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04/01/2011

A-t-on découvert une nouvelle espèce humaine ?

l y a environ 30.000 ans, aux côtés de l'homme moderne et de l'homme de Néandertal, vivait peut-être, entre Sibérie et Mongolie, une autre espèce humaine, fabriquant elle aussi des outils et des objets artistiques. C'est que ce suggère l'analyse génétique d'un os de doigt. Après la découverte de l'homme de Florès, l'histoire récente des hominidés se complique.

Le petit doigt a parlé... Ce modeste ossement a été découvert en 2008 par une équipe russe dans la région montagneuse de l'Altaï, au sud de la Sibérie, aux frontières de la Mongolie. Les paléontologues poursuivaient l'étude de la grotte Desinova, connue depuis longtemps et qui a livré des restes d'une longue occupation humaine. Jusque-là, seuls des outils avaient été trouvés et correspondaient à l'industrie dite du Moustérien, attribuée à l'homme de Néandertal.

Un fragment de phalange de petit doigt a alors été trouvé au même niveau que différents objets datés entre -48.000 et -30.000 ans, dont des pierres taillées et un bracelet de pierres vertes. Cet os était bien trop petit pour permettre une identification. Il semble avoir appartenu à un enfant, mais impossible de savoir s'il s'agissait d'un Homo sapiens (nous) ou d'un Homo neanderthalensis. Sauf si la minuscule quantité d'ADN enfermée dans l'os pouvait parler...

Or, en Allemagne, à l'Institut Max Planck de Leipzig, l'équipe de Svante Pääbo (département d'anthropologie évolutionnaire ) s'est lancée depuis plusieurs années, et avec de grands succès, dans le projet Génome de Néandertal, qui vise à séquencer l'ADN de nos cousins disparus. Le fragment de phalange leur a été confié pour en extraire une éventuelle information génétique si jamais il s'en trouvait.

Peut-être un cousin plus éloigné que Néandertal

La bonne surprise était au rendez-vous. D'après les résultats, qui viennent d'être publiés dans la revue Nature, le propriétaire de cette phalange n'était ni un homme moderne ni un Néandertalien ! L'équipe allemande, dirigée par Johannes Krause, a analysé l'ADN des mitochondries (ADN mt, abondant et qui se conserve bien) pour le comparer à ceux de 54 hommes actuels, à ceux d'un Homo sapiens vieux de 30.000 ans et enfin à ceux de 6 Néandertaliens.

Entre l'ADN mt d'un homme de Néandertal et celui d'un homme moderne, on observe en moyenne 202 sites différents. L'ADN mt de l'enfant de Desinova, lui, diffère de ceux des hommes actuels sur, en moyenne, 385 sites !

Pour les auteurs, une telle différence plaide pour l'appartenance à une nouvelle espèce. Ils vont même plus loin et estiment que ce nouvel hominidé a dû se séparer de la lignée qui a conduit jusqu'à nous et à l'homme de Néandertal il y a trois millions d'années. Si l'hypothèse est juste, cet humain a dû quitter l'Afrique après l'Homo erectus (parti il y a 1,9 million d'années) et avant les ancêtres de Néandertal (Homo heidelbergensis, entre -500.000 et -300.000 ans).

Cette analyse génétique est cependant trop fragmentaire pour des conclusions définitives et il faudrait découvrir de l'ADN du noyau pour préciser la position de cet homme de Sibérie dans la famille humaine.

Si l'hypothèse se confirme, la découverte porte à quatre le nombre d'espèces humaines qui cohabitaient sur Terre il y a 30 ou 40.000 ans. L'homme de Néandertal, en effet, a depuis longtemps quitté son statut d'ancêtre de l'homme moderne pour devenir un cousin avec lequel nous avons cohabité durant des milliers d'années. Depuis 2003, on connaît l'homme de Florès, Homo floresiensis, qui semble bien appartenir à une espèce différente, de très petite taille. Mais lui restait semble-t-il cantonné à l'Indonésie et se trouvait sans doute isolé.

Dans les montagnes de l'Altaï, l'homme de Sibérie, en revanche, a pu croiser l'homme de Cro-Magnon, c'est-à-dire Homo sapiens, et des Néandertaliens. De ces trois humains, une seule espèce a – pour l'instant – survécu.

Référence

Le génome de Neandertal en passe d'être séquencé

Deux équipes, travaillant parallèlement, ont déchiffré une partie du génome de l'Homme de Neandertal et espèrent terminer le travail dans deux ans. Premiers résultats : eux et nous avons divergé il y a longtemps, au moins 450 000 ans.

L'une a séquencé 65 250 de paires de bases et l'autre un million. C'est un tour de force qu'ont réussi deux équipes en parvenant à décrypter une partie de l'ADN récupéré dans des ossements fossiles de néandertaliens. Jusqu'ici, les paléontologistes n'étaient parvenus à étudier que l'ADN contenu dans les mitochondries. Ces organites cellulaires possèdent un petit génome de 16 000 paires de bases (les « lettres » du code génétique), complètement différent de celui de l'organisme. Ces mitochondries ne se transmettant que par la mère, les analyses de cet ADN permettaient donc de retracer des lignées. Elles ont démontré que Homme de Neandertal est notre cousin, et pas notre ancêtre, mais ne permettent pas de remonter à ses caractéristiques génétiques.

Svante Pääbo dirige le département d'anthropologie évolutionnaire à l'Institut Max Planck (Leipzig). Avec une équipe croate et l'aide d'une société américaine spécialisée dans le séquençage, 454 Life Sciences, il s'est lancé dans l'étude de l'ADN prélevé sur des restes fossiles vieux de 38 000 ans. Tous les fragments d'ADN récoltés ont été amplifiés (c'est-à-dire recopiés en de nombreux exemplaires) puis analysés par la technique du pyroséquençage, la méthode la plus rapide de toutes, capable de lire en même temps des milliers de bases. C'est un million de paires de bases que l'équipe a pu déterminer, réussissant une vraie prouesse technique. Mais c'est encore peu par rapport aux 3,2 milliards présentes chez l'être humain, une valeur sans doute peu différente chez notre cousin néandertalien.

Edward Rubin, responsable du Joint Genome Institute, en Californie, avait, deux ans auparavant, contacté Svante Pääbo pour tenter lui aussi de récupérer de l'ADN non mitochondrial dans ces mêmes restes fossiles. Son équipe a procédé un peu différemment en utilisant des bactéries vivantes pour multiplier les gènes à étudier.

Mais, sur des restes fossilisés, il ne suffit pas de déterminer la succession des bases de tous les fragments d'ADN trouvés. Il faut surtout les distinguer de l'ADN laissé sur place par les innombrables microbes qui sont un jour passés par là. Plutôt que de trier les échantillons, les chercheurs ont tout analysé, aveuglément, puis fait le tri à l'aide d'un logiciel informatique, qui ne retenait que les séquences suffisamment proches de celles des êtres humains.

Quatre cent mille ans nous séparent

D'importantes conclusions ont pu être tirées de ces deux travaux, qui viennent d'être publiés simultanément dans Nature et dans Science. Comme on s'y attendait, le génome de l'Homme de Neandertal ne diffèrerait du nôtre que de moins de 0,5 %, un écart à peu près deux fois plus faible de celui qui nous sépare des chimpanzés. Mais il va dans le même sens que plusieurs études récentes : Homo sapiens et Homo neandertalensis (ou neanderthalensis) sont bel et bien génétiquement différents. Sur la question du métissage, la réponse la plus communément admise désormais est qu'il y a peu de chance qu'il ait eu lieu et que, s'il a existé, il est resté insignifiant dans l'histoire de ces deux lignées d'humains.

Sur le moment où les deux espèces ont divergé, les deux équipes ne trouvent pas la même réponse mais sont d'accord pour la repousser loin dans le passé. D'après l'équipe de Leipzig, ce moment devrait se situer entre 465 000 et 569 000 ans. Rubin et ses collaborateurs, eux, annoncent 700 000 ans pour le dernier ancêtre commun entre) mais pensent que les deux lignées ont génétiquement divergé à partir de 370 000 ans.

Ces résultats méritent d'être approfondis et, surtout, il faudra poursuivre le séquençage, qui ne concerne pour l'instant que 0,03 % du génome du toujours énigmatique Homme de Neandertal. Svante Pääbo espère bien, après le succès de ces deux travaux, trouver des subsides pour terminer le séquençage de nos cousins dans deux ans.

Référence

 

 

13/11/2010

ENTRETIEN D'HUBERT VÉDRINE ET ETIENNE BALIBAR SUR L'EUROPE - SEPTEMBRE 2010

ENTRETIEN D'HUBERT VÉDRINE ET ETIENNE BALIBAR SUR L'EUROPE - SEPTEMBRE 2010

PHILOSOPHIE MAGAZINE

 

"Ils appartiennent à deux mondes. Hubert Védrine, politique d’intelligence supérieure, ancien ministre des Affaires étrangères après avoir été Secrétaire général de l’Elysée sous François Mitterrand, est considéré comme le « Kissinger » européen. Inventeur du concept d’hyperpuissance, critique des illusions droit-de-l’hommisme (Continuer l’histoire et Le Temps des chimères, Fayard), il est capable, face aux situations les plus inextricables, de démêler l’écheveau des rapports de force pour déterminer le chemin de l’action efficace. Etienne Balibar, lui, est le philosophe français le plus écouté en Europe et aux Etats-Unis. Ancien professeur à Nanterre, il s’est initié à la philosophie aux côtés de Louis Althusser à l’Ecole normale supérieure, et a contribué à Lire Le Capital, référence des communistes des années 1960, avant de procéder dans La Crainte des masses (Galilée) ou La Proposition de l’égaliberté (PUF) à une réévaluation de l’idéal démocratique. Face à l’Europe, l’un en appelle à la responsabilité des dirigeants français et allemands, l’autre court à Athènes pour défendre le peuple européen. (Des interventions reprises dans L’Europe, crise et fin ?, le Bord de l’Eau). Le philosophe et le conseiller se sont retrouvés, au Montalembert, à Saint-Germain-des-Prés, pour mettre sur la table les éléments du diagnostic vital de l’Europe." 

Hubert Védrine : Je ne vois pas la construction européenne comme une grande et belle ambition fédéraliste collective qui se serait hélas enlisée dans les sables, la géopolitique prime. À mes yeux, les pères fondateurs ce sont d’abord Staline et Truman, avant même Monnet et Schuman. S’il n’y avait pas eu la menace soviétique après la guerre, si les Etats-Unis n’avaient pas crée l’alliance atlantique, et fait le plan Marshall, rien ne se serait fait. Ce n’est pas l’Europe qui a fait la paix, c’est la paix qui a permis l’Europe. Ensuite certains dirigeants européens visionnaires ont décidé de profiter de cette situation pour créer quelque chose d’inédit. Leur approche était concrète : communauté du charbon et de l’acier, marché commun, etc. Petit à petit des courants de pensée ont bâti, à partir de là, l’utopie des Etats-Unis d’Europe. Ce qui s’effondre aujourd’hui, ce n’est pas l’Europe, mais les mythes européistes. En réalité, l’Europe est d’abord l’enfant d’une situation géopolitique, pas la mise en oeuvre d’un extraordinaire projet historico-moral. 

Etienne Balibar : Je suis né en 1942, vous êtes un peu plus jeune que moi, mais notre génération a hérité de la précédente une utopie positive et mobilisatrice, celle de la réconciliation. L’Europe était allée à la catastrophe, elle avait plongé du fait des nationalismes dans une forme d’auto-destruction, il fallait, sous peine de disparaître, dépasser les souverainetés nationales et se réconcilier. L’utopie est donc un ingrédient constitutif de la construction européenne. 

HV : La « réconciliation franco-allemande », inlassablement répétée, n’est pas à l’origine du projet européen. Le cadre européen lui a servi d’abri favorable. Pour que la dissuasion soit efficace face à l’URSS, les Américains avaient besoin que l’Allemagne soit dans le coup – ce qui n’a pas été facile à faire accepter. Ce n’est que plus tard a posteriori qu’on en a fait un « moteur ». 

EB : Disons que la réconciliation, instrumentalisée par la politique de la guerre froide, est devenue, du fait de la transformation de l’esprit des peuples, un objectif en soi. Mais d’une manière générale, l’effet de la guerre froide sur la construction européenne m’apparaît plus ambivalent. L’URSS ne représentait pas seulement une menace mais aussi un défi. Elle a joué un rôle d’aiguillon pour la mise en place du modèle social européen qui n’aurait jamais vu le jour si les gouvernements et les opinions occidentales n’avaient pas pensé que des formes sauvages d’exploitation capitaliste conduisaient à l’explosion sociale sinon au communisme, qu’il fallait généraliser la concertation entre le capital et le travail. Or ce modèle est aujourd’hui au cœur de l’identité européenne, les peuples le voient à tort ou à raison comme un rempart contre la mondialisation libérale sauvage. D’accord donc pour penser que la guerre froide est le cadre initial de l’Europe, mais sous réserve d’analyser de manière plus dialectique les effets de ce cadre sur la construction européenne : en chemin, le Mécano géopolitique est devenu une fin en soi. 

HV : C’est devenu un objectif en soi pour une poignée de dirigeants. Giscard et Schmidt, Mitterrand et Kohl, Delors et quelques autres ont utilisé cette paix pour presser l’intégration. D’autant que l’Allemagne divisée, en remettait dans son engagement européen : c’était le prix à payer pour sa normalisation. Et puis patatra, ce cadre géopolitique général se désagrège : il n’y a plus d’union soviétique, plus de guerre froide, plus d’ennemi. Qu’est ce que ce monde global ? Une communauté internationale régie par le droit ? Un monde multipolaire ? Une compétition générale ? Face à ce que j’ai appelé l’hyperpuissance américaine, les Européens ont cultivé l’ingénuité. Mais dix ans après, les conflits resurgissent. Quelques années avant le 11 septembre, Huntington oppose au rêve d’une « fin de l’histoire » sa crainte d’un « clash des civilisations ». Quand l’Amérique se lance avec hystérie dans « la guerre » contre « le terrorisme », l’Europe est désemparée. Le contexte géopolitique qui avait présidé à sa naissance s’est effondré, il n’y a plus de projet collectif qui s’impose à elle, excepté des engagements économiques, durs éléments fort des traités dans un monde en voie de dérégulation économique. 

EB : La chute du Mur ne se réduit pas à un changement du cadre géopolitique. C’est un changement dans la perception du « sens de l’histoire », donc un événement de portée philosophique considérable. Et c’est aussi la réunification de l’Europe. 

HV : La « réunification » ? Mais elle n’avait jamais été unie auparavant sauf par la loi chrétienne à un moment. 

EB : Vous ne pouvez pas nier qu’il y a une communauté d’histoire, de culture, des idéaux politiques qui ont circulé entre les nations. La guerre froide a tiré entre les deux moitiés de l’Europe un « rideau de fer » qui coupait les peuples de toute possibilité de circulation. La chute du Mur, c’est la renaissance virtuelle de cet espace de liberté, c’est la perspective d’une circulation pour les idées et les projets qui a enflammé l’imagination des Européens. Nous avons été nombreux alors à espérer que se constituerait non pas un peuple européen mais une opinion publique, un espace politique transeuropéen qui ne serait pas seulement animé par les dirigeants et les intellectuels mais par le grand nombre. De façon conflictuelle et laborieuse, l’idée d’Europe indiquait un chemin au-delà des souverainetés nationales. C’était là notre utopie, aujourd’hui dévalorisée. 

HV : Je ne crois pas à ce dépassement. Exercice en commun de la souveraineté oui. Abandon non. Ce sont des nations trop nombreuses, avec des histoires, des langues et des passions différentes profondément enracinées. Depuis le XVIIIe siècle et les Lumières, il y a en effet un espace culturel commun aux élites. Vous faites partie du petit nombre d’intellectuels qui parcourent les capitales européennes et dont la parole est écoutée. C’est très important, cela peut donner à cet espace une orientation politique et morale. Mais cela ne concerne que quelques centaines de personnes. Ce n’est pas le projet des peuples. L’Europe, c’est une fédération d’Etats-Nations qui n’ont pas vocation à disparaître. Les Européens aiment l’idée de l’Europe, mais ils ne s’intéressent pas concrètement aux autres peuples européens. Cela n’a rien de tragique parce qu’ils sont tous pacifiques. Mais cela n’a rien à voir avec la formation d’une opinion publique « européenne ». Les européistes rêvent d’une puissance morale, une sorte de Croix Rouge globale répandant le droit-de-l’hommisme dans le monde entier. L’évangélisation selon Saint-Paul reste le logiciel profond des élites européennes à travers les siècles. Mais l’Europe n’est plus sur son Olympe : elle n’a plus ni la légitimité ni l’efficacité pour jouer ce rôle. Les peuples, eux, je le crains, n’aspirent qu’à devenir une grande Suisse. 

EB : Une Suisse, mais sans le secret bancaire alors… 

HV : Oui, parce qu’exemplaire. Un haut niveau de vie, peu d’obligations et beaucoup de droits, une attitude compassionnelle mais distanciée par rapport aux malheurs du monde, voilà l’éthique des Européens. C’est inquiétant car dans la dure bagarre multipolaire qui s’annonce, si l’Europe ne devient pas une puissance, elle est condamnée au protectorat. 

EB : Un protectorat de qui dans votre esprit ? 

HV : Sino-américain. 

EB : Il y aurait donc un projet de condominium sino-américain ? 

HV : Pas besoin de projet pour que ce risque existe. Même si aucun des deux pays n’a intérêt à se retrouver dans un tête-à-tête exclusif avec l’autre, il y aura pour nous l’addition de leurs puissances. Je veux dire que si l’Europe continue comme cela elle subira les conséquences des décisions des uns et des autres, même si ceux-ci ne s’entendent pas. Voilà ce qui pourrait arriver de pire : accumulation de décisions sur un ensemble gélatineux qui n’a plus de pensée propre et n’arrive pas à se mettre d’accord pour se faire respecter qui devient, en somme, l’idiot du village global. 

EB : J’irai plus loin. Ce n’est pas le protectorat qui nous menace, c’est la désagrégation pure et simple. Je redoute que les Etats européens ne soient même pas capables de maintenir les grands acquis. Et d’abord la paix. Cela paraît démentiel d’imaginer la renaissance du nationalisme qui nous ramènerait à des conflits tragiques que la construction européenne avait pour fin de dépasser. Mais on ne peut l’écarter. Je redoute qu’une Europe dramatiquement affaiblie, ne se transforme en champ de bataille de forces politico-économiques qui lui sont extérieures. Or, il n’y a aucune raison de penser que tous les pays auront une même analyse et une même stratégie face aux menaces de demain. Je ne crains pas seulement des désaccords entre la France et l’Allemagne, je me demande quelle raison ces deux pays pourraient avoir de marcher du même pas et d’avoir une position commune si ce sont les forces de la mondialisation qui l’emportent. Il n’est pas évident que les peuples ressentent le besoin d’être réunis dans la mondialisation de demain. Dans un monde dérégulé, on sent monter une obsession de la protection imaginaire qu’offrirait le cadre national… 

HV : Imaginaire, peut être. Mais sa désintégration fait peur. La question de fond est bien celle que vous posez : les européens ont-ils, oui ou non, un intérêt à être unis face à la mondialisation ? Autant je suis prêt à une relecture décapante et réaliste des raisons pour lesquelles l’Europe a été construite autant je ne suis pas prêt à lâcher sur ce point : ils doivent être unis sur quelques points stratégiques dans la bagarre multipolaire qui s’engage. Les peuples sont égoïstes c’est normal. Il n’y a pas de peuple ni de gouvernement « altruiste ». En revanche, ce qui est dangereux, c’est qu’il n’y ait plus le deuxième échelon consistant à transformer les intérêts nationaux légitimes au premier degré en intérêts communs de second degré. Or les Européens ont un intérêt vital à élaborer des stratégies globales. Pas en fusionnant. Jamais l’Allemagne et la France ne seront le Dakota du Sud et le Dakota du Nord. Mais si l’Europe ne s’institue pas comme un pôle, on va se faire plumer ! Je ne comprends pas que les dirigeants européens n’aient pas élaboré une stratégie commune face à la crise, et une stratégie pour le monde multipolaire plus convaincante, plus frappante. 

EB : Je ne veux pas jouer à tout prix le rôle du militant en face de l’homme d’Etat. Mais il faut aussi, en politique, tenir un autre langage que celui des gouvernements et de la diplomatie. Or ce qu’on appelait la social-démocratie européenne s’est avérée totalement incapable d’esquisser une réponse crédible à la crise financière internationale. Cela démontre le degré de décomposition organisationnelle, mais aussi intellectuelle et morale, de la politique européenne, en particulier à gauche. Absence de perspectives aussi bien que d’enracinement populaire… 

HV : Face à la crise les gouvernements de droite ont été pragmatiques, sans états d’âmes : ils n’ont pas hésité à nationaliser, et à rétablir les contrôles étatiques. Tandis que la gauche social-démocrate l’a vécu comme un drame conceptuel : alors qu’elle achevait de se résigner l’économie de marché, voilà que celle-ci se transformait en un gigantesque casino. Aujourd’hui la gauche n’arrive même pas à théoriser le faible sursaut des Etats qui s’opère sous nos yeux. Elle est le dindon de la farce. Dans toutes les réunions de la gauche européenne, on commence par exprimer son attachement absolu… au libre-échange ! Mais le libre-échange intégral qui met en compétition des centaines de millions de paysans asiatiques ultra pauvres avec les anciennes classes ouvrières européennes protégées par deux siècles de lutte, c’est absurde ! Non, vraiment, la gauche doit se refaire ! 

EB : Oui mais elle manque aujourd’hui de toute culture internationaliste, alors que la seule réponse institutionnelle crédible à la crise se situe au niveau européen. Il ne s’agit pas de supprimer les Etats-Nations. Mais comment pourrait-on réguler de façon un peu stricte l’activité des banques en Europe, si les Etats agissent indépendamment les uns des autres ? Comment pourrait-on donner un contenu à l’idée d’une politique budgétaire qui vienne compléter l’existence d’une monnaie commune si la puissance souveraine est toujours strictement nationale ? J’admets que la notion de fédéralisme est équivoque : elle hérite de différentes traditions, et au fond il s’agit d’en inventer une forme nouvelle. Sans être nécessairement fédéraliste, il s’agit d’instituer un niveau de puissance publique qui soit efficace et démocratiquement légitime à l’échelle de l’Europe. 

HV : Si on appelle à des abandons de souveraineté parce qu’on se sent trop petit et fatigué au niveau national, l’Europe n’est alors que le visage de notre épuisement. Mais il y a aussi un fédéralisme d’ambition qui consiste à exercer en commun la souveraineté. 

EB : Vous accepteriez donc l’idée de souveraineté partagée ? 

HV : Non seulement je l’accepte, mais j’ai signé avec ce stylo plusieurs traités de souveraineté partagée, et nous la pratiquons depuis longtemps. Que l’Europe ait une vraie politique dans la bataille de la régulation, une vraie gouvernance économique de sa monnaie, une vraie politique d’ « écologisation » (de l’agriculture, de l’industrie, des transports, de l’habitat, du travail,), des stratégies multipolaires (face à la Chine, à la Russie) : pour réaliser cela on n’a pas besoin de demander aux peuples de renoncer à leur égoïsme. Il faut seulement faire émerger les intérêts communs, au-delà des intérêts de chacun. La coordination des politiques économiques dans la zone euro, faite dans un esprit de délibération publique et démocratique, déclencherait une dialectique des opinions en quelques années. Mais pour cela il faut des gouvernements nationaux forts, capables de mettre en commun leur pouvoir, pas une mutualisation des incapacités… 

EB : Les forces centrifuges sont, étonnamment, de plus en plus puissantes. Les classes dirigeantes, en particulier la bourgeoisie financière, n’ont plus d’intérêt à préserver la cohérence du tissu social dans chacun des pays européens. Elles ne croient plus qu’il faut faire des concessions à la classe ouvrière, qui dans le même temps s’est désagrégée. La coordination en vue de la régulation, il faudra donc l’imposer. Et c’est plutôt d’en bas que j’attends le sursaut, dans une forme nouvelle de populisme ou de civisme européen. Je n’appelle pas à la révolution, mais à la mobilisation des opinions et à la renaissance des mouvements sociaux, sur de nouveaux objectifs traversant les frontières. Je n’oppose pas le populisme à la souveraineté des Etats ou des gouvernements… 

HV : Non, vous l’opposez à un élitisme a-démocratique et technocratique. Ce en quoi vous avez raison. 

EB : La question fondamentale que je me pose est celle-ci : quelles sont les forces avec lesquelles se font l’histoire et la politique ? Il me semble que vous avez une vision politique classique, où ce sont les gouvernements, représentant des peuples et des nations, qui déterminent des stratégies en fonction d’un contexte géopolitique en perpétuel changement. Je pense pour ma part qu’il y a d’autres forces. Sur l’Europe, j’ai employé le mot de populisme par provocation pour laisser entendre que les élites, les gouvernements, les Etats ne suffisent pas à représenter les peuples, mais dans certaines circonstances n’en sont pas les maîtres. 

HV : Mais s’ils sont élus par ces mêmes peuples ? 

EB : C’est une partie incontournable – et à laquelle je ne suis pas prêt à renoncer – de l’idée de démocratie, mais une partie seulement. Et au niveau européen, le Parlement, bien qu’élu au suffrage universel direct, a des pouvoirs très limités dont il fait un usage très restreint. De sorte que l’élément de démocratie élective et parlementaire, fondamental, est extraordinairement fragile. 

HV : Il ne faut pas rompre le lien fragile, mais qui subsiste, entre la construction européenne et la démocratie. Le débat sans fin sur les institutions n’aide pas : les gens normaux n’ont pas envie de vivre dans un mécano en perpétuelle construction. L’Europe est plus technocratique que démocratique et les organismes de décision se sont autonomisés, aux dépens souvent du cadre démocratique. J’ai entendu des commissaires proclamer : « nous sommes plus légitimes parce que nous sommes plus efficaces ! ». Ce qui est doublement contestable ! Un peu de populisme à la Balibar contre cet esprit technocratique pourrait être tonique… 

EB : Plus de civisme ou de populisme, c’est plus de conflits. Du conflit social, mais aussi culturel, spirituel, etc. C’est l’aspect machiavélien de ma vision de la démocratie. J’en vois bien les risques. Mais quand on veut se protéger contre le risque on aboutit à l’anesthésie et à la coquille vide. 

HV : Ce qui inquiète les peuples européens dans la construction européenne, c’est cet élargissement qui parait sans fin. Je pense qu’il faut que cela s’arrête quelque part. L’Europe ne va pas intégrer le Japon, la Russie, Israël ou le Sénégal ! Il faudrait plutôt faire la liste des pays qui ont encore vocation à entrer - une dizaine à mon avis. C’est important si l’on veut que les citoyens s’identifient à un ensemble organisé et fixe. On ne s’identifie pas à un ensemble gazeux qui se dilate sans fin. 

EB : Pour moi, dans l’absolu, il n’y a pas de frontières à l’Europe. Elle n’a jamais été un espace clos. Le mouvement d’expansion séculaire dont fait partie la colonisation a entraîné une interpénétration mutuelle de sorte que l’Europe a toujours été et sera toujours un carrefour d’influences culturelles et de relation d’intérêt avec toutes les parties du monde. 

HV : Mais les limites territoriales, ce n’est pas la même chose. Même les Etats-Unis en ont ! Il faut bien s’arrêter quelque part, et cela n’empêche pas des relations ouvertes avec le reste du monde. Cela ne correspond plus à l’adhésion. 

EB : Du point de vue de l’idéal européen, il est impossible de fixer des frontières. Mais je comprends très bien qu’on puisse le faire dans un souci pragmatique, à condition qu’on ne mobilise pas des fantasmes identitaires sous le couvert de critères dits « rationnels », historiques ou géographiques. La frontière politique ou administrative ne peut être déduite du partage culturel entre les héritages de la Chrétienté et de l’Islam. 

HV : Je me borne à dire que quand l’Union européenne aura fixé sa géographie de façon stable, les citoyens européens se sentiront mieux. Ne pas le faire c’est la noyer. 

Propos recueillis par Martin Legros. 

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30/09/2010

Maçons

Source : Le nouvel Observateur

Jeudi 12 décembre 2002

De notre envoyé spécial à Nice, Claude Askolovitch

Nice

Affaires louches, réseaux, mafias, flics ripoux, juges complaisants, affairistes et politiciens en ronde complice: c’est l’image de la franc-maçonnerie à Nice. L’arrivée, en 1999, du procureur Eric de Montgolfier n’a, de ce point de vue, rien résolu, puisque les scandales judiciaires n’ont pas cessé. Pas plus que le clientélisme maçon, héritage de Jacques Médecin. Mais comme toutes les généralisations, celle-ci est tragiquement injuste. Enquête sur les «frères de la Côte »

Ce fut une plaidoirie scandaleuse. Un avocat mettant en cause l’indépendance de la justice, reprochant à une instruction mal menée d’avoir maquillé un crime en un simple accident. Et désignant les coupables de cet affront: des réseaux francs-maçons émanant d’une obédience, la Grande Loge nationale française (GLNF), déjà compromise dans les scandales locaux... C’était à la fin novembre, au tribunal correctionnel de Nice, qui se saisissait de l’affaire Vito: un homme d’affaires retrouvé mort en 1996 dans un laboratoire d’analyses médicales dont il était le financier masqué, et dont l’associé, le docteur Cosme, est soupçonné de lui avoir administré une piqûre de calmant mortelle...

Histoire sordide de mort inexpliquée, d’héritiers spoliés, de comptes trafiqués, de mesquineries juridiques, d’amitiés trahies... Et, entre tous les intervenants, un seul point commun: la maçonnerie. Maçons, Vito, la victime, et le docteur Cosme, l’accusé. Maçon, leur banquier Francis Tur. Maçon, un avocat de Cosme, Me Gaborit... Et maçon, surtout, un juge d’instruction qui ignora les réquisitions du parquet, écarta singulièrement l’hypothèse criminelle: Jean-Paul Renard, l’ennemi du procureur de Montgolfier. Renard, ce magistrat étonnant qui recopiait les casiers judiciaires d’impétrants à la GLNF. Renard, aujourd’hui en «exil», tout près de Nice, à Antibes, mais qui conserve des partisans...

En prononçant publiquement les mots qui fâchent, le jeune avocat Frédéric de Baets a rendu le sourire à un homme qui perdait la partie: Eric de Montgolfier, procureur de la République, sourit à nouveau. Son administration lui reprochait d’avoir fait beaucoup de bruit pour rien? Voilà une affaire qui sonne comme une piqûre de rappel... La croisade n’est pas achevée.

Francs-maçons de Nice. L’association est devenue sulfureuse depuis quelques années. Francs-maçons, réseaux, mafias, flics ripoux, juges complaisants, affairistes et politiciens en ronde complice. Comme toutes les généralisations, celle-ci est tragiquement injuste. La réalité peut coïncider avec le cliché. Mais elle est plus mouvante... Le mot maçon, lui-même, ne signifie rien. Maçon, mais dans quelle loge? Avec qui? De quelle obédience? De la Grande Loge nationale française, celle visée par le procureur et ses amis? Ou du Grand Orient de France (GODF), la loge majoritaire en France, qui accueilla à Nice le procureur Montgolfier pour l’inviter à s’expliquer? Ou de la Grande Loge de France (GLDF)? Ou du Droit humain, obédience mixte, où philosophe à ses heures Patrick Mottard, chef de l’opposition socialiste à la mairie? «Au conseil municipal, des maçons de droite me faisaient des avances, rivalisaient d’allusion sur notre supposée fraternité», se souvient Mottard. Vade retro! Le socialiste se fermait à ces frères qui n’en étaient pas. «Entretenir la confusion, c’est mauvais pour tout le monde – pour la maçonnerie, qui est un choix philosophique d’homme libre, comme pour la politique, qui a besoin de clarté et de respect.»

Confusion. Quel lien entre Marcel Giordanengo, alias la Salade, pittoresque condiment des affaires niçoises, mis en examen pour trafic d’influence, l’homme de tant de passe-droits et d’arrangements entre amis, ci-devant frère de la GLNF, et Gilbert Lévy, vétéran du Grand Orient, ancien membre du conseil de l’Ordre, pied-noir humaniste et maçon découvert, qui organise des universités populaires en se réclamant du prix Nobel de la paix, René Cassin? Tous deux maçons, pourtant... Comme est maçon Alain Bartoli, petit flic de la police de l’air et des frontières, qui consultait les dossiers de ses contemporains sur le fichier du Stic (Service de Traitement des Infractions constatées) pour assouvir sa mégalomanie et renseigner des frères de son obédience, la GLNF. Ainsi faisait Renard, sur les fichiers des casiers judiciaires... Mais maçon également, l’ancien doyen de la fac de droit, Robert Charvin, notable communiste et militant humaniste. Maçon, le GLNF Gilbert Stellardo, homme d’affaires, premier adjoint du maire UMP et ancien du Front national, Peyrat – aujourd’hui fâché avec lui. Maçon lui aussi, l’avocat Chauvet, conseiller municipal peyratiste, dont l’engagement auprès d’un notable d’extrême-droite a heurté certains frères du Grand Orient. Maçons encore, le conseiller général UMP Bernard Asso et le professeur de droit Christian Vallar, piliers de la droite dure, façon Grece ou Club de l’Horloge, respectivement à la Grande Loge et au Grand Prieuré des Gaules! Mais maçon également, Joseph Ciccolini, président de la Ligue des Droits de l’Homme, militant de gauche, ex-mao, ex-socialiste. Ciccolini, entré en maçonnerie en 1980, sous l’influence d’un professeur d’espagnol prosélyte, Gérard Roméo, qui faisait miroiter aux jeunes idéalistes la richesse intellectuelle des loges. Ciccolini charge les moulins à vent à chaque élection municipale, à la tête d’une liste «citoyenne». Il pourfend l’exception niçoise – ce patriotisme local transformé en enfermement – et plaide pour une Nice ancrée à nouveau dans la République.

On peut s’amuser longtemps à recenser les incompatibilités. Le maçon, au départ, veut transcender sa condition d’homme. Ce sont des discussions entre frères, dans un rituel formalisé incompréhensible au profane. Des jeux de l’esprit poussés jusqu’à l’extase, ou des rencontres intellectuelles, spirituelles, sociales, qu’on ne trouverait nulle part ailleurs. «J’ai découvert en maçonnerie la philosophie juive ou musulmane, que je confronte à ma foi chrétienne», explique le conseiller général UMP Jean-Pierre Mangiapan, rude bretteur gaulliste à la ville.

Ils sont quelques centaines de maçons en ville, quelques milliers dans la région, dont l’histoire n’est pas si laide. Ni juges ni voyous. Maçons simplement. Fiers d’être des frères, du grand Masséna, frère maçon au temps où des loges accrochaient Nice à la France révolutionnaire. Frères de Garibaldi, natif de Nice, initié en maçonnerie en Uruguay. Frères des maçons des années 1930, qui aidaient les Italiens persécutés au temps du fascisme. Qui, aujourd’hui encore, accueillent en leurs loges des fonctionnaires transalpins, véritables réfugiés puisque l’Italie confond tous les frères avec la loge P2... La solidarité n’est pas toujours mafieuse. Il existe une mémoire maçonnique, par-delà les affaires. Elle est affaire de famille, aussi, au bon sens du terme.

Dans les années 1920, un jeune Corse émigre à Marseille pour refaire sa vie. Il s’appelle Jean Leonetti. Farouchement laïque et républicain, il s’inscrit au Parti socialiste SFIO et se fait initier en maçonnerie au Grand Orient. En 1943, Leonetti s’en va voir un frère, maçon et socialiste comme lui, commissaire de police pour obtenir de vrais faux papiers à son fils, Paul-François, réfractaire au STO. Le fils sera donc sauvé, caché et puis héros, résistant. Puis journaliste vedette de « Nice-Matin », roi des faits-divers, des mains courantes ; et enfin maçon également dans la lignée de son père. A la fin des années 1970, le fils de Paul-François, Antoine, veut à son tour entrer en maçonnerie. Il est impétrant dans la loge de son père. C’est une démarche émouvante... En fait, une horrible déception. Le jour de son examen d’entrée en loge, Antoine est recalé. Des frères ont «fait la salle» et votent contre lui. «Parce qu’ils en voulaient à mon père, qui en a été terriblement marqué. Et parce que j’étais alors militant socialiste, ce qui ne devait pas plaire à quelques-uns. La mairie avait tissé des réseaux dans la maçonnerie, et voulait les protéger.»

C’est ici que l’affaire se gâte, déjà. Le cas de Leonetti est emblématique. A l’époque, la ville de Nice ronronne sous un parrain débonnaire. Monsieur le maire, Jacques Médecin, dit Jacquou, tient sa ville à l’affection. Nice est ainsi. La politique y est une affaire moins sérieuse que le cœur. Le père de Jacquou, Jean Médecin, a été maire avant lui, près d’un demi-siècle. Etait-il maçon? On le dit. Son fils, Jacques, lui, ne fut pas initié. Il se contentait de contrôler – cela lui suffisait... René Petruschi, lui, était initié. Petruschi était une clé de la mairie. Un pilier du système de clientélisme qui régulait la ville. Petruschi était au Grand Orient (puis, sur le tard, transféré à la GLNF, lieu de pouvoir et d’influence finalement plus intéressant). D’autres médecinistes également, dont Jean Sassone, notable local – dont le gendre, Christian Estrosi, est aujourd’hui député UMP, conseiller général, relais à l’Assemblée de son ami Nicolas Sarkozy! Et, un temps, maçon à la GLNF... La maçonnerie a toujours été une famille plurielle. Les médecinistes s’y intéressaient, parce qu’aucun réseau ne leur était étranger. C’était une culture. Celle de Nice.

C’est une chose à comprendre, essentielle, si l’on veut éviter de broder sur les «frères de la Côte» et de diaboliser toute une famille de pensée: la maçonnerie ne corrompt rien. Elle n’apporte rien de fondamentalement différent dans cette ville de tous les mélanges. C’est même son principal échec. «On a un maire venu de l’extrême-droite, une société civile travaillée par le communautarisme, et nous n’y pouvons rien, regrette le maçon républicain Joseph Ciccolini. Ni localement ni nationalement, nous n’avons d’influence. Nous planchons sur la laïcité, la religion. Mais ensuite, comment faire passer nos idées dans le domaine public? Nous ne savons pas résoudre cette question.» Les maçons travaillent, entre eux. Au fond, ils sont plus faibles que puissants. Le milieu extérieur les corrode. Ils sont perméables. En un sens, c’est presque rassurant... Mais, hélas pour eux ! à Nice, l’atmosphère a souvent eu le côté douceâtre des fleurs trop parfumées, de l’air trop capiteux.

Dans ces années 1970, quand Antoine Leonetti se fait refuser au Grand Orient par les amis de son père, d’autres personnages prospèrent en maçonnerie. Un jeune ambitieux, qui veut devenir roi des casinos, est maçon à la Grande Loge de France. Ce Jean-Dominique Fratoni est bien vu de la mairie. Bien vu également en ville, un brillant avocat, maçon du Grand Orient: Jean-Maurice Agnelet. Agnelet va séduire une héritière, Agnès Le Roux. Il la convaincra de trahir sa mère, de propulser contre elle Fratoni à la tête d’une affaire familiale, le casino du Palais de la Méditerranée... La sordide bluette finira mal. Argent détourné, commission occulte, Agnès Le Roux disparaissant en 1977, jamais retrouvée, assassinée sans doute. Agnelet s’en sortira grâce à des juges et des policiers singulièrement inattentifs – et, curieusement, maçons! La justice le guette encore aujourd’hui. L’affaire du Palais de la Méditerranée n’est pas close. Agnelet, Fratoni... Le début des affaires de la Côte. Elles ne sont pas un résumé de la maçonnerie. Celle d’Agnelet a le mérite de rappeler que tout n’a pas commencé dans les années 1980, ni avec la seule GLNF. Aucune obédience ne fut exempte de tripatouillages – ou pire si affinités. Le crime est une affaire individuelle. Et les loges sont diverses. Au temps de Médecin, un jeune écrivain de fort tempérament est aussi passé par le Grand Orient, sans y rester... A Nice, Max Gallo combat le système. Il sera député socialiste, presque maire, puis renoncera. Il montera à Paris, il écrira des livres et puis encore des livres et toujours des livres... Et deviendra le héraut de Jean-Pierre Chevènement, dans sa campagne présidentielle. A Nice, l’an dernier, Chevènement bénéficia du soutien de maçons locaux, qui se rappellèrent au bon souvenir de leur ex-frère Gallo. Parmi eux, l’avocat Ciccolini... Et Antoine Leonetti: le fils du journaliste! Le jeune impétrant blackboulé par le Grand Orient en 1978, qui a fini par rentrer, sollicité par des amis, dans une autre obédience, la Grande Loge de France. Quinquagénaire, il en est aujourd’hui le responsable provincial. Bon sang ne saurait mentir!

Dans les années 1980-1990, Leonetti, initié d’une obédience paisible, a assisté en spectateur effaré à la dérive de certains frères. Il se voit alors démarché, sollicité, tenté. «Viens chez nous, change d’obédience, tu progresseras», susurrent des frères à l’oreille des faibles. L’ini-tiation, cette magie de la maçonnerie, devient un avantage, une prébende. Leonetti: «On était effaré de voir ce qui se passait à la GLNF, des progressions spectaculaires, des politiciens devenus importants dans les loges, tout un jeu de pouvoir et de réseaux qui se mettait en place.» La GLNF est entrée dans l’engrenage, qui aboutira aux affaires contemporaines.

Pauvre GLNF – aujourd’hui de réputation ruinée... L’obédience affairiste, dit-on, comme si les ripoux n’étaient que d’une étiquette. Quelle différence entre cette obédience et les autres? Au départ, une seule, essentielle. Elle seule, en France, est reconnue par les grandes loges du monde anglo-saxon: celles de l’affirmation de puissance, de la prospérité, de la richesse. La GLNF, également, se veut déiste. On y débattra plus du rôle du divin, de la grâce, de la prédestination. On peut y voir de l’intelligence pure. Ou de l’exercice un peu vain. Pour certains, c’est le cache-sexe de pratiques inavouables. Dans les années 1980, la GLNF est prise d’une envie de croissance. Elle veut justifier de son importance. Affirmer sa puissance sociale. Renflouer ses finances à coups de cotisations – les capitations. Elle recrute donc. Sans trop de discernement.

Sur la Côte d’Azur, Bernard Merolli, un banquier d’affaires, est devenu grand maître de la Province Alpes Méditerranée. Il a de l’ambition et le tempérament des constructeurs. Il a été initié à la Grande Loge de France, à Cannes, quelques années plus tôt. Il a quitté l’obédience après s’être disputé avec ses frères. Il est revenu en maçonnerie à la GLNF, sollicité par des amis. Merolli est un bâtisseur. Il recrute. A tout va. C’est la consigne nationale. C’est son envie. La GLNF est faite pour flatter l’orgueil des hommes. Sa structure est hiérarchisée, pyramidale. On multiplie les grades et les hiérarchies, les petites commanderies, les invites au flicage. Si l’on se laisse tenter. Merolli aime l’autorité et l’amitié. Il a créé un club d’élite, Azur 50, qui organise des agapes conviviales de maçons de toutes obédiences, triés sur le volet... Il fait également de la politique. Au Parti radical, grand réservoir de maçons... Mais ces maçons-là – André Rossinot, pape du parti et maire de Nancy en tête – ne sont pas de son obédience, ils sont membres du GODF, tradition historique. Merolli ne sera pas reconnu au niveau national. A Nice non plus, il ne perce pas. Il s’oppose à Peyrat, qui vole la mairie en quittant le FN, au grand dam de la droite classique. Les maçons se divisent. «Il y avait des GLNF pro-Peyrat, des GLNF pro-Merolli, des anti, se souvient le gaulliste Jean-Pierre Mangiapan. Cela n’avait plus rien à voir avec ce que je recherchais. J’ai cessé d’aller en loge dans la région pour me rabattre sur une loge parisienne, pour échapper à ce grand mélange.»

Plus embêtant encore, Merolli se retrouve pris dans une guerre interne à son obédience. Sa position fait des envieux. Des ennemis. Un avocat antibois, François Stifani, est le rival attitré de Merolli. Entre eux, la lutte est parfois douteuse. Un responsable local du Front national, Norbert Battini (ami de Peyrat, qui l’a suivi aujourd’hui à la mairie), est un jour sollicité pour.... établir une fausse carte du FN au nom de Merolli, afin de le déstabiliser! Chaque camp compte quelques policiers, qui mélangent un peu leur service et les enjeux internes de l’obédience. Micros espions, pianotages de fichiers... La dispute n’est que le reflet de conflits au sommet de l’obédience. Merolli est un ami de Claude Charbonniaud, grand maître de l’Ordre –, qui finira par le lâcher. Stifani, un proche de Jean-Charles Foellner, qui veut succéder à Charbonniaud. La maçonnerie oublie la philosophie. Seul compte le pouvoir. Tout cela finira mal.

Le rêve des années 1980 va tourner au cauchemar. Ce n’est pas Nice qui est d’abord touchée, mais sa voisine: Cannes. Le cauchemar a la tête d’un sémillant politicien, Michel Mouillot, roi de la com devenu roi de Cannes. Au charme et au baratin, il a volé sa mairie à une vieille dame pompidolienne, Anne-Marie Dupuy. Il s’installe en maître. Mouillot croit aux réseaux. Il est initié à la GLNF, dans une loge parisienne. «Il faut créer des loges à Cannes pour soutenir Mouillot», entend-on dans la GLNF. Retape, débauchages... Quand Mouillot tombe, son système mis à bas, la GLNF est atteinte. Atteinte également quand Kornfeld, un affairiste devenu notable de l’obédience, est pris en flagrant délit d’escroquerie. Kornfeld, quelques années auparavant, avait été chassé du Grand Orient pour malhonnêté manifeste. La direction parisienne de la GLNF ne l’en avait pas moins accueilli. Merolli connaissait le dossier. Il avait demandé, en vain, que l’on chassât Kornfeld. Il tempête. La maison tremble.

Arrive alors Montgolfier. Eric de Montgolfier, procureur de la République, nommé à Nice en 1999. C’est un homme qui n’arrange rien dans une ville où tout s’arrange. Nice, la gentille, la tendre, où l’on ne voit pas le mal. Lui aurait tendance à voir le mal partout. Dans ces affaires avortées, surtout, dont on lui communique la liste à son arrivée. Nice est une, dix, cent rumeurs... Montgolfier cible bientôt un responsable. Jean-Paul Renard, le doyen des juges d’instruction, est de ces magistrats arrangeants dont les puissants n’ont pas souvent à se plaindre. Renard est maçon. De la GLNF. Tout part de là. Montgolfier vise le magistrat. Dénonce publiquement les «réseaux maçonniques» qui paralyseraient le palais de justice. Le scandale est là. La sortie du procureur choque les maçons niçois, qui se retrouvent tous placés dans le même sac. Le grand maître national du Grand Orient, Simon Giovannaï, rencontre une jour Elisabeth Guigou pour évoquer «l’affaire Montgolfier». Mais d’autres initiés tendent la main au procureur. Mottard l’estime. Gilbert Lévy, le vétéran de la maçonnerie, lui tend la main, l’invite à un débat de son université René-Cassin, puis à une «tenue blanche fermée», rue Bonaparte, au temple du GODF. Il faut séparer les bons maçons de l’ivraie...

La campagne du juge se greffe sur la guerre interne qui déchire la GLNF de la Côte d’Azur. Un clan va se servir de la justice pour éliminer ses adversaires. Des dénonciations arrivent à pic. Le pittoresque Marcel la Salade est arrêté pour trafic d’influence. Le policier Bartoli, le juge Renard sont bientôt mis en cause. Les comptes de la Province sont saisis... Le scandale est public. A l’arrivée, Merolli démissionne. Un architecte, Tanzer Ercann, assure l’intérim. A Paris, Jean-Charles Foellner devient grand maître de l’Ordre. Et bombarde son ami François Stifani grand maître régional. «J’ai renvoyé les frères dans les loges», dit-il. Les nouveaux messieurs se proclament les messieurs propres. Une équipe chasse l’autre. La vie continue. Ou presque. Car le feu couve toujours...

Dans les loges, des maçons secoués par la tempête s’astreignent à reprendre leurs travaux. Les frères de la GLNF saluent toujours le Grand Architecte de l’Univers, veulent oublier les déviations que l’on a commises en leur nom. Bernard Merolli, lui, veut laver son honneur. Il n’a pas renoncé à la maçonnerie, ce rêve d’une vie, qui lui a tant coûté. Il a rejoint une obédience italienne: la Grande Loge nationale italienne. Il se réunit avec ses frères au temple de la Grande Loge de France, près du port. Un conseiller général socialiste est devenu son avocat. Ses amis, en ville, affirment que Merolli a été abattu par les réseaux mêmes qui pourrissaient l’obédience; que son ennemi et successeur François Stifani fut le parrain en maçonnerie de Marcel la Salade, et que l’on peut trouver mieux comme garantie de renouveau... «J’ai certainement été utilisé pour des règlements de comptes internes», reconnaît Eric de Montgolfier, pas dupe mais obstiné dans sa volonté de remettre Nice sur le chemin républicain...

L’ami de Montgolfier, Gilbert Lévy, 75 ans de foi maçonnique, lui, ne renonce à aucun idéal. «J’ai aidé Montgolfier parce que je ne supporte pas l’injustice. Je voulais montrer que les maçons n’avaient pas peur de la vérité. Quand je suis entré en maçonnerie, en 1957, à Marrakech, j’étais dans des loges de colons, fermées. Quand je suis arrivé à Nice, j’ai retrouvé la même atmosphère de gens repliés sur eux-mêmes. Les maçons niçois avaient du mal à admettre les pieds-noirs. Aujourd’hui encore, on se coopte entre bourgeois. Beaucoup de maçons locaux ne m’aiment guère. J’ai même eu droit à des remarques antisémites... Moi, j’étais facteur, je suis un autodidacte, j’ai tout appris en maçonnerie. J’ai fini par découvrir le sens de mon engagement: l’intervention sociale, l’engagement public, politique, au sens plein du terme. C’est la seule chose qui m’intéresse, comment changer le monde, aujourd’hui encore, comment toucher le plus de gens...» Gilbert Lévy vit sur les hauteurs de Nice, en haut d’une colline. Il contemple le genre humain en croyant toujours qu’il deviendra meilleur. Combien de justes pour sauver une ville, pour sauver sa foi?

24/09/2010

Frizou

 http://www.frizou.org/divers/10/18-qui-est-personnage/index.html

 


19/09/2010

Chat de Schrödinger

 

chatschrodingers.jpgPetit rappel sur la décohérence et la réduction de la fonction d'onde

par Christophe Jacquemin

C'est à Erwin Shrödinger que l'on doit d'avoir popularisé la décohérence et la notion de réduction de la fonction d'onde. Son expérience imaginaire formulée en 1935, dite "paradoxe du chat de Schrödinger", est en effet désormais assez connue du grand public.

L'expérience est la suivante :dans une boîte fermée pourvue d'un hublot se trouve un chat, une fiole de cyanure, un marteau retenu par un fil et un détecteur quantique (un compteur Geiger). On y dépose un élément radioactif (atome d'uranium U) qui, dans un temps donné, a 50% de chance de se désintégrer en émettant un électron, électron qui ira frapper le détecteur; lequel actionnera alors le marteau qui brisera la fiole de poison mortel

Fermons la boîte, déclenchons l'expérience et demandons-nous avant de regarder par le hublot si le chat est vivant ou mort... C'est évident direz-vous : il y a 50% de chance que le chat soit vivant et autant qu'il soit mort...

Mais selon la physique quantique le chat, avant observation, est vivant ET mort à la fois ! Elle affirme que l'atome U est un être quantique auquel est applicable le principe de superposition : les particules atomiques peuvent exister dans plusieurs états superposés et simultanés. Ainsi, l'état vivant ou mort du chat ne dépend que de l'état (émission d'un électron ou non) de l'atome d'uranium. Or on sait que l'électron, étant donné sa nature ondulatoire, peut être localisé tout autour du noyau d'un atome. Il est présent simultanément à plusieurs endroits, et cela AVANT qu'il ne soit observé. De même, un atome radioactif d'uranium peut exister dans deux états superposés (intact et désintégré). Cet état de superposition cesse immédiatement dès qu'il y a observation, et donc interaction, de la particule. On dit alors qu'il y a décohérence lorsqu'un système A et B devient un système A ou B. Ainsi, regarder n'importe quelle particule quantique l'empêche de rester dans son double état (ET) ce qui l'oblige à en choisir un des deux (OU).

Dans l'expérience, l'état superposé de l'atome U devrait donc se transmettre à notre chat macroscopique et le transformer en mort-vivant, le fait d'observer le chat à travers le hublot entraînant la décohérence de son état (mort/vivant) et le choix d'un seul état. Cette explication, difficilement acceptable pour notre monde macroscopique, montre alors les difficultés d'interprétation que soulève le formalisme mathématique quantique (où les états superposés sont faciles à concevoir lorsqu'ils sont définis par des fonctions d'onde car celles-ci s'additionnent sans problème).

Mais alors, le chat ? Est-il mort ou bien vivant ? En d'autres termes, cela s'applique-t-il vraiment aux êtres macroscopiques ? La réponse vient ici de chercheurs français qui ont déterminé que la période d'incertitude est inversement proportionnelle à la complexité d'un objet. Ce qui pour le chat, qui est un objet complexe, revient à une période tellement courte qu'elle est négligeable. Dit d'une autre façon, l'état superposé "vivant ET mort" dans lequel se trouve le chat ressemble à une bulle de savon : une bulle est éphémère et détruite à la moindre interaction. La décohérence des objets macroscopiques est quasi immédiate.

 

01/09/2010

Le Grand Débat (3): Pédophilie et dépressurisation

 

Reflet.gifPour se prémunir d'accusations d'attouchements sexuels sur des mineurs non accompagnés à bord de ses avions, la compagnie Air France a décidé de les faire voyager sans adulte à proximité immédiate, au risque, estiment les syndicats, de mettre en cause la sécurité des enfants.

"La nouvelle réglementation concernant les UM ("unaccompanied minors") stipule qu'il ne doit pas y avoir de passager adulte sur le même bloc siège sauf en cas de cabine complète", a expliqué lundi à l'AFP Jean-Marc Quattrochi, délégué syndical à l'UNAC, l'un des syndicats des hôtesses et stewards.

Cette directive figure dans le nouveau manuel de sécurité et de sauvetage des personnels navigants commerciaux (PNC) édité en février. Elle aurait été édictée à la suite de plaintes sur des vols long-courriers en particulier, vers les Etats-Unis, selon plusieurs sources internes.

"Le nombre de plaintes est confidentiel, Air France n'a évidemment pas envie d'en faire publicité", explique-t-on chez Alter, syndicat de pilotes. "Le service juridique redoute à l'évidence d'être mis en cause pour négligence en ayant laissé un adulte (qui s'avérerait pédophile) à côté d'un UM s'il y avait la possibilité de le mettre ailleurs", ajoute-t-on.

Le texte – interne à Air France – précise toutefois que "la présence d'un passager adulte sur un bloc siège adjacent, en priorité, le siège situé de l'autre côté de l'allée est impérative". Une précaution que les syndicats jugent insuffisante.

"Cela va à l'encontre de la sécurité des vols et des enfants. Comment un passager assis de l'autre côté pourrait-il venir en aide à un enfant assis côté hublot ?", interroge Guillaume Pollard, délégué Alter.

Il souligne que cette directive est en particulier en contradiction avec les consignes en cas de dépressurisation présentées par l'équipage au début du vol : l'adulte doit s'équiper du masque à oxygène avant de mettre celui de l'enfant assis à côté de lui.

"En cas de dépressurisation d'urgence, l'adulte devra rester assis et attaché et je ne vois pas comment il pourrait mettre le masque de l'enfant assis de l'autre côté", commente M. Pollard. Cette directive est en outre incompatible avec la procédure de préparation de la cabine en cas d'évacuation d'urgence qui préconise de mettre les enfants entre deux adultes, relève le même syndicat.

"Pour le service juridique d'Air France, les probabilités d'attouchements sexuels sont plus élevées que celles de dépressurisation d'urgence", soulignent plusieurs PNC, souhaitant garder l'anonymat.

Estimant que la vie des enfants peut être mise en danger, certains pilotes ont décidé de ne pas appliquer cette directive.

"Depuis la mise en place de cette procédure, aucun incident de sécurité n'a été observé", a indiqué Air France dans un communiqué, précisant que la procédure datait de mi-juillet 2009. "La DGAC (direction générale de l'aviation civile) a validé ces procédures qui participent d'une politique générale par rapport à ces problèmes d'attouchements", a indiqué de son côté un porte-parole de la DGAC tout en reconnaissant les limites de cette directive.

Il faut dire que la prise en charge de ces enfants, âgés de 4 à 12 ans, est un véritable casse-tête. Surtout quand ils sont en grand nombre sur le même vol, puisque Air France ne fixe pas de limite au nombre de ses jeunes passagers.

"La procédure chez Corsairfly est à ce jour d'assoir un passager de sexe féminin à côté de l'UM", a précisé une porte-parole, car statistiquement, la pédophilie est plus le fait d'hommes. Une statistique dont British Airways a fait les frais. Cet été, elle a été condamnée pour discrimination après avoir appliqué strictement cette même consigne : un homme avait déposé plainte après que l'hôtesse lui eut demandé de se déplacer pour ne pas le laisser à côté d'un enfant non accompagné.

 

31/08/2010

Superclass: The Global Power Elite and the World They Are Making

Superclass.jpgDavid Rothkopf, Superclass: The Global Power Elite and the World They Are Making, Farrar Straus Giroux, 2009.

 

Each of them is one in a million. They number six thousand on a planet of six billion. They run our governments, our largest corporations, the powerhouses of international finance, the media, world religions, and, from the shadows, the world’s most dangerous criminal and terrorist organizations. They are the global superclass, and they are shaping the history of our time.

 Today’s superclass has achieved unprecedented levels of wealth and power. They have globalized more rapidly than any other group. But do they have more in common with one another than with their own countrymen, as nationalist critics have argued? They control globalization more than anyone else. But has their influence fed the growing economic and social inequity that divides the world? What happens behind closeddoor meetings in Davos or aboard corporate jets at 41,000 feet? Conspiracy or collaboration? Deal-making or idle self-indulgence? What does the rise of Asia and Latin America mean for the conventional wisdom that shapes our destinies? Who sets the rules for a group that operates beyond national laws?

Drawn from scores of exclusive interviews and extensive original reporting, Superclass answers all of these questions and more. It draws back the curtain on a privileged society that most of us know little about, even though it profoundly affects our everyday lives. It is the first in-depth examination of the connections between the global communities of leaders who are at the helm of every major enterprise on the planet and control its greatest wealth. And it is an unprecedented examination of the trends within the superclass, which are likely to alter our politics, our institutions, and the shape of the world in which we live.

 


Reviewed by Anne-Marie Slaughter

Go to www.theyrule.net. A white page appears with a deliberately shadowy image of a boardroom table and chairs. Sentences materialize: "They sit on the boards of the largest companies in America." "Many sit on government committees." "They make decisions that affect our lives." Finally, "They rule." The site allows visitors to trace the connections between individuals who serve on the boards of top corporations, universities, think thanks, foundations and other elite institutions. Created by the presumably pseudonymous Josh On, "They Rule" can be dismissed as classic conspiracy theory. Or it can be viewed, along with David Rothkopf's Superclass, as a map of how the world really works.

In Superclass, Rothkopf, a former managing director of Kissinger Associates and an international trade official in the Clinton Administration, has identified roughly 6,000 individuals who have "the ability to regularly influence the lives of millions of people in multiple countries worldwide." They are the "superclass" of the 21st century, spreading across borders in an ever thickening web, with a growing allegiance, Rothkopf argues, to each other rather than to any particular nation.

Rothkopf's archetypal member of the superclass is Blackstone Group executive Stephen Schwarzman, who is not only fabulously wealthy, but also chairman of the Kennedy Center, a board member of the New York Public Library, the New York City Ballet, the Film Society of Lincoln Center and the New York City Partnership. These boards, along with the over 100 businesses Blackstone has invested in, the other business councils and advisory boards he sits on, and his Yale and Harvard education, mean that Schwarzman is only one or two affiliations away from any center of power in the world. Rothkopf actually traces the "daisy chain" of Schwarzman's connections through his board memberships -- linking him to Ratan Tata, one of India's richest men, former Mexican president Ernesto Zedillo and many others. It is these links that create access that translates to influence and determines how the levers of power are pulled.

Fame alone doesn't get you into the global power elite: Tom Cruise and Katie Holmes are out while Angelina Jolie and Bono are in. High office is generally enough for politicians and even their spouses, but membership in the superclass can be fleeting -- Mikhail Gorbachev and Cherie Blair are now out, while Henry Kissinger and Bill Clinton are still in. Rothkopf harps on the Pareto principle of distribution, or the "80/20 rule," whereby 20 percent of the causes of anything are responsible for 80 percent of the consequences. That means 20 percent of the money-makers make 80 percent of the money and 20 percent of the politicians make 80 percent of the important decisions. That 20 percent belongs to the superclass.

On closer inspection, however, Rothkopf has no actual methodology for determining who is in and who is out. Each chapter identifies individuals who are said to count in a field, conclusions backed up by trendspotting and anecdotes about Rothkopf's encounters at Davos and New York dinner parties that make the reader feel vaguely voyeuristic. When Rothkopf ventures away from his core expertise in politics and finance, and into such subjects as asymmetrical warfare, mega-churches and freemasonry, the pastiche-like quality of his research becomes evident.

Still, Superclass is often thought-provoking. For one thing, it is as much about who is not part of the superclass as who is. As I read Rothkopf's chronicles of elite gatherings -- Davos, Bilderberg, the Bohemian Grove (all male), Fathers and Sons (all male) -- I was repeatedly struck by the near absence of women. Fortune magazine's annual Most Powerful Women Summit, the only elite gathering I know of that is restricted to women, didn't even rate a mention. And indeed, when Rothkopf summarizes "how to become a member of the superclass," his first rule is "be born a man." Only 6 percent of the superclass is female.

Superclass is written in part as a consciousness-raising exercise for members of the superclass themselves. Rothkopf worries that "the world they are making" is deeply unequal and ultimately unstable. He hopes that the current global elite will use their power to do more than egg each other on to high-profile philanthropy. Elites in radically unequal countries such as Chile, for instance, might decide to open their cozy circles of power to allow the emergence of a genuine middle class. New York bankers might realize that they can no longer peddle loans to developing countries in good times but then pressure the U.S. Treasury and the International Monetary Fund to bail out those same governments when they suddenly default on their debts (ensuring, of course, that the bankers get paid). The agribusinesses that reap billions from domestic subsidies in developed countries might consider the longer-term value of trade rather than aid for countries at the bottom of the global food chain.

Perhaps. But it's likely to take more than exhortation. In the words of former Navy Secretary John Lehman, "Power corrupts. Absolute power is kind of neat." Why would the superclass want to give it up?

 

Halali sur le consommateur

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"Dans nos restaurants, il n'existe pas de phénomène de rejet ; les non-consommateurs de halal ne considèrent pas qu'il s'agit d'une discrimination mais, par exemple, de la possibilité de partager un repas avec des amis musulmans".

Le hamburger halal est une bonne affaire. Dans les zones ciblées où il s'est substitué à l'offre classique, il permet de doubler les ventes des établissements de restauration rapide. Fort de ce constat, Quick va étendre et pérenniser sa très controversée expérimentation lancée entre novembre 2009 et mai 2010 dans huit établissements. A partir du 1er septembre s'en ajouteront quatorze autres, ont annoncé, mardi 31 août, les dirigeants de la chaîne de restauration rapide, détenue par le fonds d'investissement Qualium, filiale de la Caisse des dépôts.

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30/08/2010

Brigitte, le grand débahalage


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80 % des abattoirs français ne pratiquent plus l’étourdissement avant la saignée parce que ça va plus vite et qu’on peut en vendre partout pour les musulmans. Les musulmans n’ont pas besoin de choisir un restaurant halal, dans n’importe quel restaurant ils savent que la viande qu’on va leur donner sera de la viande halal.” “Le ramadan, je ’assieds dessus !”

Keynes Vs. Hayek : le grand débat continue

 

keaton.jpgLes débats faisant rage actuellement à propos des politiques susceptibles de sortir l'économie américaine de la Grande Récession sont une répétition des débats ayant eu lieu durant la Grande Dépression. Grâce aux efforts de Richard Ebeling, Professeur d'économie à l'Université Northwood, nous en avons une preuve documentaire concise et incontestable. Il a redécouvert des lettres parvenues au Times of London des protagonistes de l’époque qui reflètent en fait les débats d'aujourd'hui.

Le 17 octobre 1932, le Times publiait une longue lettre de John Maynard Keynes et de cinq autres économistes universitaires. Le camp de Keynes, et coll. (Keynes pour faire court), y plaidait pour l’accroissement des dépenses — de toute nature, privée ou publique, consommation ou investissement. « L'économie privée » était le coupable qui entravait le retour à la prospérité. Si une personne décide d’épargner, rien ne garantit que les fonds « trouveront leur chemin vers l'investissement dans de nouveaux projets par des entreprises publiques ou privées ». Ils citent « le manque de confiance » comme étant la raison de la non-transformation de l'épargne en investissement. Par conséquence, « l'intérêt général dans les conditions actuelles ne va pas dans le même sens que celui de l'économie privée ; dépenser moins d'argent que ce que l’on souhaiterait n'est pas patriotique ». Ils concluent en soutenant les dépenses publiques pour compenser la fâcheuse épargne privée.

Les opinions exprimées dans cette lettre allaient devenir l’essence de l’économie keynésienne : les dépressions sont causées par un manque de dépenses qui peuvent être compensé par les dépenses publiques. Le keynésianisme (qui est antérieur à Keynes) est aujourd’hui facilement identifiable dans les discours prononcés par le président Obama et son équipe économique.

Deux jours plus tard, le 19 octobre 1932, quatre professeurs de l'Université de Londres répondaient à la lettre de Keynes, et l'un des signataires était Friedrich A. Hayek qui, 50 ans plus tard, allait gagner le prix Nobel d'économie. Le camp Hayek, et coll. (Hayek pour faire court), identifiait trois sujets de discorde. En premier lieu, ils rejetaient avec justesse l’argument de Keynes sur la futilité de l'épargne comme étant en réalité un argument sur ce qui est généralement appelé les dangers de la thésaurisation ; à savoir les conséquences potentiellement néfastes d'une augmentation de la demande de monnaie au niveau de l’ensemble de l'économie qui n'est pas satisfaite par une augmentation correspondante de l'offre de monnaie. « Il est admis que thésauriser, en espèces ou en encaisses oisives, a des effets déflationnistes. Personne ne pense que la déflation est désirable en soi ».

Deuxièmement, les professeurs de Londres contestaient l’idée que la forme des dépenses importait peu, que ce soit la consommation ou l'investissement. Ils considéraient le « renouveau de l'investissement comme particulièrement souhaitable », comme le font les partisans de l'économie de l’offre d'aujourd'hui. Ils distinguent la thésaurisation de la monnaie de l'épargne investie en valeurs mobilières, et réaffirment l'importance des marchés des valeurs mobilières dans la transformation de l'épargne en investissement.

Leur troisième et plus grand désaccord avec Keynes concernait les effets bénéfiques des dépenses publiques financées par des déficits. Ils s’y opposaient. « L'existence de la dette publique à une grande échelle impose des frictions et des obstacles au réajustement, beaucoup plus importants que les frictions et les obstacles imposés par l'existence de la dette privée ». Ce n'était pas le moment pour de « nouvelles piscines municipales, etc. » (exemple de Keynes). Dans notre contexte contemporain, pas de plan de relance.

Enfin, et surtout, ils ont montré la voie à suivre pour aller de l’avant. Les gouvernements du monde entier, suivant les États-Unis avec la destructrice Loi Smoot-Hawley de 1930, s'étaient tournés vers le protectionnisme et les restrictions sur les flux de capitaux. Hayek a fait valoir qu'il était temps « d'abolir les restrictions sur le commerce et la libre circulation des capitaux » : le remède à la Grande Dépression était un système international d'échange mondial revigoré. L'économie mondiale n'a pas cédé au protectionnisme cette fois-ci, mais les efforts pour développer le commerce mondial ont faibli. Comme l’a rappelé récemment Allan Meltzer, Professeur d'économie à l'Université Carnegie Mellon, dans le Wall Street Journal, seule l'expansion du commerce nous permet de rembourser la dette publique qui pèse sur l'économie.

La redécouverte par le Prof. Ebeling de ces lettres a déclenché un torrent de commentaires sur les blogs. Comme l’a dit Mario Rizzo, économiste à l’Université de New York, « le grand débat est encore Keynes contre Hayek. Tout le reste n'est que notes de bas de page ». Les économistes ont habillé le débat avec toujours davantage de complexité mathématique, mais les problèmes sous-jacents restent les mêmes.

Keynes avait-il raison de soutenir que l’épargne devienne des encaisses oisives et déprime l'activité économique ? Ou était-ce le point de vue de Hayek, d'abord énoncé par Adam Smith dans la Richesse des nations en 1776, qui était correct ? (Smith : « Ce qui est annuellement épargné est aussi régulièrement consommé que ce qui est annuellement dépensé, et il l’est aussi presque dans le même temps. »)

Les dépenses sont-elles toutes également productives, ou les politiques publiques devraient-elles viser la stimulation de l'investissement privé ? Dans ce dernier cas, M. Obama est en train de suivre les traces de Roosevelt et d’empêcher la reprise, en diabolisant les entreprises et en créant un environnement d’incertitude par le biais de nouvelles réglementations et de programmes coûteux. En faisant cela, il ne suit ni Hayek, ni Keynes, puisque la création d'incertitudes est considéré comme destructive par les deux. Enfin, la création d’une nouvelle dette publique dans une économie affaiblie est-elle la voie vers la reprise ? Ou sont-ce « les économies » (« l’austérité » dans le débat d'aujourd'hui) et l’épargne qui mènera vers la prospérité aujourd’hui, comme cela a été généralement envisagé auparavant ?

De notre correspondant,

Gerald O’Driscoll,

ancien vice-président de la Federal Reserve Bank de Dallas, est analyste au Cato Institute à Washington DC,

le 12 juillet 2010.

 

24/08/2010

La défécation des obèses: un problème méconnu et négligé en santé publique

 

erotoscope_de_tomi_edited.jpgPar Georges Yang

Tous ceux et celles qui sont de poids normal ne peuvent imaginer les difficultés qu’éprouvent les personnes très corpulentes pour aller aux toilettes. Contraintes mécaniques certes du fait de la surcharge pondérale et des difficultés de mouvements, mais aussi risque accru de contamination par des bactéries présentes dans les matières fécales, plus particulièrement au niveau urinaire pour les femmes. Et comme de nombreux obèses sont aussi souvent diabétiques, donc plus sensibles aux infections, on ne peut que craindre des pathologies spécifiques de la défécation pour ces individus.

Notre Ministre de la Santé, si prolixe sur une grippe qui n’eut d’autres conséquences fâcheuses que financières sur la nation ne s’est en revanche pas exprimée sur ce problème de santé publique qui touche potentiellement plus d’un million de grands obèses et pourrait atteindre les 5 millions de personnes si l’on tient compte de tous ceux qui ont une forte corpulence et peuvent un jour être concernés.

Commençons par une analyse de la structure et de la taille des lieux d’aisance.

En France et dans les pays occidentaux du moins, la majorité des toilettes est composée d’un siège assez bas de taille standard totalement inadapté à la surface et à la masse du postérieur des obèses. Les toilettes dites « à la turque » sont plus compatibles avec la surcharge pondérale à condition d’être placées dans un endroit pas trop large mais suffisamment étroit pour pouvoir placer le long de chaque mur une barre oblique suffisamment résistante pour faciliter le redressement après l’acte par une action conjointe demandant une contraction synergique des quadriceps et des muscles suraux.

Ensuite, le plus important consiste en la manière de s’essuyer. La mode orientale consistant à utiliser un petit jet d’eau dirigé vers les parties intimes serait cependant idéale pour les personnes trop grosses. Hélas, cette pratique n’est pas entrée dans les mœurs de nos compatriotes non musulmans. L’immense majorité utilise des toilettes standard, les cuvettes adaptées coutant « la peau du cul ».

Et là pour introduire la main et le papier, c’est tout un problème. D’où la tentation de passer par devant, c’est-à-dire l’entrecuisse. Si cela n’est que peu préjudiciable pour l’individu de sexe masculin, (risque légèrement accru de contamination du méat urinaire par un papier ou une main souillée de selles), cela peut s’avérer tragique pour une femme obèse. D’autant que l’obésité est souvent associée, outre le diabète qui favorise les infections, à des problèmes articulaires au niveau des hanches et des genoux, diminuant la mobilité de la malade. Et puis, si la situation n’est pas dramatique en cas de matières solides et relativement sèches, l’affaire se complique des que les selles deviennent franchement liquides.

On retrouve tout juste sur des catalogues spécialisés dans le handicap, des planches écarte-fesses et autres gadgets et des cuvettes adaptées. Certains adipeux pensent résoudre le problème en s’asseyant tête-bêche, au risque de souiller l’extérieur de la cuvette s’ils visent mal. Bref, l’obèse n’est pas vraiment aidé dans sa défécation.

Le mouvement, arrière-avant, pour s’essuyer peut entrainer une contamination vaginale par des bactéries contenues dans les matières fécales, essentiellement des Coli ou entérocoques. Et, une fois en contact avec la vulve, ces germes dont le tropisme est grand pour les voies urinaires, peuvent remonter de façon rétrograde et entrainer des infections dont certaines se montreront résistantes à la longue aux traitements antibiotiques et antiseptiques urinaires, sans oublier les contaminations génitales, voire rénales par voie ascendante. Et puis, quand on s’essuie mal, tant pour un homme que pour une femme, les résidus de matière fécale entre les globes fessiers peuvent faciliter à la longue l’apparition de macérations, de fissures, d’intertrigos et de mycoses dont le candida albicans, très fréquent chez les diabétiques.

Au milieu des années 70, un auteur, David Werner, d’ailleurs aussi excellent dessinateur avait déjà soulevé le problème dans un livre destiné plus particulièrement aux populations du Tiers-Monde, initialement aux Guatémaltèques. L’ouvrage « Where there is no Doctor », traduit désormais en plusieurs langues est devenu un best-seller de la littérature médicale outremer. Des dessins explicites montrent comment une femme accroupie doit utiliser des reliquats d’épis de maïs (nourriture de base en Amérique Centrale) pour s’essuyer toujours dans un mouvement d’avant vers l’arrière, c’est-à-dire de la vulve vers l’anus et non l’inverse. Ce qui reconnaissons-le, autorise un autre regard sur les civilisations amérindiennes.

On peut extrapoler le mouvement avec du papier-toilettes, bien que la position assisse sur une cuvette ne le facilite pas. Il faut noter que la littérature médicale ne s’étend par outre mesure sur le thème. Quel est l’étudiant en médecine, capable de proposer ce sujet pour une thèse à un mandarin d’université ?

Guy Carlier en parle et pour cause, avec autodérision dans son livre « du cœur au ventre », mais il n’est pas médecin, seulement simple usager des lieux. Son interrogation sur la longueur du bras, reprend avec ironie le questionnement que beaucoup se posent.

Il est cependant très facile pour un généraliste exerçant en France d’expliquer « le geste qui sauve », ou qui du moins protège, à une patiente obèse. Or, très peu de praticiens le font. Il existe d’une part ceux qui sont surchargés par la paperasse, les contraintes administratives, les arrêts de maladie et autres certificats devenus une véritable plaie du métier. Mais il existe aussi hélas, une catégorie de professionnels de la santé qui pratique l’abattage, quasiment montre en main et qui ne prend pas le temps d’expliquer l’essentiel en peu de mots. La BMW et la construction d’une piscine décente demandent de ne pas passer plus d’un quart d’heure par patient et ce n’est pas les 22, voire 23 euros par consultation qui peuvent inciter au colloque singulier prolongé.

Mais, penserez-vous, les spécialistes se permettent des tarifs plus élevés et souvent le droit au dépassement du plafond de la Sécurité Sociale. Alors que ne le font-ils pas ? Et là, les patients ont une grande part de responsabilité, qui voient l’endocrinologue, le diabétologue, l’urologue, comme des omniscients qui se doivent de demander des dosages hormonaux, des courbes de poids et des analyses d’urine avec si possible culture et antibiogramme avant de vous laisser ouvrir une seconde fois le bec. Le spécialiste auréolé de sa superbe et de son diplôme en quatre ans après le cursus ordinaire, se la rejoue souvent médecin de Molière et veut impressionner le client. Or, on ne peut captiver un patient avec des histoires de pipi caca et de papier-toilette. Il faut utiliser du vocabulaire choisi et des examens couteux effectués au laboratoire.

Les histoires de torche-cul, c’est tout juste bon pour les admirateurs de Rabelais et consort. « Défécation sans conscience n’est que ruine de l’anus », pourrait-on cependant déclarer.

Il est de la médecine, comme de tous les autres métiers en contact avec le public. En dehors d’indispensables connaissances techniques qui sont un pré requis à l’exercice de la profession, il faut du bon sens et le désir de communiquer avec l’autre. Certains ont hélas perdu ce sens du contact direct avec le patient.

La morale de cet article peut finalement se résumer en une seule phrase :

« Obèses de tous les pays, prenez soins de vos fesses », sinon il vous en cuira !

 

19/08/2010

Sombre héros

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La Banque Mondiale finance un projet au Pérou qui consiste à repeindre une partie du Chalon Sombrero, une montagne de près de 4 750m située près de la ville de Licapa. L’équipe d’Eduardo Gold a déjà repeint quelques deux hectares d’une peinture non polluante faite de blanc d’œuf industriel, d’eau et de chaux. L’objectif affiché est de repeindre le sommet en entier, soit 70 hectares, de rafraichir l’atmosphère et à terme de permettre au glacier de s’étendre. Ces 30 dernières années, le glacier a perdu 22% de sa surface.

13/06/2010

“Les immigrés rendent l’Allemagne plus bête”

Le membre du comité de direction de la Bundesbank Thilo Sarrazin a déclaré que les immigrés de Turquie, du Proche-Orient et d’Afrique rendent l’Allemagne “plus bête”, rapporte Deutsche-Presse-Agentur.

Les immigrés de ces pays sont moins éduqués que les autres et ont plus d’enfants, a déclaré Sarrazin lors d’un événement hier, selon la dépêche. Du fait de ces immigrés, l’Allemagne devient “plus stupide en moyenne”, cite DPA. “Il y a une différence dans la reproduction des groupes de population d’intelligence différente”, selon ses propos.

Suzanne Kreutzer, une porte-parole de la Bundesbank basée à Francfort, a déclaré que les commentaires “étaient une opinion personnelle de M. Sarrazin” et a refusé tout autre commentaire.

Sarrazin, qui a rejoint la Bundesbank en mai 2009 après sept ans à Berlin comme ministre des Finances, a été contraint de démissionner en octobre après qu’il a décrit les enfants musulmans comme de “sous classe”.

“Je n’ai pas à accepter quelqu’un qui vit aux crochets d’un Etat qu’il rejette, n’assume pas l’éducation de ses enfants, et continue à produire plus de petites filles en foulard”, déclara Sarrazin au journal “Lettre Internationale” lors d’un interview. “C’est valable pour 70% des Turcs et 90% de la population arabe de Berlin.”

Il avait ensuite présenté ses excuses pour ses propos, dont le président de la Bundesbank, Axel Weber, avait déclaré qu’ils entachaient la réputation de la Banque centrale.

19/05/2010

Gaston Berger : philosophe et homme d’action

par Geneviève de Pesloüan

Etude d’auteur in Livres & Lectures n° 153 – mars 1961



Le 13 novembre 1960, Gaston Berger a trouvé la mort dans un accident de voiture sur l’autoroute du Sud, à quelque 20 kilomètres de Paris. Aussitôt, l’Institut de France, le ministère de l’Education nationale, l’Unesco, l’Encyclopédie française, l’Institut international de philosophie, une dizaine de sociétés savantes en France et à l’étranger, prenaient le deuil. Qui était donc Gaston Berger, dont la disparition frappait tant d’amis, de collaborateurs, de disciples ?

Un self-made man
Gaston Berger était, dans la meilleure acception du mot, un self-made man. Il était entré tardivement dans l’université. Né le 1er octobre 1896 à Saint-Louis du Sénégal, il avait dû interrompre ses études secondaires pour raisons familiales. Il les reprit plus tard avec courage ; il les termina brillamment, alors qu’il avait déjà acquis une situation. Industriel de profession, il ne prit un poste universitaire à la Faculté des Lettres d’Aix-Marseille qu’en 1941, après avoir soutenu deux thèses de doctorat, l’une sur la connaissance, l’autre sur la phénoménologie de Husserl. Mais par goût, par vocation, G. Berger cultivait la philosophie depuis 1922. Licencié ès lettres, diplômé d’études supérieures, il songea en 1925 à préparer le concours d’agrégation, puis en 1935 à entreprendre des études de médecine. Sa tâche professionnelle ajourna la réalisation de ces projets. Cependant, son amour des idées, sa ferveur pour l’enseignement, étaient tels qu’il s’est plu pendant des années à donner des cours de philosophie dans des institutions libres.

En 1925, il fonda la Société d’études philosophiques dont le siège resta longtemps à son domicile marseillais et dont l’organe d’expression était la revue Etudes philosophiques, qui depuis a pris un bel essor. En 1938, il organisa le premier congrès des Sociétés de philosophie de langue française.

De 1941 à 1944, G. Berger prit une part active à la Résistance. A la Libération, il fut nommé directeur régional des services d’information de la Région du Sud-Est. A cette époque il trouvait le moyen d’assurer une triple besogne : son enseignement de Faculté, qui était très apprécié, la marche de son usine, la direction de la Radiodiffusion et de la presse régionales. Un tel effort supposait une puissance de travail exceptionnelle. Les plus étonnant est que G. Berger y apportait, avec un soin méthodique, cette aisance, cette égalité d’humeur, cette efficacité souriante, qui suscitent tous les dévouements.

En 1948, il fut Visiting Professor à l’Université de Buffalo, aux Etats-Unis. De 1949 à 1952, il devint secrétaire général de la Commission franco-américaine d’échanges universitaires. En 1952, il rêva un instant d’entrer au Collège de France et d’employer tout son temps à des recherches intellectuelles. Il se retrouva la même année directeur général adjoint de l’Enseignement supérieur. L’année suivante il était nommé directeur général. Il le resta jusqu’en octobre 1960 : il se démit volontairement de sa charge pour retrouver des possibilités de travail personnel. Une chaire de prospective avait été créée pour lui à la section des sciences sociales de l’Ecole pratique des Hautes Etudes.

Ses hautes fonctions au Ministère de la rue de Grenelle, sa réputation, sa courtoisie, son dévouement, lui avaient valu de nombreuses distinctions. Membre de l’Académie des Sciences morales et politiques, il était président de la Société française de philosophie, du Centre universitaire international, du Centre international de prospective, directeur de la Revue de l’enseignement supérieur, des Etudes philosophiques, de plusieurs collections. Commandeur de la Légion d’honneur, il était docteur honoris causa de plusieurs universités étrangères. De 1957 à 1960, il avait présidé l’Institut international de philosophie, où son prestige, son don des langues et son don des contacts ont laissé le plus durable souvenir.

Le philosophe
Sa carrière d’administrateur a sans doute ralenti sa production philosophique. Elle ne l’a pas tarie. Outre ses thèses, il a publié un Traité pratique d’analyse du caractère (où se reconnaît l’influence de son maître René Le Senne), un Questionnaire caractérologique (d’utilisation commode pour tous les éducateurs), un petit livre sur Caractère et personnalité, une soixantaine d’articles, de communications, de notices. A la veille de sa mort, il travaillait à deux ouvrages qu’il avait depuis longtemps sur le chantier : une Phénoménologie du temps, une Psychologie des peintres. En outre, il préparait le lancement d’une Encyclopédie mondiale, qui aurait eu des éditions dans les différentes langues de culture.

Cette diversité de tâches, de talents, donne une idée de l’extraordinaire personnalité de G. Berger. Mais seuls ceux qui l’ont connu peuvent dire à quel point cette personnalité était attachante. Je voudrais rappeler brièvement certaines de ses idées et décrire son style particulier, sa manière.

Philosophe, G. Berger s’est attaché à méditer un seul mystère : celui de la clarté. Si l’angoisse des profonds est parfois supérieure, disait-il, à la trahison des clairs, la joie la plus pure est de comprendre et la question qui mérite le plus de fixer l’attention est : « Qu’est-ce que comprendre ? » Aussi bien s’est-il efforcé de fonder une nouvelle discipline philosophique, la théorétique, science de la compréhension, science des démarches du connaître. Il avait deux maîtres pour cela : un maître allemand, Edmund Husserl, qui fut surtout un logicien de la perception ; un maître français, Descartes, qu’il cite abondamment et pour qui il éprouvait une véritable ferveur. S’il pense souvent comme Husserl, il s’exprime à la manière cartésienne. Il n’accueille que des idées claires et distinctes. Et il a la chance, ou le mérite, de les traduire dans des formules simples, parfois chaleureuses, toujours nettes. Constamment, il donne une leçon de précision, d’ordre, d’élégance, qui font de lui un maître à écrire autant qu’un maître à penser.

Sa recherche philosophique est restée centrée sur les grandes réalités de la conscience. Ses thèmes préférés sont la valeur de la connaissance, la présence de l’être, l’appel de l’art et de la poésie, la situation du moi, l’engagement, le dialogue, l’amour, le temps, le courage. Mais la phénoménologie ne l’a pas détourné de la métaphysique. Il et demeuré fidèle à la mémoire de Maurice Blondel, dont il fut l’un des familiers, ainsi qu’à l’enseignement de Jacques Paliard, dont il fut l’élève et l’ami. Ses convictions spiritualistes, son goût pour les études mystiques où il retrouvait une clarté supérieure, car à ses yeux le mysticisme n’était pas une expérience sans structure, sa fidélité au théisme chrétien où il voyait une exigence permanente de conversion, il les doit sans conteste à ce qu’il appelait l’Ecole d’Aix.

Praticien et théoricien
Comme caractérologue, G. Berger a été tour à tour praticien et théoricien. Il a participé à la création d’un Institut de biométrie humaine et d’orientation professionnelle à Marseille, où il forma des équipes de chercheurs. En même temps, il prolongeait les études de Le Senne sur la caractérologie d’Heymans. A la classification de celui-ci, il a ajouté des « Facteurs complémentaires de caractère » dont il a vérifié l’intérêt à l’aide de la description monographique et de la méthode statistique. Egalement, il a souligné, parmi les éléments psychologiques de la personnalité, l’importance des facteurs sociaux qui nous constituent un « personnage ». Et il a étudié comment ces déterminismes psychologiques, sociaux, encadrent notre liberté, composent avec elle, lui servent de soutien, d’aliment, ou lui font obstacle. Sa préoccupation constante, même en caractérologie, fut toujours de rechercher à quelles conditions un homme peut atteindre à l’ « épanouissement des valeurs ». Chez lui, le moraliste n’est jamais loin du psychologue. Une théorie des vertus accompagne une théorie des fonctions.

Comme « prospecteur », comme fondateur du mouvement « Prospective », G. Berger a conçu une discipline inédite, qui complète la théorétique. Celle-ci était la science du comprendre. La prospective est une systématique de la prévision, non du projet à court ou à moyen terme, mais du projet à long terme. Elle est science du comprendre en avant, du comprendre l’avenir, afin de contribuer à le faire. Pour réaliser cet idéal, des philosophes, des médecins, des industriels, des sociologues, des diplomates, des juristes, des financiers, des physiciens, des mathématiciens, etc., se sont réunis ; ils ont décidé d’associer leurs efforts, de prévoir les besoins de demain, non à partir du passé ou du présent, mais à partir de l’expansion calculée, des transformations attendues, voulues ou à vouloir.

Il s’agit, par exemple, d’anticiper ce que seront dans l’avenir les conditions matérielles, culturelles, de vie, et même les conditions morales ou spirituelles. De la sorte, non seulement l’avenir aura été préparé, mais il aura été appelé et compris. C’est notre unique chance de ne plus voir les sociétés surprises ou les individus victimes de retards, de décalages, d’inadaptations, qu’on pourrait éviter. A certains égards, l’attitude « prospective » peut paraître utopique. En réalité, elle anime des intelligences positives, des spécialistes soucieux de contrôle. Elle réclame un effort d’imagination créatrice, puisqu’il n’est pas question de déduire le futur du passé. Cette imagination se donne des formes sociales qui ne sont pas encore. Mais elle appuie ses calculs sur le calcul, sur la réflexion. Elle part de possibilités vérifiées ; elle n’extrapole les résultats de leur progression de leur transformation que dans des limites jugées raisonnables. Il n’est pas facile de dire ce que sera l’an 2102. Mais déjà l’an 2000 est dans le regard du savant. Si ce savant a l’esprit « prospectif », il n’aura pas seulement conjecturé cette époque. Il aura tout fait pour qu’elle accueille l’homme selon des cadres de vie, de pensée, que dès maintenant il met en place. G. Berger a réuni sur ce terrain une élite de chercheurs. Il sera donné à plusieurs d’entre nous d’observer comment leur projet aura en partie créé la réalité de demain.

Administrateur et humaniste
L’action de G. Berger comme administrateur est largement connue. Il ne sera pas nécessaire d’y insister. Il a renouvelé, assoupli, élargi, les structures de l’enseignement supérieur. Il a fait communiquer entre elles l’Université et l’industrie, l’Université et l’armée, l’Université et la presse, l’Université et la grande administration. Là aussi, il avait l’esprit « prospectif ». il savait que, par la force des choses, sous la pression conjuguée de l’expansion démographique, du renouveau scientifique, des échanges internationaux, l’Université de demain sera très différente de ce qu’elle était hier, de ce qu’elle est aujourd’hui. Il aidait cette mue, il tentait de la comprendre, de la normaliser. Il souhaitait que l’Université restât fidèle à ses traditions tout en s’adaptant. S’il a encouragé le développement des sciences humaines dans les facultés des Lettres, ce n’est ni pour faire pièce à la culture classique ni aux dépens de la philosophie. Son problème était le suivant : comment faire pour que la philosophie passe aux sciences humaines et reste la philosophie ? Il estimait que le rôle de la philosophie est de s’appliquer aux tâches concrètes de l’homme, d’y introduire la réflexion, d’en juger les méthodes et les buts. Il voulait que les techniques fussent dominées, il voulait que les valeurs de l’esprit pussent garder leur primauté dans un monde en perpétuelle refonte.

Si l’on cherche à embrasser d’ensemble la carrière, l’œuvre, la personnalité de G. Berger, on peut dire qu’avant tout il fut un humaniste. Eveilleur d’idées, organisateur, administrateur méthodique, il l’a été. Mais on doit préciser que cet industriel-philosophe fut autre chose qu’un technicien supérieur. A travers les questions d’organisation, d’administration, il voyait l’homme. Il pensait même que la plupart des difficultés qui surgissent dans la marche d’une affaire, dans la conduite d’une institution, sont des problèmes de relations humaines. Il excellait à les résoudre parce qu’il se préoccupait d’abord de saisir la psychologie de ses interlocuteurs, de ses subordonnés ou de ses collaborateurs. Ce qu’on retient le plus de son exemple, c’est cette manière douce et ferme d’accueillir, d’écouter, d’encourager. Quiconque l’approchait se sentait estimé, compris. C’est pourquoi G. Berger ne laisse que des regrets. Il est rare de rencontrer tant de bienveillance jointe à tant de simplicité.


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Principaux ouvrages : Recherches sur les conditions de la connaissance, Paris, 1941, PUF (épuisé). – Le Cogito dans la philosophie de Husserl, Paris, Aubier 1re éd., 1941 ; 2e éd., 1950. – Traité pratique d’analyse du caractère, Paris, 1950, PUF. – Questionnaire caractérologique, Paris, PUF 1re éd., 1950 ; 2e éd., 1951. – Caractère et personnalité, Paris, 1954, PUF.

M. Berger présidait notamment le Comité de l’Encyclopédie française (Larousse) : nombreux articles, principalement dans les tomes XIV, (Civilisation quotidienne), XIX (Philosophie-Religion) et XX, (Le monde en devenir).

16/05/2010

Le tombeau de Tu Duc


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TuDuc.jpgDans un long édit du 9 octobre 1867, le fils du ciel, l’empereur d’Annam, Tu-Duc, troublé par ses échecs face à la colonisation française qui étend sa souveraineté sur les provinces de la Cochinchine, s’adresse en ses termes à ses sujets :

« Au-dessus de moi, je crains les décrets du ciel, et quand je regarde au-dessous de moi, la compassion des peuples m’accable le jour et la nuit ; au fond de mon cœur, je tremble et je rougis à la fois. Incessamment je prends pour moi toutes les inimitiés, afin que le peuple évite la responsabilité, et l’expiation n’est pas encore accomplie, que des fléaux nouveaux sont encore survenus… A tous moments j’y pense et, soit assis, soit couché, je suis plein d’inquiétude.

« J’assiste souvent aux réceptions de cérémonie, mais c’est uniquement pour la forme ; assis seul, je suis accablé de tristesse et je n’ai pas de paroles pour m’exprimer. Ce qui fait que mon sang est appauvri, et que ma figure est devenue pâle et amaigrie. Cette année, je n’ai pas encore quarante ans, ma barbe et mes cheveux blanchissent, je suis presqu’un vieillard et je crains que, par suite de mes chagrins secrets, je n’arrive à ne pouvoir rendre à mes ancêtres mes hommages du matin et du soir…

« Parmi les soucis de l’administration, et au milieu des malheurs qui nous frappent, nous lisons malgré notre incapacité, les livres des sages, mais nous ne savons pas les mettre en pratique…

« La grande affaire des pères de famille d’à présent, c’est de relever le royaume. Les dix mille familles s’unissent dans la même volonté, c’est le vrai moyen d’assurer le succès…

Tous, de leur propre mouvement, doivent se présenter pour essayer de racheter et de réparer nos fautes. Ceux qui auront sûrement un avis sage, un moyen mystérieux, pouvant sauvegarder l’autorité, corriger l’incapacité des hommes devront communiquer leurs idées ; qu’ils viennent les soumettre ; ceux qui mériteront des grades, ceux qu’on pourra placer dans les bureaux, ceux qu’il conviendra de nommer ministres, seront tous appréciés selon leur valeur ; ceux qui seront capables seront employés, ceux qui ne le seront pas, on les rejettera… »

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15/05/2010

La conquête de l'Afrique

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Sous Louis-Philippe, le lieutenant de vaisseau Bouet-Willaumetz avait été envoyé en mission à la demande des commerçants de Bordeaux, désireux d'imiter la maison Régis frères de Marseille, qui importait les bois de teinture, l'ivoire, la poudre d'or et l'huile de palme de la côte du Bénin. Au cours de ses voyages, il avait passé entre 1837 et 1842 huit traités avec les roitelets nègres, Denis, Louis, Pierre et autres, qui signaient d'une croix, acceptant les cadeaux et laissaient les Français construire leurs fortins. Garroway, Assinie, Grand-Bassam naquirent ainsi, et Libreville fut peuplée avec les esclaves d'un négrier arrêté en 1849 par la frégate Pénélope qui croisait le long des côtes pour empêcher la traite.

Les nègres furent en général satisfaits. Le roi Denis, qui avait reçu dix barils de poudre, vingt fusils, deux sacs de tabac, un baril d'eau de vie et dix chapeaux blancs, devint en outre chevalier de la légion d'honneur quand les Chambres eurent ratifié le traité...

La colonisation de l'Algérie

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En avril 1843, le lieutenant-colonel Forey, commandant l'une des sept colonnes qui parcouraient l'Ouarsenis, écrit au général Castellane:

"Renté à Milianah ... j'eus encore le commandement d'une colonne, je dirai plus importante par sa composition et par la nature du pays que j'eus à parcourir... Là, plus de gourbis isolés sur les flancs de montagnes, construits en branchages et réparés aussitôt que détruits, mais des villages semblables à nos bourgs de France.... tous entourés de jardins, de forêts immenses d'oliviers de la taille des platanes de Perpignan: nous étions stupéfaits de tant de beautés naturelles, mais les ordres étaient impératifs et j'ai dû remplir consciencieusement ma mission en ne laissant pas un village debout, pas un arbre, pas un champ. Le mal que ma colonne a fait sur son passage est incalculable. Est-ce un mal? Est-ce un bien? C'est l'avenir qui le décidera. Pour ma part, je, je crois que c'est le seul moyen d'amener la soumission ou l'émigration des ces habitants, bien à plaindre en définitive, puisqu'ils sont entre deux partis, pour l'un desquels ils ne peuvent se décider sans encourir la vengeance de l'autre."

Argus

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Dans la mythologie grecque, Argos ou Argus est un Géant. Argus avait reçu l'épithète de Panoptès (« celui qui voit tout ») car il avait cent yeux, répartis sur toute la tête
Il y en avait en permanence cinquante qui dormaient et cinquante qui veillaient, de sorte qu'il était impossible de tromper sa vigilance.


Héra fit appel à lui pour surveiller Io, la nymphe et maîtresse de Zeus. Ce dernier, furieux de la décision de son épouse, demanda à Hermès de tuer Argus. Il l’endormit alors avec sa flûte enchantée et lui coupa ensuite la tête.

Pour récompenser sa fidélité, Héra sema les yeux d'Argos sur la queue du paon, son oiseau fétiche.

L'expression signifie donc être vigilant, rester lucide

09/05/2010

Russie: le moment de vérité constitutionnelle

Par Alexandre DESRAMEAUX

Le 01/01/2003

En Russie, le souverain n’est pas le peuple et les droits individuels ne dominent pas l’Etat. En tenant compte de la situation politique, la doctrine doit fixer les bornes du pouvoir au-delà du texte constitutionnel.

La doctrine française en droit public néglige étrangement l’actuelle émergence du constitutionnalisme russe. Ce fait, attesté par le peu d’ouvrages et d’articles en la matière, est d’autant plus regrettable que les interférences manifestes entre le droit et la politique dans la Fédération de Russie seraient de nature à alimenter les débats récents de nos constitutionnalistes.

Le constitutionnalisme est le reliquat contemporain des théories modernes du droit naturel mêlées aux conceptions non moins modernes des juspositivistes. Il s’agit d’un mouvement propre à la pensée occidentale dont l’effort paradoxal a consisté à développer le rôle de la volonté humaine dans le processus de formation du droit et à s’émanciper de la croyance en un droit tiré de la nature ou d’essence divine, pour substituer à cette croyance celle qui fait des droits de l’homme le cadre immuable de toute action étatique et duquel aucune volonté populaire ne saurait se libérer.

Ainsi, à supposer qu’on puisse fixer objectivement la liste de ces droits et en assurer la conciliation au stade de leur réalisation, l’Etat serait soumis au droit dont le coeur inébranlable est justement constitué par ces droits. On entend alors par Etat, non la puissance publique souveraine, mais l’ensemble des pouvoirs publics institués par le pouvoir constituant.

Car en tant que pouvoir suprême, il ne peut logiquement être soumis au droit, à moins de perdre son caractère souverain. Aussi, la notion d’Etat de droit, pour ne pas être un pléonasme, doit-elle être comprise de manière restrictive, en tant qu’ensemble de pouvoirs constitués soumis au droit posé par le souverain étatique. Cependant, les peuples d’Occident, en ignorant les apories du constitutionnalisme, abandonnent progressivement, au nom de droits suprêmes et absolus, leur pouvoir suprême et absolu de faire et de casser la loi.

Une texture juridique ouverte au modèle européen

Or le tournant historique que connaît le droit public russe depuis environ 1990 est empreint d’une fraîcheur féconde pour la théorie juridique. Il n’est pas dans la tradition de cet Etat de se soumettre au droit et de faire prévaloir les droits individuels sur les droits collectifs. Il s’oriente pourtant aujourd’hui vers le modèle constitutionnel occidental, non sans difficultés eu égard à la situation politique agitée qui règne dans la Fédération. Etat centralisateur adoptant la forme fédérale, il vit le moment machiavélo-constitutionnaliste, saisissant l’essence politique du droit constitutionnel, en appliquant un droit politique empruntant le discours des droits de l’homme.

La Constitution russe de 1993 paraît révolutionnaire en ce sens qu’elle insiste sur sa force juridique supérieure dans toute la Fédération en même temps que sur son attachement aux valeurs démocratiques. En 1996, le président de la Cour constitutionnelle s’exclamait: «Les normes de la Constitution sont un droit de valeur supérieure incarnant les conquêtes de la pensée juridique nationale et mondiale, cristallisant l’expérience juridique et politique de l’humanité dans ses aspirations démocratiques, particulièrement dans le domaine du droit et des libertés des citoyens»[1].

Si donc un citoyen saisit la Cour pour la défense de l’un de ses droits, comme la Constitution le permet, il pourrait être entendu. Mais rien n’est moins sûr. Car la Constitution définit aussi un corps de valeurs objectives à sauvegarder, et il ne s’agit pas seulement des droits de l’homme: «Lors de son investiture, le président de la Fédération de Russie prononce devant le peuple le serment suivant: “Je jure, dans l’exercice de mes pouvoirs de président de la Fédération de Russie, de respecter et de protéger les droits et les libertés de l’homme et du citoyen, d’observer et de défendre la Constitution de la Fédération de Russie, de défendre la souveraineté et l’indépendance, la sécurité et l’intégrité de l’Etat, de servir fidèlement le peuple”». Le chef de l’Etat est ainsi le maître absolu de l’interprétation authentique du texte constitutionnel. Il est globalement libre d’affirmer que, dans tel ou tel cas, il doit faire prévaloir l’intérêt du peuple sur celui des individus.

La porcelaine constitutionnelle et les mains de Poutine

Le président Poutine exerce intégralement cette fonction. Dans le pacte, juridique et informel à la fois, qui le lie au peuple russe, il dispose d’une marge de manoeuvre impressionnante pour l’observateur occidental. Deux explications sont alors cumulables: ce large pouvoir discrétionnaire du président découle de l’esprit d’un peuple et de son histoire; il résulte aussi de l’irréductible nature politique du droit constitutionnel, dimension politique que même le constitutionnalisme est impuissant à effacer. Mais la première raison est si prégnante en Russie que le constitutionnalisme a intérêt à s’y développer pour restreindre l’usage de la force par les autorités.

Un auteur russe note: «d’un Etat oriental et despotique, la Russie, grâce aux réformes de Pierre le Grand, de Catherine et des deux premiers Alexandre, devient de plus en plus un Etat européen». Mais elle «a adopté la forme seule, et non l’esprit des institutions qu’elle copiait». Aussi n’a-t-elle pas «réussi à extirper de son sol ce qui est resté de ce pouvoir illimité, despotique, qui est commun à toutes les monarchies orientales [...]. Et une bureaucratie dont le pouvoir est centralisé dans une tête unique [...] est la forme actuelle du gouvernement russe»[2].

L’action du président Poutine s’inscrit dans cette optique. Il recherche davantage la soumission des sujets au pouvoir de la Fédération que le renforcement de la démocratie. Il a rendu efficace l’institution des émissaires présidentiels, dont chacun est à la tête de l’une des sept «super-régions» de la Fédération. En même temps, il a dévalorisé le statut des responsables régionaux. En échange, est créé un «Conseil d’Etat de la Fédération de Russie», mais dont le rôle est seulement consultatif, et non décisionnel. La façon dont le président a mis fin à la prise d’otages de Moscou, à l’automne 2002, a montré le peu de cas qu’il faisait de ses concitoyens: après l’intervention des forces russes dans le théâtre, nombre de morts auraient pu être évités si les secours avaient été mieux organisés. Ce ne sont donc pas seulement les sujets collectifs mais aussi les sujets individuels de la Fédération qui constatent la fragilité de leurs droits élémentaires et légitimes.

Ainsi, le président russe a presque carte blanche, et la constitution à laquelle il se soumet trouve aisément son condensé substantiel dans le «Manifeste du 17 octobre 1905» de Nicolas II: «Ayant donné aux autorités concernées ordre de prendre les mesures nécessaires pour éliminer les formes patentes de désordres, de débordements et de violences, et de protéger les personnes paisibles soucieuses de remplir calmement le devoir qui s’impose à chacun, Nous avons jugé- afin de hâter l’application des mesures d’ordre général que Nous avons prévues pour ramener le calme dans l’Etat - qu’il était nécessaire d’unifier l’action du gouvernement»3. Ce manifeste, rédigé pendant la révolution de 1905, pourrait, au fond, tirer sa force juridique de circonstances exceptionnelles menaçant l’autorité de l’Etat.

De même, Poutine semble faire prévaloir les articles de la Constitution de 1993 autorisant l’exercice de la puissance publique en dehors des principes auxquels les constitutionnalistes occidentaux accordent de l’importance - droits fondamentaux et séparation des pouvoirs. On explique généralement cette attitude en mettant en avant la répartition confuse des pouvoirs au sein de la Fédération, l’absence d’autorité étatique, le niveau élevé de la délinquance et la puissance des hommes d’affaires. Dans un tel contexte, il devient difficile d’«encadrer réellement l’action politique par le droit fondé sur la Constitution», selon le professeur Lesage, qui le prouve «dans trois domaines majeurs - le fédéralisme, le contrôle parlementaire de l’activité des ministres, les décrets du président»[4].

La doctrine au coeur du chantier constitutionnel

Mais force est d’admettre que le souverain, colonne vertébrale du droit constitutionnel, est celui qui, selon l’expression de Carl Schmitt, «décide de l’exception». La situation politique russe, souvent traversée par les crises au cours d’une histoire mouvementée, illustre donc fort bien les limites du constitutionnalisme en montrant que la volonté politique reprend ses droits quand la survie d’un peuple ou de l’une de ses principales composantes est en danger, ou lorsqu’on prétend qu’il y a danger. Le problème est que Poutine est tout puissant pour apprécier ces circonstances. Le souverain serait plutôt le président de la Fédération que le peuple russe.

D’ailleurs, la «révolution administrative» de Poutine semble aboutir à une véritable révision de la constitution entreprise par un seul homme, ce qui fait dire à Michel de Guillenchmidt: «une nouvelle ère constitutionnelle se dessine en Russie [....]. Toutefois, les nouvelles - et importantes - modifications institutionnelles, qui ajoutent à la Constitution de 1993 plus qu’elles ne la précisent, ne devraient-elles pas être notifiées par une procédure solennelle de révision constitutionnelle, sans doute par référendum? Tout y incite à l’évidence, afin d’affirmer de la façon la plus politique et la plus démocratique, la restauration de l’autorité des pouvoirs publics»[5].

Le constitutionnalisme, au-delà de ses contradictions, ne trouve sa justification que s’il est à la recherche d’un équilibre encore plus fondamental que lui, sans pour autant être figé. Puisque le droit constitutionnel laisse une grande place à la volonté politique pour l’élaborer, les seules règles que l’interprète humain peut ex-traire des textes constitutionnels ne suffisent pas. Il faut encore encadrer cette volonté par des coutumes constitutionnelles, des «conventions de la constitution», une morale constitutionnelle, c’est-à-dire un ensemble de règles fondamentales qui, bien qu’informelles, sont contraignantes pour les autorités politiques. Outre les règles de fond porteuses de valeurs, il faut que la constitution, s’il s’agit de promouvoir la démocratie, organise aussi précisément que possible la concurrence et la collaboration entre les différents pouvoirs institués. En retour, ceux-ci doivent garder à l’esprit la nécessité du maintien de cette organisation. Le constitutionnalisme, ce doit être aussi cela.

Or il manque à la Russie cette répartition du pouvoir dans l’Etat, à laquelle elle a longtemps préféré les situations de monopole. C’est à peine si elle lui porte un quelconque intérêt. Elle ne semble pas non plus disposer d’une morale constitutionnelle, sans doute et notamment parce que le communisme, dont le poids reste inquiétant6, lui a laissé peu d’espace pour s’exprimer. Elle reconnaît certainement le rôle de l’interprétation en droit mais n’ose pas avouer les conséquences négatives qui peuvent en résulter pour la garantie des droits fondamentaux. Autrement dit, il y a un texte constitutionnel, qui d’ailleurs qualifie la Fédération de Russie d’«Etat de droit fédératif», mais il n’y a pas encore de véritable «esprit constitutionnel». La volonté politique domine. Et pour savoir si elle est en gros l’expression de la volonté populaire, encore faut-il que des mécanismes institutionnels tels que le référendum puissent fonctionner, ce qui n’est pas le cas en Russie, puisque ce dernier mécanisme, prévu par la Constitution, n’est pas utilisé.

La politique d’application du droit constitutionnel n’assure donc pas encore de véritables équilibres dans la Fédération. Cette application est constitutionnelle mais bancale. La raison d’Etat, en tant que principe rigide, absolu, risque d’être une bombe à retardement, une bombe à fragmentation de l’unité fédérale. Dans cet excès, naît cependant l’espoir de voir la société civile et l’opinion publique prendre quelque distance par rapport à l’Etat, recul nécessaire pour enclencher le processus de soumission de l’Etat au droit. La Constitution de 1993, à la différence des précédentes encore marquées par l’idéologie léniniste n’accordant au droit qu’un rôle instrumental, n’est plus un simple ornement, mais la condition de la démocratisation en Russie.

La montée du constitutionnalisme et l’essence politique du droit constitutionnel sont si patentes en Russie que la doctrine doit saisir l’occasion pour leur donner de nouveaux développements et s’affirmer comme une pertinente source du droit, favorisant en particulier la rencontre entre les théories réalistes du droit et une école formaliste russe également applicable au droit. Le dialogue, s’il est l’esprit et la chair de la démocratie, apparaît comme la synthèse du constitutionnalisme animé d’une conscience politique, et du jusnaturalisme en tant qu’art pragmatique. Tous les efforts de la doctrine doivent être tournés vers la compréhension des vertus du dialogue, notamment parce que le droit, en son essence, est la croyance en l’art de la paix.

1 V. Toumanov, «La Constitution de Russie de 1993 et son effet direct», L’Etat de droit. Mélanges en l’honneur de Guy Braibant, Dalloz, 1996, p.737. V. aussi Toumanov, «Quelques aspects des relations entre le droit international et la justice constitutionnelle en Russie», Mélanges Patrice Gélard. Droit constitutionnel, Montchrestien, 1999, pp. 329-332.

2 M. Kovalewsky, Institutions politiques de la Russie, éd.Giard et Brière, 1903, p. 3.

3 D. Colas, Les constitutions de l’U.R.S.S. et de la Russie (1905-1993), P.U.F, Q-S-J?, 1997.

4 M. Lesage, «La Russie et l’Etat de droit. La règle juridique et les arrangements politiques», Mélanges Braibant, op. cit., pp. 430-437.

5 M. de Guillenchmidt, «Où va le régime russe? », Mélanges Paul Sabourin, Bruxelles, Bruyant, 2001, p. 198.

6 D. Colas, «Mode de scrutin et système électoral en République de Russie», Mélanges Gélard, op. cit., pp. 365-371.

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