de son sol ce qui est resté de ce pouvoir illimité, despotique, qui est commun à toutes les monarchies orientales [...]. Et une bureaucratie dont le pouvoir est centralisé dans une tête unique [...] est la forme actuelle du gouvernement russe»[2].

L’action du président Poutine s’inscrit dans cette optique. Il recherche davantage la soumission des sujets au pouvoir de la Fédération que le renforcement de la démocratie. Il a rendu efficace l’institution des émissaires présidentiels, dont chacun est à la tête de l’une des sept «super-régions» de la Fédération. En même temps, il a dévalorisé le statut des responsables régionaux. En échange, est créé un «Conseil d’Etat de la Fédération de Russie», mais dont le rôle est seulement consultatif, et non décisionnel. La façon dont le président a mis fin à la prise d’otages de Moscou, à l’automne 2002, a montré le peu de cas qu’il faisait de ses concitoyens: après l’intervention des forces russes dans le théâtre, nombre de morts auraient pu être évités si les secours avaient été mieux organisés. Ce ne sont donc pas seulement les sujets collectifs mais aussi les sujets individuels de la Fédération qui constatent la fragilité de leurs droits élémentaires et légitimes.

Ainsi, le président russe a presque carte blanche, et la constitution à laquelle il se soumet trouve aisément son condensé substantiel dans le «Manifeste du 17 octobre 1905» de Nicolas II: «Ayant donné aux autorités concernées ordre de prendre les mesures nécessaires pour éliminer les formes patentes de désordres, de débordements et de violences, et de protéger les personnes paisibles soucieuses de remplir calmement le devoir qui s’impose à chacun, Nous avons jugé- afin de hâter l’application des mesures d’ordre général que Nous avons prévues pour ramener le calme dans l’Etat - qu’il était nécessaire d’unifier l’action du gouvernement»3. Ce manifeste, rédigé pendant la révolution de 1905, pourrait, au fond, tirer sa force juridique de circonstances exceptionnelles menaçant l’autorité de l’Etat.

De même, Poutine semble faire prévaloir les articles de la Constitution de 1993 autorisant l’exercice de la puissance publique en dehors des principes auxquels les constitutionnalistes occidentaux accordent de l’importance - droits fondamentaux et séparation des pouvoirs. On explique généralement cette attitude en mettant en avant la répartition confuse des pouvoirs au sein de la Fédération, l’absence d’autorité étatique, le niveau élevé de la délinquance et la puissance des hommes d’affaires. Dans un tel contexte, il devient difficile d’«encadrer réellement l’action politique par le droit fondé sur la Constitution», selon le professeur Lesage, qui le prouve «dans trois domaines majeurs - le fédéralisme, le contrôle parlementaire de l’activité des ministres, les décrets du président»[4].

La doctrine au coeur du chantier constitutionnel

Mais force est d’admettre que le souverain, colonne vertébrale du droit constitutionnel, est celui qui, selon l’expression de Carl Schmitt, «décide de l’exception». La situation politique russe, souvent traversée par les crises au cours d’une histoire mouvementée, illustre donc fort bien les limites du constitutionnalisme en montrant que la volonté politique reprend ses droits quand la survie d’un peuple ou de l’une de ses principales composantes est en danger, ou lorsqu’on prétend qu’il y a danger. Le problème est que Poutine est tout puissant pour apprécier ces circonstances. Le souverain serait plutôt le président de la Fédération que le peuple russe.

D’ailleurs, la «révolution administrative» de Poutine semble aboutir à une véritable révision de la constitution entreprise par un seul homme, ce qui fait dire à Michel de Guillenchmidt: «une nouvelle ère constitutionnelle se dessine en Russie [....]. Toutefois, les nouvelles - et importantes - modifications institutionnelles, qui ajoutent à la Constitution de 1993 plus qu’elles ne la précisent, ne devraient-elles pas être notifiées par une procédure solennelle de révision constitutionnelle, sans doute par référendum? Tout y incite à l’évidence, afin d’affirmer de la façon la plus politique et la plus démocratique, la restauration de l’autorité des pouvoirs publics»[5].

Le constitutionnalisme, au-delà de ses contradictions, ne trouve sa justification que s’il est à la recherche d’un équilibre encore plus fondamental que lui, sans pour autant être figé. Puisque le droit constitutionnel laisse une grande place à la volonté politique pour l’élaborer, les seules règles que l’interprète humain peut ex-traire des textes constitutionnels ne suffisent pas. Il faut encore encadrer cette volonté par des coutumes constitutionnelles, des «conventions de la constitution», une morale constitutionnelle, c’est-à-dire un ensemble de règles fondamentales qui, bien qu’informelles, sont contraignantes pour les autorités politiques. Outre les règles de fond porteuses de valeurs, il faut que la constitution, s’il s’agit de promouvoir la démocratie, organise aussi précisément que possible la concurrence et la collaboration entre les différents pouvoirs institués. En retour, ceux-ci doivent garder à l’esprit la nécessité du maintien de cette organisation. Le constitutionnalisme, ce doit être aussi cela.

Or il manque à la Russie cette répartition du pouvoir dans l’Etat, à laquelle elle a longtemps préféré les situations de monopole. C’est à peine si elle lui porte un quelconque intérêt. Elle ne semble pas non plus disposer d’une morale constitutionnelle, sans doute et notamment parce que le communisme, dont le poids reste inquiétant6, lui a laissé peu d’espace pour s’exprimer. Elle reconnaît certainement le rôle de l’interprétation en droit mais n’ose pas avouer les conséquences négatives qui peuvent en résulter pour la garantie des droits fondamentaux. Autrement dit, il y a un texte constitutionnel, qui d’ailleurs qualifie la Fédération de Russie d’«Etat de droit fédératif», mais il n’y a pas encore de véritable «esprit constitutionnel». La volonté politique domine. Et pour savoir si elle est en gros l’expression de la volonté populaire, encore faut-il que des mécanismes institutionnels tels que le référendum puissent fonctionner, ce qui n’est pas le cas en Russie, puisque ce dernier mécanisme, prévu par la Constitution, n’est pas utilisé.

La politique d’application du droit constitutionnel n’assure donc pas encore de véritables équilibres dans la Fédération. Cette application est constitutionnelle mais bancale. La raison d’Etat, en tant que principe rigide, absolu, risque d’être une bombe à retardement, une bombe à fragmentation de l’unité fédérale. Dans cet excès, naît cependant l’espoir de voir la société civile et l’opinion publique prendre quelque distance par rapport à l’Etat, recul nécessaire pour enclencher le processus de soumission de l’Etat au droit. La Constitution de 1993, à la différence des précédentes encore marquées par l’idéologie léniniste n’accordant au droit qu’un rôle instrumental, n’est plus un simple ornement, mais la condition de la démocratisation en Russie.

La montée du constitutionnalisme et l’essence politique du droit constitutionnel sont si patentes en Russie que la doctrine doit saisir l’occasion pour leur donner de nouveaux développements et s’affirmer comme une pertinente source du droit, favorisant en particulier la rencontre entre les théories réalistes du droit et une école formaliste russe également applicable au droit. Le dialogue, s’il est l’esprit et la chair de la démocratie, apparaît comme la synthèse du constitutionnalisme animé d’une conscience politique, et du jusnaturalisme en tant qu’art pragmatique. Tous les efforts de la doctrine doivent être tournés vers la compréhension des vertus du dialogue, notamment parce que le droit, en son essence, est la croyance en l’art de la paix.

1 V. Toumanov, «La Constitution de Russie de 1993 et son effet direct», L’Etat de droit. Mélanges en l’honneur de Guy Braibant, Dalloz, 1996, p.737. V. aussi Toumanov, «Quelques aspects des relations entre le droit international et la justice constitutionnelle en Russie», Mélanges Patrice Gélard. Droit constitutionnel, Montchrestien, 1999, pp. 329-332.

2 M. Kovalewsky, Institutions politiques de la Russie, éd.Giard et Brière, 1903, p. 3.

3 D. Colas, Les constitutions de l’U.R.S.S. et de la Russie (1905-1993), P.U.F, Q-S-J?, 1997.

4 M. Lesage, «La Russie et l’Etat de droit. La règle juridique et les arrangements politiques», Mélanges Braibant, op. cit., pp. 430-437.

5 M. de Guillenchmidt, «Où va le régime russe? », Mélanges Paul Sabourin, Bruxelles, Bruyant, 2001, p. 198.

6 D. Colas, «Mode de scrutin et système électoral en République de Russie», Mélanges Gélard, op. cit., pp. 365-371.

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06/05/2010

Il est minuit, docteur Schweitzer sur l’horloge du jugement dernier.

16 juillet 1945. Lorsqu’Oppenheimer déclenche l’explosion de la première bombe atomique, sur le site de Trinity, près d’Alamogordo, dans le désert de Los Alamos, il sait qu’il existe un risque, infime mais réel, que la réaction ne soit pas maitrisée et enflamme toute la surface de la Terre provoquant l’extinction de la vie humaine. La crainte initiale, sur la base d’un calcul d’Edward Teller, est que l’explosion atomique mette le feu à l’atmosphère. (probabilité de 1/3 000 000 000e) Il prend le risque. L’explosion est plus violente et plus dévastatrice que les calculs ne le prévoyaient.

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11/04/2010

Rappel

MincPublicationJudiciaire.jpgPour le QVM (Quotidien vespéral des marchés, ex-Le Monde), la condamnation d’Alain Minc pour plagiat est un camouflet : Minc préside le « conseil de surveillance » de ce journal. Or, selon Raminagrobis (Colombani, directeur du QVM) un président de conseil de surveillance d’un journal a pour rôle de « veiller au respect de l’indépendance » [voir encadré p. 2]. Au moment où ce journal entre en Bourse, l’indépendance du Monde est donc soumise aux caprices d’un personnage condamné pour « plagiat », « reproduction servile » et « contrefaçon ».

Les analyses du conseil scientifique de PLPL sont formelles : avec ce jugement, c’est l’ensemble du PPA (Parti de la presse et de l’argent) qui se trouve frappé au cœur. Le Plagiaire Servile Alain Minc est en effet au centre du dispositif qui soude des hauts fonctionnaires, les patrons qui plastronnent, les médias qui mentent et un quarteron d’intellectuels à gages. Lui-même ancien haut fonctionnaire, ex-industriel, conseiller de grands patrons, responsable de presse et auteur de deux douzaines d’essais à prétention intellectuelle, Minc joue le rôle de passeur entre ces divers milieux. « Son secret, c’est de passer pour un homme de presse auprès des banquiers, pour un financier auprès des journalistes, pour un écrivain auprès des industriels. » (Stéphane Marchand, Le Commerce des illusions, J-C. Lattès, p. 153) Il monnaye aux uns l’aide ou le contact des autres. Pour mesurer la surface sociale du plagiaire, il suffit de rappeler la manière dont, en 1999, il a fêté son cinquantième anniversaire : « Le mercredi 14 avril, il avait réservé le célèbre restaurant du Palais Royal, “Le grand Véfour”. Et c’est dans un impressionnant ballet de Safrane, de Mercedes et de BMW que ses invités sont arrivés. C’était l’événement mondain de l’année. Minc avait tenu à s’entourer de tous ceux qui comptent à Paris et qui sont évidemment ses amis : les journalistes Jean-Marie Colombani, et Franz-Olivier Giesbert, les banquiers Jean Peyrelevade (PDG du Crédit Lyonnais), David de Rotschild et François Henrot (Paribas), les industriels François Pinault, Vincent Bolloré et Pierre Blayau, Jean Drucker et Pierre Bergé, le baron Ernest-Antoine Seillière. La gauche étant au pouvoir, deux ministres avaient tenu à souffler en si brillante compagnie les bougies de cet anniversaire : Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn, accompagné de son épouse Anne  Sinclair. » (Le Canard enchaîné, 21.04.99)

DEBATS

A l’audience du 16 Octobre 2001 tenue publiquement

Patrick RÖDEL est l’auteur d’un ouvrage intitulé « Spinoza, le masque de la sagesse », ayant pour sous-titre « Biographie imaginaire », qui a été publié en mars 1997 par les Editions CLIMATS.

Alain MINC est l’auteur d’un ouvrage intitulé « Spinoza, un roman juif » qui a été publié en octobre 1999 par les Editions GALLIMARD.

Faisant valoir que l’ouvrage « Spinoza, un roman juif » procède pour une large part du pillage méthodique de l’ouvrage « Spinoza, le masque de la sagesse » et insistant sur le mépris avec lequel les protestations de Patrick RÖDEL auraient été traitées 2, celui-ci et les Editions CLIMATS ont assigné, par acte du 2 mai 2000, Alain MINC et la société Editions GALLIMARD en contrefaçon. […]

Vu les écritures par lesquelles la société Editions GALLIMARD conclut […] que sa responsabilité n’est pas engagée. A titre subsidiaire, elle demande à être garantie par Alain MINC de toute condamnation. Elle sollicite la condamnation […] d’Alain MINC à lui payer 20 000 F 3 […].

MOTIFS

Attendu que les demandeurs […] reprochent à Alain MINC :

- d’avoir démarqué étroitement la structure de l’ouvrage « Spinoza, le masque de la sagesse » en effectuant des emprunts, allant de deux mots à vingt sept lignes, dans l’ordre chronologique respectif des chapitres des ouvrages,

- d’avoir effectué trente six emprunts à l’œuvre première en ayant recours à plusieurs types de procédés allant de la reproduction servile d’expressions au plagiat de l’économie générale des passages en passant par la reprise des mêmes citations ou des mêmes anachronismes ; […]

Attendu que, s’agissant des 36 emprunts reprochés, Alain MINC admet dès l’abord, dans ses conclusions, la réalité de sept d’entre eux (référencés n° 13, 20, 23, 24, 25, 26, 27, 28 dans l’assignation) qu’il qualifie d’erreurs de sa part 4 ;

Que cependant ces emprunts vont, par leur nature et leur importance, au-delà de la simple réminiscence alléguée, la mauvaise utilisation des notes prises par Alain MINC ou son équipe 5 sur l’ouvrage « Spinoza, le masque de la sagesse » n’étant nullement une cause exonératoire de responsabilité ; […]

Qu’ainsi, nul avant Patrick RÖDEL ne raconte avec les détails et termes qui lui sont propres, précisément repris par Alain MINC :

- les circonstances du suicide de Uriel da Costa qui se serait, selon le seul Patrick RÖDEL, pendu avec une « corde de chanvre qui servait à descendre le seau au fond du puits » après l’avoir « accrochée à un piton de fer » et avoir « approché un tabouret » (n° 13 - Patrick RÖDEL p 28, Alain MINC p 67) 6 ; […]

- la lettre de Bouwmeester donnant à Spinoza la recette de la confiture de roses rouges, cette lettre étant fictive et servilement reproduite 7 dans l’ouvrage de Alain MINC (n° 29 - Patrick RÖDEL p 84 et 85, Alain MINC p 124 et 125) ; […]

Attendu que d’autres emprunts établissent encore que le court ouvrage de 140 pages de Patrick RÖDEL a bien été contrefait par l’ouvrage de Alain MINC 8 ; […]

- la scène de la flagellation de Uriel da Costa retracée de la même façon avec la reprise des mêmes termes non nécessaires notamment le « caftan » des notables de l’assistance, vêtement anachronique pour cette communauté juive de l’Amsterdam du XVIIe siècle 9 […]

Attendu que les griefs articulés par Patrick RÖDEL étant, comme il a été vu, partiellement fondés du fait de la reprise d’éléments protégés, la contrefaçon est constituée ;

Attendu que la responsabilité de cette contrefaçon pèse au premier chef sur Alain MINC, qui en tant qu’auteur de l’ouvrage contrefaisant n’ignorant rien de l’œuvre première et des emprunts indûment faits ne peut se prévaloir de sa bonne foi 10 […] ;

Que cette responsabilité pèse également sur la société Editions GALLIMARD, qui en tant que professionnel averti de l’édition ne pouvait manquer, sinon de vérifier, du moins de s’inquiéter auprès de son auteur de l’importance des emprunts faits, sans guillemets, à la « charmante biographie imaginaire de Spinoza (de) Patrick Rödel », expressément citée en ces termes par Alain MINC en page 120 de son ouvrage 11, et ce, alors même qu’Alain MINC ne se pose nullement en philosophe spécialiste de Spinoza 12 et que l’essentiel de ce qui est su sur Spinoza l’est par son oeuvre philosophique ;

Que du fait de cette négligence, la société Editions GALLIMARD voit sa responsabilité quasi-délictuelle engagée envers Patrick RÖDEL.

Attendu que Patrick RÖDEL subit en sa qualité d’auteur, du fait de la contrefaçon de son oeuvre, un préjudice moral certain qui sera réparé par l’allocation d’une somme de 100 000 F à titre de dommages et intérêts, le paiement de cette somme étant mis à la charge des défendeurs, tenus in solidum ;

Attendu que la société Editions GALLIMARD est fondée à invoquer à l’encontre de Alain MINC la garantie contractuelle dont elle bénéficie en vertu du contrat d’édition les liant en date du 10 mars 1998 ;

Que Alain MINC sera condamné à la garantir de toute condamnation.

PAR CES MOTIFS

Le tribunal, statuant publiquement, contradictoirement et en premier ressort, Dit que l’ouvrage « Spinoza, un roman juif » dont Alain MINC est l’auteur et la société Editions GALLIMARD l’éditeur est la contrefaçon partielle de l’ouvrage « Spinoza, le masque de la sagesse » de Patrick RÖDEL, édité par les Editions CLIMATS,

Condamne in solidum Alain MINC et la société Editions GALLIMARD à payer à Patrick RÖDEL la somme de 100.000 F (15.244,90 euros) à titre de dommages et intérêts en réparation de son préjudice moral ;

Ordonne l’exécution provisoire de ce chef ;

Condamne Alain MINC à garantir la société Editions GALLIMARD des condamnations prononcées à son encontre 13 ;

[…] Fait à Paris le 28 novembre 2001

Le Greffier                                            Le Président

1. Belle démonstration de la solidarité entre droite et « gauche » quand il s’agit de défendre le Parti de la Presse et de l’Argent (PPA) : Kiejman est un ancien sous-ministre socialiste aussi familier de la cour du roi Mitterrand que Jacques Attali et Laure Adler. Attali est lui aussi un plagiaire certifié (deux ouvrages au moins), mais il n’a pas encore été formellement condamné. Christine Ockrent, propagandiste de Minc, de l’euro et de la police, a également plagié son dernier livre consacré à la vie amoureuse d’Hillary Clinton.

2. Dans un article consacré à Alain Minc, qu’il qualifiait de « mouche dorée », Philippe Lançon écrivait : « Ses réserves de mépris semblent inépuisables. » (Libération, 27.09.00)

3. Le jugement dont PLPL publie des extraits va établir que les éditions Gallimard, déjà déconsidérées moralement par la publication des petits essais médiocres de Minc, l’ont été professionnellement en éditant un texte plagié, c’est-à-dire volé à son auteur original. Gallimard a réagi en se retournant contre Minc qui leur avait présenté comme original un texte plagié, puis en le chassant comme un malpropre. Grasset (maison d’édition gangrenée par BHL, ami de Minc) a édité plusieurs ouvrages du plagiaire à la gloire du capitalisme. Parlant de BHL, Minc a d’ailleurs expliqué : « Il a été mon éditeur, il l’est encore. On a presque toujours été d’accord. Un intellectuel qui ne se trompe guère en trente ans, c’est rare. […] Il tombe toujours juste parce qu’il a une espèce de boussole morale qui fait qu’il tombe au bon endroit. » (« Vivement dimanche », France 2, 11.11.01) Moins de trois mois après la condamnation de Minc pour plagiat, la maison d’édition Le Seuil, proche de Nicole Notat, parachevait son avilissement en publiant un nouvel ouvrage du Plagiaire Servile Alain Minc, Journal de l’année 2001.

4. Dans son livre La Mondialisation heureuse (1998), Minc déclarait : « Je ne supporte plus les approximations intellectuelles… » PLPL avait soigneusement noté le propos, déjà accablant pour celui qui, en 1986, prophétisait la « finlandisation » de la France par l’Union soviétique…

5. Ici, le tribunal indique que non seulement Minc se rend coupable de « reproduction servile », mais aussi qu’il a recours à une « équipe » de collaborateurs, c’est-à-dire à des « nègres ». Il est vrai que Minc écrit ses livres « en quelques samedis » (Stéphane Marchand, op. cit., p. 45). Commentant le harcèlement téléphonique auquel l’avait soumis le directeur du Monde pour qu’il assure la promotion du livre plagié de Minc, Jean Daniel, directeur du Nouvel Observateur, a confirmé la présence de « nègres » aux côtés du plagiaire servile : « Jean-Marie Colombani me demande encore de parler du Spinoza de Minc. […] Point d’appareil critique, ni notes, ni rien de ce genre. […] On m’a dit que de vrais jeunes philosophes avaient veillé à ce qu’aucune erreur fondamentale ne fût commise. » (Jean Daniel, Soleil d’hiver, Grasset, 2000, p. 215-216.)

6. C’est surtout aux chômeurs et aux Belges que Minc recommande le suicide. À propos des chômeurs de plus de cinquante ans, Minc a expliqué : « On peut les oublier. C’est une génération perdue » *. En 1988, après un raid financier sur la banque Générale de Belgique, le Plagiaire Servile plastronne. Les pieds sur la table d’une salle de conférence d’un hôtel de luxe Minc hurle aux journalistes belges : « Nous sommes là pour des siècles et des siècles ! »* Quelques jours plus tard, le Plagiaire Servile est chassé de Belgique…

* Cité par Stéphane Marchand, Le Commerce des illusions, J-C Lattès, 1999, p. 226 et 167.

7. Cet attendu du jugement est historique. Il marque un triomphe pour la Sardonie et pour PLPL : Minc, président du conseil de surveillance du Monde [QVM] et président de la société des lecteurs de ce même quotidien pro-américain et pro-Jospin y est officiellement présenté comme « servile ». C’est donc un plagiaire servile qui, en ce moment, met sur pied l’entrée en Bourse du QVM. Minc se vante d’avoir lu Le Monde dès l’âge de onze ans.

8. Quand cet ouvrage de Minc est paru, Jean-Marie Colombani, directeur du Monde, a appelé à deux reprises Jean Daniel, directeur du Nouvel Observateur, pour lui adjoindre d’en faire personnellement la critique dans Le Monde. Jean Daniel en a fait le récit [lire PLPL, n° 2-3]. Dans l’article de Philippe Lançon précédemment cité, on lit ce propos d’un éditeur sur Minc : « Pour avoir les articles importants sur ses livres, il dressait froidement son plan. Je le regardais, on aurait dit mon fils devant l’ordinateur. Tout se manipule, il suffit de savoir cliquer. » « Cliquer » est d’autant plus facile que « Minc a énormément d’“amis”. Franz-Olivier Giesbert (qui l’a poussé à écrire sur Spinoza), Jorge Semprun, Pierre Bergé (qui lui prêta des bureaux chez Saint Laurent), Philippe Labro, etc. » (Libération, 27.09.00) Quand le livre servilement plagié par Minc est sorti, un autre « ami » s’est signalé : BHL. Le 10 novembre 1999, dans Le Figaro (alors dirigé par Giesbert), BHL a écrit : « Pour ma part, je conseille la lecture de ce Spinoza à tous ceux qui, à l’intérieur de la culture juive et au-delà, croient à la fécondité de l’esprit d’hérésie. »

9. Plagiaire servile, Minc s’est piégé à deux reprises : il réutilise un terme « anachronique » ; il reprend à son compte une fausse histoire de confiture de roses rouges inventée par Patrick Rödel pour piéger les plagiaires. PLPL envisage à son tour d’utiliser cette technique pour piéger les journalistes qui pilleraient ses articles sans citer leur source par peur d’être licenciés.

10. Dans une de ses très nombreuses tribunes parues dans Le Monde, cet homme que le tribunal vient de reconnaître coupable de mauvaise foi donnait des leçons d’éthique aux adversaires de la guerre de Bush en Afghanistan : « La morale n’est pas un ensemble vide, comme disaient les mathématiciens, et le régime démocratique lui permet de s’exprimer. » (QVM, 07.11.01) En condamnant Minc, la justice vient, pour une fois, de permettre à « la morale de s’exprimer ».

11. C’est la technique habituelle des plagiaires : ils font une référence complètement anodine à un livre puis ils en volent allègrement l’essentiel du contenu. Les auteurs et éditeurs étrangers, qui savent que le plagiat est une maladie française, ont accueilli avec enthousiasme le jugement du 28 novembre, infamant pour Minc.

12. Alain Minc est effectivement davantage connu comme conseiller des patrons Pinault, Blayau et Bolloré. Ses conseils sont à la fois très chers (1 million de francs par an par client) et très peu sûrs : congédié du holding Cerus en avril 1991, Minc a laissé un trou de 2,2 milliards de francs dans la trésorerie. Le magnat italien Carlo de Benedetti, PDG de l’entreprise ruinée par les conseils de Minc, a observé : « Je me suis certainement trompé sur Minc parce que je lui ai confié quelque chose dont il n’était pas capable, c’est-à-dire la gestion. […] Faire de lui un chef d’entreprise ou un président-directeur général, c’est comme confier à un sociologue la gestion d’une charcuterie. » (Carlo de Benedetti l’Européen, Balland, Paris, 2000, p. 144) C’est en partie injuste : Minc a réussi en tant que chef d’entreprise dans le commerce du pruneau qu’il fait cultiver dans sa propriété du Gers. Minc est un des principaux exportateur français de pruneaux (Stéphane Marchand, op. cit.).

13. L’éditeur du livre étant condamné en même temps que le plagiaire servile, Gallimard a obtenu le feu vert du tribunal pour réclamer à Minc l’amende de 100 000 francs qu’éditeur et « auteur » ont été condamnés à payer solidairement.

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03/04/2010

Le cheval de Caligula

caligula-1.jpgCaligula est cet empereur romain qui nomma son cheval consul (quelque chose comme premier ministre). Cette désignation est restée le symbole ou la caricature de la suprématie de la politique sur la compétence. Certes, nous n'en sommes pas là. M. Sarkozy n'est pas Caligula, et M. Migaud n'est pas un cheval. Nous sommes même moins avancés que l'Italie, où le premier ministre promeut des jeunes femmes pour leurs mensurations et l'usage qu'elles en font. Mais nous y allons à petits pas. La France est plus que les autres grandes démocraties le pays du tout-politique. Elle en est malade. On en donnera quatre exemples.

Le premier concerne les récentes nominations au Conseil constitutionnel et à la Cour des comptes. Elles ont bien entendu concerné des personnalités honorables. Mais elles ont d'abord été motivées par des raisons et des objectifs politiques, ou pour mieux dire politiciens : caser celui-ci, amadouer celui-là. Dans les deux cas, il s'agissait pourtant de désigner des magistrats, des juges au-dessus de tout soupçon de partialité. On a choisi des anciens ministres, c'est-à-dire des militants politiques. Aucun autre grand pays ne fait cela. Considérons les juges de la Cour suprême des Etats-Unis. Certes, le président qui les nomme n'ignore pas leurs sensibilités socio-culturelles. Mais ils sont tous – et toutes - des juristes de grand mérite, qui ont pratiqué le droit, et seulement le droit, depuis des dizaines d'années ; ils se sont tous illustrés par des arrêts motivés qui ont établi leur réputation, et leur compétence pour la fonction.

Le second se rapporte à l'élimination du pouvoir de l'administration. Pendant longtemps, la haute administration française, basée sur le mérite, a représenté une force d'analyse et de proposition avec laquelle les politiques devaient compter. En simplifiant un peu, on avait d'un côté les directeurs de ministère, qui incarnaient la compétence, et de l'autre les membres des cabinets ministériels, qui représentaient le politique. Les premiers comprenaient qu'ils devaient essayer de suivre les orientations du ministre relayées par son cabinet ; les seconds savaient qu'ils devaient compter avec la connaissance des réalités des directeurs ; les uns et les autres trouvaient un équilibre finalement heureux pour le pays. Cet équilibre a été rompu, au seul profit des politiques. La quasi-totalité des directeurs sont aujourd'hui d'anciens membres de cabinets ministériels. L'administration ainsi politisée n'est plus que la voix de son maître.

Ce phénomène a été aggravé par la décentralisation. Dans les administrations des grandes villes, des départements et des régions, à peu près tous les postes de direction sont le plus officiellement du monde confiés à des militants politiques proches du parti au pouvoir. On se croirait en Amérique latine. L'affaire de la désignation du président de l'EPAD (Etablissement public d'aménagement de la Défense), le plus important centre d'affaires d'Europe, n'est que l'illustration caricaturale de cette dérive. Jean Sarkozy, en dépit de son inexpérience évidente, était parfaitement qualifié pour le poste puisqu'il était un politicien élu. Ce qui était en cause, c'était la logique française du tout-politique bien plus qu'un éventuel népotisme.

Le troisième exemple, qui est une conséquence des autres, est la professionnalisation de la politique. Autrefois, on faisait d'abord carrière dans le secteur privé ou public, avant de devenir politicien. Plus maintenant. De Julien Dray à Jean Sarkozy, beaucoup de nos élus n'ont jamais rien fait d'autre et ne savent rien faire d'autre que "de la politique". Ils ont milité dans les associations d'étudiants ou de jeunes contrôlées par des partis, manifesté, collé des affiches, géré des associations prétendument neutres et souvent partisanes, obtenu des sinécures, puis des sièges électoraux grâce notamment aux scrutins de liste. Aux récentes élections régionales, dans à peu près tous les partis, les deux tiers des candidats étaient définis non pas par leur métier, mais par leurs seules fonctions électives ou associatives. Autrefois, la politique était une passion. Aujourd'hui, elle est une profession. Elle était animée par le seul désir du bien commun, elle l'est dorénavant par le souci des carrières personnelles.

Le dernier cas est une preuve autant qu'un exemple de cette extrême politisation de la France : c'est la confusion de la fonction politique avec la profession d'avocat. De Dominique Strauss-Khan à Dominique de Villepin en passant par Rachida Dati, beaucoup de politiciens (sur le banc de touche ou même encore sur le terrain) s'inscrivent au barreau. Certains n'ont pas de connaissances juridiques ; d'autres n'ont pas le temps d'étudier les dossiers ; d'autres encore n'ont ni les compétences ni le temps. Ce qu'ils ont, et qui compte plus que le reste en France, c'est un "beau carnet d'adresses". Jolie formule pour ce qui est partout ailleurs dans le monde appelé trafic d'influence : j'ai été ministre, j'ai donc des obligés, et si vous voulez bien me payer, je peux leur demander des décisions ou des faveurs.

Ces constatations ne visent pas tel parti plutôt que tel autre. Elles en sont d'autant plus amères. La dernière pirouette de nos hommes politiques a consisté à nous répéter à satiété que la crise financière marquait le triomphe du volontarisme politique sur la raison économique et technique – leur justification, en somme. Heureusement que nous sommes là pour faire des miracles ! Le résultat net est que jamais les marchés n'ont été aussi puissants. La Grèce, un pays encore plus malade de la politique que la France, en sait quelque chose. Elle est, dit-on, sauvée grâce à la France. Mais qui sauvera la France lorsqu'elle sera dans la situation de la Grèce ? Caligula a mal fini. L'histoire ne dit pas ce qui est arrivé à son cheval.

 

Rémy Prud'homme

LEMONDE.FR | 02.04.10 | 19h02

Rémy Prud'homme est professeur émérite des universités.

31/03/2010

Zemmour et le théorème de Bayes

bayes.gifCe n'est pas tous les jours qu'être un peu "matheux" peut aider à défendre la liberté d'expression. Tiens, on va aider Zemmour, même s'il n'est pas toujours sympathique, à se dépêtrer de la Licra qui décidément tire sur tout ce qui bouge, des pigistes du Figaro aux humoristes anarchistes (on se souvient du procès contre Siné).

M. Zemmour donc, se retrouve condamné par toutes les bonnes consciences pour avoir proféré ces paroles sacrilèges : "la plupart des trafiquants sont noirs et arabes".

Mon conseil à Zemmour est de prendre comme avocat un prof de math (d'abord ils sont moins chers) qui seul pourra irréfutablement démontrer à la cour que ses propos ne constituent pas une attaque raciste. Car ce qui est condamnable, ce n'est pas de constater statistiquement que "la plupart des trafiquants sont noirs et arabes", mais de prétendre en déduire, comme le font ses accusateurs, que "la plupart des Noirs et des Arabes sont des trafiquants", un propos qui, lui, tombe clairement sous le coup de la loi.

Or, comme l'a démontré le peu médiatique Thomas Bayes, un pasteur et mathématicien qui vécut à Londres dans les années 1750, le premier énoncé n'implique absolument pas l'autre, loin s'en faut. Dans le cours que je donne chaque année à mes étudiants, je leur montre, en utilisant le fameux théorème de Bayes, que la proportion (techniquement la "probabilité conditionnelle") des émigrés parmi les délinquants peut largement dépasser 50 % (propos de Zemmour) sans que la proportion des délinquants parmi les émigrés (le propos raciste) soit beaucoup plus élevée qu'elle ne l'est parmi la population des Français "de souche", chère à Gérard Longuet. Et si l'on introduit, en plus, le fait avéré que le taux de délinquance est plus fort parmi les tranches de population à bas revenus, on peut même trouver des situations où les émigrés sont simplement plus vertueux que les franchouillards, dans toutes les tranches !

La formule (de Bayes) qui relaxe immédiatement Zemmour, la voici : p(trafiquants?émigrés)=p(émigrés?trafiquants)x p(trafiquants)/p(émigrés)

A              =                  B                   x           C           /           D

Application numérique : avec B=1/2, C=1/10 000 et D = 1/10,

La proportion des trafiquants parmi les émigrés est de 1/2 000 ! Pas de quoi justifier de renvoyer chez eux les 1 999 autres qui ne font rien de répréhensible. Une autre chose que montre ce calcul, c'est l'influence terriblement négative que peut avoir une infime fraction de délinquants sur la perception de la minorité dont ils sont issus. Pour garder votre souplesse d'esprit, pratiquez le "retournement bayésien" une fois pas jour !

Jean-Michel Claverie est directeur du Structural & Genomic Information Lab et professeur de médecine génomique et de bioinformatique à l'University of Mediterranee School of Medecine.